REFLEXION

RENCONTRE ORGANISEE PAR LE MINISTERE DE L'INDUSTRIE SUR LE DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE ET SOCIAL : L'impératif de relancer le secteur industriel algérien

J’ai reçu une aimable invitation à participer à la conférence sur le développement économique et social organisé par le Ministère de l’Industrie et des Mines du 04 au 06 novembre 2014 à Alger. Je donnerai une brève conférence à l’ouverture. A cette occasion, cette présente contribution est une très brève synthèse fruit d’un long rapport sous ma direction assisté de 26 experts internationaux, remis au gouvernement, (10 volumes 1000 pages) étant convaincu que la bataille de la relance économique future de l’Algérie et sa place dans la compétition mondiale se remportera grâce à la bonne gouvernance et sa capacité à innover.



Première leçon : la politique socio-économique depuis l’indépendance politique rentrant dans le cadre du programme de Tripoli  a été menée exclusivement par l’Etat avec plusieurs variantes.  De 1965 à 1979 avec une orientation exclusive vers l’investissement productif. Celle-ci s’est effectuée autour de l’Etat omniprésent sur l’ensemble du cycle: planification, financement, réalisation de l’investissement et production. De 1980 à 1990 orientée essentiellement vers les infrastructures BTPH et les activités commerciales. De1991 à 2000 du fait de la situation particulière  qu’a connu l’Algérie avec l’avènement du terrorisme  et la cessation de paiement on ne peut à proprement parler  de  politique de développement mais avec  la cessation de paiement des ajustements macro-économiques et macro sociaux extrêmement douloureux du fait des exigences du FMI. De 2000 à 2014  du fait que la demande sociale a été compressée  et des destructions massives entre 1990-2000, une politique orientée essentiellement vers les infrastructures.
Deuxième leçon : Paradoxalement, les paramètres macro-économiques de l’Algérie  apparaissent comme positifs mais éphémère sans réformes structurelles. Les tendances relatives aux grands agrégats révèlent une macro-économie sous contrôle relatif fonction  des aléas de la  rente des hydrocarbures qui représente 97/98% des exportations totales. La dette est relativement  maîtrisée grâce au remboursement par  anticipation, moins de 4 milliards de dollars US, mais grâce toujours aux hydrocarbures. Le budget est équilibré de par la stabilisation des dépenses de l’Etat (même si elles restent à une proportion élevée du PIB) et grâce à l’appoint de la fiscalité pétrolière,  ce qui préfigure des tensions budgétaires à venir en cas d’une chute du cours  des hydrocarbures. Aussi, le retour à l’endettement  guette  le pays horizon 2020 en cas d’un cours inférieur à 90 dollars  et du  maintien du rythme actuel de la dépense publique  qui se fonde  sur un cours de 115/125 dollars. En effet, si la balance commerciale a fortement bénéficié de la remontée des cours des hydrocarbures entre 2007/2012, cependant depuis 2010, les importations suivent une tendance haussière, l’Algérie important 70% des besoins des ménages et des entreprises qu’elles soient publiques ou privées  dont le taux d’intégration ne dépasse pas 15%avec un dépérissement du tissu industriel moins de 5% du produit intérieur brut. L’inflation qui a connu un niveau record en 2012( 8,9% selon les statistiques officielles)  est relativement maîtrisée depuis fin 2013 mais compressée artificiellement par les  subventions généralisées et les transferts sociaux , non ciblées ( 60  milliards de dollars en 2004 soit 27/28% du PIB), en encore qu’il faille éclater l’indice  de l’ONS, et  analyser les  liens entre la répartition du revenu et le modèle de consommation par couches sociales, celui percevant 20.000 dinars par  mois net n’ayant pas la même perception de l’inflation que celui qui perçoit 200.000 dinars. Les banques notamment publiques qui concentrent plus de 85% des crédits octroyés se cantonnent en guichets administratifs accompagnant peu  les investisseurs et les taux d’intérêt aux entreprises restent encore  élevés  des taux d’intérêts bonifiés à certains segments  ce qui reflète en partie la faible efficacité du système bancaire croulant sous le poids de surliquidités qu’elles n’arrivent pas à transformer en richesses réelles. Les banques publiques sont malades de leurs clients notamment les entreprises publiques (assainissement de plus de 60 milliards de dollars entre 1971/2013) 70% étant revenues à la case de départ montrant que le blocage est d’ordre systémique et que ce n’est pas seulement une question de capital argent mais de management stratégique lié à la politique socio-économique globale. L’apurement des créances détenues par les cinq banques sur les entreprises publiques s’est traduit par des décaissements importants du Trésor.
