REFLEXION

Quelles perspectives pour l'économie algérienne face au système rentier

Il est unanimement admis par les analystes sérieux, privilégiant uniquement les intérêts supérieurs de l’Algérie et nous ne parlons pas des intellectuels organiques aux ordres en contrepartie de la distribution de la rente des hydrocarbures, qu’un changement de lois n’apporterait rien de nouveau si l’on maintient le cap de l’actuelle gouvernance politique et économique.



Quelles perspectives  pour l'économie algérienne face  au  système rentier
I- Efficacité gouvernementale et gouvernance rénovée
Sans changement de système politique, il ne faut pas changer de personnel politique. Et ce qui se passe en Algérie depuis des décennies. N’avons-nous pas des Ministres inamovibles certains depuis les années 1980, la composition à 90% étant sensiblement la même depuis 2000. Les Algériens et les étrangers voient toujours les mêmes têtes sans bilans avec des permutations perpétuelles, comme si l’Algérie était stérile avec ce discours lassant et qui ne porte plus, on prépare la relève pour la jeunesse. Une personne née en 1962 a aujourd’hui 49 ans et peut être grand mère ou grand père. Encore que l’âge n’est pas toujours déterminant mais la mentalité culturelle, pouvant trouver un jeune moulé dans le parti unique plus conservateur qu’un autre ayant dépassé les 60 ans qui prône le changement productif. L’essentiel est d’éviter l’inertie. Or, les enquêtes des instituts de psychologie du travail internationaux montrent clairement que pour les managers économiques (PDG de grandes entreprises) ou des managers politiques (ministres), qu’au delà de cinq années, pour 75% de cas, 25% étant des femmes ou hommes exceptionnels- ils deviennent amorphes et incapables d’innovation, avec le risque de s’entourer d’une cour aussi stérile d’où le danger d’une inertie générale alors que le monde évolue. Cela explique que souvent dans les grands pays démocratiques on limite les mandats présidentiels à deux. En dynamique, une Nation qui n’avance pas recule forcément, la maîtrise du temps étant le principal défi des gouvernants au XXIème siècle car nous sommes à l’ère de la mondialisation, contrainte stratégique. Il semble bien que la majorité de nos dirigeants ne tiennent pas compte de ce facteur temps, surtout que les réserves d’hydrocarbures – entendu rentables économiquement (cout/prix, concurrence des pays et des énergies substituables) iront vers l’épuisement dans 20/25 ans au maximum, donc posant la problématique de la sécurité nationale. Comme analysé dans plusieurs de mes contributions depuis 1992(voir www.googe.fr), le gouvernement invoquant la crise économique prône le patriotisme économique. Mais que l’on s’entende bien sur ce mot en évitant la confusion du fait de l’ancienne culture bureaucratique entre le tout Etat, la diabolisation du secteur privé national et international, et un rôle plus accrue de l’Etat régulateur stratégique en économie de marché. C’est une différence de taille pour toute politique économique fiable devant tenir compte de cette dure réalité, malgré la crise mondiale, d’une économie de plus en plus globalisée. Il ne s’agit pas d’opposer le secteur d’Etat au secteur privé mais de soumettre le secteur d’Etat aux principes de l’efficacité dans un environnement concurrentiel supposant un management stratégique et non une gestion administrative. Lorsqu’on sait que l’assainissement des entreprises publiques en Algérie a coûté au trésor public plus de 50 milliards de dollars entre 1971/2011 sans résultats probants, 70% des entreprises publiques étant revenues à la case de départ alors que ces montants auraient pu être consacrés à la création de nouvelles entreprises dynamiques de quoi créer tout un nouveau tissu productif et des millions d’emplois à valeur ajoutée. Bon nombre d’institutions internationales classe l’Algérie à un niveau déplorable entre 2006/2011, classement qui ne reflète pas les potentialités énormes du pays. Les experts nationaux ont tous souligné le poids de la bureaucratie, l’instabilité juridique et le manque de clarté dans les nouvelles dispositions du gouvernement algérien. C’est dans cet esprit sans études d’impacts que rentrent les décisions hasardeuses du passage sans transition du Remdoc au Crédoc (crédit documentaire) , qui n’ont pas eu d’impacts ni sur la traçabilité ( (existant déjà au niveau du Remdoc ) ni sur la baisse de la valeur des importations tout en pénalisant la majorité des PMI/PME constituant 90% du tissu productif. Comme la contrainte 51 pour cent aux algériens dans tout projet d’investissement et 70 pour cent des parts algériennes dans les sociétés d’import étrangères alors qu’il fallait privilégier une balance devises excédentaires , l’apport technologique et managérial pour un partenariat gagnant /gagnant. Ce qui a entrainé une chute de plus de 40% des IDE hors hydrocarbures sans compter les litiges au niveau des tribunaux internationaux, une loi n’étant jamais du point de vue du droit international rétroactive sauf si elle améliore la précédente.. Comme il convient de se demander pourquoi ces échecs répétés depuis 2007 aucune grande compagnie étrangère n’a été intéressée par les avis d’appel d‘offre de l’Alnaft ( structure dépendante du Ministère de l’Energie) pour les gisements d’hydrocarbures, le dernier échec étant l’avis d’appel d’offre de mars 2011. Cela est plus patent pour l’aval c'est-à-dire les segments pétrochimiques produits semi finis et finis répondant aux valeurs internationales dont les parts de marché avec des structures oligopolistiques sont déjà pris au niveau mondial (amortissement déjà réalisé) où avec les 49/51% il faut s’attendre à aucun investisseur étranger potentiel. Cette situation de changement perpétuel de cadres juridiques démobilise tant les cadres du secteur économique public que les opérateurs privés nationaux et internationaux. Cela montre clairement la dominance de la vision administrative et non économique liée à l’absence de visibilité et de cohérence dans la démarche de la réforme globale, renvoyant au blocage systémique intiment lié aux aspects de gouvernance (Etat de droit notamment) du fait que l’on ne peut isoler la gouvernance de l’entreprise de la gouvernance globale. C’est que l’Algérie est toujours dans cette interminable transition depuis 1986 vers l’économie de marché, qui doit se fonder sur des mécanismes concurrentiels dans tous les domaines, cohabitant une gestion administrée toujours dominante avec des embryons de libéralisation et le risque de passage d’un monopole public à un monopole privé spéculatif du fait de la non mise en place d’une manière cohérente de mécanismes de régulation nouveaux de marché avec un rôle stratégique de l’Etat régulateur. Comme en témoigne le poids de la bureaucratie, la corruption (renvoyant à la refonte de l’Etat), la léthargie du système financier, l’épineux problème du foncier et enfin l’inadaptation du système socio-éducatif et la dominance des emplois/salaires rentes (dévalorisation du savoir) montrant l’absence d’une politique salariale fondée sur le travail et l’intelligence malgré des discours que contredisent les pratiques sociales.

