REFLEXION

RESTAURANT DE HADJ BELMHEL OUVERT POUR LES DEMUNIS : La chorba de la dignité

Rue Berraïs Abderrahmane au mois de Ramadan, août 2011. M. Benyagoub Hadj Belmhel n’a pas de secret. Son restaurant est comme son cœur. Il est ouvert à tous. Y compris les cuisines. Le lieu envoûtant fait face au siège de Réflexion et nous l’admirons du balcon à longueur d’année. Le paradis des pauvres et des démunis. Hadj Belm’hel me montre la grosse marmite qui mijote et rajoute un ingrédient.



RESTAURANT DE HADJ BELMHEL OUVERT POUR LES DEMUNIS : La chorba de la dignité
Il m’en donne même un petit bout de ce magique agrément. Du magigoût. Ce qu’il ignore, c’est que M. Lezzar de Magimix est tout comme lui. Ils sont tous les deux braves, généreux et surtout au service de leur prochain. La particularité chez Hadj Belm’hel, c’est que sa chorba a une certaine dignité et une grandeur. Loin de la mêlée, ce petit restaurant accueille des gens qui ont refusé de s’afficher. Ils sont pauvres et veulent rester anonymes. La discrétion est de rigueur, car c’est le destin qui en a voulu ainsi. Ils ne tendent pas la main et s’abreuvent de patience, ce stupéfiant sabr du bon musulman. Sans fatalisme aucun, ils croient en de meilleurs jours tant qu’il y a des Belm’hel et des Lezzar. La chorba de la dignité revigore et la preuve, le passage de ma collègue Rym pour en prélever de temps à autre. Et c’est d’elle que j’ai eu l’idée d’abandonner épouse et enfants pour un sublime ftour avec des orgueilleux. Oui, ils ont de l’orgueil à en revendre malgré leur indigence. Du nif algérien. Dès la prière du dhohr, Mohamed Hammou, un cuisinier qualifié qui vous défie de trouver meilleur chorba que chez lui, se met derrière les fourneaux avant la touche du chef. Son adjoint Meftouh Slimane court à gauche et à droite et tend ce qu’il doit tendre : sel, pois chiches, poivre et autres épices et ingrédients… Même Saâda, l’homme à tout faire de Réflexion s’y met à la joie de Mohamed. Dès la prière du asr, une quarantaine de personnes reçoivent leurs rations individuelles ou collectives pour ne pas dire familiales. Elles arrivent de partout. Elles débarquent du fameux quartier Typhus, renommé pour son extrême misère et surtout que ces gens viennent de tout perdre dans le dernier incendie, mais aussi de loin. Avant que le muezzin de la mosquée d’à côté n’appelle à la prière du maghrib et la rupture du jeûne, l’intérieur du restaurant et la chaussée affichent complet. Une quarantaine d’habitués des lieux sont servis par Mohamed et Slimane deux minutes avant l’appel de la fin d’une journée heureuse qui a soutiré sourires et satisfaction aux donneurs comme aux receveurs. Ce fameux ftour débute comme dans un chaud chez-soi par du lait et des dattes. Ce jour-là, ce fut hrira au lieu de chorba, une alternance que veut Hadj Belm’hel pour satisfaire tout le monde. La suite fut un tadjine de petits pois et de merguez. La salade variée a clôturé mon repas à côté d’une jeune demoiselle faisant face à Mohamed, Slimane et Saâda qui se restauraient à genoux. A genoux, car qu’y a-t-il de meilleur que de céder sa place à plus faible que soi ? Pour Mohamed, même les retardataires ne repartent pas les mains vides. La baraka y est toujours contrairement à ce que l’on prétend. La chorba du nif, de ceux qui ne veulent pas être inscrits et traités comme des parias, des gaillards qui ne demandent qu’un petit job et un peu de considération, vivra tant qu’il y aura Réflexion et tous ces donateurs anonymes qui croient que nul ne peut forcer sa destinée.

BENATIA
Dimanche 28 Août 2011 - 10:18
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