Troisième leçon : L’Algérie  tente difficilement sa transition d’une économie publique vers une économie plus libérale à vocation sociale.  Le pays a opté dès le départ  pour une économie étatisée et une gestion administrée. Elle s ‘est  ouverte à l’économie de marché à partir de la  crise de 1986, effet de la chute du cours des hydrocarbures. Toutefois, l’économie algérienne reste encore une économie essentiellement publique, toute l’économie étant tirée par la dépense publique via la rente des hydrocarbures.  L’héritage socialiste est fortement présent dans la philosophie et les pratiques de la vie économique et sociale et dans celui de la pérennité de l’entreprise publique. L’industrie publique  est largement obsolète et concentre comme démontré précédemment des pertes totales malgré des assainissements répétés nécessitant  sa restructuration et sa modernisation. Ainsi, les ressources du pays sont significatives mais basées sur des  rentes qui contribuent à anesthésier les volontés de changement. En dépit de certaines réformes timides –paradoxe plus le cours des hydrocarbures  est faible plus on ressent le besoin de réformes, et ralentit lorsque le cours est élevé- la production, le commerce, la banque, l’emploi et les prix restent fixés par le gouvernement. La pression démographique rend l’Algérie  de plus en plus dépendante des importations qui n’a pas jeté les bases d’un appareil productif capable d’affronter la concurrence internationale. Les différents revenus des rentes ne proviennent pas d’un véritable effort productif des intéressés et conduisent quasi inéluctablement à une mauvaise gestion macro-économique. L’absence de mise en place d’un appareil productif augmente chaque jour davantage les difficultés que rencontrera le pays lorsque la rente tendra vers l’épuisement. Actuellement, les considérations politiques à court terme l’emportent sur les perspectives à long terme. Tant que la majorité de l’électorat tirera ses revenus des emplois dans la fonction publique, qu’elle pourra bénéficier de services sociaux peu coûteux, les réformes fondamentales n’auront guère de chances de progresser de par l’opposition tant du grand public que de la technostructure censée mettre en œuvre ces changements. Le salaire au sein des branches est  déconnecté de la productivité du travail avec la dominance des emplois rentes et des fonctionnaires. Les branches qui exportent le plus ne sont pas forcément les plus ouvertes  et l’industrie manufacturière même embryonnaire est très tournée vers son marché intérieur. Les investissements directs étrangers hors hydrocarbures  et dans les secteurs productifs sont très faibles, les étrangers étant attirés par les marchés  publics du BTPH. L’agriculture constitue  un réservoir important de main d’œuvre et peut servir en cas de chute du cours des hydrocarbures comme   d’amortisseur social tout en diminuant la facture alimentaire assurant l’autonomie alimentaire. La céréaliculture connait   des rendements faibles qui souffrent des difficultés générales de l’économie. Le système bancaire doit faire  l’objet d’une profonde restructuration à la suite de l’accumulation de créances douteuses auprès des banques publiques. D’une manière générale, les  entreprises privées  sont  présentes  surtout  dans le secteur des services avec prédominance  du commerce de détail, dans les petites entreprises de BTPH  et du secteur manufacturier traditionnel. Excepté les hydrocarbures, de certains segments des télécommunications,  de quelques sociétés mixtes, le secteur étranger productif est marginal. Paradoxalement, l’Algérie fait alors massivement appel à l’assistance technique et aux firmes étrangères en même temps qu’elle les encadrées dans le cadre de la  règle des 49/51% instauré par la loi de fiances 2009, généralisée aux banques en 2010.
