REFLEXION

RAMADHAN 2015 : Puisse les valeurs morales et la tolérance l’emporter sur la xénophobie !

« Certains dirigeants confondent abusivement fonds public avec leurs fonds personnels. S'ils veulent faire œuvre véritablement de bonne charité, qu'ils le fassent sur leur propre compte bancaire » John Maynard, Keynes.



1.- Pour 2014, environ 1,6 million de familles ont été  concernés ce qui donnerait selon un ratio de cinq par famille huit millions de personnes soit 20% de la population algérienne estimée à environ 39 millions d’habitants  en 2014. Selon le Ministère de la solidarité, en 2015 plus  de 1.4 million de familles algériennes bénéficieront des couffins du Ramadan  et en prenant  5 personnes par  famille  soit qu’environ 7 millions d’algériens soit près  de 18% de la population algérienne estimée à 40 millions. Je connais d'anciens fonctionnaires en retraite, certains enseignants du primaire et du secondaire, des cadres moyens, des journalistes qui ont tout donné à l'Algérie après plus de 30 ans de carrière avec moins de 30.000 dinars par mois (je ne parlerai pas de ceux qui perçoivent toujours moins de 20.000 dinars par mois) qui par la force des choses sont contraints. Il s’agit donc d’analyser la situation socio-économique  sans démagogie, évitant  les déclarations euphoriques loin de la réalité économique, vison paternaliste-bureaucratique du passé alors qu'avec Internet le monde est devenu une maison de verre,  où nous assistons à un dialogue de sourd  gouvernants/gouvernés confrontés à la dure réalité quotidienne. Un ancien ministre déclaratif maladroitement en 2013  qu’en  Algérie, il n'y a pas de pauvres mais des nécessiteux, quelle différence ?  Comment ne pas se rappeler cette image de la télévision algérienne où, à une question sur le taux de chômage en 2010, un Ministre affirmera que les enquêtes donnent 10/11 %, allant vers 8% et qu'un journaliste lui répliqua: êtes-vous sûr de vos données ? Oui, répond le Ministre. Ce à quoi le journaliste répliqua sous l'œil amusé de la présentatrice, non convaincue d'ailleurs, qu'il irait faire un tour dans les quartiers Algérie et qu'il dirait aux chômeurs que dorénavant leur appellation n'est plus chômeur mais travailleur. Car, comment avec un taux de croissance avoisinant 3 % entre 2000/2014, peut-on, afficher un accroissement de l'emploi utile supérieur à la croissance  de la population active,  où le  taux de croissance hors hydrocarbures  est irrigué à plus de  80% par la rente hydrocarbures ? Cela contredit les règles élémentaires de l'abc de l'économie. Mais cela s’applique également  aux périodes précédentes. Comment ne pas  rappeler les propos d’un ex-premier ministre qui entre 1986/1987  clamait haut et fort que la chute du cours des hydrocarbures de 1986 ne touchera jamais l’Algérie où le pays par la suite  est parti droit au mur avec la cessation de paiement. .Le Ministre du commerce de l’époque, actuellement haut responsable,  après la grande pénurie que connaissait le pays après la crise de 1986, à l'ENTV  avançait avec assurance que le marché était saturé selon les données en sa possession ;  la présentatrice, actuellement sénatrice,  lui rétorquant s'il a fait un jour le marché et que la population algérienne ne mangeait pas les chiffres.
 2.-On ne décrète pas la fixation des prix, la création d'entreprises ou la création d'emplois, ce qui a abouti à des effets pervers avec une non proportionnalité entre la dépense publique, et    les impacts économiques et sociaux avec un gaspillage des ressources financières. Il s'agit de ne pas confondre le tout Etat des années 1970 (solution de facilité des bureaucrates en panne d'imagination) avec l'importance de l'Etat régulateur stratégique en économie de marché concurrentielle, loin de tout monopole, ce qui suppose un degré de compétences élevé pour réguler face aux enjeux de la mondialisation, en ce monde incertain  et en perpétuel mouvement augurant  de profonds bouleversements géostratégiques et économiques entre 2015/2020.  Invoquer une évolution positive du revenu global, c'est ignorer cette évidence, la concentration du revenu au profit d'une minorité  rentière. Car, un chiffre global a peu de significations, sans analyser la répartition du revenu national et le modèle de consommation par couches sociales.  S’agissant d'un problème aussi complexe que celui du pouvoir d’achat et de l'inflation, il me semble utile de préciser que ces phénomènes doivent tenir compte de la structure et des particularités de l'économie à laquelle ils sont appliqués, les aspects de structures de l'économie internationale, de l'économie interne résultant de l'option de la stratégie de développement économique, aux schémas de consommation générés en son sein pour des raisons historiques, d'influences socioculturelles et aux composantes des différentes forces sociales pour s'approprier une fraction du revenu national.  