REFLEXION

Pourquoi cherche-t-on à saborder l’histoire du théâtre à Mostaganem ?

Je voudrais revenir sur quelques points soulevés par la contribution de mon ami , M.Mohamed Meflah , intitulée « Mostaganem, un théâtre , un nom » , publiée en date du 03 juin dernier dans le journal Réflexion.



Décidément  , l’histoire  du  théâtre  à  Mostaganem , continue  de  faire  encore des  remous , à  l’endroit  de  la  paternité  d’unfestival  de  théâtre  amateur  , dont  la  ville  s’enorgueillit  d’avoir  enfanté  et  d’abriter  contre  vents   et marées et  sans  relâche  depuis   …47 ans . L’article  semble  soulever  - sous  prétexte  d’un   désaccord  sur  le  fait  que  l’on ait   baptisé  du  nom  de  Mostefa  Benabdelhlim le  « nouveau   théâtre »  de  la  ville - une  controverse , qui en vérité , n’a  pas  lieu  d’être.
L’auteur  estime  en  effet  que  cette  dénomination  a  été  faite « avec  une  simplicité faisant dans  la  bienveillance  et l’ignorance du  cheminement  théâtral  caractérisant  cette  ville ». Sur  ce  point  , l’article  a  la  particularité  d’être  clair  et  de  ne  pas faire  dans  la  dentelle .
Dès  l’énoncé  , l’on  devine  un  agacement   doublé  d’un désappointement    au  sujet   d’une  paternité   que  l’on  croyait   belle  et  bien  tranchée  depuis   l’avènement   d’un  festival  ,  dont  la  création  s’était  faite , rappelons le  ,  du  vivant même  du  dramaturge  Ould Abderrahmane Kaki. La  présidence   de  la  commission  du  festival  qui  échut dès le  départ à  Djillali Benabdelhlim
-eu  égard  à  son passé  et  à  son  expérience  mais  aussi  parce  qu’il en était  quelque  part le  principal  instigateur - ne  donna   lieu  en  son  temps  , à  ce  que  je  sache , à  aucune  réticence  de la part  des membres  de  l’honorable  commission. Ce qui  me pousse  à  me  poser  cette   question   bigrement   existentielle :  l’honorable  cénacle  du  théâtre  mostaganémois  ,   s’était-il gouré   quand  il  reconnut   en  la  personne  de  Djillali Benabdelhlim,comme   étant   l’initiateur du  festival   ?  Cette  « distinction »  relevait-elle   uniquement  d’un  respect   du à  un droit  d’ainesse  ou  était-ce  par  considération  à un   gabarit  à  la Orson Welles ? Ou  ne  traduisait-elle pas  plutôt  une  reconnaissance  pour  l’ effort  colossal   d’un homme qui  aura  investi ,fougue  et  enthousiasme ,  dans   une  manifestation  qu’il  voulait   ressemblante   au  festival   du  théâtre  populaire   d’Avignon  ?L’idée  n’avait-elle  pas   germée   en premier   dans   les  tréfonds  de  Si Djillali , cet  admirateur   de  Jean  Vilar ? Il  faut  bien  admettre que  cette  éventualité  est  la plus communément  partagée  ,  aussi  bien  par  les professionnels  du  théâtre  que  par  les  rescapés   de  cette  épopée  , tels  messieurs  Ghali  Elakeb  et Bensaid Mekki.
Permets moi  de  te  rappeler, bien  respectueusement , que  l’histoire, la vraie, ne  se  nourrit  pas  d’animosités  .  Dans ton  écrit  , l’on aura  noté  en  effet  un  fort  ressentiment   à  l’égard   du  regretté   Djillali Benabdelhlim,  que  tu  nommes  du  bout  du  menton  « ce mostefa  Ben Abdelhlim », et  que  tu  sembles  reléguer  parmi  ceux   qui  « ont  subile  théâtre »  et qui  aurait  revêtu   -par  tromperie  usurpatrice  comme tu  sembles   l’insinuer-   le  costume   du  père  fondateur   d’un  festival   dont  tu  lui  déni  une  quelconque  participation   dans   son émergence  . Afin   de  rectifier   des  assertions  qui  ont  du  mal  à  passer  et  qui  indisposent  au  plus  haut  point   nos  vétérans  du  festival ,  je  m’autoriserai  à  te  porter  sur  ce  point  la  contraction  , sans   intention  aucune   d’entrer   dans  une  polémique   stérile   , qui ne  peut  que nous   donner  encore  une fois  en   spectacle  , devant une   galerie   qui  en rajoute  et  qui  se  frotte  déjà  les  mains , ravie  d’une  telle  autodestruction .
