REFLEXION

Réalité sur les réserves de change, la valeur du dinar,… en Algérie

Pour une plus grande citoyenneté et de participation active à la gestion de la Cité, l’Algérien doit impérativement se réapproprier l’économique qui est avant tout politique. L’objet de cette brève contribution est de démystifier, certains indicateurs économiques officiels repris souvent sans analyse préalable, et clarifie leurs véritables niveaux.



Une certaine presse qui se contente de reprendre le flash de l’agence officielle algérienne APS, révèle que l’Algérie a placé seulement 6% de ses réserves de change à l’étranger. La réalité des réserves de change placées à l’étranger démontre tout autre chose. Il ne faut pas être un grand économiste, pour savoir que lorsque vous avez placé un montant donné dans une banque et que vous percevez à la fin de l’année un montant X d’intérêt (fonction lui-même de la durée), vous connaissez le montant que vous avez déposé à court, moyen ou long terme. Ainsi les intérêts perçus des placement s algériens à l’étranger selon les sources officielles de la banque d’Algérie, ont été de 2,42 milliards de dollars en 2006, de 3,81 en 2007, de 5,13 en 2008 (pourquoi parce qu’ un montant important était placé dans des banques privées internationales dont le taux d’intérêt est plus élevé que celui des banques centrales, part ramenée à 2%, après la crise d’octobre 2008), à 4,49 en 2009, à 4,60 en 2010 et à 4,45 milliards de dollars en 2011. Prenons l’année 2011 : Les réserves de change ont été, selon le FMI de 182,2 milliards de dollars, non compris les 173 tonnes de réserve d’or, et selon le gouverneur de la banque d’Algérie, le taux d’intérêt fixe a été de 3% (placement à moyen terme). Le montant déposé est inversement proportionnel au taux d’intérêt. C’est comme un simple épargnant algérien qui dépose son argent à une banque primaire où à la CNEP. Si les intérêts ont été en 2009 de 4,459 milliards de dollars à un taux d’intérêt de 3%, nous pouvons mathématiquement calculer le montant global déposé (le principal) qui sera de 4,459 divisé par 3% ce qui nous donne 148,63 milliards de dollars, soit 81,57% du total des réserves de change. Cela représentait en pourcentage de 127,4 divisé par 147,2 soit 86,54% et si le taux d’intérêt est de 2,5% nous aurons 97,89%. Affirmer 6% est donc une impossibilité technique, à moins d’une confusion technique entre les termes dépôt et placement.

