REFLEXION

PROGRAMME ECONOMIQUE DUGOUVERNEMENT ABDELMALEK SELLAL : L’implication de la société et le dialogue, facteurs déterminants de la relance économique

« La bataille de la relance économique future de l’Algérie et notre place dans la compétition mondiale se remportera grâce à la bonne gouvernance, notre capacité à innover et au sein du grand Maghreb »( A.Mebtoul conférence au parlement européen septembre 2013.)Aussi, dans le cadre du prolongement de mes contributions sur le programme du gouvernement SELLAL, présenté actuellement au niveau de l’APN , je juge que l’implication de la société et le dialogue sont les facteurs déterminants de la relance économique.



1.-Les critères de représentativité utilisés aujourd’hui (indépendance, importance des effectifs, montant des cotisations reçues, expérience et ancienneté du syndicat, attitude patriotique pendant la guerre de libération nationale   sont peu adaptés à la réalité actuelle. Les deux critères ajoutés par la jurisprudence (activité du syndicat en termes d’ampleur et d’efficacité d’une part, et influence du syndicat d’autre part, c’est-à-dire sa capacité à mobiliser les salariés) n’ont pas permis de surmonter ces difficultés. Aussi, il s’agit  de fonder la représentativité syndicale sur le seul critère de l’élection. L’audience électorale doit devenir le critère incontournable de la représentativité. Elle doit être appréciée au regard des résultats des élections des délégués du personnel et des représentants du personnel au comité d’entreprise, complétés le cas échéant par les résultats aux élections prud’homales.  Une meilleure représentativité passe par un choix entre représentation uniforme et représentation multiple. Quelle que soit la solution retenue, les règles de représentativité doivent être revues dans le sens « une entreprise – une voix », pour une meilleure représentation. Cette révision des règles de représentativité doit s’accompagner d’une transparence accrue en matière de financement et de certification des comptes des fédérations et confédérations patronales.  L’objectif  est de renvoyer l’essentiel des décisions sociales à la négociation en modernisant les règles de représentativité et de financement  des organisations syndicales et patronales et de  faire de la négociation collective le moyen privilégié de la transformation du droit du travail et de la maîtrise des évolutions  socio-économiques des entreprises.  Le dialogue est la seule voie pour trouver un véritable consensus, ce qui ne signifie nullement unanimisme, signe de décadence de toute société afin d’anticiper tout conflit préjudiciable aux intérêts supérieurs du pays avec des coûts faramineux. Pour une meilleure représentativité, les organisations patronales privées doivent avoir un cadre unifié et inclure d’autres organisations non présentes, parfois plus représentatives. Pour un véritable dialogue social, il serait souhaitable de convier d’autres organisations syndicales autonomes avec lesquelles notamment les ministres du Travail, de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Santé sont déjà en contacts permanents. La composante est la même depuis plus de deux décennies- idem pour le conseil économique et social qui devait être en principe une synthèse pur le dialogue qui n’est plus représentatif étant devenu un appendice de l’exécutif depuis 2008. Or,  l’environnement économique et social algérien a profondément changé, ce qui explique que les anciennes Tripartites ont eu peu d’effet face aux tensions sociales. D’autres forces sociales et économiques sont apparues depuis, devant en tenir compte, faute de quoi cela s’apparenterait à un monologue du pouvoir avec lui-même, sans impact pour la résolution concrète des problèmes économiques et sociaux. Aussi faut-il éviter deux écueils. Premièrement, le gouvernement doit se démarquer d’une vision culturelle largement dépassée des années 1970, tant sur le plan politique, économique qu’en matière diplomatique. Nous sommes en 2014 avec des mutations géostratégiques considérables entre 2014/2020 qui préfigurent de profonds bouleversements géostratégiques. La mentalité bureaucratique administrative des années 1970 est de croire qu’il suffit de changer de lois pour résoudre les problèmes. Cette vision bureaucratique est une erreur politique qui ne peut que conduire le pays à l’impasse, à une crise multidimensionnelle, voire à une déflagration sociale qu’il s’agit impérativement d’éviter. Deuxièmement, éviter que les structures de dialogue  soient un lieu de redistribution de la rente (parts de marché et avantages divers supportés par le Trésor public de ceux présents via la dépense publique) en fonction d’intérêts étroits. Car lorsqu’un pouvoir agit bureaucratiquement, sans concertation, sans tenir compte de la réelle composante sociale, la société enfante ses propres règles qui lui permettent de fonctionner en dehors de l’Etat officiel, se traduisant alors par un divorce croissant Etat/citoyens.  