REFLEXION

PROCHAINE TRIPARTIE : impossibilité économique d’un SMIG à 35.000 dinars par mois

Après des dépenses durant les vacances d’été, le mois sacré du Ramadhan, la rentrée scolaire et avec le retour de l’inflation, les bourses de la majorité des ménages algériens sont malmenées expliquant que la rentrée sociale sera marquée par la réunion de la Tripartie.



PROCHAINE TRIPARTIE : impossibilité économique  d’un SMIG  à 35.000 dinars par mois
L’objet de cette présente contribution est de poser une série de problèmes socio-économiques fondamentaux qui engagent l’avenir du pays.

1.- La Tripartie actuelle est –elle représentative ?

La Tripartie a pour objet en principe de renforcer le dialogue économique avec les partenaires économiques et sociaux. Le dialogue est la seule voie pour trouver un véritable consensus ce qui ne signifie nullement unanimisme signe de décadence de toute société afin d’anticiper tout conflit préjudiciable aux intérêts supérieurs du pays avec des couts faramineux. Pour une meilleure représentativité, les organisations patronales privées doivent avoir un cadre unifié et inclure d’autres organisations non présentes, parfois plus représentatives. Pour un véritable dialogue social, il serait souhaitable de convier d’autres organisations syndicales autonomes avec lesquelles notamment, les Ministres du travail, de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la santé sont déjà en contacts permanents. La composante est la même depuis plus de deux décennies alors que l’environnement économique et social algérien a profondément changé ce qui explique que les anciennes Triparties ont eu peu d’effets face aux tensions sociales. D’autres forces sociales et économiques sont apparues depuis, devant en tenir compte, faute de quoi cela s’apparenterait à un monologue du pouvoir avec lui même, sans impacts pour la résolution concrète des problèmes économiques et sociaux. Aussi faut-il éviter deux écueils. Premièrement, le gouvernement doit se démarquer d’une vision culturelle largement dépassée des années 1970 tant sur le plan politique, économique qu’en matière diplomatique. Nous sommes en 2011 avec des mutations géostratégiques considérables entre 2012/2020 qui préfigurent de profonds bouleversements géostratégiques. La mentalité bureaucratique administrative des années 1970 est de croire qu’il suffit de changer de lois pour résoudre les problèmes. Cette vision bureaucratique est une erreur politique qui ne peut que conduire le pays à l’impasse, à une crise multidimensionnelle, voire à une déflagration sociale qu’il s’agit impérativement d’éviter. Deuxièmement éviter que la Tripartie soit un lieu de redistribution de la rente (parts de marché et avantages divers supportés par le trésor public de ceux présents via la dépense publique) en fonction d’intérêts étroits. Car lorsqu’un pouvoir agit bureaucratiquement sans concertation, sans tenir compte de la réelle composante sociale, la société enfante ses propres règles qui lui permettent de fonctionner en dehors de l’Etat officiel se traduisant alors par un divorce croissant Etat/citoyens.

2- La Tripartie du 28 mai 2011 et quoi attendre de celle de septembre 2011 ?

