REFLEXION

QUARTIER BENDAOUD : Les résidents ferment la route

Il a fallu que les habitants de ce quartier organisent un sit-in en coupant la route menant à Belgaïd pour qu'on découvre les conditions de leur existence. Pourtant, depuis quinze ans, ils vivent dans l'ombre produite par les nuages de poussières faisant partie de leur quotidien.



Le quartier n'a pas de nom, n'a pas de limites. Pour cause, il est issu de quatre coopératives immobilières, dont chacune porte la dénomination de son président. Il est pratiquement à équidistance de Canastel et de Douar Belgaïd. Un habitant de ce quartier nous explique qu'il s'étale sur une surface de 900 mètres sur 700 mètres. Souvent on le traverse en allant ou en revenant de Kristel. Si on s'y arrête c'est juste pour acquérir quelque chose, notamment des matériaux de construction. Autrement, son aspect repoussant, ses nuages de poussières été comme hiver, dissuadent les passants d'y observer la plus courte halte. Entre 950 et 1000 familles y vivent dans des habitations individuelles. C'est du moins le décompte que nous communique un citoyen, comptant parmi les premiers qui a construit une sorte de villa sur place. En traversant les venelles de ce quartier, peine perdue de trouver une quelconque logique. La bâtisse de plus d'un étage côtoie effrontément la construction encore à l'état de carcasse. L'absence de la chaussée gâche l'aspect de certains logements dont les propriétaires ont dû investir des sommes colossales pour les réaliser. « En été, nous respirons la poussière et en hiver nous souffrons de la gadoue » nous dira un citoyen qui a consenti de nous servir de guide. En effet, la traversée de la moindre parcelle d'une quelconque rue de ce quartier s'apparente à une épreuve : les pistes (pas la chaussée) sont défoncées, les trottoirs sont étroits et les nids de-poules nombreux. Pourtant, nombreux les habitants de ce quartier, qui a quinze ans d'existence, qui sont motorisés. L'on apprendra que des cadres d'entreprises, des responsables dans les administrations publiques, des commerçants, des entrepreneurs, en plus des petites gens anonymes, y habitent. Leur unique luxe est l'habitat indépendant puisque la plupart d'entre eux avaient fui les désagréments de la cohabitation dans les immeubles. Mais ce privilège se paye cher. Les demeures manquent de toutes les commodités urbaines. A commencer par l'élémentaire, c'est-à-dire le réseau d'assainissement des eaux usées. Parce qu'elles sont témoins d'une époque, encore de mise malheureusement, où on autorise l'érection des ensembles d'habitat sur des sites qu'on ne viabilise pas au préalable. Ainsi, chaque habitant est obligé de faire appel au service d'une pompe de débouchage de sa fosse septique, au moins une fois tous les vingt jours. Un service qui coûte au moins 1500 DA. L'eau potable figure parmi les commodités manquantes. Conséquence : on s'abreuve grâce aux tracteurs qui charrient les citernes. Le coût est de 500 DA la citerne. Devenu un véritable commerce, les habitants ont tous le numéro de téléphone d'un « fournisseur » qu'ils contactent, des fois, à partir de leur lieu de travail. D'ailleurs, ces engins parcourent de jour comme de nuit les ruelles de ce bourg, laissant derrière eux un nuage de poussières. Le gaz de ville n'existe pas et donc on se résout à la bouteille du gaz butane. « Une autre corvée » nous signale notre interlocuteur. « Surtout en hiver » ajoute-t-il. Parce que ce quartier n'est pas loin de la mer. « Nous sommes obligés de fréquenter les hammams au moins une fois par semaine. Pourtant, nous avons des salles d'eau chez nous » lance-t-il. 

Medjadji H
Mardi 26 Février 2013 - 09:45
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Oran
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