REFLEXION

PROGRAMME ECONOMIQUE DU GOUVERNEMENT ABDELMALEK SELLAL : Avec l’amenuisement des réserves, quelle transition énergétique pour l’Algérie ?

« L’Algérie sera sans hydrocarbures traditionnel horizon 2025/2030 » ; Abdelmalek Sellal premier ministre algérien »

Comme je l’annonçais il ya de cela plus de cinq années ( voir différentes contributions largement diffusées au niveau international -voir google dont les hebdomadaires internationaux Jeune Afrique et les Afriques, l’Algérie sera sans hydrocarbures horizon 2030 au moment où la population approchera 50 millions d’habitants. - le premier ministre lors de la présentation de son programme confirme donc mes prévisions. Le problème n’est pas tant l’option ou pas du gaz de schiste, devant éviter cette mentalité bureaucratique rentière, mais de réaliser la transition d’une économie de rente vers une économie hors hydrocarbures dans le cadre des avantages comparatifs mondiaux. Car la bataille de la relance économique future de l’Algérie et notre place dans la compétition mondiale se remportera grâce à la bonne gouvernance, notre capacité à innover au sein du grand Maghreb- voir nos conférences ronéotypées - au parlement européen septembre 2013 et devant le Sénat Français février 2014 sur le thème l’Algérie et la transition énergétique-



