REFLEXION

N’oublions pas les Chouhada !

Les héros sont souvent des gens simples. Ni mythes ni légendes. Avant tout, des hommes et des femmes. Zighoud Youcef, Larbi Ben mhidi, Benboulaid , Benyahia Belkacem, Amirouche, Didouche Mourad, Hassiba Benbouali, et plusieurs autres sont les principaux artisans de la guerre d'indépendance . A l’occasion de la fête du 1 novembre 1954, rendre hommage à ses martyrs c’est se reconnaître en eux, car à travers leurs sacrifices, c’est mettre en valeur les hommes qui ont été jusqu’aux derniers instants de leurs vie un modèle de vertu pour les générations, laissant ainsi un héritage fait de gloire et de bravoure. Ces hommes et femmes se sont sacrifiés pour que vive l’Algérie indépendante.



Zabana, le premier chahid guillotine

Ahmed Zabana, militant de l'indépendance algérienne, premier résistant à mourir guillotiné en 1956, aux termes d'un simulacre de procès conduit par un tribunal colonial. Il est celui qui déclarait, du fond de la sinistre prison Barberousse d'Alger : « Le savoir, c'est la vie la plus noble et l'ignorance, la plus longue mort ».Toutes ces personnes et militants connaissaient et appréciaient Zabana et à leur sortie de prison, ils nouèrent des liens plus solides avec grand nombre d’entre eux. Ce qui est intéressant dans le livre de Boualem Nedjadi, c’est qu’il reprend les témoignages et comme il l’explique : « Parfois je ressentais de profondes peines lorsque j’apprenais que tel ou tel n’était plus de ce monde. Jugé sommairement et exécutés. Zabana fut le premier martyr depuis le déclenchement de la guerre de libération nationale à monter sur l'échafaud, le 19 juin 1956, dans l'enceinte de la prison de Barbarousse, sur les hauteurs d'Alger. Son exécution ainsi que celle de Ferradj avaient été réclamées à cor et cri par les milieux colonialistes dits "ultra", qui en firent un motif de satisfaction. Mais l'événement provoqua dans l'opinion algérienne un mouvement de colère si puissant qu'il ne tarda pas à se traduire par une série d'actions anticolonialiste. Si nous sommes revenus sur ce héros de la révolution, c’est pour mieux connaître l’homme, à l’occasion du cinquantième anniversaire, qui sera fêté dans quelques mois. Une   commémoration qui a l’avantage de nous inscrire dans la mémoire de ce martyr de la révolution nationale algérienne. Et comment n'aurait-il pas vu un écho de sa lettre émouvante dans cette dernière missive qu'adressa Ahmed Zabana à ses parents, à la veille de son exécution  et que nous publions à cette occasion, d’où l’émotion de ce grand moment pour un homme qui jusqu’au dernier souffle n’a cessé de croire en une Algérie libre et indépendante.
Lettre d’adieu d’Ahmed Zabana à ses parents
«Ne pleurez pas et soyez fiers de moi» «Mes chers parents, ma chère mère Je vous écris sans savoir si cette lettre sera la dernière et cela, Dieu seul le sait. Si je subis un malheur quel qu’il soit, ne désespérez pas de la miséricorde de Dieu, car la mort pour la cause de Dieu est une vie qui n’a pas de fin et la mort pour la patrie n’est qu’un devoir. Vous avez accompli votre devoir puisque vous avez sacrifié l’être le plus cher pour vous. Ne me pleurez pas et soyez fiers de moi.  Enfin, recevez les salutations d’un fils et d’un frère qui vous a toujours aimés et que vous avez toujours aimé. Ce sont peut-être là les plus belles salutations que vous recevrez de ma part, à toi ma mère et à toi mon père ainsi qu’à Nora, El Houari, Halima, El Habib, Fatma, Kheira, Salah et Dinya et à toi mon cher frère Abdelkader ainsi qu’à tous ceux qui partageront votre peine. Allah est Le Plus-Grand et Il est Seul à être Equitable. Votre fils et frère qui vous aime de tout son cœur.»
L'exécution de Zabana est un crime contre l'humanite
L'exécution du Chahid Ahmed Zabana, le 19 juin 1956, est un crime contre l'humanité », les révélations sur la façon dont il avait été exécuté, ainsi que le déroulement de son procès qui avait été entaché d'irrégularités, demeurera un point noir pour l’administration coloniale Française. Certains défenseurs d’Ahmed Zabana avaient été menacés par des colons. Pour l'histoire, l'on retiendra que la première fois, la lame de la guillotine s'était arrêtée à cinq centimètres de la nuque du Chahid. L'officier chargé de l'exécution, malgré le refus de certains membres du jury présents, avait ordonné aux bourreaux d'actionner la lame jusqu'à ce que mort s'en suive. Mais «Tahya El Djazaïr» retentira  toujours dans les subconscients des survivants qui n’oublieront jamais c’est certain. Exposée au Musée central de l'armée, la guillotine qui a fait tomber la tête du héros de la guerre de libération rappellera jusqu'à la fin des temps l'atrocité coloniale. Cette machine de la mort restera un témoin irremplaçable des crimes commis par le colonialisme pendant la révolution algérienne. Plus de 200 militants de la cause nationale, sur les 2 000 condamnés à mort, ont été exécutés entre 1956 et 1962. Mais Zabana exécuté, d’autres hommes n’en continueront pas moins de suivre la voie tracée par ce héros et des milliers d’autre déterminés à chasser l’envahisseur de la terre algérienne et, pour l'éternité, le nom du martyr Ahmed Zabana restera rattaché à l'usage de la guillotine en Algérie. Le 19 juin 1956 se souviendra également de l'exécution d’Abdelkader Ferradj, un autre martyr de l'Algérie. D'autres Algériens comme des Français solidaires de la cause nationale furent tout aussi impitoyablement exécutés. De  nombreux survivants et témoins garderont  en mémoire cette date d’où l'amer souvenir des moments passés à la prison de Barberousse, des moments chargés de souffrances, d'humiliations et de terreur. D'autres rescapés de la guillotine ont retracé les moments terribles de l'attente de la mort, et  chaque minute qui passait en attendant l'aube s’égrenait comme une éternité en se demandant qui allait être le prochain  Aujourd'hui, ces femmes et ces hommes sont immortalisés dans la mémoire de chaque Algérien. Ces condamnés à mort, se sont donné corps et âme à la cause nationale, c’est pour cela qu’il faut se les remémorer à chaque occasion.