II –L’impact de la nouvelle donne internationale sur la gouvernance
Ce n’est pas à la population algérienne de changer de comportement mais d’abord à nos dirigeants devant donner l’exemple, qui n’ont pas encore fait leurs mues culturelles vivant encore à l’ère du Parti Unique. Or, nous avons deux options : soit satisfaire les appétits partisans par une redistribution passive de la rente en maintenant l’actuel système politique. Aux dernières élections législatives par rapport aux inscrits, les partis FLN/RND/MSP ont représenté 13% tout en précisant que le parti FLN, RNN et MSP ne sont que l’éclatement de l’ancien parti unique du FLN des années 1980 pour donner l’illusion d’une façade démocratique avec la création de nombreux micro-partis et organisations satellitaires. Cela explique le peu d’impacts sur la société, incapables de mobiliser et de sensibiliser (non crédibles), laissant lors d’émeutes les citoyens face aux services de sécurité. Sans intermédiation crédible de réseaux sociaux, combinée avec la panne économique où tout est irrigué par les hydrocarbures, 98% des exportations et important 75% des besoins des entreprises et ménages, donnant des taux de croissance et de taux de chômage fictifs, cela ne peut que conduire à une déflagration sociale à terme. L’Algérie ne saurait invoquer sa spécificité face au printemps démocratique qui secoue le monde arabe et devrait méditer les nouvelles mutations politiques. Pour éviter les réformes du régime, certains dirigeants arabes se réfugiant dernière l’islamisme radical, le combat contre le terrorisme et invoquant la main de l’extérieur comme facteur de déstabilisation. Or ce sont des combats d’arrière garde, les occidentaux les ayant abandonnés malgré leur servitude, dans la politique n’existant pas de sentiments mais des intérêts), à l’instar des anciens dirigeants tunisiens, égyptiens, libyens et des actuels dirigeants yéménites et syriens. Avec l’avènement d’Internet qui modèle l’opinion et l’entrée des sociétés civiles, ces discours ne portent plus ce qui préfigure d’ailleurs une reconfiguration des nouvelles relations internationales prenant en compte les exigences de dignité et de liberté au niveau des populations du Sud. Certes le danger extrémiste source d’intolérance est réel mais les grandes puissances ont fait comprendre aux dirigeants arabes ( et à certains dirigeants d’Afrique) qui deviendront à terme de plus en plus minoritaires, se réfugiant derrière le statut quo par le frein à la démocratisation avec une répartition inégalitaire des richesses et la corruption d’une certaine caste , que leurs comportements favorisent le terrorisme et l’islamisme radical et qu’ils en sont en grande partie responsables. Ce n’est pas par philanthropie mais certes mus par des intérêts économiques et voulant éviter que des milliers de jeunes qui rêvent de s’enfuir vers les USA, le Canada et l’Europe viennent alourdir leur taux de chômage. Encore que l’exode de cerveaux massif des pays arabes et l’Afrique est souvent voulue par certain dirigeants arabes malgré certains discours de propagande à usage de consommation intérieure envers la diaspora alors qu’ils ne font presque rien pour retenir ce qui reste, vidant la substance de leurs pays. C’est que l’élite ne peut s’assimiler à un tube digestif mais aspire à conquérir des espaces de libertés par la participation à la gestion de la Cité.