On ne relance pas l’activité industrielle par décret ou par le volontarisme étatique, vision de la mentalité bureaucratique rentière. C’est l’entreprise et son fondement, le savoir, au sein d’une économie de plus en plus mondialisée à travers des stratégies de segments de filières internationalisées que l’Algérie peut créer une économie productive à forte valeur ajoutée, ne devant pas, en ce XXIe siècle du fait des nouvelles technologies, avoir une vison matérielle, l’industrie se combinant avec les services. La recherche tant théorique qu’appliquée avec un équilibre entre les sciences exactes et les sciences humaines, est fondamentale pour impulser de nouvelles filières industrielles. La préoccupation du gouvernement par le passé –espérons une prise de conscience pour l’avenir- est ailleurs, ne voulant pas de remous sociaux. Il en paye le prix tant qu’il y a la rente par des distributions de revenus sans contreparties productives. Aussi,  la préoccupation n’est pas l’économique par une vision stratégique de la transition d’une économie de rente à une économie hors hydrocarbures dans le cadre des valeurs internationales.  2.- Pour paraphraser le langage militaire qui différencie tactiques et stratégie, le gouvernement, et c’est sa mission essentielle, est d’agir sur la conjoncture à partir de tactiques. Espérons pour le devenir de l’Algérie  un autre scénario, et lors on pourra  pourra-t-on parler, peut-être, élaborer une véritable stratégie de développement  dont la dynamisation du tissu productif. C’est que le tissu industriel algérien, sur lequel tous ces gouvernements souhaitaient fonder la relance économique est en réalité insignifiant. Il est composé d’à peine 1200 entreprises publiques pratiquement, confrontées à de graves difficultés financières et managériales. Environ 200.000 petites entreprises privées de production en grande partie très jeunes et sans envergure,  éprouvent d’énormes difficultés à se maintenir en vie. Pour les projets agréés par l’ANDI, l’ANSEJ  et autre organismes n’existant pas  une coordination, ni un bilan serein des impacts,  les faillites se généralisent après- avoir bénéfice des avantages financiers et fiscaux, ne pouvant tenir la route face à la concurrence. Par ailleurs,  exténués par les efforts surhumains que requiert l’activité industrielle soumise à des tracasseries permanentes, bon nombre d’industriels ont de surcroît fait le choix de changer d’objet social pour s’installer dans le confortable créneau de l’importation et de la revente en l’état. Tous ces blocages font qu’aujourd’hui il ne reste pratiquement plus rien de ce potentiel. La situation risque même d’empirer dans les toutes prochaines années en raison de la désertion du secteur industriel par les quelques opérateurs restants de plus en plus nombreux à investir les créneaux de commerces lucratifs. De 2010 à ce jour, l’Algérie aurait en effet perdu un peu plus de 50.000 PME industrielles pendant que le nombre des sociétés de négoce progressait, passant d’environ 12.000 entités  à environ 45.000 aujourd’hui. Le récent effectué par l’ONS en 2011, confirme cette inquiétante tendance à la désindustrialisation, avec une très nette prédominance (plus de 90%) des petites entreprises de commerce et de services, par rapport aux unités des secteurs de l’industrie et du BTP réduites à portion congrue. Les entreprises industrielles publiques ont, quant à elles, été rendues exsangues par l’interdiction qui avait été faite, dans le milieu des années 1990, d’investir dans la modernisation, l’accroissement et la réhabilitation de leurs équipements. Les usines, pour la plupart acquises durant les années 1970 et 1980, ont ainsi eu le temps de vieillir et d’être passées de mode, au moment où la technologie et l’innovation progressaient à grands pas à travers le monde. La reprise des unités industrielles publiques par des opérateurs privés ne s’étant pas faite comme prévu, les