 

Aissat Idir, la conscience du syndicalisme algérien

Aissat Idir naquit en 1919 à Djamaâ Sahridj, village situé près de Tizi Ouzou, au sein d'une famille paysanne de condition modeste. En 1935, il rejoignit son oncle paternel à Tunis pour poursuivre des études supérieures en économie à l'université tunisienne jusqu'en 1938. En 1944, il entra à l'usine d'aviation et ne tarda pas à être promu au grade de chef du service de contrôle administratif ; ce qui poussa l'administration de l'usine à l'envoyer au Maroc en vue d'occuper les mêmes fonctions à l'aéroport de Casablanca.Dans ce milieu de travailleurs, ses penchants syndicalistes commencèrent à apparaître et il s'intéressa à la défense des intérêts des travailleurs algériens. Ceci conduisit ses camarades à l'élire en tant que membre de la commission exécutive des travailleurs du secteur d'Etat, qui était une commission affiliée aux syndicats communistes français. A son retour en Algérie, l'idée de fonder une organisation syndicale algérienne commença à le préoccuper. Les idées d'Aïssat Idir suscitèrent des réserves de la part des syndicats français lesquelles commencèrent à œuvrer pour l'écarter des postes de responsabilité.En 1951, la police française prit d'assaut l'usine dans laquelle il travaillait et il fut arrêté avec 10 autres travailleurs algériens. Ils ne furent libérés que dix jours plus tard.Le 22 décembre 1954, il fut libéré.  Les efforts d'Aissat Idir ainsi que ses démarches eurent une influence considérable sur la création en février 1956 de la première organisation syndicale algérienne, représentée par l'Union Générale des Travailleurs Algériens (UGTA) dont il fut nommé secrétaire général. Ce poste lui permit de procéder à la mise en place de sections et cellules de l'Union et il continua sur cette lancée jusqu'à son arrestation le 23 mai 1956, sur ordre de Robert Lacoste, ministre –délégué en Algérie. Arrêté le 23 mai 1956 par les autorités coloniales en raison de ses activités syndicales, il fut emprisonné à Berrouaghia et de là, déplacé dans d'autres prisons : Saint-Lo, Aflou, Bossuet et enfin, transféré à Alger pour être enfermé à la prison de Barberousse. Le 13 janvier 1959, le tribunal militaire prononça un jugement reconnaissant son innocence. En dépit de cela, il ne fut pas libéré mais de nouveau transféré à la prison de Birtraria où il subit les tortures les plus cruelles ; ce qui contraignit l'administration de la prison à le transférer à l'hôpital militaire. Aissat Idir mourut le 26 juillet 1959 des suites des tortures qu'il avait subies. L'assassinat du secrétaire général de l'Union Générale des Travailleurs Algériens suscita une large vague de réprobation et de colère de par le monde.

