REFLEXION

Quelle stratégie future pour le 18ème Congrès du Parti Communiste Chinois ?

Deux grandes élections qui ont une influence décisive sur l’avenir du monde, en ce mois de novembre 2012. Celle du président des Etats-Unis d’Amérique où le président Barack Obama a été réélu le 06 novembre 2012 et des futurs dirigeants chinois. Cette présente contribution a pour objet d’analyser les perspectives des décisions du 18e Congrès national du Parti communiste chinois qui s’est ouvert le 08 novembre 2012 à Pékin.



1.-La stratégie de la Chine, une stratégie planétaire
A cet effet, le 18e Congrès chinois , qui a lieu une fois tous les cinq ans,  composé d'environ 370 hauts responsables du PCC, du gouvernement et de l'armée  s’est ouvert  pour sept jours  va porter au pouvoir une nouvelle génération de dirigeants et officialiser la passation de pouvoir entre le président Hu Jintao et le vice-président Xi Jinping. Les principaux dirigeants de la prochaine décennie qui seront désignés pendant le Congrès sont déjà connus: c'est Xi Jinping, 59 ans, qui sera le futur N°1 chinois, devenant le secrétaire général du PCC avant de succéder en mars prochain à Hu Jintao comme président de la République. Il sera secondé par Li Keqiang, 57 ans, qui doit, également en mars prochain, prendre la place de Premier ministre occupée par Wen Jiabao.  Par ailleurs, il convient de souligner  que la  Chine  est une grande puissance mais sa stratégie ne peut être isolée. Elle s’inscrit au sein de pays émergents appelés -BRIC - (Brésil, Russie, Inde, Chine-Afrique du Sud). Ces cinq pays représentent 40 % de la population mondiale et en 2015, selon le Fonds monétaire international, ils devraient assurer 61% de la croissance de l’économie. En 2011, ils représentent environ 40% de la population mondiale, 27% du PIB mondial et extrapolé par le FMI en 2025 à environ 40% du PIB mondial devant donc assister à d’importants bouleversements géostratégiques. A l'intérieur du parti, une lutte se déroule depuis 2010 entre les partisans d'une libéralisation politique et de la rupture avec l'héritage maoïste et ceux de la ligne dure conservatrice lobbys très puissants qui veulent conserver le statut quo. Or, l’enjeu diplomatique ne sera que le reflet de ces deux tendances où l’aile réformiste est plus réaliste face aux enjeux mondiaux. 
2- Les axes du développement : lutte contre la corruption  et  le chômage 
Pour le XVIIIe congrès du Parti communiste chinois ,  l’essentiel est d’assurer la cohésion entre les membres du comité central et du bureau politique qui n’ont pas toujours des vues convergentes notamment sur l’importance du rôle de l’Etat dans l’économie  représentant parfois des groupes d’intérêts différents avec comme axe essentiel la lutte  contre le chômage et l’amélioration du niveau de vie des chinois. Cela passe par  un minimum de moralité et donc  la lutte contre la corruption tant centrale que locale . Le président Hu Jintao a énuméré   ce thème 16 fois au cours dans son allocution. La Chine a connu une période de scandales sans précédent au cours de ces derniers mois avec les affaires Bo Xilai, Liu Zhijun, la démission d'un proche conseiller de Hu Jintao après la mort de son fils et de deux jeunes femmes dans un accident de Ferrari. Pour réaliser les objectifs,  le grand problème des futurs dirigeants chinois est de maintenir un taux de croissance supérieur à 10% afin d’éviter le chômage qui sera fonction de l’évolution de la croissance mondiale notamment en Europe premier lieu d’exportation chinois et les USA second lieu d’exportation. Il s’agira également d’optimaliser l’importance ses réserves de change (3181 milliards de dollars au 01 janvier 2012) par le canal de ses fonds souverains pour ses investissements à travers le monde. Par ailleurs il s’agira de s’attaquer à la surchauffe de l’économie notamment comment lutter contre la hausse du taux d’inflation et les inégalités afin d’assurer la cohésion sociale équilibre spatial et équilibre socio- professionnels. L’équilibre entre les villes, la chine connaissant une urbanisation accélère et les campagnes seront une priorité en relançant également l’agriculture du fait de la forte pression démographique. Sur le plan stratégique liés aux deux points précédents, avec ce rajeunissement des dirigeants qui connaissent bien les nouvelles mutations tant internes que celles du monde, il s ‘agira de réaliser une transition maitrisée d’une économie administrée vers une économie de marché concurrentielle pus humanisée. Dans ce cadre il s’agira pour les futurs dirigeants d’une plus grande libéralisation du crédit, d’un assouplissement de la fiscalité en direction notamment des PMI-PME privées car environ 100 000 sociétés publiques, accaparent l’essentiel du crédit et dont plus de 5O% l’efficacité économique est relativement faible. Les dirigeants chinois devront arbitrer entre l’importance de leurs besoins en énergie (ayant les plus grandes réserves mondiales en gaz schistes, plus de 35.000 milliards de mètres cubes gazeux contre 25.000 aux USA -selon l’AIE). Cela passe  par la protection de l’environnement comme cela a été souligne dans le programme de ce Congrès d’où  les importants investissements consacrés aux énergies renouvelables où ils peuvent être les leaders, supposant un nouveau modèle de consommation énergétique (mode de transport et mode de construction notamment). 
 