actifs industriels algériens dépassant pour la plupart vingt années d’âge ont fini par être technologiquement déclassés. Les grands pôles industriels publics des années 1970 ont commencé à péricliter dès la fin des années 1980, tandis que le secteur privé, encore fragile et empêtré dans les méandres de la bureaucratique, a du mal à prendre le relais. Les institutions étatiques créées au début des années 2000, à l’effet de donner de nouveaux ressorts à l’industrie nationale (Andi, Calpi- Ansej ), se confinent  malheureusement au simple rôle d’enregistreuses d’intentions d’investir, chargées de tenir les statistiques de projets qui ne dépasseront pas, dans la majorité des cas, le stade de la déclaration d’intention. L’Agence nationale pour le développement de l’investissement (Andi) et le  Conseil national de l’investissement (CNI), qui seront créés quelques années plus tard dans le but de promouvoir les gros investissements, ne feront guère mieux. A bien des égards, le CNI se comportera beaucoup plus comme un prédateur d’investissements qu’un facilitateur. Le nombre de projets d’envergure qui ont sombré dans le trou noir de cette institution est considérable.. Le même problème se pose pour les investissements que devaient promouvoir des entreprises publiques, soumises au visa préalable du Conseil des participations de l’Etat (CPE). Là aussi, ce sont des dizaines de projets industriels que souhaitaient réaliser des entreprises publiques économiques (EPE), seules ou en partenariat avec des opérateurs privés algériens et étrangers, qui végètent, pour certains, depuis plusieurs années. C’est pourquoi il serait souhaitable  de supprimer   l’autorisation préalable d’investir accordée ou non par le CNI ou le CPE. Parallèlement au combat contre la  bureaucratie paralysante qui fait fuir les investisseurs  potentiels, l’accord de principe pour l’agrément rapide des centaines de projets industriels, agricoles et des services à valeur ajoutée  en souffrance au niveau de ces institutions depuis plusieurs années permettrait de  booster considérablement l’économie algérienne.
3.-Face à cette situation socio-économique paralysante,  au -delà de l’État, l’ensemble des acteurs de la société  doit être mobilisé si l’Algérie veut renouer avec  une croissance durable hors hydrocarbures. Comment ne pas rappeler que les  pays ayant entrepris avec succès des réformes, notamment les pays émergents,  se sont appuyés sur une mobilisation de l’opinion. La nécessité  de réformer s’impose à Algérie, malgré des dépenses monétaires sans précédent  par l’accumulation de résultats économiques mitigés, de crises sociales ou de crises politiques. Aussi, cela ne   laissent  persister aucune ambiguïté sur le caractère inéluctable des changements structurels à opérer si on veut éviter une déflagration social à terme avec des incidences régionales face à l’actuel bouleversement  géostratégique. La croissance forte  peut revenir  en Algérie. Mais elle   suppose la conjugaison de différents facteurs : une population active  dynamique, un savoir, le gout du risque  et des innovations technologiques sans cesse actualisés, le combat contre toute forme de monopole néfaste, une concurrence efficace, un système financier rénové capable d’attirer du capital et  une ouverture à l’étranger. Ces réformes passent fondamentalement  par une démocratie vivante, une stabilité des règles juridiques et l’équité, les politiques parleront  de  justice sociale. La conduite d’ensemble de ces réformes ne peut ni être déléguée à tel ou tel ministre ni mise dans les mains de telle ou telle administration. Elle ne pourra être conduite que si, au plus haut niveau de l’État, une volonté politique forte les conduit et convaincre les Algériens  de leur importance d’où avec l’ère d’internet une communication active transparente permanente. Ensuite, chaque ministre devra recevoir une « feuille de route » personnelle complétant sa lettre de mission et reprenant l’ensemble des décisions qui relèvent de sa compétence. Au regard de l’importance des mesures à lancer et de l’urgence de la situation, le gouvernement devra choisir le mode de mise en œuvre le plus adapté à chaque décision : l’accélération de projets et d’initiatives existantes, le vote d’une loi accompagnée, dès sa présentation au Parlement, des décrets d’application nécessaires à sa mise en œuvre et pour les urgences seulement  des décisions par ordonnance pourront  être utilisées.
