REFLEXION

Quel avenir pour l’économie algérienne avec un baril de pétrole entre 10/60 dollars ?

Le baril est coté en fin de clôture du 15 janvier 2016 à 29, 70 dollars pour le WIT et pour le Brent à 29,24 dollars. Gouverner étant de prévoir, quel impact sur la société algérienne d'un cours allant de 20 à 60 dollars objet de cette contribution.



1.-Les exportations algériennes avec les dérivées sont  dépendantes à 97/98% des hydrocarbures à l'état brut et semi brut. Les calculs qui suivent ont été effectués sous  l’hypothèse du respect du quota de l'Algérie  au sein  de l'OPEP  et du volume actuel d’exportation du gaz. En cas où le volume serait inférieur, les recettes devraient être inférieures au montant calculé. Dans le cas contraire de hausse en volume,  le montant en valeur devrait augmenter  en accélérant l' épuisement des réserves  prévues au rythme d e la consommation intérieure et des exportations pour le traditionnel hydrocarbures horizon 2030, au moment où la population atteindra 50 millions d'habitants. Etant entendu que le niveau des réserves se calcule  en référence au coût, au vecteur prix international et de la concurrence des énergies substituables pouvant découvrir des milliers de gisements mais non rentables.  Pour la LFRC 2015 à 60 dollars les recettes de Sonatrach ont été établies par le gouvernement à  34 milliards de dollars. L’on doit retirer    20% de charges  ce  qui nous donne 27 milliards de dollars de profit net en précisant que  la baisse d’un dollar  en  moyenne annuelle occasionnant une perte pour l’Algérie  d’environ 600 milliards de dollars.  Le prix du gaz est indexé sur celui du pétrole. Or,  une information internationale de taille en ce mois de janvier 2016 :   le Qatar dès le 01 janvier écoulerait le GNL vers l’Inde à 6/7 dollars le MBTU alors que la rentabilité pour l’Algérie  se situe entre 14/15 dollars. Nous aurons donc les scénarios suivants :
  50 dollars le baril donne un profit net de Sonatrach de 21 milliards de dollars
 40 dollars  donne  un  profit net  de Sonatrach  de 15 milliards de dollars
 30 dollars donne  un profit net de Sonatrach  de  9 milliards de dollars
 20 dollars donne un  profit net de Sonatrach de 3 milliards de dollars
 10 dollars le baril le solde est négatif en fonction du cout de production et du    transport.
 Comment mobiliser les ressources financières  suivant ces différents scénarios (posant la problématique de la rentabilité future des investissements projetés), le Ministère de l'Energie venant  de déclarer le 12 janvier 2016 que les programmes   de Sonatrach (100 milliards de dollars entre 2015/2020 et de 30 milliards de dollars pour la même période pour SONELGAZ): endettement ou puisement dans les réserves de change et que restera t-il aux autres secteurs? En rappelant que toute décision stratégique relève du Conseil national de l'Energie présidé par le président de la République.
 2.-La loi de finances 2016 a été établi sur la base d’un cours  de dollars 37 dollars qui est un artifice comptable. Or le déficit budgétaire sur la base d’un dollar  à 106 dinars  est  de 35 milliards de dollars.  Et si on avait appliqué 75 dinars un dollar le déficit an dépasserait 45 milliards de dollars, ce glissement du dinar à la baisse voilant l’importance du déficit budgétaire et gonflant artificiellement le fonds de régulation des recettes calculé en dinars. En réalité, budget d’équipement et de fonctionnement  selon le FMI, l’Algérie fonctionne sur la base d’un cours de 110/115 dollars le baril. Les incidences sont :
 - Sur le fonds de régulation des recettes qui étaient prévues à 17/18 milliards de dollars fin 2016 sur la base d’un cours largement supérieur à 50 dollars. A ce rythme le FFR fondrait courant 2017.
 -Incidences sur les réserves de change  étaient au 01 septembre 2015 à 152 milliards de dollars ayant  terminées certainement à moins au 31/12/2015. Les sorties de devises  en 2014 ont été de 71,3 milliards de dollars de biens et services montant auquel il faut ajouter 4/5 milliards de dollars de transferts légaux de capitaux soit entre 75/76 milliards de dollars. Le montant pour 2015 avec une  baisse des importations relativement  faible  d’environ 6/7 milliards de dollars nous donnerait une sortie de devises d’environ  68/70 milliards de dollars. Au vu du cours actuel entre 30/40 dollars le baril, cela nécessitera, pour 2016 une loi de finances  complémentaire  car au rythme de l’actuelle dépense publique, les réserves de change fondraient  vers 2018 avec un retour au FMI.
 -Incidence, sur la valeur du dinar corrélé à 70% aux réserves de change eux-mêmes provenant de la  rente des hydrocarbures. Avec la baisse tendancielle des réserves de change, il y aura dérapage proportionnel de la cotation  du dinar pour ne pas dire dévaluation effective, avec un écart sur le marché parallèle  dont  la cotation actuelle dépasse 180 dinars un euro.
 -Les incidences macroéconomiques. Il y a lieu d’avoir une vision réaliste  car   70% des besoins  des ménages et des entreprises publiques et privées dont  le taux d’intégration ne dépasse pas 15% provient  de l’extérieur, le secteur industriel dominé par 95% d’entreprises familiales peu initiées à la concurrence représentant 5% du PIB, ne pouvant pas compresser au-delà de 25/30% au risque d’inévitables tensions économiques et sociales. Aussi la baisse des cours a des incidences sur  le rythme de la croissance économique : 80% directement et indirectement provenant de la dépense publique via la rente des hydrocarbures accroissant le taux de chômage déjà sous estimé avec les emplois rentes  notamment dans l’administration et les sureffectifs des entreprises publiques
  3.-.En résumé,  la dette extérieure étant inférieure à 4 milliards de dollars  et les réserves de change  d’environ 140/145 milliards de dollars, il ya lieu de bien les utiliser, richesse virtuelle qu’il s‘agit de transformer en richesse réelle, le capital argent n’étant qu’ ’un moyen ne créant pas de valeur. Cela implique une visibilité et cohérence dans la politique économique qui fait cruellement défaut faute de planification stratégique, la dynamisation  de l’entreprise privée locale , internationale et publique  devant lever toutes les entraves afin qu’elles s’insèrent dans le cadre des valeurs internationales en termes de coût et qualité devant éviter trois  illusions :
 -la généralisation à tous les secteurs  de la règle des 49/51% où l’Algérie supporte tous les surcoûts pouvant s’appliquer aux segments stratégiques qu’il s ‘agit de définir avec précision, dans le cas contraire il ne faut s’attendre à attirer les PMI/PME étrangères ayant un fort potentiel de savoir faire et de création d’emplois durables comme viennent de le souligner aux autorités algériennes  la majorité des chancelleries occidentales à moins que l’Algérie supporte tous les surcoûts ;
 - deuxièmement,   l’illusion de l’ère mécanique du passé le fondement du développement reposant en ce XXIème siècle, sur l’économie  de la connaissance  et la bonne gouvernance ;
 -troisièmement, l’illusion quant  le bâtiment va tout va  et donc   revoir l’actuelle politique reposant  essentiellement sur les infrastructures et le bâtiment n’étant  également qu’un moyen. En bref, pour relever les défis à la  portée de l’Algérie, une gouvernance  renouvelée s’impose.

 

Dr Abderrahmane MEBTOUL
Samedi 16 Janvier 2016 - 19:07
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