III – Les conditions de l’amélioration sociale en Algérie
On a l’impression que le pouvoir actuel face aux bouleversements mondiaux et des tensions qui touchent tous les secteurs en même temps est tétanisé et en panne d’imagination. L’urgence d’approfondir la réforme globale en en Algérie (du fait de rapports de forces contradictoires au sommet du pouvoir qui se neutralisent, renvoyant au partage de la rente) doit reposer sur le travail et l’intelligence afin de redonner une lueur d’espoir, surtout à une jeunesse désabusée en conciliant l’efficacité économique par plus de rigueur budgétaire et la justice sociale. La réussite est avant tout non celle d’une femme ou homme seul (il n’existe plus de femmes et d’hommes providentiels et selon l’adage militaire nul n’est indispensable) mais celle d’une équipe compétente soudée (de véritables managers sachant tant gérer qu’à l’écoute des populations) animée d’une profonde moralité avec une lettre de mission à exécuter dans les délais et des coûts internationaux les projets mis en œuvre. C’est que la situation actuelle en Algérie montre clairement (sauf à ceux qui vont dans l’autosatisfaction déconnectés des réalités sociales), une très forte démobilisation populaire due à ces signes extérieurs de richesses souvent non justifiées, la détérioration du niveau et genre de vie de la majorité de la population malgré des réserves de change dépassant de 175 milliards de dollars fin juin 2011 dont 154 milliards de dollars placés à l’étranger à des taux d’intérêts nuls pondérés par l’inflation mondiale et donc pourquoi donc continuer à épuiser la ressource éphémère que sont les hydrocarbures si les capacités d’absorbation sont limitées . Ces réserves de change ne sont pas un signe de développement sont dues non au travail mais à des facteurs exogènes à la différence de la Chine , pouvant conduire le pays au synchrome hollandais avec une corruption généralisée, des dépenses non proportionnelles aux impacts, les rapports internationaux montant que l’Algérie dépense deux fois plus pour avoir deux fois de résultats moindres par rapport à des pays similaires.. Et comme le démontre les moins de 2 % des exportations hors hydrocarbures entre 2006/2011, un taux de croissance relativement faible tiré essentiellement par les dépenses publiques en récession (plus de 5 % entre 2004/2005, 1,8 % en 2006¸ moins de 3 % en 2007 et inférieur à 4 % entre 2008/ 2011,( le FMI prévoir 3% en 2012) , les 80% des segments hors hydrocarbures étant eux mêmes tirés par la dépense publique. Le programme de soutien à la relance économique est passé de 55 milliards de dollars en 2004, à 100 fin 2005, à 140 fin 2006 et 200 milliards de dollars fin 2009 et sur les 286 milliards de dollars programmé entre 2010/2014, 130 sont des restes à réaliser du programme 2004/2009 (mauvaise gestion, corruption, projets mal ciblés ect) . Comme suite logique de la mauvaise gestion et de la corruption qui s’est socialisée et des tensions sociales que l’on essaie de tempérer à travers une redistribution désordonnée de la rente des hydrocarbures, des salaires versées sans contreparties productives pour calmer transitoirement le front social, mais avec le risque d’une hyperinflation à terme, que l‘on comprime artificiellement par des subventions mal gérées et mal ciblées. Cela ne peut durer indéfiniment quitte à conduire le pays à la dérive. La condition de l’amélioration sociale passe par un retour à la croissance hors hydrocarbures qui reste tributaire de deux conditions complémentaires :