4.-  Ces actions coordonnées et synchronisées dans le temps exigeront  le courage de réformer vite et massivement, non des replâtrages conjoncturelles mais de profondes réformes structurelles à tous les niveaux en ayant une vision stratégique pour le moyen et le long terme, devant donc  réhabiliter la planification et le  management stratégique. L’Algérie peut  y parvenir  dans un délai raisonnable. Elle en a les moyens. Pour cela, elle doit réapprendre à envisager son avenir avec confiance, sécuriser pour protéger, préférer le risque à la rente, libérer l’initiative, la concurrence et l’innovation car le principal défi du XXIème pour l’Algérie sera la maitrise du temps ;  le monde ne nous attend  pas et toute Nation qui n’avance pas recule forcément. Retarder les réformes ne peut que conduire à la désintégration lente, à l’appauvrissement, une perte  de confiance en l’avenir puisqu’ avec l’épuisement  de la rente des hydrocarbures, l’Algérie n’aura plus  les moyens de  préparer ces réformes et vivra sous l’emprise de la peur, voyant  partout des menaces où les autres voient des chances.  Cette croissance exige l’engagement de tous, et pas seulement celui de l’État en organisant les solidarités devant  concilier  efficacité économique et équité  par une participation citoyenne et un dialogue productif permanent. Le pouvoir algérien mais également la majorité des Algériens dont le revenu est fonction à plus de 70% de la rente des hydrocarbures  doivent savoir que l’avenir de l’emploi et de leur pouvoir d’achat  n’est plus dans la fonction publique, et que celui des entreprises n’est plus dans les subventions à répétition.  L’essentiel de l’action est entre les mains des Algériens, qui devront vouloir le changement et partager une envie d’avenir, d’apprendre davantage, de s’adapter, de travailler plus et mieux, de créer, de partager, d’oser. La nature du  pouvoir doit également  changer  supposant une refonte progressive  de l’Etat  par une réelle décentralisation  autour de grands pôles économiques régionaux, impliquant  qu’il passe de l’Etat gestionnaire à l’Etat régulateur, conciliant les couts sociaux et les couts privés, étant le cœur de la conscience collective, par une gestion plus saine  de ses différentes structures  Pour s’inscrire dans la croissance mondiale, l’Algérie  doit d’abord mettre en place une véritable économie de la connaissance, développant le savoir de tous, de l’informatique au travail en équipe, de l’arabe, du français à l’anglais, du primaire au supérieur, de la crèche à la recherche. Elle doit ensuite faciliter la concurrence, la création et la croissance des entreprises, par la mise en place de moyens modernes de financement, la réduction du coût du travail et la simplification des règles de l’emploi. Elle doit favoriser l’épanouissement de nouveaux secteurs clés, dont : le numérique, la santé, la biotechnologie, les industries de l’environnement, les services à la personne avec le vieillissement de la population. Simultanément, il est nécessaire de créer les conditions d’une mobilité sociale, géographique et concurrentielle, de permettre à chacun de travailler mieux et plus, de changer plus facilement d’emploi, en toute sécurité. Pour mener à bien ces réformes, l’État et les  collectivités locales doivent être très largement réformés. Il faudra réduire leur part dans la richesse commune, concentrer leurs moyens sur les groupes sociaux qui en ont réellement besoin, faire place à la différenciation et à l’expérimentation et  évaluer systématiquement toute décision, a priori et a posteriori. En bref,  ce n’est pas un  changement de code d’investissement qui permettra de renouer avec la croissance  n’étant qu’un moyen. Cela implique  un Etat de Droit ,  une profonde démocratisation de la société par une  participation citoyenne,  la revalorisation du savoir,  du travail,  loin des distributions de rente pour acheter une  paix sociale fictive, , étant souhaitables d’autonomiser  la section exportatrice des hydrocarbures  pour des impératifs à court terme urgents mais surtout pour les générations futures.  



Dr Abderrahmane MEBTOUL
Lundi 2 Juin 2014 - 11:09
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