 Dérapage du dinar algérien
 Il existe une confusion entre les mots glissement du dinar et dévaluation. L’argument de la banque d’Algérie qui utilise un système de «flottement dirigé » pour qui cela résulte de l’inflation (alors qu’il est annoncé une baisse en glissement annuel en 2013) est-elle la seule explication et pourquoi la valeur du dinar algérien est-elle si insignifiante par rapport au dinar tunisien et au dirham marocain, coté en moyenne en octobre/novembre 2013 à 2,2 un euro pour le dinar tunisien et 11,2 pour le dirham marocain ? Reconnaissons que la valeur du dinar algérien est fortement corrélée à la rente des hydrocarbures permettant des réserves de change qui soutiennent la cotation officielle du dinar sinon sans hydrocarbures le dinar se coterait sur le marché entre 300/400 dinars, et,  ce un euro selon l’offre et la demande. Comme le revenu global et donc le pouvoir d’achat (avec une concentration du revenu au profit d’une minorité de couches spéculatives) est corrélé à plus de 70% à cette rente éphémère. Dans les économies structurées productives une baisse de la valeur de la monnaie dynamise les exportations et freine les importations. Mais est-ce possible en Algérie sinon de provoquer une révolte sociale et d’entrainer la fermeture des entreprises existantes où le tissu industriel en déclin (moins de 5% du PIB) où après plus de 50 années d’indépendance politique, exportant 98% en hydrocarbures et important 70/80% des besoins des ménages et des entreprises publiques et privées dont  le taux d’intégration ne dépasse pas 15% ? Avec le dérapage depuis trente ans du dinar, (le 10 octobre 2013, un euro valait 111,25 et le 24 octobre 112,831, contre 102,060 courant juillet 2013. 81,18 dinars dollar, contre 5 dinars un dollar en 1973) les exportations hors hydrocarbures peinent à avoir un taux de 2/3% montrant que le blocage pour passer à une économie productive compétitive est systémique. Du fait que l’économie algérienne est une économie rentière, les principes des lois économiques universelles ne s’appliquent pas. Au contraire cela a eu un effet inverse à travers l’envolée des importations qui risquent d’atteindre, si le rythme des six premiers mois se maintient à 60 milliards de dollars en biens fin 2013 auquel il faut ajouter 12 milliards de dollars de services. L’impact évident qui sera palpable pour tous les produits importés (et certainement sur le cours de la devise sur le marché parallèle), l’on devrait assister à une poussée inflationniste qui amenuisera les récentes augmentations de salaires, l’Etat réalisant une épargne forcée. Pour se prémunir contre l’inflation, et donc de la détérioration du dinar algérien, l’Algérien ne place pas seulement ses actifs dans le foncier, l’immobilier ou l’or, mais une partie de l’épargne est placée dans les devises. Cela poussera également les entreprises publiques et privées qui fonctionnent en majorité avec des équipements et matières premières importées à augmenter leurs prix. L’inflation, qui a atteint 9% en 2012, sera certainement plus de 5/6% en 2013. Mais attention aux fausses interprétations, le taux d’inflation, 2012/2013 de plus de 15/16%. Cela joue comme facteur de redistribution de concentration de revenus au profit des revenus variables. Avec la sphère informelle qui dépasse les 50% de la superficie économique, l’inflation jouera au détriment des revenus fixes, notamment des faibles revenus. Autre impact, en dévaluant le dinar par rapport au dollar, je ne vois pas de différence avec le glissement, nous aurons une augmentation artificielle de la fiscalité des hydrocarbures qui fluctue, en fonction des cours, entre 60/70% du total du budget. Les recettes des hydrocarbures sont reconverties en dinars, passant par exemple de 72 dinars un dollar en 2010 à 77 dinars/un dollar en 2012 à 81,1 dinars un dollars le 24 octobre 2013. Par ailleurs, les produits  importés seront taxés selon le nouveau cours amplifiant la hausse des prix à l’importation. Un dérapage du dinar de 10% donnant cumulé en réalité une hausse des prix de 15%augmentant les taxes ordinaires à l’importation. Il s’ensuit que cela voilera artificiellement l’importance du déficit budgétaire et donc l’efficacité réelle du budget de l’État à travers la dépense publique et parallèlement, Cela gonflera également le Fonds de régulation des recettes calculées  en dinars algériens, gestion opaque, calculée  artificiellement par les différentes lois de finances à un cours plancher de 37 dollars qu’il conviendrait de supprimer pour plus de transparence, puisque selon le gouverneur de la banque d’Algérie le budget de l’Etat algérien fonctionne sur la base d’un cours de 110/115 dollars ( fonctionnement et équipement) et selon le rapport de l’OPEP de juillet 2012 à 125 dollars pour 2013. Pour atténuer les tensions inflationnistes, l’Etat algérien devra pérenniser la politique en matière de subvention des prix des produits de large consommation comme les céréales, l'eau et le lait, l'électricité et le carburant( un des prix les plus subventionné dans le monde) sinon le taux d’inflation officiel dépasserait les 10/15% et ce à travers les transferts sociaux. Ces transferts  sont passés de 245 millions de dinars en 1999, à 1200 milliards de dinars en 2011, à 1400 milliards de dollars selon les lois de finances 2012/2013 et 1 603,2 milliards de dinars en 2014, soit 8,8% du PIB (source loi de finances 2014) environ 20 milliards de dollars’ au cours de 81 dinars un dollar). Encore un artifice comptable si l’on applique le cours du début de janvier 2013, un (1) dollar 76/77 dinar, nous aurons 22 milliards de dollars. Mais avec une très profonde injustice sociale: celui qui gagne le SNMG ou celui qui perçoit 500.000 dinars par mois bénéficient des prix subventionnés, n’existant pas de système ciblé de subventions.

