REFLEXION

RAPPORT DU MINISTERE DES FINANCES DU 07 MAI ET DU FMI DU 25 AVRIL 2016 : Des perspectives économiques inquiétantes du devenir de l’Algérie

Ainsi au rythme actuel tant pour les prévisions du Ministère des Finances que du FMI , le fonds de régulation des recettes devrait s’épuiser début 2017 avec le risque d’un processus inflationniste accéléré remettant en cause le taux d’intérêt de l’emprunt obligataire fixé entre 5 et 5,75% et l’épuisement des réserves de change horizon 2018//2019 et donc un retour au FMI.



Devant éviter toute sinistrose, un changement de la politique socio-économique devient urgent impliquant la mobilisation de tous les Algériens, loin des discours démagogiques de certains responsables, s’impose pour éviter  un scénario catastrophe qui risquerait de déstabiliser le pays.
1.-Selon l’agence officielle APS en date du 07 mai 2016 reprenant les données du Ministère des Finances le  déficit du Trésor s'est creusé durant les deux premiers mois de l'année 2016 pour atteindre près de 1.404 milliards de dinars (mds DA) à fin février 2016 (contre près de 413 mds DA à fin février 2015), soit une hausse de près de 240%.  Les recettes budgétaires effectivement recouvrées (pétrolières et ordinaires) ont baissé à 713,6 mds DA contre 894,43 mds DA sur les deux périodes de comparaison (-20,2%). Quant aux dépenses budgétaires, elles ont augmenté en passant à près de 2.040 mds DA sur les 2 premiers mois 2016, contre 1.222,6 mds DA sur la même période 2015, soit une hausse de 66,85%. Facteur  inquiétant,  les dépenses de fonctionnement ont grimpé à 1.256,5 mds DA contre 937,64 mds DA (+34%), alors que celles d'équipement sont montées à 783,5 mds DA contre 284,96 mds DA (+175%) avec pour conséquence . un solde budgétaire déficitaire de 1.326,36 mds DA sur les 2 premiers mois contre 328,17 mds DA à la même période de 2015 (+304,2%) et des prélèvements de 666 mds DA sur les 2 premiers mois sur le fonds de régulation  des recettes sachant que pour 2015 ces prélèvements  ont atteint 2.886,5 mds DA (contre 2.965,67 mds DA en 2014) avec une hausse en 2015. de 6% du déficit du Trésor en 2015.  La loi de finances 2016 tablait  sur  une inflation contenue à 4%, un solde global du Trésor déficitaire de 2.452 mds DA. Le cours adopté étant de 98 dinars un dollar, le déficit budgétaire prévu est de 3236,8 milliards de dinars soit 33,02 milliards de dollars. Le cours  du dinar  le 07 mai 2016  108,7500 un dollar  et  de 124,9750 un euro avec un cours sur le marché parallèle fluctuant entre 175/180 dinars un euro  Ce glissement du dinar voile  l'importance du déficit budgétaire dont la fiscalité pétrolière dont les exportations (97/98/% avec les dérivées)  se font en dollars  et le fonds de régulation des recettes  et gonfle les taxes douanières  de tous les produits importés  dont 60% en euro . Le  FRR est  alimenté de l'écart entre la fiscalité pétrolière effectivement recouvrée et celle budgétisée sur la base de 37 dollars/baril. La loi de finances 2016 prévoit   des réserves du Fonds de régulation des recettes (FRR) de 1.797 mds de DA à fin 2016 soit au cours actuel  près de 16 milliards de dollars. Si l’on avait appliqué un  cours de 75 dinars un  dollar, le fonds de régulation des recettes serait nul   le dernier trimestre 2016. Il existe une loi universelle : un déficit budgétaire induit  automatiquement  un processus inflationniste.   Le gouvernement algérien    ne peut le comprimer indéfiniment  grâce  aux mesures monétaires, qui sont des mesures conjoncturelles, à la hausse de la fiscalité qui risque d'amplifier la sphère informelle,   et aux importations qui elles-mêmes connaissent une restriction accélérant ce processus du fait de la rigidité de l'offre intérieure. C’est que  70% des besoins des ménages et des entreprises publiques et privées  dont le taux d'intégration ne dépasse pas 15% proviennent de l'extérieur, accentuant donc les coûts de production  par l'inflation importée. Un taux d'inflation élevé impliquera nécessairement le relèvement du taux d'intérêt bancaire pouvant freiner l'investissement productif, ne pouvant plus  généraliser les taux d'intérêt bonifié qui constitue un transfert de rente. Aussi ces mesures monétaires et fiscales conjoncturelles sans réformes structurelles  diffèrent les véritables solutions dans le temps. Pour preuve  le cours du dinar est passé de 5 dinars un dollar vers les  années 1970 à plus de 108 dinars actuellement et l’Algérie est toujours mono-exportatrice. Dans une économie productive structurée, exemple la Chine,  cette dévaluation aurait   du dynamiser les sections hors hydrocarbures  dans le cadre des avantages comparatifs mondiaux