La dernière tripartite s'est tenue le 28 mai 2011 a été exclusivement, dédiée aux questions économiques dont je rappelle deux principales décisions. Première décision , si les banques surtout publiques qui en 2010 accaparent près de 90% des crédits octroyés, les banques privées étrangères et algériennes représentant à peine 10% jouent le jeu , à partir du 1er juillet 2011, le Trésor public a été sollicité pour participer à la bonification des crédits d'investissement accordés aux PME avec la prise en charge de 2 % des 5,5 % des taux d’intérêts prélevés par les banques qui devront en principe accorder un différé sur les crédits aux PME destinés à l'investissement. La Banque d’Algérie est chargée par le gouvernement de couvrir les risques de changes. Les pouvoirs publics vont, par ailleurs, participer au rééchelonnement des créances bancaires des PME qui font face à des difficultés de remboursement dans les délais prévus étant entendu qu’il s ‘agit d’endettement d’entreprises qui ont encore des chances de survie selon le gouvernement. Deuxième décision est celle relative au crédit documentaire (Credoc).Les entreprises de production de biens et de services pourront importer par remise documentaire et même, en situation d’urgence, importer par transfert libre avec un montant qui passe de deux millions à quatre millions de dinars. Quant aux importations pour la revente en l’état, le crédit documentaire est maintenu. Cela donne la possibilité aux entreprises d’importer des équipements avec la remise documentaire. Les entreprises de production pourront également importer de la matière première avec le transfert libre, mais le montant autorisé est plafonné à quatre millions de dinars par année. Par contre, la prochaine tripartite qui aura lieu fin septembre 2011 sera consacrée au volet social. Pour le moment il n'y a pas un ordre du jour spécifique qui a été arrêté. La Centrale syndicale se prépare à soumettre à débats, la révision du salaire national minimum garanti (SNMG), l'allègement de l'Impôt sur le revenu global (IRG) qui pénalise lourdement les salariés au même titre que les retraités, l'abrogation de l'article 87 bis du code du travail. Concernant l'IRG, la centrale syndicale prévoit de proposer au gouvernement de revoir le taux de perception pour les salariés et d’exempter les retraités de cette imposition. Des dossiers qui ne seront pas à leur premier examen puisqu’ils ont déjà fait l’objet de négociations lors de précédentes réunions tripartites. Autre dossier, la revalorisation des pensions de retraite jugées en inadéquation avec l’évolution du coût de la vie. En effet, la revalorisation annuelle des pensions de retraites, soit 10 %, demeure insuffisante d’où la nécessité de revoir les niveaux actuels. Les retraités sont 2,2 millions à vivre dans la précarité. Ainsi, une personne ayant eu sa retraite en 1996 et une autre en 2011, ayant assumé la même fonction dans la même entreprise, n’ont pas la même pension puisque « cette dernière est calculée sur la base du salaire touché par chacun ». Avec les augmentations salariales obtenues depuis, le retraité de 2011 touche plus du double, voire pour certains cas le triple que le retraité de 1996 . En 1996, le Snmg était de 8000 dinars et le kilo de sucre coûtait 5 dinars. En 2011, le Snmg est de 15.000 dinars et le sucre coûte 90/100 dinars.

3 -Peut-on aller vers un SMIG à 32000/35000 dinars ?