Quatrième leçon : Les résultats de l’actuelle politique sont désormais nettement perceptibles sur plusieurs aspects  stratégiques de l’économie algérienne. Il ne faut pas avoir une vision de sinistrose. Beaucoup de réalisations mais  des insuffisances qu’il s’agit impérativement de corriger. Le comportement actuel est de type « semi-rentier » et ne recherche pas la réforme en profondeur de l’économie. La rente pétrolière génère plusieurs effets pervers de l’économie à son seul profit, ce qui renforce encore davantage la monoculture énergétique du pays. La surévaluation de la monnaie (de facto indexée sur le dollar) ou existe un écart depuis 2014  d’environ  60% entre le cours sur le marché officiel et sur le marché parallèle. La facilité d’importation des biens alimentaires et des produits manufacturés rendus artificiellement moins coûteux. La diffusion du ‘’syndrome hollandais’’ dans l’industrie nationale draine ses ressources au profit des hydrocarbures. L’utilisation de la manne pétrolière pour éviter la vraie restructuration des entreprises qui reportent leurs problèmes économiques sur les banques (puis sur le Trésor public, et l’Etat et celui-ci sur les banques internationales, voire les fournisseurs). La dépendance technologique s’accentue avec le choix de solutions globales (produit ou bien clés en main) et d’origines nationales trop diversifiées (la plupart des fournisseurs de l’Est ont disparu). Ce système par croissance externe demande des capacités fortes de management que l’Algérie ne possède pas encore et donc ne lui permet pas de maîtriser seule son propre modèle d’industrialisation.  Par ailleurs, ces concepts sont conçus autour de produits qu’il faut faire évoluer et qui se heurteront aux traditionnels accords exclusifs de distribution des grands groupes, lors de tentatives d’exportation.
Cinquième leçon : Cette politique a  finalement débouché sur une plus grande dépendance notamment technologique. L’orientation quasi exclusive de cette industrie sur la substitution des produits importés a généré des  déperditions et les surcoûts classiques liés à une non optimisation des capitaux investis. Par ce phénomène, l’Algérie s’est insérée (malgré elle) dans la division internationale du travail comme fournisseur exclusif d’énergie. La configuration autarcique de l’industrie et son caractère politique ont renforcé sa dépendance envers les seuls produits commercialisables avec ses principaux partenaires commerciaux, 97/98% d’exportation  entre 2010/2014  pétrole et gaz brut et semi-brut. Les exigences de l’outil réalisé ont accru la dépendance à l’égard des cours et des revenus pétroliers, seule source de flux financiers externes. Le lancement  de capacités industrielles a nécessité la mise en œuvre de contrats « clés - ou produits en main », avec recours aux techniques étrangères d’où  la dépendance technologique (pièces de rechange, maintenance et formation), la multiplicité des processus liés aux différents pays à l’origine des lignes de crédit, les problèmes de propriété industrielle et de licences pour permettre l’évolution des produits, qui en général n’a pas été rénovée, ce qui a creusé l’écart technologique et a favorisé les produits importés ; l’industrie souffre d’une faible rentabilité et d’importants surcoûts propres aux économies dirigées ;  les  systèmes de prix sont souvent déconnectés de la conjoncture économique ; les  systèmes d’approvisionnement ou de négociations contractuelles nées du code des marchés publics sont lents   et coûteux ;  la  vocation sociale des entreprises s’est allégée mais a fortement imprégné les mentalités ; les systèmes de cooptation des personnels entraînent des sureffectifs et une gestion laxiste ; la   grande industrie a insuffisamment contribué au développement du tissu industriel et a parfois utilisé son statut public pour croître sans considération pour la réglementation ; la plupart des grands complexes ont cherché à tout intégrer non seulement les activités industrielles classiquement sous-traitées, mais aussi des fonctions aisément disponibles sur le marché (nettoyage, gardiennage, restauration…). Ce n’est que sous la pression économique qu’elles ont tardivement externalisé ces activités et parfois avec succès ; la  faible considération pour l’environnement va générer de graves difficultés pour attirer des groupes internationaux qui connaissent parfaitement l’évolution de la jurisprudence internationale ; l’ interprétation unilatérale de la réglementation a également généré des abus qui peuvent demain générer des contentieux internationaux comme en  témoigne les nombreux litiges    dont ceux de Sonatrach  à l’international  et l’importance de la sphère informelle ( propriété intellectuelle)
Sixième leçon : La gestion actuelle du  commerce extérieur, héritée du système passé   entrave  le fonctionnement de l’industrie, y compris à l’exportation. Le poids historique de la lourdeur bureaucratique caractérise l’ensemble des organismes qui interviennent  dans le cycle de la  vie de l’entreprise est une entrave constante au fonctionnement efficient de celle-ci. Leur disparition ne sera que progressive. Ceci est probablement aggravé par un système judiciaire lent, peu transparent et non adapté à une économie moderne. L’objectif de protection de l’industrie naissante a généré une gestion bureaucratique des  procédures d’importation qui est devenu un terreau pour de nombreuses pratiques non conformes. L’adhésion de l’Algérie à l’OMC serait  un signal fort pour simplifier ce système obsolète mais les habitudes prises ont généré des monopoles lucratifs et puissants qui seront lents à disparaître ou à contourner.           