 2.- Selon les prévisions du FMI publiées le 25 avril 2016 dans son rapport sur les perspectives de croissance dans la région Moyen Orient-Afrique du Nord-Afghanistan-Pakistan (MOANAP), le Produit intérieur brut nominal de l’Algérie (PIB) devrait s’établir à 166 milliards de dollars (mds usd) en 2016 contre 172,3 mds usd en 2015 avec une croissance du taux de chômage. En 2016, les exportations devraient enregistrer une baisse à 27,7 mds usd contre 38,4 mds usd en 2015, mais devraient progresser en 2017 à 32,3 mds usd. Pour avoir un équilibre budgétaire toujours selon le FMI, l’Algérie aura besoin, en 2016, d’un prix de pétrole de 87,6 dollars/baril contre 109,8 dollars/baril en 2015. Le déficit budgétaire devrait s’élever à 15% du PIB en 2016 (contre 15,9% en 2015). Les importations en 2016 sont estimées à 57,5 mds usd contre 63,7 mds usd en 2015, et devrait atteindre en 2017 à 61,3 mds usd. Le déficit de la balance des comptes courants atteindra -28,3 mds usd en 2016 contre -27 mds usd en 2015. Et – 28,2 mds usd en 2017. Les réserves officielles de l’Algérie devraient reculer sous l’effet de la chute des prix de pétrole à 113,3 mds usd en 2016 en couvrant 22,2 mois d’importations, contre 142,6 mds usd en 2015 et poursuivront leur contraction à 92,3 mds usd en 2017. Ainsi au rythme actuel, et malgré la dévaluation rampante du dinar,  tant pour les prévisions du Ministère des Finances que du FMI , le fonds de régulation des recettes devrait s’épuiser  début 2017 avec le risque d’un processus inflationniste accéléré remettant en cause le taux d’intérêt  de l’emprunt obligataire  fixé entre 5 et 5,75% et l’épuisement des réserves de change  horizon 2018//2019 avec un  retour au FMI ce qu’aucun  Algérien ne souhaite.  Il ne faut pas se faire d’illusions d’un retour du cours du pétrole  à plus de 80 dollars à prix constants car déflaté le cours du pétrole  des années 1980 équivalait  avant la chute,  en 2014 à plus de 90 dollars. Selon la majorité des experts et institutions internationales existe plusieurs scénarios : un retour de la  croissance de l’économie mondiale permettait un cours variant entre 60/70 dollars ;  une croissance modérée entre 50/60 dollars ;  une croissance en berne entre 40/50 dollars et  une dépression mondiale  un cours inférieur à 30 dollars. Etant une erreur de raisonner sur un modèle de consommation  énergétique linéaire du passé, au-delà de 2020, le monde s’oriente vers  une grande mutation énergétique mondiale allant vers MIX énergétique. Les deux plus grands producteurs  de pétrole au monde l’ont compris.  L’Arabie Saoudite consacrera  plus de 2000 milliards de dollars pour se libérer de la dépendance rentière. La Russie , ne parlant pas  des USA qui ont une économie diversifiée s’autosuffisant  et exportant bientôt vers l’Europe , envisage de réaliser également cette transition car pour reprendre les propos  souvent cités  par des experts en énergie ,  de la même façon que l’âge de pierre, qui n’a pas pris fin parce qu’il n’y avait plus de pierres, l’ère du pétrole   est en voie  de laisser place  à des énergies alternatives  (1). Dès lors  que face  à la baisse du cours des hydrocarbures  de longue durée et des tensions géostratégiques, l’Algérie a besoin  de rassembler  toutes les énergies sans exclusive, tenant compte de leurs  différentes sensibilités afin de réaliser tant la transition économique qu’énergétique. Le débat contradictoire productif, le dialogue serein et  la symbiose Etat/citoyens, sont me semble t-il la condition sine qua non pour établir tant un bilan objectif afin de corriger les erreurs du passé  que de tracer les perspectives futures du pays. Les débats contradictoires productifs traduisent  la vitalité   d’une société. Personne n’a le monopole du nationalisme et de la vérité. Le plus grand ignorant est celui qui prétend tout savoir d’où l’importance du respect et de la tolérance des idées d’autrui. Tous  les  Algériens aiment leur pays et rêvent qu’il devienne un pays émergent. Les discours déconnectés  de la réalité sociale avec une  jeunesse exigeante  de plus en plus instruite et parabolée,  qui voient l’ennemi de l’extérieur partout, (ce dernier agissant lorsque  le corps social interne est décomposé),  afin de voiler les difficultés internes ne portent plus. Au contraire, avec un manque de communication