REFLEXION

PRISON DE MOSTAGANEM : L’espoir au-delà des murs

« Quelque injustice, petite ou grande, que quelqu’un ait commise, la loi l’amènera, par enseignement et par contrainte, soit à ne plus jamais la commettre à l’avenir, soit à la commettre beaucoup moins souvent. » (Platon Les Lois, IX)
« Ô roi, nous venons à toi comme à celui qui peut guérir nos maux ; je ne t'ai pas pris pour juge de mes fautes, ni, si j'ai eu quelques torts, pour les punir ou me les reprocher, mais pour demander ton secours. » (Euripide, Les suppliantes)



Bien évidemment on ne pourra parler de Lois, de république et de société active et participative sans avoir pour référent la Grèce antique. Si la pensée humaine profuse et féconde qui  caractérisait cette époque constitue la matrice de notre génie intellectuel contemporain, on ne pourra pas affirmer que cet âge d’or a toujours prévalu. En effet, il y eut des siècles d’obscurantisme et d’extrême violence dans des rapports humains où il y avait peu de place pour  la notion de pardon, de pitié, et de possibilité d’amendement. Il aurait fallu pratiquement près de 2500 ans pour que cette notion de clémence, d’indulgence et d’humanité investisse la notion de la peine et du châtiment, transformant ainsi  la  réaction sociale et juridique vis-à-vis du crime en  un instrument qui aura un sens de par son utilité sociale et sa noblesse.
Le sociologue Emile Durkheim disait que  « Le crime est normal »  parce qu'il est lié aux conditions fondamentales de toute vie sociale ; il en est ainsi parce qu'il ne peut y avoir de société où les individus ne divergent plus ou moins du type collectif et que, parmi ces divergences, il y en a non moins nécessairement qui présentent un caractère criminel »
Si l’histoire nous a appris qu’il est quasiment impossible d’éviter l’émergence et la propagation (toujours selon des taux de morbidité et de constance fluctuantes) ce genre de comportements déviants que la société réprouve et condamne, l’humanité a néanmoins consenti  à un véritable sursaut épistémologique en matière de justice pénale.
Pour punir, les sociétés ont eu recours à autant de procédés et traitements cruels, inhumains,  dégradants et totalement inefficients, vestiges d’une époque sans âme ni conscience, (tels que  le bagne , les galères, la flétrissure , le pal…) qu’il aurait fallu sans cesse réajuster pour donner toujours plus de sens et de noblesse à notre acte de juger et de punir. La punition et la vengeance comme fin en soi ont suffisamment démontré leur vanité et le peu d’introspection dont ont fait preuve les sociétés face à ce défi permanent qui nous pousse à saisir la nature humaine dans toute sa complexité afin de nous assurer la pérennisation d’une paix sociale et la sécurité des biens et des personnes. La  notion de dignité humaine fondamentale et irréductible ainsi que l’institutionnalisation des droits de l’homme consacrées par les démocraties contemporaines sont censés s’exercer en tout temps et tout lieu et notamment en milieu carcéral où le détenu continue à jouir de ses droits essentiels.
La peine doit aujourd’hui évoquer chez les uns et les autres et de manière consensuelle  la même finalité, celle qui consiste à voir dans cette période de privation de liberté une phase restauratrice qui permet au détenu de se réconcilier avec la société et avec soi même par le truchement  d’une exploitation rationnelle et savamment programmée  de son temps d’incarcération. Il  est loin ce temps des malentendus et des appréhensions injustifiées où les prisons étaient considérées comme des lieux hors de l’espace et du temps propres à susciter dans l’imaginaire collectif  répulsion et stigmatisation.
Le but de la peine vise désormais la resocialisation du détenu et implique dans cette démarche un nombre sans cesse croissant d’acteurs dont le rôle s’avère prépondérant dans la politique pénale et pénitentiaire. Le Code de l’Organisation pénitentiaire précise à ce titre que « l’Action rééducative  menée envers le détenu a pour objet de développer en lui des capacités et des aptitudes propres ainsi qu’une élévation constante de ses facultés intellectuelles et morales et son sens de la responsabilité  en vue de revivre en société dans le respect de la Loi »
Pour ce faire, il n’est possible d’espérer atteindre les objectifs escomptés sans  une étroite collaboration de tous et des mesures synergiques  appropriées.  
La Loi pénitentiaire ajoute que «  La réinsertion sociale des détenus est une mission qui incombe aux organismes de l’Etat et à laquelle contribue la société civile. »
La réforme de la justice entamée il y a plus de dix ans en Algérie a permis à notre système pénitentiaire de connaitre une véritable modernisation, sujet qui mérite amplement qu’on s’y attarde mais qui exige néanmoins un article à part.
Le but de notre intervention à travers cet article est de permettre aux citoyens de se familiariser avec un univers qui est resté trop longtemps méconnu et de prendre conscience qu’en ces lieux hermétiques mais oh combien animés, que dans ces édifices qui semblent vivre et évoluer à la marge de la société et à l’abri de nos regards , foisonne une activité intense faite d’efforts et d’abnégation dans un esprit de solidarité et d’humanité afin de permettre aux détenus de continuer à conserver cette dignité humaine si précieuse qui nous inspire à tous cette merveilleuse faculté d’oublier ou de pardonner , d’expier nos fautes et d’avancer dans la vie avec assurance et noblesse .  Un personnel pluridisciplinaire s’attelle quotidiennement afin que cette œuvre connaisse un aboutissement fécond.
Enseignants – psychologues – assistantes sociales – éducateurs spécialisés – médecins – Imams et bien d’autres institutions collaborent ingénieusement dans la mise en œuvre de cette politique pénitentiaire axée essentiellement sur l’Enseignement, la formation professionnelle ainsi que sur d’autres actions socioéducatives et mesures de peines aménagées et individualisées fortement susceptibles de répondre aux besoins spécifiques de chaque détenu dans le but d’optimaliser sa réinsertion  sociale , familiale et professionnelle.
Bien que la préoccupation permanente de l’Etat consiste à maintenir de la transparence et de la visibilité dans l’action, les moyens et les objectifs de tout service public, gage d’une société plus juste et d’une bonne gouvernance  et sachant par ailleurs que l’univers carcéral ne déroge pas à cette règle, nous doutons que la société soit amplement informée sur l’ensemble de ces actions socioéducatives.
Si dans les prochains jours, au sein de la société, dans chaque famille l’actualité sera portée sur les épreuves du Baccalauréat, du BEM ainsi que sur d’autres examens qui consacrent l’aboutissement d’un long cursus scolaire, professionnel ou universitaire, l’Etablissement de rééducation de Mostaganem connaitra la même effervescence et le même enthousiasme, ultime parcours  d’une année intense d’études et d’efforts scolaires continus.
Chaque année, dans le cadre de multiples conventions signées annuellement avec différents Ministères, l’Etablissement de Rééducation de Mostaganem offre à des centaines de détenus la possibilité de poursuivre des programmes socioéducatifs  variés (Alphabétisation-Enseignement à Distance-Formation professionnelle-Etudes universitaires-Tests professionnels…)
Afin que les citoyens  puissent apprécier le travail considérable ainsi que la nature des interventions entreprises au profit des détenus – Ces tableaux indicateurs offriront à nos chers lecteurs les informations nécessaires et exhaustives sur ces lieux où règne des activités intenses et utiles pour les pensionnaires  leur famille ainsi que pour l’ensemble de la société.

Mazouzi Mohamed
Dimanche 1 Juin 2014 - 10:20
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ACTUALITÉ
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