3- Actions diplomatiques et perspectives de la coopération algéro-chinoise 
L’action sur le plan diplomatique de la Chine est intimement lié  à sa politique socio-économique.  En ce XXIème siècle la puissance d’un pays se mesure à la puissance économique, la Chine utilisant ses leviers diplomatiques pour assurer son succès économique, bien qu’étant membre permanent du conseil de sécurité et pouvant influencer sur les grandes décisions internationales. Si la Chine maintient le taux de croissance actuel sur une décennie elle risque horizon 2020 de rivaliser avec les Etats Unis d’Amérique première puissance économique actuelle, voire la dépasser et son influence diplomatique s’étendra avec l’élargissement des couches moyennes porteuses de développement. Certains stratèges parlent d’ailleurs, horizon 2020, d’un duo USA-Chine avec la possibilité d’une marginalisation de l’Europe. Le devenir de l’Europe est en Afrique y compris l’Afrique du Nord qui devrait être horizon 2030/2040, avec le un quart de la population mondiale en majorité jeunes, sous réserve du renouveau de la gouvernance, le vecteur de la croissance de l’économie mondiale. Mais en cas d’un ralentissement brusque de son économie, avec comme conséquence des remous sociaux intérieurs, l’influence de la Chine tout en tenant compte du vieillissement de sa population, risque de diminuer. Donc le défi des futurs dirigeants chinois issus du XVIII ème Congrès dépendra des perspectives économiques chinoises intiment liées au niveau interne à l’Etat de droit et à la cohésion de son front social et au niveau extérieur largement influencées par la Re-mondialisation.  C’est dans ce cadre qu’il convient  d’analyser  les  perspectives pour la coopération algéro-chinoise ? Il est utile de rappeler que les relations entre la Chine et l’Algérie sont bonnes sur le plan politique depuis la guerre de libération nationale. Mais dans la pratique des affaires, il n’y a pas de sentiments pouvant exister un large fossé entre les discours politiques et la dure réalité économique. Les deux tiers des échanges de l’Algérie se font avec l’Europe et si l’on inclut les Etats Unis d’Amérique ce taux dépasse les 80%. Le volume des échanges commerciaux entre la Chine et l'Afrique a atteint le record historique de 166,3 milliards de dollars en 2011. En matière d’investissement chinois en Algérie, le montant a atteint 1 milliard dollars en 2010 tandis que les échanges commerciaux entre l’Algérie et la Chine se sont élevés à 5 milliards de dollars en 2009, en 2011 environ 6,42 milliards de dollars et pour les cinq premiers mois de l’année 2012 à 3,28 milliards de dollars. Durant la même période de référence 2012, la Chine a importé un milliard de dollars à partir de l’Algérie, avec une croissance de ces importations de 30,9% tandis que l’Algérie a importé 1,2 milliards de dollars de la Chine avec une croissance de 39,7%. Comparé au PIB chinois de 2011 d’environ 7.466,2 milliards de dollars et dépassant pour l’import-export (non compris les services) un volume de plus de 3000 milliards de dollars, et pour l’Algérie un PIB de 183 milliards de dollars et pour l’import-export un volume d’environ 110 milliards de dollars, les échanges ente la Chine et l’Algérie sont très faibles loin des potentialités des deux pays. L’intensification des échanges dépendra des réformes structurelles au niveau des deux pays. En résumé l’objectif des dirigeants chinois est d’assurer une transition maitrisée vers   l’économie de marché    étant un membre actif au sein  de  l’organisation mondiale du commerce- OMC. Ils devront pour cela améliorer leur gouvernance afin de concilier  conciliant l’efficacité économique ayant largement investi dans le savoir, la richesse la plus sure et pérenne  et assurer la cohésion sociale, la population chinoise dépassant les 1,3 milliards d’habitants avec de nouvelles exigences. La Chine pourra dès lors être à la fois horizon 2020 une très grande puissance économique  mais également  une des plus grandes démocraties au monde, tout en tenant compte de son authenticité.
 

Dr Abderrahmane MEBTOUL
Samedi 10 Novembre 2012 - 01:00
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ACTUALITÉ
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