Les formalités de contrôle des changes restent encore largement interprétées par le personnel des banques qui garde la nostalgie de la puissance de son rôle de contrôleur. Concernant l’investissement étranger, les multinationales recherchent classiquement des avantages comparatifs pour produire de façon compétitive pour un marché local solvable mais aussi vers un marché régional et/ou mondial, en intégrant leurs capacités commerciales et productives, d’où l’importance de l’intégration du Maghreb pont entre l’Europe et l’Afrique où l’Algérie pourrait trouver des avantages comparatifs. Le modèle à dominance étatique  à taux d’intégration verticale élevé va à l’opposé des nouvelles mutations mondiales.   Les lourdeurs bureaucratiques (délais de négociation et de mise en place) et l’incertitude juridique (taux douaniers, fiscalité, réglementations) ont encore renforcé l’image d’un marché difficile et fermé, isolant l’Algérie des nouvelles mutations mondiales. Le problème essentiel à résoudre est la mise en place de subventions ciblées budgétarisées par le  parlement  afin d’éviter  des transferts artificiels des bénéfices par  les prix de cession visant l’optimisation fiscale vers les lieux fiables et peu imposés,  la  distorsion de la concurrence, le monopole,  source de surcouts et enfin l’amélioration du  système d’information (limitation de l’accès aux données nationales pour les sociétés étrangères)  et la distorsion dans l’accès aux données technologiques devient une urgence de l’heure.
Septième leçon : Le  fait marquant en ce XXIème siècle, est l’internationalisation des économies qui rend obsolètes les systèmes autarciques. La politique des Etats est souvent un dosage voire une oscillation entre libéralisme et interventionnisme excessifs. Dans la plupart des pays, l’Etat a largement réorienté son action. La coordination (management stratégique)  domine désormais les politiques directives dans le processus de production. De maître d’œuvre, l’Etat  évolue vers un rôle d’organe de régulation par un certain nombre de leviers dont il reste maître (taux du crédit, taux de change, déficit budgétaire, poids de l’impôt et des services publics…) et de réglementation (commerce, taxes, télécommunications, transports, droit du travail…).La globalisation économique a été impulsée par les multinationales puis par les États ; désormais elle devient un phénomène politique et économique copié par les États eux-mêmes pour les grands secteurs stratégiques. Ce sont les Etats souverains qui signent les accords créant un cadre propice aux échanges (CEE, ASEAN, MERCOSUR). Les organismes supranationaux  assurant souvent l’application  des règles entre les  partenaires. Ainsi,  l’OMC, à laquelle veut adhérer l’Algérie  est une institution chargée  d’appliquer une législation et d’arbitrer  les conflits entre les  Etats membres par l’intermédiaire  de l’ORG (organe  de Règlement des Différents). Cela ne saurait signifier la fin du rôle   de l’Etat  mais un rôle stratégique dans la régulation.  La problématique de la mondialisation implique une politique d’ouverture de l’Algérie qui doit aborder les questions sous un autre angle. L’insertion dans l’organisation internationale de l’industrie et des services, est une urgence pour  l’Algérie qui  ne commence que progressivement (à partir des hydrocarbures) à s‘adapter avec les mesures d’appui nécessaires notamment : développement de la concurrence globale ;  développement de la concurrence sur les marchés intérieurs ; accès aux marchés extérieurs ; importance accrue de la recherche-développement et de la technologie dans les stratégies d’entreprise ;  participation des systèmes d’approvisionnement internationaux ; développement des PME/PMI à l’exportation ; mesures d’amélioration du climat  des affaires (lutte contre la  bureaucratie)  pour l’accroissement des investissements internationaux ; accords de coopération, exploitation de licences ;  prise de conscience de notions d’engagements de niveau de service, de qualité, de juste à temps ;  participation aux nouveaux réseaux mondiaux : logistique, Internet, financiers, distribution.