 Réalités sur des taux
D’une manière générale, il faut se méfier des indicateurs globaux sans analyse qualitative. L’inflation ne peut se comprendre sans analyser les liens entre le processus d’accumulation, la répartition du revenu et le modèle de consommation par couches sociales. Celui qui perçoit 100 euros par mois n’a pas la même perception de l’inflation que celui qui perçoit 5 000 euros. L’analyse du produit intérieur brut, qui permet le calcul du taux de croissance, doit être éclatée et un taux de croissance en 2013 se calcule par rapport à la période précédente 2012, un taux élevé en 2013 donnant un taux cumulé faible si le taux a été faible en 2012 et toujours ramené à la population totale. Exemple, les Etats-Unis ont un PIB estimé prévisionnel par le FMI à 16 238 milliards de dollars contre 15865 milliards de dollars en 2012 pour une population de 302 millions d’habitants. La Chine vient en seconde position avec 9020 en 2013 contre 8227 en 2012 mais avec une population dépassant le milliard d’habitants. Pour l’Algérie le PIB en 2013 est estimé par le FMI à 216 milliards de dollars en 2013 contre 209 en 2012 pour une population d’environ 38 millions d’habitants représente 1,37% du PIB des Etats Unis d’Amérique en 2012 et 1,33% en 2013. En insistant sur le fait que l’économie américaine et chinoise est une économie productive alors que les hydrocarbures sont dominants au sein du PIB pour l’Algérie environ 45% mais avec les effets indirects via la dépense publique plus de 80%. Par ailleurs, cet indicateur du PIB, doit être complété par un indicateur plus fiable, celui de l’indice du développement humain incluant l’éducation et la santé, lui-même insuffisant devant être complété par l’indicateur des institutions donc de la bonne gouvernance qui a un impact sur le développement. Il en est du calcul de l’indicateur du taux de chômage afin d’éviter de donner des taux qui ne correspondent pas à la réalité, incluant les sureffectifs des entreprises publiques, la création excessive dans l’administration (plus de 2 millions de fonctionnaires en Algérie en 2013 et toujours en croissance), l’emploi dans la sphère informelle dominée par la sphère marchande, les emplois temporaires non productifs. A-t-on créé réellement 700 000 emplois par an dans des segments inducteurs  de valeur ajoutée durable entre 2007//2013 ? Comment peut-on donner officiellement un taux de chômage en déclin avec le déclin du tissu productif et un taux de croissance des secteurs productifs presque au même niveau que le taux de croissance de la population active ? La solution pour dépasser cette vision étroite, est d’avoir une vision de planification stratégique globale d’ensemble, une nouvelle gouvernance, de nouveaux mécanismes de régulation, qui conditionnent la dynamisation de la production locale dans des segments à valeur ajoutée au sein de filières internationalisées. Cela nécessite de s’insérer au sein de grands ensembles dont les espaces euro-africains et euro-méditerranéens, qui sont les espaces naturels de l’Algérie grâce à soit à un Co-partenariat ou à une Co-localisation (balance devises partagées, accumulation du transfert technologique et managérial local), la ressource humaine étant le pivot essentiel de la coopération. Cela rend urgent la transition d’une économie de rente à une économie hors hydrocarbures, fonction elle-même de la transition énergétique, dans le cadre des avantages comparatifs mondiaux.         (Source : www.lesafriques.com)

Dr Abderrahmane MEBTOUL Expert International en management stratégique
Lundi 3 Février 2014 - 17:35
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