transparente et de crédibilité, ils jouent comme repoussoir. -L’Algérie pour sortir de la crise  doit asseoir une économie diversifiée fondée sur une bonne gouvernance. Les ajustements économiques et sociaux nécessaires  où les sacrifices devront être partagés, impliqueront de profondes réformes structurelles, des stratégies d’adaptation tant aux nouvelles mutations mondiales qu’internes à l’approche de la quatrième révolution industrielle analysée minutieusement lors de la dernière  rencontre du Word Economic Forum. Son Excellence le président de la République   le 01 mai 2016 a rappelé l’urgence de profondes réformes, condition pour une économie diversifiée(2). Pour  atteindre ce but, sans chauvinisme devant éloigner toute vision de sinistrose mais également de toute autosatisfaction  déconnectée des réalités, l’Algérie  a toutes les potentialités  pour y arriver, une dette extérieure inférieure à 4 milliards de dollars, des réserves de change supérieures à 140 milliards de dollars qu’il s’agit de ne pas  gaspiller et surtout la ressource humaine richesse bien plus importante que toutes les réserves d’hydrocarbures.. Mais cela implique   de reposer le développement sur les trois  fondamentaux du XXIème siècle :  premièrement, la bonne gouvernance, l’Etat de Droit  et la démocratisation, de la société tenant compte de son anthropologie culturelle conciliant la tradition et la modernité ; deuxièmement la valorisation de la connaissance en améliorant la qualité  et troisièmement le dialogue permanent  entre le Pouvoir et les différentes forces  sociales et économiques,  le mouvement de toute  société donnant naissance à des forces nouvelles dynamiques tant politiques, sociales qu’économiques.  
 En résumé,  en ces moments cruciaux pour son devenir, si elle veut éviter le retour au FMI et  des tensions sociales  de plus en plus aiguës, avec cette fois  les risques du fait de la déstabilisation de la région d'une intervention étrangère   qui n'est pas à écarter, l’Algérie a besoin de plus de moralité,  d'une vision stratégique claire  et   de revoir son modèle socio-économique et sociopolitique, loin des discours démagogiques populistes. Les solutions ne sont pas  essentiellement  économiques  mais aussi politiques. Faute  de quoi il ne faut pas s'attendre à un retour à la croissance  avec les risques d'une déflation sociale à terme. Pour positiver l’action future, l’Algérie a besoin surtout d'un regard lucide et non de courtisans  liés à la rente.  Certains qui attisent la haine et la division  ne rendent pas service au pays  en cherchant surtout à préserver  leurs intérêts personnels au détriment des intérêts supérieurs de l’Algérie. Afin de préparer une économie diversifiée conditionnée par les réformes structurelles,  les Algériens doivent se  rassembler.  
(1) -Evitant toute  vision de sinistrose, le professeur Abderrahmane MEBTOUL membre de plusieurs organisations internationales a donné le 04 mai 2016 une interview en anglais à l’agence internationale  INTERFAX ( diffusion –Amérique, Asie, Europe-Afrique –Moyen orient repris par Bloomberg )  où il a mis en relief  que l’Algérie est un pays  où la sécurité des sites pétroliers est assurée  ,  que le départ de BP et Staoil  sont transitoires et que toute compagnie recherche le pays où le profit est maximum en incluant les coûts de sécurité. L’Algérie face à la concurrence  devra adapter sa législation pour attirer les investisseurs ( Voir http://interfaxenergy.com/gasdaily/article/20152/bp-and-statoil-seek-better-terms-in-algeria   « BP and Statoil seek better terms in Algeria By » Astrid Madsen 4 May 2016 » -Voir  également le plus grand quotidien français le monde fr/Afrique du 18 mai 2016- analyse du Pr Abderrahmane Mebtoul sur  la situation de l’économie algérienne, ses perspectives   et le partenariat gagnant/gagnant  entre l’Algérie et ses partenaires -également les hebdomadaires le Point.fr/Afrique- L’Express  et RFI avril 2016 Paris France)
 (2)-le professeur Abderrahmane Mebtoul a dirigé pour le compte du gouvernement assisté de 23 experts  une importante étude pluridisciplinaire allant de l’international, au cadre macro-économique et macro social qu’aux filières à développer : « face aux mutations mondiales, les axes de relance économique de l’Algérie 2014/2020 »- (10 volumes 2014 -1000 pages)   

 

Dr Abderrahmane MEBTOUL
Dimanche 8 Mai 2016 - 18:34
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ACTUALITÉ
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