Huitième leçon : La CEE est le premier partenaire et surtout son principal débouché à l’exportation tandis que les  USA (révolution du gaz/ pétrole  de schiste) représentant environ 15/20% des recettes de Sonatrach seront de rudes concurrents notamment sur le  marché européen dès 2017. Pourtant,  dans  un contexte de ralentissement économique, l’Algérie maintient toutefois son programme de réformes structurelles tout en essayant d’atténuer leur coût social. Dans le cadre de son adhésion à la CEE et éventuellement de son adhésion  à l’OMC,  l’Algérie est tenu  d’ouvrir son champ de coopération multilatérale ce qui devrait renforcer encore les échanges croisés notamment en prenant  des engagements sur le démantèlement de ses protections douanières ( reportés à horizon 2020 au lieu de 2017) et l’ouverture graduelle de son marché avec notamment :la réduction des quotas à l’importation pour les produits agricoles ;  la mise en place d’un taux douanier maximal pour les produits industriels ; un accord sur les technologies de l’information ; la libéralisation du commerce des services et de l’accès au marché des services ; d’ouvrir  un champ large de partenariats multilatéraux tant régionaux qu’européens ; de renforcer ses réformes structurelles dont la privatisation et la démonopolisation, dépassant le  cadre  d’un secteur public hypertrophié par rapport au secteur privé ; de revoir  ses normes de gestion , l’Etat algérien  dépensant  2 fois plus que la moyenne des pays émergents pour avoir deux fois moins de résultats économiques et sociaux d’Asie. Aussi, il s’agit de lutter contre la sphère informelle représentant plus de 50% de la superficie économique en l’intégrant  par de nouveaux mécanismes économiques et non bureaucratiques autoritaires  qui produisent l’effet inverse ; revoir le  système de droits douaniers conçus comme freins à l'importation avec des montants excessifs doivent être modernisés en fonction de l’adhésion à l’OMC. Actuellement, ils favorisent la fraude et l'économie informelle. Le système fiscal  complexe doit être réformé  et adapté aux normes internationales. La déficience des réseaux de distribution des matières premières, matériaux et/ou pièces de rechange rend impossible la réactivité et la logistique demandée par la sous-traitance internationale ; faiblesse des infrastructures de services et la difficulté d'acquisition de foncier industriel posent le problème des facilités matérielles à créer de nouvelles activités. Il y a lieu  d’améliorer l’environnement externe : institutions, infrastructures y compris les  actions antidumping revoir la politique des  subventions –les télécommunications, les compétences humaines dont le  système d’enseignement et constituer une base de données précise sur les exportations, le financement, les garanties de la prospection et des opérations.
Neuvième leçon : Les filières les plus dynamiques sont dérivées des hydrocarbures mais malheureusement sont fortement  capitalistiques. Les produits en progression mondiale sont ceux qui tirent la croissance des pays convergents. Sur les dérivés du gaz, l’Algérie dispose d’un potentiel très fort attesté par des ACR exceptionnels : -Gaz naturel et certains dérivés de la pétrochimie (historiquement les engrais) ; -chimie de synthèse de base (notamment l’ammoniac et l’acide nitrique à partir du reforming du gaz). Les autres produits en progression mondiale sur lesquels l’Algérie peut se  positionner sont  l’agroalimentaire.  Les activités les plus dynamiques sont à la fois capitalistiques et ne génèrent que peu d’emplois. Sur ce point, le secteur privé semble à la fois le plus dynamique tout en générant de meilleures performances au niveau des ratios de base (CA et VA/ salarié). Aussi, il s’agit de renforcer  la sous-traitance ou associations avec les grands groupes ; de participer  aux chaînes d’approvisionnement mis en place par les multinationales (concept de ‘’supply chain’’) ; de renforcer  la structure financière et humaine des petites entreprises ; d’augmenter les   parts de marché par le renforcement des  positions géographiques afin  d’augmenter les  résultats, de dynamiser  la position  géographique ciblée ( à terme les avantages comparatifs sont en Afrique) en vue d’accroître chiffre d’affaire et parts de marché ; afin   d’améliorer l’efficacité   des  importations  et attirer les investissements à forte valeur ajoutée,  mettre en place une relation proportionnelle entre les investissements étrangers et le marché intérieur ; pour accroitre la  compétitivité internationale, il faut accroitre les dépenses en recherche /développement ; renforcer les   entreprises pilotes, améliorer les capacités des  PME , gestion de bases, incitations en matière d’implantation, promotion des réseaux d’entreprises ; d’améliorer les   fonctions de l’entreprise, les infrastructures contribuant à la chaîne logistique ; de supprimer  les systèmes bureaucratiques de contrôle au profit de suivis à posteriori et informatisés tendant vers la simplification des formulaires ; de prévoir des modes de financement appropriés, comme les  garanties de la prospection et des opérations de petite taille et les opérations d’encouragement des investissements internationaux dans l’industrie  grâce à la promotion des réseaux, associations professionnelles, les normes et qualifications demandant compétences techniques  et  encourager (pour les  étrangers et locaux), la  mise en place de systèmes d’assurance-garantie contre le risque économique.