 

Chahid Mostefa Ben Boulaïd, le ‘’Père de la Révolution algérienne’’

Les héros sont souvent des gens simples. Ni mythes ni légendes. Avant tout, des hommes et des femmes. Zighoud Youcef, Larbi Benmhidi, Benboulaid , Benyahia Belkacem, Amirouche, Didouche , Hassiba Benbouali, et plusieurs autres sont les principaux dirigeants de la guerre d'indépendance
Mostefa Ben Boulaïd (1917-1956), est un commandant de la zone 1 dans les Aurès, un militant nationaliste algérien ainsi qu'un des chefs historiques du Front de libération nationale (FLN) durant la guerre d'Algérie, surnommé le « Père de la Révolution algérienne ». Mostefa Ben Boulaïd est né le 5 février 1917 à Arris au sein d'une famille chaouia aisée des Aurès, région montagneuse du nord est algérien. En 1939, il accomplit le service militaire obligatoire et est mobilisé durant la Seconde Guerre mondiale. Pendant la campagne d'Italie, en 1944, il se distingue par son courage, ce qui lui vaut la médaille militaire et la croix de guerre. Démobilisé au grade d'adjudant, il regagne sa ville natale, il milite dans les rangs du Parti du peuple algérien (PPA). Il joue un rôle important dans l'Organisation spéciale (Algérie) l'(OS), à l'intérieur de laquelle il mène une intense activité de formation politique et militaire des jeunes. Il commence à se procurer des armes en les achetant avec ses propres deniers et participe à l'hébergement des militants pourchassés par les autorités. Il supervise personnellement la distribution des armes à ces militants. En 1948, il participe aux élections de l'Assemblée algérienne et obtient une large victoire. Cependant, les résultats sont falsifiés par les autorités françaises. Il est l'un des fondateurs du Comité révolutionnaire d'unité et d'action (CRUA). Il préside la « réunion des 22 » du 25 juin 1954 à Alger, qui vise à établir une vision uniforme autour de la question du déclenchement de la lutte armée. Il est responsable de la zone I des Aurès, lieu qui mobilise fortement l'armée française et connu pour avoir payé un lourd tribut pendant la guerre d'Algérie. Il est l'un des membres du « Comité des six » chefs insurrectionnels. Il est à la direction des opérations du déclenchement de la Guerre d'Algérie du 1er novembre 1954 dans la région des Aurès. En 1955, il se rend en Libye pour approvisionner les militants en armes. Il participe aux deux batailles d’Ifri el blah et Ahmar Khaddou. Il est arrêté le 11 février 1955 en Tunisie et est condamné à mort par le tribunal de Constantine, puis emprisonné à la prison centrale de Constantine. Il s'en évade en novembre 1955 avec plusieurs autres détenus dont Tahar Zbiri — un des auteurs du coup d'État manqué en 1967 contre Houari Boumediene — et ce grâce à la complicité d'un gardien de prison, Djaffer Chérif, issu de sa région natale. Au cours de cette évasion un de ses compagnons chute, se blesse et sera par la suite guillotiné. C'est en commun accord, au tirage au sort, que l'ordre d'évasion s'est déroulé. Mostefa Ben Boulaïd décède le 22 mars 1956 avec Abdelhamid Lamrani — un de ses proches collaborateurs — dans le maquis à la suite de la détonation d'un poste radio piégé parachuté par l'armée française d'après la version officielle.  Héros national, dans les Aurès et dans le reste de l'Algérie, son buste orne les places principales de Batna et de Arris.  Le buste de Mostefa Benboulaïd à Arris dans la wilaya de Batna. Une allée porte son nom ainsi qu'un lycée à Batna. L'une des plus grandes avenues d'Annaba, boulevard Bertagna, qui relie le Cours de la Révolution (anciennement Cours Bertagna) aux quartiers Saint-Cloud, Plaisance et Kouba, et aux plages de Chapuis et Toche, porte également son nom. L'aéroport de Batna porte son nom.