Pour les augmentations de salaires, il ne faut pas être utopique. Un SMIG entre 32.000 et 3.5.000 dinars, ce qui serait souhaitable pour une vie décente d’un ménage ayant 4 enfants à charge ne travaillant pas est une impossibilité économique, hélas, les lois économiques étant insensibles aux slogans politiques. Encore qu’existe une profonde injustice sociale du fait de la concentration excessive du revenu national au profit d’une minorité rentière et non des producteurs de richesses du fait de l’inexistence d’une véritable politique salariale mais des distributions de rentes renvoyant à la faiblesse de la régulation d’ensemble. Pour preuve le rapport salaires sur le produit intérieur brut est inférieur à 20% moyenne 2009/2010 contre une moyenne dépassant les 50% pour les pays développés et émergents. Cela est confirmé par la loi de finances prévisionnelle 2012 qui est paradoxale : le déficit budgétaire prévue est de 54 milliards de dollars contre 63 pour 2011 .Mais cette baisse s’explique fondamentalement par la réduction très importante du budget d’équipement mais l’accroissement du budget de fonctionnement. La raison invoquée de cette baisse des projets d’investissements serait due à la faiblesse de la capacité d’absorption. Et pour le budget de fonctionnement aux différentes augmentations de salaires notamment allant vers des segments non productifs. On veut calmer le front social par la distribution de salaires sans contreparties productives mais en même temps assujettir ceux qui tournent autour de la rente comme l’atteste, selon certaines sources, le décret non publiée courant 2011 et la loi de finances prévisionnelle 2012. Cette dernière prévoit un déficit budgétaire de 54 milliards de dollars contre 63 pour 2011 mais avec des paradoxes. Cette baisse s’explique fondamentalement par la réduction très importante du budget d’équipement mais l’accroissement du budget de fonctionnement(1). La raison invoquée de cette baisse des projets d’investissements serait due à la faiblesse de la capacité d’absorption. Et pour le budget de fonctionnement, la hausse serait due aux différentes augmentations de salaires notamment allants vers des segments non productifs. On veut calmer le front social par la distribution de salaires sans contreparties productives mais en même temps assujettir ceux qui tournent autour de la rente. Ainsi selon certaines sources, le décret non publié d’augmenter tous les directeurs d’exécutif des ministères et de wilayas , pour les premiers allant vers un salaire fluctuant entre 160.000 et 200.000 dinars par mois , des prêts importants sans intérêts pour logement et voiture, déclassant ainsi le savoir , mettant les professeurs d’université en fin de carrière loin des administratifs , puisqu’un docteur d‘Etat maitre de conférence a moins de 120.000 dinars par mois. Or, des salaires versés sans contreparties productives risquent d’entrainer une spirale inflationniste qui pénaliserait les couches les plus vulnérables, jouant comme vecteur de redistribution en faveur des revenus variables et au détriment des revenus fixes. Tout au plus peut-on relever le SMIG entre la fourchette de 15000 dinars actuellement au maximum à 22.000 dinars, la moyenne souhaitable étant 20.000 dinars en espérant en dynamique un accroissement de la production et la productivité nationale sinon cette augmentation sera rattrapée par l’inflation. Bon nombre d’entreprises de PMI/PME qui constituent plus de 80% du tissue économique ne peuvent pas supporter une hausse brutale des salaires expliquant que les opérateurs privés demandent des dégrèvements par ailleurs mais toujours supportés par le trésor public. Sinon, ces opérateurs se réfugieront dans la sphère informelle déjà florissante et qui pénalise les producteurs locaux. Toutefois, pour atténuer l’inflation et ces augmentations de salaires il existe des pistes : une meilleure efficacité de la dépense publique par une meilleure gestion, une lutte contre la corruption et un partage des sacrifices notamment en taxant les niches des fortunes spéculative qui dans la majorité ne paient pas d’impôts. C’est que l’inflation a un pouvoir négatif sur le pouvoir d’achat de l’immense majorité des algériens dont 70% ont un revenu net inférieur à 25.000 dinars par mois et qui consacre 80% de leurs revenus aux produits de première nécessité. Les subventions sont permises grâce à la rente des hydrocarbures représentant 98% des exportations en devises 70/75% des besoins des ménages et des entreprises publiques et privées provenant de l’importation démontrant la faiblesse de la production nationale. Le taux d’intégration des entreprises publiques et privées algériennes ne dépasse pas 10/15%. Selon les statistiques douanières, les importations des produits alimentaires ont atteint 823 millions de dollars en juillet 2011 (contre 458 millions en juillet 2010), soit une progression de 79,69%, 4,8 milliards de dollars sur le six premiers mois de 2011 allant vers 9 milliards de dollars contre 7 milliards de dollars en 2010, 6 milliards de dollars en 2009 , 4, 33 milliards de dollars en 2007 et 2, 94 milliards de dollars entre 2003/2004. Or, les subventions qui ne peuvent qu’être transitoires d’ailleurs non ciblées favorisant notamment des fuites hors des frontières, permettent d’atténuer ce processus inflationniste. Mais ce n’est pas une solution durable et surtout fiable économiquement. Se pose d’ailleurs le problème de la régulation du marché intérieur où la sphère informelle contrôle 40% de la masse monétaire en circulation et 65% quatre segments des produits de première nécessité : celui des fruits et légumes, du poisson, de la viande rouge et blanche et à travers une importation non régulée, l’habillement et les chaussures.

4- Quel est l’objectif stratégique face aux tensions sociales?