- la réhabilitation de l’entreprise, la levée des contraintes d’investissement passant par la refonte urgente du système financier, fiscal, douanier, domanial (foncier) et une détermination plus grande par une vision plus cohérente de la réalisation du programme des réformes ;
- sur le plan sociopolitique déterminant, cela passe par la refonte de l’Etat, une véritable décentralisation, la production d’une culture politique participative, une communication institutionnelle efficiente et l’élaboration d’un nouveau consensus social et politique (ce qui ne signifie aucunement unanimisme, signe de la décadence de toute société) permettant de dégager une majorité significative dans le corps social autour d’un véritable projet de société.
L’Algérie doit réorienter sa politique socio-économique, l’actuelle étant ruineuse pour le pays avec la dominance de la dépense publique dans les infrastructures ( 70%) souvent mal faites alors quelle n’est qu’un moyen du développement et des rentes aux dépends du travail. Il s‘agit d’assurer un minimum de cohésion sociale tant spatiale qu’entre les catégories socioprofessionnelles (cette injustice qui devient criarde, un Etat riche mais une population de plus en plus pauvre) et s’adapter aux enjeux de la mondialisation, l’espace euro méditerranéen et arabo-africain étant notre espace naturel, surtout que la crise mondiale actuelle préfigure d’un bouleversement géo stratégique et économique. L’intégration maghrébine et plus globalement de l’Afrique du Nord est une urgence de l’heure, devant miser sur l’Afrique. Cette adaptation est inséparable d’un Etat de droit et de la démocratie tenant compte de notre anthropologie culturelle, du respect du droit de l’homme, de la promotion de la condition féminine. L’Algérie a toutes les potentialités pour devenir un pays pivot, conditionné par plus de réformes maîtrisées, pour une dynamisation de la production et exportations hors hydrocarbures. C’est que les observateurs neutres tant nationaux qu’internationaux tendent vers ce constat: le système algérien est bloqué avec une concentration excessive du revenu au profit d’une minorité rentière, que l’on voile par de l’activisme et des dépenses monétaires sans se préoccuper des impacts. La moralité des dirigeants est fondamentale comme facteur de mobilisation, pour un sacrifice partagé car les réformes souvent différées seront douloureuses dans les années à venir d’où un langage de vérité loin de la démagogie populiste. Pur cela, il s’agit de privilégier une bonne gouvernance en investissant dans des institutions démocratiques tenant compte des anthropologies culturelles, l’investissement dans le savoir en misant sur la qualité et non la quantité , richesse bien plus importante que toutes les richesses d’hydrocarbures fondement d’entreprises compétitives, ce qui suppose de profonds réaménagements politiques. Démocratie et développement dans le moyen et long terme sont dialectiquement liés. Il s’agit à tout prix d’éviter de perpétuer des comportements passés qui ne peuvent aboutir inévitablement qu’à une vision périmée avec le risque de névrose collective et une déflagration sociale. Espérons pour l'Algérie un avenir meilleur.


Professeur Abderrahmane MEBTOUL
Jeudi 6 Octobre 2011 - 09:34
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