1.-Le gouvernement doit cerner le concept de la transition énergétique
La transition  pouvant être définie comme  le passage d’une civilisation humaine construite sur une énergie essentiellement fossile, polluante, abondante, et peu chère, à une civilisation où l’énergie est renouvelable, rare, chère, et moins polluante ayant  pour objectif le remplacement à terme des énergies de stock (pétrole, charbon, gaz, uranium) par les énergies de flux (éolien, solaire, biomasse). Le pic  pourrait selon l’Institut français du pétrole et des énergies nouvelles, se situer vers 2020-2025 pour le pétrole, 2040-2045 pour le gaz et en 2100 pour le charbon. Le développement actuel de l’extraction d’énergies fossiles dites « non conventionnelles », telles que les gaz de schistes ou le pétrole off-shore profond, peuvent  repousser  le pic, sans pour autant modifier le caractère épuisable de ces ressources. D’une manière générale,  l’énergie est au cœur de la souveraineté des Etats et de leurs politiques de sécurité allant parfois à provoquer des guerres. Les avancées techniques (GNL-gaz  naturel liquéfié, gaz de schiste, amélioration des performances d’exploitation de gisements d’hydrocarbures) couplées aux  dynamiques économiques modifient les rapports de force à l’échelle mondiale  et  affectent également les recompositions  politiques à l’intérieur des Etats comme à l’échelle des espaces régionaux. Aussi s’agit-il de  cerner le concept de transition énergétique  impliquant  de bien répondre à quatre questions essentielles.
Premièrement, si l’humanité généralisait   le mode de consommation énergétique  des pays riches,  il nous faudrait les ressources de 4 ou 5 planètes d’où l’urgence d’une adaptation pour un nouveau modèle de consommation.
Deuxièmement il faut  être réaliste  et d’éviter  une vision unilatérale car les fossiles classiques demeureront encore pour longtemps  la principale source d’énergie. Aussi, la transition énergétique doit être  fondée sur deux principes : premièrement, sur  la sobriété énergique (efficacité énergétique),  impliquant  la maîtrise de la demande, la sensibilisation, mais aussi la formation pour forger de nouveaux comportements et donc un changement de culture. C’est-à-dire qu’il faut agir sur la réduction des besoins énergétiques en amont en augmentant l’efficacité des équipements et de leurs usages (par exemple  nouveaux procédés pour le BTPH pour des  économies  en énergie, rénovation des bâtiments existants, idem pour l’ensemble du transport un des plus gros consommateurs de fossiles classiques. Deuxièmement,  cela renvoie   au  MIX énergétique qui nécessitera d’adapter le  réseau électrique aux  nouveaux usages,  supposant  un nouveau réseau de distribution adapté aux nouvelles productions  et de consommations pour garantir la continuité de fourniture  et au meilleur prix.
Troisièmement la transition énergétique renvoie à d'autres sujets que techniques,   posant  la problématique sociétale,  autant que la  fiscalité énergétique  influant sur le choix des allocations des ressources et ayant un impact sur la  répartition du revenu par catégories socio professionnelles. ).  Il ne suffit pas de faire une loi car le déterminant  c’est le socle social Cela  pose  la problématique   d’un nouveau modèle de croissance : tous les secteurs économiques, tous les  ménages sont concernés : transport, BTPH ;   industries, agriculture. Les choix techniques d’aujourd’hui  engagent la société sur le long terme. Il ne faut pas être pessimiste devant  faire confiance au génie humain. Le passage de l’ère du charbon à l’ère des hydrocarbures ce n’est pas parce qu’il n’y avait plus de charbon,   et demain  d’autres sources d’énergie. Cela est due aux nouveau procédés technologiques qui produit à grande échelle ont  permis de réduire les coûts ce que les  économistes appellent les économies d’échelle influant d’ailleurs sur la recomposition du pouvoir économique mondial  et   sur  les gouvernances  locales. Dès lors  la transition énergétique suppose un consensus social  car la question fondamentale est la suivante : cette transition énergétique, combien ça coûte, combien ça rapporte  et qui en seront les bénéficiaires ?
Quatrièmement, les réserves se calculent selon le couple prix international –cout, pouvant découvrir des milliers de gisements non rentables en raison  des nouvelles mutations énergétiques mondiales. , Pour le pétrole  en cas de non découvertes substantielles rentables  l’épuisement des réserves est prévu  vers 2025 comme cela avait été annoncé par l’ancien premier ministre Ahmed Ouyahia. Pour le gaz les nouvelles découvertes  en méditerranée ( en offshore entre Chypre- le Liban-la Syrie et Israël 5 fois les réserves de Hassi’Rmel), le retour en force prochainement de l’Irak, l’Iran( 15% des réserves mondiales) , la Libye, sans compte la concurrence de la   Russie et du Qatar, ( respectivement 25/30% et 10/12% des réserves mondiales) l’on devrait assister à une  baisse des prix, rendant non rentables les gisements marginaux algériens. L’ensemble des partenaires européens  font actuellement pression  sur l’Algérie pour une   baisse des prix, et donc de revoir l’indexation du prix de cession du gaz sur celui du pétrole . Comme doit être pris en compte la forte consommation intérieure prévue  allant vers 70 milliards de mètres cubes gazeux (doublement des capacités d’électricité à partir des turbines de gaz dont le prix est plafonné depuis 2005, (l’Algérie étant un des pays ou les  subventions de l’électricité et des carburants sont les  plus élevées). Le Ministre algérien de l’Energie lui-même prévoit à ce rythme une consommation intérieure d’environ  100/110 milliards de mètres cubes gazeux, horizon 2030. Avec les extrapolations des exportations  prévues à 85 milliards de mètres cubes gazeux, bien  que l’Algérie entre 2010/2014 peine à atteindre 50/55 milliards de mètres cubes gazeux d’exportation, ayant perdu de sparts de marché étant passé pour l’Europe  de 13% entre 2007/2008 à 9% fin 2013, l’Algérie sera sans gaz conventionnel à cet horizon. Alors quelle transition énergétique pour l’Algérie et  le  gaz de schiste est-il la solution ?  

