REFLEXION

ORAN : Hasni, Kelfah ….Un chahid sans sépulture



Durant une sombre nuit de décembre 1961, des hommes en tenue militaire ont escaladé le mur et se sont introduits, par le toit, dans une maison qui faisait coin, habitée par la famille Kelfah dans le quartier Ibn Sina, ex-Victor-Hugo. Ils se sont emparés du jeune Hasni, à peine sorti de l’adolescence, et sont repartis dans le plus grand silence. Les gens du quartier de Victor-Hugo, à l’instar de tous les habitants des quartiers « indigènes », ne dormaient pas à cette époque, où les criminels de l’OAS (Organisation de l’Armée secrète) dirigé par les tristement célèbres chefs des ultras ayant pour noms Lagaillarde, Susini…. appuyés par les généraux toutes Salan, Challe, Zeller et consorts, sévissaient contre la population algérienne. Hasni, toujours élégamment vêtu, était fan du chanteur égyptien, Abdelhalim Hafed. Il se coiffait comme lui, s’habillait comme lui et connaissait ses chansons par cœur. Il donnait l’impression d’être un garçon dans le vent, insouciant et qu’on croyait ignorer totalement la guerre de libération qui faisait rage. Beaucoup s’étaient trompé sur son compte. L’image qu’il donnait lui servait à cacher ses activités au sein d’un groupe de fida dont il fut l’un des membres les plus agissants. Sa haine pour l’occupant lui avait valu d’être renvoyé du collège d’enseignement général où il venait seulement d’être admis. Il a été mis à la porte pour avoir refusé de hisser le drapeau français au milieu de la cour. Le directeur de l’établissement scolaire avait décidé que l’emblème de la France soit hissé chaque matin par deux élèves. Ce jour-là, Hasni et un autre camarade de classe ont été désignés pour l’opération. Le jeune chahid refusa catégoriquement de lever les couleurs qui n’étaient pas celles de son pays, qui n’étaient pas les siennes. Ce qui déclencha un tonnerre au sein du collège. Le directeur, les enseignants et tous les personnels du collège s’étaient levés contre le jeune élève, effarés par tant d’audace. Une « insolence » qui lui valu d’être mis à la porte et entendu par un psychologue de la SAS (Section administrative spécialisée). Une structure militaire créée pour "pacifier" et promouvoir l'« Algérie française » durant la guerre de libération en apportant une pseudo assistance scolaire, sociale, médicale envers les Algériens afin de les gagner à la cause de la France. Mais ce n’était pas le psy qui, en lui expliquant « les bienfaits de la colonisation » qui pouvait avoir une quelconque influence sur le jeune Hasni. Loin s’en faut. Il vouait une haine féroce contre les occupants et tout ce qu’ils représentaient. Pour lui, rien de bien ne pouvait venir de ceux qui avaient asservi le peuple algérien et spolié ses biens. Il considérait que le « meilleur » des colons ne pouvait être qu’un colonisateur. Il ne s’en cachait pas, et le montrait à chaque occasion dans son quartier où habitaient de nombreux Français, qui avaient les plus belles maisons, des voitures dans lesquelles ils emmenaient leurs familles à la plage en été, pendant que les « petits indigènes » n’avaient pour se rafraichir, qu’un petit bassin au port d’Oran, appelé alors, en espagnol, la Cueva del agua et près duquel se déversaient toutes les eaux usées de la ville. Les jeunes inconscients y accédaient en courant le risque grave de passer par un étroit sentier creusé dans la haute falaise. Hasni, comme beaucoup d’autres de son âge, souffraient atrocement de cette situation, mais lui avait décidé de passer à l’acte. Le quartier de Victor Hugo abritait trois immeubles occupés par des dizaines de gendarmes français en famille, qui se déplaçaient armés jusqu’aux dents faisant régner une grande terreur sur la population «indigène» qui fuyait à leur apparition. C’est cette terreur que le fidaï Kelfah Hasni voulait faire changer de camp. Il s’était alors muni d’un gros parabellum de calibre 11,43 « pour faire de gros dégâts », disait-il à ses proches, et se mettait à guetter les plus hauts gradés et les plus racistes parmi les gendarmes, faisant effectivement de gros dégâts come il se l’était promis. Mais le dégât, c’est aussi sa famille, ses proches et l’Algérie, d’une manière générale, qui l’avaient subi en sa perte irremplaçable. Hasni sacrifié sa vie alors avant l’apparition des premiers duvets sur son visage d’ange. Et c’est auprès des anges qu’il doit se trouver actuellement Kelfah Hasni. Plusieurs années plus tard, les autorités locales ont eu la sagesse de baptiser une école en son nom. A défaut d’une tombe, l’établissement scolaire pourrait permettre de pérenniser le souvenir du fidaï Kelfah Hasni.

A. Salim
Dimanche 4 Juillet 2010 - 00:01
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