 

Chahid Larbi Ben M'Hidi

Le général Aussaresses confirme que le chef du FLN à Alger, Larbi Ben M'Hidi, a été pendu. Les circonstances exactes de la mort de Larbi Ben M'Hidi, chef politico-militaire du FLN pour la région d'Alger en 1957, restent controversées.
Membre fondateur du CRUA (Comité révolutionnaire d’unité et d’action), Larbi Benmhidi était l’un des piliers de la révolution algérienne. Arrêté le 23 février 1957 au cœur de la Bataille d’Alger, il a été pendu dans la nuit du 3 au 4 mars 1957. Le martyr Larbi Ben M’hidi naquit en 1923 à Douar el Kouahi, aux environs d’Aïn M’lila. Cadet d’une famille composée de trois filles et deux garçons, il débuta ses études à l’école primaire française de son village natal. A l’issue de la première année scolaire, il se rendit à Batna pour poursuivre ses études primaires et après l’obtention de son certificat d’études primaires, Mohamed Larbi rejoignit sa famille à Biskra où il poursuivit sa scolarité. Il fut admis au brevet et intégra l’école de Constantine. En 1939, il adhéra aux Scouts Musulmans, section " espoir " à Biskra et quelques mois plus tard, devint chef de la section " juniors ". En 1952, il adhéra au Parti du Peuple de son lieu de résidence où il s’intéressait de près aux affaires politiques nationales. Le 8 Mai 1945, le martyr faisait partie des prisonniers et fut libéré après trois semaines passées dans les interrogatoires et la torture au poste de police. En 1947, il fut l’un des premiers jeunes à s’engager dans les rangs de l’Organisation Spéciale dont il ne tarda pas à devenir l’un des membres les plus éminents. En 1949, il devint responsable de l’aile militaire à Sétif et en même temps, adjoint du chef d’état-major de l’organisation secrète au niveau de l’Est algérien, dirigée à cette époque par Mohamed Boudiaf. En 1950, il fut promu au rang de responsable de l’organisation après le départ du martyr Mohamed Boudiaf vers la Capitale. Après l’incident de mars 1950, il s’évanouit dans la nature et après la dissolution de l’Organisation, il fut nommé responsable de la circonscription du parti à Oran jusqu’en 1953.Lorsque fut formé le Comité Révolutionnaire pour l’Unité et l’Action (CRUA), en mars 1954, le martyr devint l’un de ses membres les plus éminents puis un membre actif dans le Comité historique des 22. Larbi Ben M’hidi joua un rôle très important dans les préparatifs pour la révolution armée et œuvra à convaincre tout le monde d’y participer. Au déclenchement de la lutte armée, il est le premier chef de la zone V (Oran).Le martyr figure parmi ceux qui œuvrèrent avec sérieux pour la tenue du Congrès de la Soummam le 20 août 1956 et fut ensuite désigné membre du Comité de Coordination et d’Exécution de la Révolution Algérienne (Haut commandement de la Révolution). Il dirigea la bataille d’Alger au début de l’année 1956 et à la fin de l’année 1957 jusqu’à ce qu’il fût arrêté à la fin du mois de février 1957. Il représentait l’Oranie au Congrès de la Soummam (20 août 1956), dont il présidait la première réunion. A l’issue du congrès, il est élevé au grade de colonel, nommé au Comité de coordination et d’exécution (CCE) et se voit confier la zone d’Alger. Dès le début, il œuvra à la consolidation des groupes de fedayins, au renforcement de la conscience politique des responsables locaux et à l’organisation du réseau des bombes. Plusieurs réunions eurent ainsi lieu à la Casbah dans lesquelles Ben M’hidi répétait sans cesse: "Il faut que l’Algérie devienne un deuxième Diên Biên Phu. " Il affirmait aussi: " Mettez la Révolution dans la rue et vous la verrez reprise et portée par douze millions d’hommes. " C’est dans cet esprit d’ailleurs qu’il fut l’un des principaux initiateurs de la fameuse " grève générale des huit jours " en janvier 1957.Le 23 février 1957, Larbi Ben M’hidi est arrêté par les hommes de Bigeart dans un appartement de l’avenue Claude-Debussy, où il se trouvait de passage. Dans une conférence de presse donnée le 6 mars, le porte-parole du gouvernement général déclare: " Ben M’hidi s’est suicidé dans sa cellule en se pendant à l’aide de lambeaux de sa chemise. "Il s’agissait en fait d’une mascarade  visant à dissimuler son assassinat par des tortionnaires dans la nuit du 3 au 4 mars 1957.Le 20 août de la même année, le journal EI-Moudjahid lui rendit hommage en ces termes: "L’ennemi n’a pas bien regardé Ben M’hidi. Il eût compris la vanité de cette torture, l’impossibilité d’ébranler ce révolutionnaire pendant des jours et des nuits. Ben M’hidi fut atrocement torturé, toutes les inventions françaises, toutes les techniques sadiques des tortionnaires lui furent appliquées. Le corps de Ben M’hidi meurtri, cassé et disloqué, s’est écroulé mais nous savons aujourd’hui que sa dignité intacte, son courage et son énergie inébranlables remplirent de honte l’ennemi."