Un taux d’inflation se calcule par rapport à la période antérieure. Ainsi, un taux faible en 2015 par rapport à un taux élevé entre 2013/2014 donne en cumul un taux élevé. Comme un taux de croissance élevé en 2015 par rapport à un taux faible  2013/2014 donne un taux cumulé faible. En Algérie les subventions généralisées et non ciblées qui ne profitent pas toujours aux plus défavorisés, car mal ciblés, représentant avec les transferts sociaux  environ 60 milliards de dollars soit 27/28%,  compressent  artificiellement le taux d’inflation qui peut être expliqué par quatre raisons interdépendantes. La première raison de l'inflation est la non proportionnalité entre la dépense publique et les impacts économiques et sociaux, traduisant la faiblesse de la productivité du travail. La deuxième raison liée au premier est la faiblesse d'une politique salariale cohérente privilégiant les créateurs de valeur ajoutée le travail et l'intelligence au profit d'emplois rente. La troisième raison est l'extension de la sphère informelle qui contrôle quatre segments celui des fruits et légumes, de la viande rouge et blanche; du poisson et du textile /cuir, ce dernier à travers les importations de valises avec plus de 40%de la masse monétaire en circulation et contrôlant plus de 65% des segments des produits de première nécessité. L'allongement des circuits de commercialisation à travers leur désorganisation entre le producteur et le consommateur favorise les rentes de monopoles. La quatrième raison est l'inflation importée mais la question qui se pose pourquoi lorsque le taux d'inflation mondial va vers zéro cela ne  profite ni aux producteurs ni aux consommateurs algériens. C’est que le dérapage du dinar, paradoxe à la fois par rapport au dollar et par rapport à l’euro alors que leur cotation varie inversement, gonflant d'ailleurs artificiellement les recettes fiscales (voilant l'importance du déficit budgétaire) et le fonds de régulation des recettes calculés en dinars algériens, les taxes exorbitantes au niveau des douanes qui s'appliquent à un dinar dévalué pour entretenir notamment les couches rentières ont largement contribué à favoriser la hausse des prix.  Comment ne pas rappeler cette réalité amère en ce mois de juin 2015: 98% des recettes en devises sont le fait d’hydrocarbures et que la cotation du dinar  et le pouvoir d'achat des Algériens sont corrélés  à plus de 70% à  la rente des hydrocarbures. Avec les tensions budgétaires qui s’annoncent entre 2016/2020 dues à la chute des recettes d’hydrocarbures, il y a urgence de la transition d’une économie de rente à une économie hors hydrocarbures dans le cadre des valeurs internationales, supposant une gouvernance rénovée, réhabiliter la morale pour un sacrifie partagé , l’entreprise créatrice de richesses publique  et privée nationale ou internationale et son soubassement le savoir. Comme signe de solidarité chacun sans tapage médiatique  peut aider les plus démunis et pas uniquement durant la période du mois de Ramadhan mais durant toute notre vie. Comme le rappelait justement un des plus célèbres économistes du XXème siècle, conseiller financier du gouvernement britannique, et négociateur des Accords de Breeton Woods de 1945,
  3.-En résumé, tous les Ministres du Commerce ainsi que certains de leurs collègues, depuis des décennies  ont prêché dans le désert durant cette période du mois sacré. Ce département n'a jamais réussi à endiguer l'inflation des prix et mettre un terme aux profiteurs de tout acabit, pour la simple raison que cela ne relève pas d'un simple département ministériel mais que le processus d'inflation, autant que le chômage,  est le reflet  de toute une politique socio-économique passée et présente. A l’occasion  du mois sacré du Ramadhan, permettez de   souhaiter  à l’ensemble du peuple algérien et au monde musulman mes meilleurs vœux  de bonheur et de santé. Puisse ce mois sacré consacrer la miséricorde dans tous les cœurs des Algériens. L’Algérie éternelle jalonnée d’une histoire millénaire a d’importances potentialités   pour devenir un pays pivot au sein des espaces euro-méditerranéens et africains, conditionné par   une plus grande moralité, un Etat de Droit et   une   bonne gouvernance. Pour cela,  s’impose un  dialogue social et économique pour mobiliser les forces vives  de la Nation  pour un front social interne solide, et la valorisation du savoir pour une innovation soutenue. Ce sont les conditions de base  d’un développement durable afin de  réaliser une  production et exportation hors hydrocarbures, au sein des filières internationalisées.  Puisse notre cher pays,  connaître  la paix,   le progrès économique et social  pour tous  ses enfants conciliant efficacité économique et cohésion sociale, au moment de  grands bouleversements géostratégiques qui s’annoncent entre 2015/2020,  décisives pour son devenir, notamment au niveau du continent Afrique. Le véritable nationalisme des Algériens en ce XXIème siècle se mesurera par leur contribution  à l’accroissement de la valeur ajoutée interne afin de créer des emplois productifs  et de réduire les tensions sociales. En veillant jalousement,  à préserver, les intérêts supérieurs du pays, l’on devra donc  tenir  compte  sans chauvinisme des nouvelles mutations  mondiales économiques, sociales, politiques et militaires nécessitant une stratégie d’adaptation perpétuelle à tous les niveaux.  Puisse  ce mois sacré, guider notre   action commune, par la tolérance pour le respect d'autrui qui ne partage pas notre point, y compris les pratiques religieuses, notre point de vue, politique, culturel,  économique et le combat contre toute forme  de xénophobie .

 

Dr Abderrahmane MEBTOUL
Mercredi 17 Juin 2015 - 20:17
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