Ayant  la  chance   de  n’appartenir  à  aucune  chapelle   et  d’avoir  vécu , ,alors  jeune  adolescent  , l’ambiance du festival  dans  ses  premiers  balbutiements  , et  m’étant   abreuvé  à la  bonne  source , j’apporte  ici  sereinement   et  sans  préjugé  aucun ,  une  opinion, que  je  pense  la  plus plausible , sur  une  histoire  de  théâtre  qui semble  ,hélas, ne pas avoir  trouvé  toute sa  sérénité,puisqu’elle  suscite   encore des  questionnements,  remises en  cause  et  autres  périlleuses   embardées .
Benabdelhlim  Mostefa   dit  « si  Djillali » ( 1920-1990)qui  activait  dans  l’«  animation  théâtrale »depuis  son  jeune  âge  , aussi  bien  au  fawdjEl  Falah ; dans  le  théâtre  scolaire  à  l’« Educatrice »  qui activait  sous l’égide du PPA-MTLD ; Essaïdia ;Arts et Théâtre ;que  dans  la  troupe  Badr qu’il créera en 1948, et  qui  s’était  même  inscrit , avec  ses  propres  deniers  ,à  une formation d’art dramatique à Marly-Le-Roi ,  était  connu  pour  son extrême   réserve  et son  sens  de  la  dignité. Tous  ce qui l’avaient  côtoyé  diront  de lui ,qu’il n’était  pas  homme  à  courir  dernière   une  présidence   , comme il  n’a jamais   eu  cette  vanité  d’être  catalogué   « dramaturge » -et qu’il  n’était  pas   a  fortiori  -quoiqu’il  ait  « commis » , d’après  son ami BensaidMekki  , quelques  sketchs  et  saynètes  (dont  le  dentiste  atomique ;  moudjrimouneem  la ( jouée  à la salle  Aletti  en 1949, lors du  1er concours  d’ Afrique  du  Nord de l’art dramatique  en langue  arabe )  et ziouadjberrida(jouée à l’opéra d’Alger  en 1950 où elle obtint  le 1er  prix   du  festival  du théâtre  amateur ), représentations  que je ne  saurais  , pour  ma  part ,caser  dans la  rubrique des  parodies  , c’est-à-dire  selon  ton  appréciation , dans  un  bas  de  gamme   théâtreux  et  insignifiant.
Mais  la  parodie –qui  était  fort  prisée  par  le  public   de  Allalou  , Bachtarzi, Ksentini et  Touri,  n’est –elle  pas   aussi  création ? N’était-ce pas  cette  même  parodie  qui  réveillera  des consciences  avachies  par  l’assujettissement   colonial ?Et  comme  pour  mieux  expulser  le  monsieur   hors  de  la  scène ,  tu  écris  sentencieusement :  « contribuer  à  fonder  un  festival  n’est  pas  homme   de  théâtre » .Mais  Si Djillali  a-t-il  jamais eu  cette prétention  ?Car ce  qui  importait  à  ce  monsieur  ,n’était  pas  qu’il  soit reconnu  « homme  de  théâtre »-dénomination o combien  galvaudée-mais  plutôt  comme  un « combattant  du  théâtre »  ,comme  aimait  à désigner  Kaki  , ses  comédiens  du  MesrahEl Garagouz .
Cette  façon  de  dégommer   une  personnalité  du  théâtre  -et  reconnue  comme  telle-  ne  sert  aucunement  une  histoire  de théâtre   que  nous  voudrions  écrire   d’une  façon  apaisée  et  loin  des   soubresauts  comitiaux  qui font  beaucoup  de  tort  à  une  ville  que  nous  chérissons   à  travers   ses  artistes  , ses  repères  et  ses  symboles  .
Bien  sûr  et  je  te  le  concède :   DjillaliBenabdelhlim   ,  poissonnier  , puis chef  cantonnier  ayant  peu fréquenté  l’école ,  enfant  pauvre  de  Tijditt  , mais  féru  de … théâtre  , n’avait  pas   la  « carrure »   d’un  Ould  Abderrahmane  Kaki   ni  de  celle  d’un  Benaissa   Abdelkader  , ni  peut-être   aussi  la  persuasion d’un  Ghali  Boudraf.Mais  cela   justifie-t-il    sa  proscription  de  la  mouvance   théâtrale   mostaganémoise , dont  il  était ,  quoiqu’on  dise ,  l’élément  moteur  ,  avec  une   pichenette aussi   rageuse  qui  n’ébranlera   toutefois  jamais   un  colosse , mais qui  fera  juste  quelques   petits  ricochets  avant  de  sombrer.
