REFLEXION

Réflexion, 3 ans déjà… !

La force de « Réflexion » réside dans sa démarche. La rigueur méthodologique dont il fait preuve se reflète tant dans l’utilisation et le choix de ses sources que dans l’approche multiple qu’il adopte et les questionnements qu’il pose. Il analyse une grande variété d’informations publiques auxquelles il ajoute les archives liées à l’histoire de l’Algérie, ainsi que les interviews réalisées par le personnel du journal avec différents personnages.



Ainsi, le journal base sa recherche sur un corpus de sources extrêmement diversifié et complet sur lequel il peut asseoir une argumentation difficilement attaquable. Grâce à toute cette documentation, Réflexion a pu emprunter plusieurs approches complémentaires. Les sources comptables lui ont permis de faire une analyse économique des affaires liées aux malversations. Comme les sources et l’approche, la problématique est extrêmement pertinente. Devant ce constat, toute l’argumentation de Réflexion sert à jauger le poids respectif des continuités et des ruptures afin de déterminer lesquelles ont été dominantes. Ainsi, période par période, au fil des années, Réflexion présente au lecteur la stabilité et/ou les changements de différents aspects inhérents. En ce sens, certaines périodes ont été porteuses de défis plus ou moins grands desquels le journal est sorti plus ou moins indemne. Le premier obstacle de taille à s’être présenté à Réflexion est l’absence de coopération de la part des autorités locales.

Une transition difficile

Le journal étant né à Mostaganem, la transition vers un journal d’envergure nationale s’annonçait difficile. Pourtant, malgré quelques années de vache maigre, il est parvenu à garder, sinon à améliorer, sa place dans la presse algérienne précisément en restant fidèle à lui-même. Le ton ironique et familier de ses journalistes, son format simple unissant textes et dessins, son indépendance financière autant face aux publicitaires qu’au patronat, ainsi que son caractère mordant à l’égard des autorités économiques et locales sont tous des éléments qui lui permirent d’installer confortablement et définitivement son nid dans le paysage médiatique algérien et de résister au difficile passage au professionnalisme. Toutefois, aussitôt ce défi relevé, un autre, plus délicat encore, se dressait devant Réflexion. Les deux premières années du journal furent celles des procès tentés contre lui, en particulier des gens impliqués dans des affaires de malversation. Comment alors dénoncer, dans les pages du journal, une corruption envahissante, qui fait déjà partie de l’identité de certains, et faire de l’autoprotection tout aussi nécessaire? La cohabitation de ces deux objectifs difficilement réconciliables au sein d’un même journal lui a attiré les foudres autant des P/APC que des directeurs d’établissements publics. Tant d’attitudes et d’idées qui mènent plusieurs lecteurs aigris à se tourner vers d’autres journaux. Il découle de cette situation tendue des conséquences du moins regrettables dans les pages du journal, comme le montre de manière très claire les appels téléphoniques de certains lecteurs. Il n’effraie pas non plus le journal qui, aveuglé par son désir de ne pas voir la corruption régresser, n’arrivait pas à saisir l’importance des enjeux qui se mettent tranquillement en place durant sa première année. Ainsi, la deuxième année était une période de continuité, tant dans le contenant que dans le contenu, mais cette stabilité ne s’opère pas sans heurt.

Une nouvelle forme de journalisme

Un autre défi est le combat constant que Réflexion a dû livrer contre la grande presse d’information qui, à travers 20 ans d’ouverture médiatique, s’est affirmée comme étant la forme journalistique dominante. Comment a pu alors survivre un journal d’opinions dont l’identité et l’originalité reposent sur les scandales, le commentaire et la polémique politique? Défi d’autant plus grand que Réflexion s’affiche depuis ses débuts en opposition face à cette grande presse d’information qu’il juge impersonnelle et sans âme. Pourtant, le journal à scandales a bien dû s’adapter, cette fois-ci au prix de certaines de ses habitudes. Il faudra attendre la troisième année pour que la nécessité s’en fasse réellement ressentir. Or, c’est dans les méthodes de traitement de l’information que se sont opérés de grands changements. En effet, à partir du 1er janvier 2011, Réflexion fait sa mue vers un journal d’investigation. Il ne se contente plus, comme il l’a fait jusque-là, de commenter les injustices des autorités en place. Il fait lui-même ses enquêtes et ses révélations au public. Pour ce faire, il diversifie ses sources dans tous les recoins de la société surtout Mostaganémoise, acquérant la réputation non négligeable du journal le mieux informé de la région ouest du pays, ce qui le rend à la fois admiré et craint. Aussi assiste-t-on à une certaine criminalisation du contenu, représentée par la publication accrue d’affaires politico-financières qui ne cessent de mettre les instances des pouvoirs publics dans l’embarras. Est-ce à dire que Réflexion a définitivement quitté le monde de l’opinion pour se rallier à celui de l’information et du sensationnalisme? Le journal ne va pas jusque-là. Certes, le journal a emprunté au modèle américain ses méthodes de travail, mais l’influence s’arrête là. Il ne laisse pas tomber le monde de l’opinion: le commentaire, l’analyse, la polémique et la littérature restent présents. Aussi, la publication de ces scandales reste basée sur l’objectif ultime de servir l’intérêt du public. C’est pourquoi on ne traite pas, dans les pages de Réflexion, de la vie privée des personnages d’autorité. La recette du succès du journal réside donc plus que jamais dans sa capacité à s’ajuster à son environnement. Le journal n’est pas passé définitivement au camp de la grande presse d’information. Il a plutôt su lier tradition et nouveauté à travers une forme de journalisme d’investigation qui reste profondément politisée.

Contribution à l’histoire

En somme, l’œuvre de Réflexion est une contribution importante à l’histoire de la presse. Outre le fait qu’il soit basé sur une méthodologie impeccable, le journal a le très grand avantage de combler une grave lacune dans le récit de l’histoire de l’Algérie. En effet, dans certains journaux, aucune publication, aucune monographie ne retrace l’histoire de l’Algérie depuis son indépendance. Ce manque flagrant s’explique en grande partie par le caractère rentier de certains journaux qui en rend l’analyse et le traitement plus ardus pour les historiens. Réflexion a donc le mérite d’avoir pallié cette lacune inacceptable, vu l’importante place de l’histoire de l’Algérie et ce à travers la page arrêt sur mémoire. Pour terminer, il nous faut faire un retour en arrière jusqu’au tout début de l’œuvre de Réflexion: le slogan.
Si vous aimez la liberté, payez-en le prix; n’est-ce pas porter un certain jugement de valeur, d’entrée de jeu, que de prétendre que son objet d’étude est «vertueux»? Le choix nous avait d’emblée laissé perplexe. Pourtant, au fil de la lecture, il nous a semblé que ce titre aux apparences présomptueuses se justifiait. Réflexion, par la fidélité intransigeante qu’il a portée à ses principes, à sa nature et à ses lecteurs pendant 3 longues années, s’impose comme un journal unique dans le paysage médiatique de l’Algérie. Ses journalistes sont parvenus à démontrer que Réflexion est bien plus qu’un journal: il est une entité vivante qui possède sa propre personnalité au-delà de celles des journalistes qui le composent. Pendant 3 ans, il a résisté à la logique censuriste qui voulait faire de lui une machine à nouvelles, aux publicitaires qui voulaient faire de lui une simple vitrine, bref il a résisté à son temps. Vertueux, donc ? Oui. Sans aucun doute. Tout enchaîné qu’il soit, n’est-il pas, en vérité, le plus libre d’entre tous?

Charef Slamani
Mardi 26 Juillet 2011 - 11:21
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MOSTAGANEM
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