REFLEXION

Réflexion :



Tiens, me dit mon ami Ismat, les attentats de Paris me rappellent mon sinistre quotidien à Jenin en Palestine. On jouait aux cartes au moment où les israéliens débarquèrent. J’avais alors pour grand-père un homme paysan dont la terre de notre pays était, à ses yeux, ce qui l’avait de plus cher. Jadis, en sa jeunesse, qui ’il avait perdu, en un seul coup, tous ses frères, sœurs et parents lors d’un raid israéliens sur Bethléem. Il fut sauvé par les quelques survivants qui se sont sauvé laissant derrière eux que des cendres… Depuis, la mort avait pris la Palestine pour sa demeure, elle n’y sort plus. Mon pauvre grand-père, anéanti par le chagrin, resta sans dormir et sans manger durant un an puis, comme une froideur qui vient suite aux traumatismes psychiques, il resta sans émotion, sans parole, ne sortant de la torpeur de ses soupirs que pour travailler sa terre à Jenin. Chaque fois qu’on voulait parler avec lui, sa main se crispait autour de sa canne comme pour frapper et faire jaillir tous ce qui avait dans son for intérieur. Je restais près de lui, je l’habillais, je lui préparais à manger et je l’aider parfois à travailler la terre. Que restait-il de gai dans cette âme funèbre ? On ne le sut jamais ; il ne parla point. Il n’est rien de plus abominable en cette terre que de voir un homme désespéré qui n’attende que la fin de ses jours. Rêvassant tristement à la mort. Durant vingt-cinq ans, il resta ainsi fermé et muet. Son passé le rattrape ; et, au milieu de l’automne, les israéliens pénétrèrent à Janin. Mon ami marque un temps puis reprend : Je me souviens cela comme d’hier. Je fus étendu moi-même dans le salon, éreinté par la dure besogne de la terre. Quand j’entendis les moteurs d’avions et chars. De ma fenêtre, je les vis arriver. Ils approchaient interminablement, tous pareils, avec un mouvement qui ruinait tout dans son passage. Puis les soldats se distribuèrent dans les habitations. On en eut dix dont un commandant, violent, bourru. On avait dit à ce commendent que mon grand-père était malade, et il ne s’en inquiéta guère. Mais bientôt tout cela s’aggrava ; Le colon brula terres et maisons, détruit jardins et plantations. Son cœur ne put résister à la perte de ce qu’il lui restait de dignité et, comme un dernier geste avant de rejoindre sa famille dans l’au-delà, grand-père  ramassa ses forces et lança un coup de tonnerre par sa canne sur le commandant. Il fut fusillé par les soldats et il mourut au centre de son paradis, son sang purifiait la terre tant aimé. Mon ami s’arrête, épuisé par la remontée des mauvais souvenirs, tire sur cigarette, fixe la télévision en regardant le chaos à Paris… Puis, il conclut : J’ai gardé cette triste montre de mon grand-père. Et, en la regardant constamment, elle qui ne s’arrêtera jamais, je fais des vœux pour que nos fils ne voient plus jamais de guerre.

Salim Skander
Dimanche 15 Novembre 2015 - 16:58
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CULTURE
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