Dixième leçon : L’Algérie doit investir dans l’économie de la connaissance  et les  segments au sein de filières internationalisées pour avoir des  avantages comparatifs. Il s’avère urgent la promotion   de la recherche développement - RD, avec des  avantages fiscaux : appui à la recherche-développement -achat de technologies - amélioration de l’appui institutionnel  et collaboration universités/ secteur public/ entreprises privées. Sans cela il ne faut pas  s’attendre à la mise en place d’un  tissu productif durable. Les choix de développement des filières doivent être cohérents  avec les tendances lourdes internationales car les  tendances incontournables à l’internationalisation des économies tendent à reléguer au second plan   les politiques et contrôles nationaux au profit d’espaces économiques régionaux (CEE) ou mondiaux (OMC).La libre circulation des produits génère une hyper-compétitivité qui demande une réallocation rapide des ressources à l’échelle régionale (demain à l’échelle mondiale). Le maintien abusif de filières non compétitives équivaut à une subvention indirecte mais surtout, en empêchant une optimisation des capitaux investis, pénalise l’avenir des filières les plus dynamiques. Les analyses du commerce international, sur une période longue, montrent que les branches industrielles ont un cycle de vie analogue aux produits industriels, cependant plus complexe. Les pays ‘’convergents’’ (qui ont rattrapé le niveau de vie du groupe des anciens pays industrialisés) sont ceux qui ont renforcé leurs avantages sur les produits dynamiques. La productivité apparente du capital (valeur ajoutée par unité de capital installé) baisse dans tous les pays ce qui est cohérent avec le cycle économique actuel et les technologies qui ont généré de la surcapacité. Il faut donc examiner d’autres paramètres qui expliquent la productivité globale des facteurs de production (part de la croissance qui ne s’explique pas par la progression du stock de capital et de travail mais par l’immatériel).  L’utilisation des statistiques du commerce international permet de révéler les caractéristiques des tissus industriels. Elles permettent de dégager la structure de spécialisation d’un pays, notamment sa capacité d’insertion internationale. Cette méthode des ‘’Avantages Comparatifs Révélés’’ (ACR) mesure la compétitivité à moyen-long terme d’un secteur d’activité. Le taux de change effectif réel (TEER) est un indicateur de compétitivité. Une augmentation de cet indice traduit une appréciation des prix, donc une perte de compétitivité. Les analyses montrent que les entreprises privées sont un terrain de plus grand dynamisme économique que les entreprises publiques car elles s’ajustent plus rapidement au marché et font une meilleure allocation des ressources. Leur poids dans l’économie est un facteur indicatif d’adaptation important.  Les choix de développement des filières doivent coller avec  la structure socio-économique et culturelle du pays.  La forte démographie a généré un fort  accroissement de  la population algérienne, allant vers 50 millions d’habitants horizon 2030 (39 millions d’habitants au 01 janvier 2014). Les emplois créés dans le secteur lourd à forte intensité de capital coûtent entre 4 et 10 fois plus que dans une PMI. Ceci résulte en une industrie peu créatrice d’emplois dans un pays à forte croissance démographique. La dépendance technologique propre à l’outil industriel existant ne peut plus s’accorder de l’absence d’ouverture du capital vers les groupes internationaux et du contrôle rigide du commerce extérieur. Pour les entreprises privées, les performances sont encore freinées par le savoir-faire entrepreneurial limité mais aussi par la difficulté d'accès aux technologies modernes et par des normes de qualité obsolètes.  En plus de la mobilisation   de l’épargne  domestique
( faible bancarisation ) où tout se traite en cash avec l’importance de la sphère informelle contrôlant 40/50% de la masse monétaire en circulation , l’on doit mettre en place  des réseaux pour  une meilleure attractivité du pays aux IDE ainsi qu’aux fonds de la communauté émigré Ceci devrait être géré par le système bancaire qui reste à moderniser car il ne dispose d'aucun des outils permettant de favoriser l'équipement, donc le développement de l'entreprise (par exemple : crédit-bail, escompte des traites, nantissement des marchés publics, etc…). L’important est donc  la spécialisation non pas dans les branches  (vision dépassée) mais  dans la  dynamique des produits car la  spécialisation d’un pays dans le commerce international révèle sa compétitivité au moyen-long terme au niveau sectoriel.