 

Chahid, Zighoud Youcef, le forgeron soldat

Le héros Zighoud Youcef, un des principaux dirigeants de la guerre d'indépendance, en est un. Mais l'habit du héros était aussi celui d'un chef «politico-militaire» exceptionnel. Un stratège qui a réinventé la guérilla urbaine, en combinant techniques de l'Intifadha et procédés militaires. 
Après ce coup d'éclat, Zighoud Youcef rejoindra le massif des Aurès où il se réfugiera dans une semi-clandestinité, se partageant entre l'activisme militant et la vie dans le maquis. Il reviendra après dans sa région natale où il poursuivra sa lutte anticolonialiste avant de faire partie des «22» historiques qui créeront à El Madania (Clos Salembier, Alger) la matrice de l'indépendance, le CRUA, le Comité révolutionnaire d'unité et d'action. Lors de la répartition des responsabilités, ses pairs le désigneront comme adjoint de Didouche Mourad à la tête de ce qui deviendra, après le congrès de la Soummam, la wilaya II. Pionnier de l'action militaire, il sera l'un des tout premiers à tirer les cartouches de la libération. C'est lui qui a mené donc des coups d'éclat contre la caserne de la gendarmerie de Condé Smendou dès novembre 1954. De l'aveu même de chefs de l'armée française, il avait inauguré la guérilla urbaine à Bône (Annaba) et à Philippeville (Skikda), mais surtout, il n'a cessé depuis le début de 1955 de mettre au point «une certaine tactique de l'attaque d'un village». Il aurait du même point de vue «échoué» mais «a failli réussir» à El Harrouch, où se trouve le PC des parachutistes du colonel Ducourneau. L'homme au chapeau de brousse que l'on voit sur les rares photos de l’époque, «ce loup maigre et sec», selon la formule de Jacques Duchemin, auteur d'une partiale et partielle Histoire du FLN (Table Ronde, Paris 1962), avait pourtant hérité d'une wilaya coupée des autres wilayas, à la mort de Didouche Mourad qui avait emporté avec lui l'essentiel des archives du territoire nord-constantinois. C'est que, aussi, la révolution algérienne naissante n'avait pas encore eu le temps d'installer des structures de renseignements, de liaison et de communications et le futur et célèbre MALG, le ministère de l'Armement et des Liaisons générales n'était pas encore créé. La guerre n'avait que trois mois à peine et tout était à faire, notamment assurer ce que notre confrère Boukhalfa Amazit appelle judicieusement l'implantation du FLN-ALN par vascularisation. Donc, assurer la politique de rupture avec l'administration coloniale, pénétrer en profondeur les villes, les douars et les mechtas, en un mot, selon la théorie maoïste, «assurer l'eau au poisson». Du commandant militaire et du responsable politique, on sait peu de chose. Feu Mahfoud Bennoune, capitaine de la wilaya II, disait de lui que c'était «un homme réfléchi, intelligent, sérieux, profondément engagé pour la cause nationale, bien organisé et surtout d'une extrême modestie». Ce portrait paraît d'autant plus juste que la wilaya II est la seule wilaya qui a échappé aux implacables purges ayant endeuillé les maquis à partir de 1958, suite à la fameuse «bleuïte», l'opération d'intox, à grande échelle, imaginée par les services d'action psychologique de l'armée française. Sa formation était celle d'un autodidacte, doublé d'un militant lucide «avec une base politique solide», avait confié à son sujet, à Boukhalfa Amazit, Salah Boubnider, l'un de ses compagnons d'armes les plus proches. Ce que confirmera d'ailleurs, Ali Kafi, successeur de Sawt El Arab à la tête de la wilaya II dans ses Mémoires et dans des entretiens à la presse arabophone algérienne. Pour convaincre du sens politique de Zighoud Youcef, Salah Boubnider, qui l'avait remplacé comme commandant de la wilaya II, se souvient alors d'une opération militaire à Sidi Mezghiche, décidée et conçue par Zighoud comme une action psychologique destinée à vaincre les doutes des habitants de ce village au sujet du pouvoir