 2.- L’exploitation du gaz de schiste est-  elle  l’unique option ?
Le dernier conseil des Ministres de mai 2014,  en vertu de l’application de la loi des hydrocarbures  votée en janvier 2013 a autorisé l’exploitation du gaz de schiste   mais à une seule condition : éviter la pollution  des nappes phréatiques et préserver l’environnement. Le premier ministre algérien , tout en précisant que l’Algérie est en période de test  et que l’exploitation  et la commercialisation ne sont pas  pour demain a réaffirmé cette option lors de la présentation du programme du gouvernement  le 01 juin 2014.  A-t-on  analysé les expériences internationales, la rentabilité du gaz de schiste par rapport aux concurrents et aux autres sources d’énergie et surtout initier la formation  dans ce domaine  pour éviter des dérives ?    Il s ‘agit d’éviter les erreurs du passé dans d’autres secteurs. Le rapport de la Banque mondiale sur l’évaluation  de l’efficacité de la gestion dans les  infrastructures  et transport   entre 2004/2009, (mais sans changement durant la période 2010/2013) , montre clairement  avec des cas précis -la non maturation des projets, la non maîtrise de suivi par le  maître d’œuvre, le non contrôle  de la part des Algériens avec   des surcoûts exorbitants allant jusqu’à 25/30% du coût initial,  pouvant  conduire facilement à des délits d’initiés.  Concernant les réserves de gaz de schiste ,  ( ces données sont provisoires car évoluant d’année en année en croissance ),  selon  le rapport de l’QAIE de 2013, le Monde  aurait  environ 207 billions de mètres cubes  réparties comme suit :   la Chine 32, l’Argentine 23, l’Algérie 20, les USA 19, le Canada 16, le Mexique 15 ; l’Australie 12, l’Afrique du Sud 11, la Russie 8  et le Brésil 7  billions de mètres cubes. Les gisements  de  gaz  de schiste en Algérie elles sont situées essentiellement dans les bassins de Mouydir, Ahnet, Berkine-Ghadames, Timimoun, Reggane et Tindouf. Ici s’impose plusieurs précisions.
-a- la  fracturation est obtenue par l'injection d'eau à haute pression (environ 300 bars à  2 500/3000  mètres)  contenant des additifs afin  de rendre plus efficace la fracturation  dont du sable de granulométrie  adaptée, des biocides, des lubrifiants  et des détergents afin d’augmenter la désorption du gaz.
-b- Le gaz de schiste    est concurrencé par d’autres énergies substituables  et que les normes internationales donnent  un   coefficient de récupération  en moyenne de 15/20% et exceptionnellement 30%, ce qui donnerait entre 3000 et 4000 milliards de mètres cubes gazeux commerciales pour l’Algérie.
-c-pour les  1000 puits, la durée de vie ne dépasse pas cinq années, devant  se déplacer vers d’autres sites assistant donc à un perforage  sur un espace déterminé comme  un morceau de gruyère.
-d- Environ1000 puits   donnent environ 50 milliards de mètres cubes gazeux par an. Le cout du forage d’un puits est estimé  entre 15/20 millions de dollars, pouvant retenir cette hypothèse dans la mesure où le coût du brevet et de l’assistance étrangère est contrebalancé par le bas coût de la main  d’œuvre et que le terrain  est presque gratuit alors qu’il est privé aux USA.
-e- La rentabilité implique – au vu de la structure des prix actuels au niveau international, concurrencé par le gaz conventionnel-  un cout minimum de 12 dollars le MBTU et un  un prix de cession supérieur à 15/17 dollars le MBTU, tenant du cout de transport- s’alignant sur l’Asie puisqu’aux USA le MBTU varie entre 4/5 dollars et en Europe après  la catastrophe  au Japon entre 9/12 dollars le MBTU, existant   une déconnexion du prix du gaz sur celui du pétrole depuis  plusieurs années.