Conclusion : Le co-partenariat , avec les firmes étrangères qu’elles soient occidentales ou des pays émergents (gagnant-gagnant, balance devises, technologique  et managériale positive pour l’Algérie ) impliquant un assouplissement  de la règle des 49/51% pour les segments non stratégiques notamment les PMI-PME peut se réaliser dans maints segments :  agriculture- tourisme- la culture qui est devenue une industrie  hydrocarbures en amont et surtout en aval (pétrochimie)  avec Sonatrach , électricité  avec Sonelgaz, les   énergies renouvelables, ,  l’eau, le recyclage des déchets   et dans certains segments où l’Algérie importe massivement,   l’industrie de l’armement où le Ministère de la défense  algérienne a un vaste programme ( le budget qui lui a été alloué pour 2015 dépassant 13 milliards de dollars) . Dans l’industrie civile  nous avons des segments  dans la mécanique, la métallurgie, l’industrie électrique, les  matériaux de construction, les industries écologiques, la pharmacie, les nouvelles technologies, ainsi que l’éducation et la modernisation du système financier  et    le BTPH  avec les   nouvelles méthodes de construction permettant de   réduire les couts  et des économies d’énergie dont l’Algérie a un vaste programme d’investissement entre 2014/2019- Pour la co-localisation  cela suppose que l’Algérie puisse créer un fonds souverain où j’ai proposé aux autorités que 10 à 15% des réserves de change puisse lui être consacré, la réglementation actuelle ne permettant pas la sortie de capitaux pour ce genre d’investissement à l’étranger. En tout cas cela doit rentrer dans le cadre de la dynamisation d’un vaste tissu productif axé sur les PMI-PME. D’une manière générale, le retour de la croissance passe par l’Etat de Droit, une gouvernance renouvelée se fondant sur une plus grande moralité de ceux qui dirigent la Cité. Du fait de tensions budgétaires à venir, la chute des cours des hydrocarbures étant  durable dans le temps,  cela implique  une plus grande efficacité des dépenses publiques. Le cadrage pluriannuel des finances publiques constitue un instrument essentiel pour la mise en œuvre d’une politique de  maîtrise des dépenses publiques et de procéder  à une évaluation approfondie de l’efficacité des dépenses fiscales et sociales dont le montant dépasse un certain seuil. Le développement de l’Algérie,  devra reposer sur l’initiative locale  pour initier des activités productives, car toute action centralisatrice est vouée à l’échec sans implication des acteurs locaux. Dans le cadre de ces réformes locales, l’on devrait privilégier l’autonomie budgétaire plutôt que l’autonomie fiscale pour inciter les citoyens  à mieux contrôler les dépenses des collectivités locales.  

 


Dr Abderrahmane MEBTOUL
Lundi 3 Novembre 2014 - 15:59
Lu 964 fois
ACTUALITÉ
               Partager Partager

A LA UNE | ACTUALITÉ | MOSTAGANEM | RÉGION | CULTURE | SPORTS | CHRONIQUE | DOSSIERS | ISLAMIYATE | Edito | RAMADANIATE | NON-DITS | DÉBAT DU JOUR | TRIBUNE LIBRE | PUB | Spécial 1er Novembre 54 | Aidons-les ! | MOSTA-HIER | بالعربي






Edition du 08-12-2016.pdf
2.77 Mo - 07/12/2016





Flux RSS


Retrouvez-nous sur Google+