Revenons  à  la sagesse   de  nos  ainés et  prenons  en  de  la  graine  .En son temps  , Kaki  que  tu cites  à  profusion   dans  ton  texte  , a  toujours  eu  un  respect  sans  borne  vis-à-vis   de  Si Djillali  , lequel  était   quelque  part–et il  ne  s’empêchait  pas  de  l’avouer -  son  mentor  . Souvenons  nous  que  la  toute  première  pièce  du  jeune  Kaki  (  MnèmeSoltaneSoleymane )   sortie  tout  droit  des  contes  de  la  grand-mère  Khrofa,fut  jouée  , selon  BensaidMekki,au  CINELUX, sous  l’œil  débonnaire  mais  particulièrement   vigilant  de  Benabdelhlim.N’est-ce  pas  là  un  gage  de  déférence  et   de  reconnaissance  d’un génial  élève  à  un aîné  qu’il  considérait  , avec  l’humilité  qui  sied  aux  grands , comme  étant  son  maître ?
Alors le   nom   de  Djillali Benabdelhlim   au  fronton  du  « nouveau  théâtre » est-il  à  ce point  inapproprié    voire   exaspérant  pour  certains  ?
 Kaki  , dans  sa   générosité   qui  le  caractérisait  si  bien   , n’aurait  trouvé  sans  doute  ,rien  à  redire , concernant  un ami  qu’il  plaçait  sur  un piédestal .C’était  quand  l’amitié  et  le respect    avaient  un  sens. En ce temps  là , tout  se  faisait  alors  avec  Art  et  Elégance .Même  les  critiques.  Mais  les  temps  semblent  avoir  beaucoup  changés.
Que  l’on  considère  à leur juste  mesure  ces   dénominations  et que  cessent  toutes  ces  dissensions  qui  ne  feront  que  nourrir  des  rancoeurs   et des  rancunes   dans  le  landerneau  du  théâtre  mostaganémois  .Deux  enfants   du  pays  , l’un  au  théâtre  et  l’autre  à  la  maison  de  la  culture  , quelle   fierté   pour  notre  ville  et  quel  bel  hommage  à  son  théâtre !Le nom  de  Ould  Abderrahmane Kaki , au fronton  de la maison  de  la  culture  , où  est  l’outrage ? Homme  de grande  culture  (dramaturge , nouvelliste  , cinéphile  , friand  de  contes  et  légendes ,  amateur  de lecture , de  musique  chaabi , de bédoui …),  ce grand  monsieur  aurait  sans  doute   apprécier   d’illuminer  ce  pôle  culturel  , où  son  nom est   cité  à  longueur  d’année  par  l’entremise  de  foisonnants  programmes  culturels .D’ailleurs  , c’est  sous  l’aile  protectrice   de la  maison  de la  culture Ould  Abderrahmane  Kaki, que le  théâtre  amateur  a  trouvé  refuge  pour  continuer sa  formidable   épopée  .Cela  devrait  nous  réjouir  , nous les  mostaganémois  ,  plutôt   que  de  chercher   à  attiser  des  débats  éculés   qui  n’ont  plus  lieu  d’ être.Telle  est  ma  conviction. 
Au  passage  , j’espère  seulement  que  le  nom d’un  autre  géant  de la  culture , Benaissa  Abdelkader  ,l’animateur  d’ Es-Saïdia  , dramaturge , pédagogue , écrivain  et historien,ne  soit  pas  oublié , et  que son  nom  soit  donné  à  une  institution  culturelle (  Institut  de  musique ,  bibliothèque …).
Dans  un  tout  autre  chapitre  , j’ai  par  contre  beaucoup  apprécié -  et  c’est  tout  à  ton  honneur-  l’hommage que  tu  rends  à Benmokaddem  Abdelkader .
Comédien   génial   et  acteur  sublime  , Benmokaddem   aura  réussi  à  fournir   sur  les  tréteaux   de notre  grand pays   , des  prestations   scéniques   qui  sont  la  quintessence  de  tout  ce  que  pouvait  produire  un  comédien  d’un tel  gabarit .A  travers   la présentation  , tu  sembles  faire  une  proposition  assez  singulière : Que l’on baptise le nouveau « théâtre »  à son nom ,  pour  mieux   jeter   aux  oubliettes  Benabdelhlim,  que  tu  considères  tout juste comme  un  intrus .