-f- Mais  1000 puits est une hypothèse puisque même pour le gaz traditionnel, le maximum de forage n’a jamais dépassé 200 puits. Même dans cette hypothèse maximale  de  200 puits donnant 10 milliards de mètres cubes gazeux non conventionnel, un peu plus  que le projet GALSI actuellement gelé, dont le cout est passé de 2,5  à 4 milliards de dollars fin  2013 , non rentable au vu du prix actuel ,  dont la capacité prévue était de 8 milliards de mètres cubes gazeux. Pour  s’aligner sur  le prix de cession européen  actuel, le coût du forage d’un puits devrait être moins de  10 millions de dollars.
-g- L’exploitation de ce gaz  implique de prendre en compte que cela nécessite  une  forte  consommation d’eau douce, un (1) million de mètres cubes pour un milliards de mètres cubes gazeux, et en cas d’eau saumâtre, il faut des unités de dessalement extrêmement coûteux, autant que les techniques de recyclage de l’eau. Cela implique une entente régionale, du fait que  l’Algérie partage ces nappes avec le Maroc, la Libye et la Tunisie Surtout  cela  peut avoir des   effets nocifs  sur l’environnement, (émission de gaz à effet de serre), la fracturation des roches  pouvant conduire à un  déséquilibre spatial et de l’équilibre écologique avec des possibilités d’effondrement. Et en cas de non maîtrise technologique, (entre 200  et 300 produits chimiques injectés pour fracturer la roche combiné avec le sable) elle peut  infecter  les nappes phréatiques au Sud,  l’eau devenant impropre à la consommation avec des risques de maladies comme le cancer.
En résumé, il  s‘agit ni d’être  contre, ni d’être pour l’option du gaz de schiste. L’objectif  stratégique  est de l’insérer dans le cadre de la transition énergétique reposant sur un  Mix énergétique en n’oubliant pas l’efficacité énergétique qui peut permettre des économies de 20/30% notamment  dans de nouvelles méthodes de construction). Le mix doit prendre en compte le développement des énergies   renouvelables où le solaire combiné au gaz notamment torché  par le système de récupération permet de réduire les couts. Le gouvernement dans plusieurs de ses conseils entre 2012/2013  avait mobilisé 100 milliards de dollars et  avait prévu que 30% de la consommation d’électricité  horizon 2030 devrait être le fait de ces énergies. Où en sont les réalisations. Mais l’essentiel est le savoir faire et ce dans tous les domaines.   Sans la maîtrise technologique  il faut être très prudent, en attendant d’autres techniques  au stade d’expérimentation qui économiseraient l’eau et n’utiliseraient que peu ou pas  de produits chimiques( voir le  rapport du parlement français décembre 2013)  Et là on revient à la ressource humaine pilier de tout processus de développement fiable. Evitons surtout de reproduire à l’avenir la mentalité rentière. Car  l’Algérie après 50 années d’indépendance exporte 97/98% d’hydrocarbures et importe 70% des besoins des ménages, des entreprises publiques et privées  alors que l’objectif stratégique est une production et exportation hors hydrocarbures dans le  cadre des avantages comparatifs mondiaux supposant la réhabilitation  de l’entreprise et son fondement le savoir  Pour éviter ces effets pervers,  cela implique   un Etat régulateur fort, qui n’est fort que par  sa moralité, sa bonne gouvernance  et l’implication  l’élite.
 *Abderrahmane Mebtoul ,Professeur des Universités – Expert International Directeur d’Etudes Ministère Energie/Sonatrach 1974/1980-1990/1995-2000/2006- Membre de plusieurs organisations internationales

Précisions du Docteur A. Mebtoul (*)
Mercredi 4 Juin 2014 - 10:51
Lu 499 fois
ACTUALITÉ
               Partager Partager

A LA UNE | ACTUALITÉ | MOSTAGANEM | RÉGION | CULTURE | SPORTS | CHRONIQUE | DOSSIERS | ISLAMIYATE | Edito | RAMADANIATE | NON-DITS | DÉBAT DU JOUR | TRIBUNE LIBRE | PUB | Spécial 1er Novembre 54 | Aidons-les ! | MOSTA-HIER | بالعربي






Edition du 03-12-2016.pdf
2.91 Mo - 03/12/2016





Flux RSS


Retrouvez-nous sur Google+