On ne peut dissocier le volet social du volet économique , le grand problème de l’Algérie étant la relance de la machine économique, se fondant sur une bonne gouvernance, la valorisation du savoir richesse bien plus importante que toutes les richesses éphémères des hydrocarbures, une visibilité et cohérence dans la politique socio-économique tenant compte des nouvelles mutations mondiales. L’Algérie qui a 36 millions d’habitants sera dans 25 ans 50 millions d’habitants sans hydrocarbures. Or, le taux d’emploi est fonction du taux de croissance et des structures des taux de productivité. On ne crée pas des emplois utiles, non des emplois rentes par décret ( trois millions d’emplois ?) ou instructions administratives expliquant d’ailleurs que les taux de croissance et de chômage officiels sont des aux fictifs. Aussi s’agit-il de redéfinir la politique socio-économique actuelle qui mise que sur les infrastructures (70% des dépenses) par une nouvelle vision stratégique afin de mette en place une économie rente compétitive dans le cadre des valeurs internationales si l’on veut créer des emplois durables et atténuer les tensions sociales inévitables. Pour cela un débat national sans exclusive sur le bilan de tous les programmes économiques 2000/2011 s’impose lié à un large débat sur les réserves d’hydrocarbures et l’utilisation des réserves de change (153 milliards de dollars placées à l’étranger sur un total de 162,2 milliards de dollars au 01 janvier 2011 ), loin de toute opacité, renvoyant à la démocratisation de la décision économique. Cela permettra de déterminer la trajectoire future 2011/2020 de l’Algérie , poser la problématique de la démocratisation de la gestion des hydrocarbures et de l’utilisation des réserves de change. C’est que l’impact de la dépense publique entre 2004/2011 est mitigé: une dépense publique de plus de 200 milliards de dollars entre 2004/2009 et une enveloppe de 286 milliards de dollars entre 2010/2014. Or, 130 milliards de dollars sont des restes à réaliser des projets de 2004/2009. Le total de la dépense publique soit 480 milliards de dollars entre 2004/2014, a été ou sera consacré à 70% dans les infrastructures et non dans la ressource humaine et l’entreprise, vecteurs de développement durable , avec des emplois précaires et non les emplois productifs inducteurs d’une véritable croissance. Selon les rapports internationaux 2010/2011, le gouvernement algérien dépense deux fois plus pour avoir deux fois moins de résultats que certains pays similaires, montrant la mauvaise gestion et une corruption socialisée. Il est fini de tenir des discours démagogiques en voulant ignorer que la transformation du monde, misant sur la faiblesse de la culture économique de la population mais consciente car confrontée à la dure réalité de la vie quotidienne. L’avenir des entreprises algériennes compétitives est dans l’intégration maghrébine, dans l’Afrique du Nord et devant nous tourner vers l’Afrique profonde en termes d’avantages comparatifs, un continent vierge qui habitera 1,5 milliard d’habitants horizon 2025. Pour cela, au niveau interne, il s’agit de lever les contraintes d’environnement à l’entreprise: la bureaucratie étouffante, un système financier qui besoin de devenir un véritable partenaire économique des entreprises et non de simples guichets administratifs, adapter le système socio-éducatif à l’environnement et résoudre le problème du foncier. Cela renvoie à des facteurs d’ordre politiques et culturels (tenir compte de notre anthropologie) qui dépassent les facteurs économiques, le blocage étant d’ordre systémique. C’est toute la problématique de la transition d’une économie de rente à une économie hors hydrocarbures qui dure depuis 1986, 25 ans, du fait de rapports de forces contradictoires qui se neutralisent étant dans le statut quo alors que le monde évolue, le temps en économie ne se rattrapant jamais. Pourtant, l’Algérie a toutes les potentialités pour devenir un acteur actif au sein du bassin euro-méditerranéen et arabo-africain, pour peu que des réformes politiques et économiques courageuses, structurelles loin du replâtrage, soient menées grâce à un dialogue rassemblant l’ensemble des forces vives de la Nation.

Professeur Dr Abderrahmane MEBTOUL Expert International ademmebtoul@gmail.

Professeur Dr Abderrahmane MEBTOUL
Mercredi 7 Septembre 2011 - 22:01
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