Je trouve  l’idée  aussi   généreuse   que   saugrenue  .Débaptiser  un  théâtre ?  Susciter  un  duel  posthume   entre  deux   figures  embl ématiques  de Mostaganem ?  Je ne  sais  pas  ce  qu’en penserait   Belmokaddem , s’il était  de ce monde .Avec  sa  sagesse  , son  honnêteté  et  sa  modestie  proverbiale  , aurait-il  eu  l’indécence  de  supplanter   celui  qui  lui  aura  fourni  les  premiers   rudiments   de  la  scène  , alors  qu’il était  louveteau   au Fawdj en Falah ? Cette  proposition  pour  étrange  qu’elle  soit,  nous  ne  la retrouvons  nullement   dans les annales   du théâtre  algérien ,car à   ma  connaissance , seuls  les   comédiens –metteurs  en  scène  ont   eu  l’insigne  honneur de  voir leurs  noms  attribués à  des théâtres  . Il  en est  ainsi  de  Azeddine Medjoubi  (dont  le  théâtre  régional  de  Annaba  porte  le  nom  )  et  de  Osmane fethi (dont  le  petit  théâtre  El Moudja   portait  le  nom ).Le  regretté  comédien  Sirat Boumedienne  , monstre  sacré  des  planches  qui  aura  porté  aux  nues ,les  œuvres  du  dramaturge  Abdelkader  Alloula  ,pourra-t-il  prétendre  un  jour à  ce  même  honneur , sans  qu’il  ait  monté  une  seule  pièce ? Je  ne le  pense  pas.Seul  un mythe   pourra  accéder  néanmoins à  ce  privilège .Gérard  Philippe, pourrait  être  cité  en  exemple .
Puisque  Mostaganem  est  par  excellence  la ville  du  théâtre  , pourquoi  ne  pas   donner  le  nom  de  Benmokaddem   Abdelkader à  une  troupe  de  théâtre ?Ou  à  une  école  de  théâtre ?Ou  à  un diplôme  qui  récompensera  le  plus  jeune   espoir  du  festival ?Ou  à  une  Fondation   qui  proposera   aux  élèves du  cycle  primaire  , des  stages d’initiation  d’art   dramatique  pendant  les vacances  scolaires ?...  Alors  , à  vous  de  jouer , si vous  voulez  perpétuer  la  mémoire de  cet  immense  comédien  mostaganémois !
 
Un dernier  mot  .Mostaganem  ne  peut  qu’être   fière  d’avoir   donner  naissance  à de  grands  hommes  de  théâtre ,   auxquels  nous  devons , sans  exception , respect  et  considération , non seulement  parce  qu’ils  ont   fait  de  Mostaganem  , la  cité  du  théâtre  , mais  parce qu’ils  ont  enrichi  le  théâtre  national   par  de  nouvelles  prestations  scéniques ainsi  que  par  une  mise   en  espace   et  une  thématique  novatrices , grâce  notamment  au « phénomène du théâtre » qu’était Kaki .
Un  grand  merci  aux  dramaturges , metteurs  en scène , comédiens , animateurs  , pédagogues , directeur s  de  troupes …à  tous  ceux  qui  perpétuent  la  dynamique  d’un  festival   et  qui  chaque  année , nous  font   rappeler  les  sacrifices  de Djillali Benabdelhlim  , de Ould Abderahmane                                                  Kaki , de  Benaissa   Abdelkader  …Il  est  de  notre devoir  d’honorer  leurs  mémoires  et  d’épargner  aux  jeunes  générations , des  états  d’âme qui  n’apportent  rien  à  une  histoire  dont  les  contours  sont  connus  ,et  qui  escamotent   même   la  raison  d’être  d’une  prodigieuse  épopée .
Attelons  nous  plutôt  à  transmettre   le  flambeau  aux  jeunes  amateurs , qui  transcenderons  tous  les    malentendus  et  qui , par  leur  fraîcheur  et  leur  innocence , siffleront  une  déplorable  et  bien  piteuse  « fin  de  partie » . Ici  sera  clos  le  débat  .     Bien  Amicalement.
 

Dr.Mahfoud BENTRIKI
Samedi 13 Juin 2015 - 20:42
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