d'initiative et de la capacité d'agir de l'Armée de libération nationale (ALN). Pour mieux frapper les esprits, il décide alors de n'y associer aucun djoundi et d'y engager exclusivement des cadres. Ainsi, 160 hommes au total seront mobilisés pour accrocher avec un total succès des unités de l'armée française dans les alentours de Sidi Mezghiche. Invité par Salah Boubnider à dresser le bilan des opérations, le colonel Zighoud Youcef eut alors ces propos : «Ce peuple est un grand peuple, sa volonté est immense, sa disponibilité est permanente ; il lui faut une direction à sa dimension, qui le convainc, nous ne devons pas le décevoir, sinon il risque de commettre de graves dégâts. Si la direction n'est pas à la hauteur du peuple qu'elle mène, alors ce dernier peut faire des choses incontrôlables.» Autodidacte et stratège spontané, Zighoud Youcef n'a probablement pas lu Sun Tsu, ni Nedham El Mulk, pas plus qu'il n'aurait assimilé Clausewitz ou Mao Zedong. Mais, en attaquant simultanément 39 centres militaires dans le Nord-Constantinois, il a inventé une nouvelle technique de guerre en lançant contre des objectifs militaires précis des colonnes de fellahs armés de bâtons et de serpes. D'un point de vue militaire classique, cette technique non conventionnelle est apparue alors «absurde» aux adeptes de la science militaire pure. Bien avant l'heure, le forgeron soldat de Smendou avait combiné «marche verte», intifadha et techniques de guérilla pour atteindre des objectifs politiques et militaires essentiels. L'importance des objectifs atteints fut telle que le 20 août 1955 constituera un tournant historique majeur dans la guerre d'indépendance de l'Algérie.
Déjà, sa lecture des résultats de l'opération du 20 août 1955 et d'une année d'activité militaire montrait que point n'était nécessaire de sortir de quelque école de guerre pour se révéler analyste politique lucide et chef militaire réaliste et intellectuellement honnête. En novembre 1955, lors d'une réunion de l'état-major de la zone II, à Taïrou, à l'est de Settara, Zighoud Youcef avait livré ce jugement : «Si nous avons perdu militairement et gagné politiquement dans le nord-est du Constantinois, c'est-à-dire à Skikda et sa périphérie, je peux vous dire que nous avons gagné militairement et politiquement dans le nord-ouest du Constantinois, et plus particulièrement à El Milia» (source : Ammar Guellil, l'Epopée de l'Algérie nouvelle, Dar El Baath, 1991). Derrière le constat se profilaient aussi des félicitations à Messaoud Bouali, adjoint direct de Lakhdar Bentobbal et commandant des opérations à El Milia qui se sont déroulées selon un mode opératoire différent de celui utilisé dans les autres régions. Dans la zone d'El Milia, qui s'étend d'Aïn Kechra à Erdjana, Messaoud Bouali a tout simplement inversé l'ordre d'attaque : au lieu que ce soit la population qui avance vers les objectifs désignés, canalisée et encadrée par les moudjahidine et les moussabiline ou dissimulés en son sein comme c'était le cas ailleurs, il ordonne que ses hommes en armes se mettent en avant des habitants désarmés. Résultat : les opérations qui se sont succédés dans le secteur d'El Milia durant les 20, 21, 22 août, ont atteint les objectifs avec des pertes insignifiantes (embuscades sur la route de Constantine qui a abouti à la mort du juge Reno, embuscades à Hazouane et Zegar, occupation pendant trois jours du village d'Arago (Bordj Ali Halia, notamment). Au lieu de houspiller Messaoud Bouali pour avoir contrevenu aux ordres du commandement, Zighoud le félicita et le remercia en lui offrant un exemplaire du saint Coran

 

Les frères et cousins Khelif : une famille qui a marqué l’histoire de Chlef

Les frères Khelif  d’Orléansville aujourd’hui Chlef qui fut le berceau de la révolution algérienne n’a pas encore livrée tous ses secrets sur les martyrs et moudjahidine qui ont marqué l’histoire de notre pays par leur bravoure et leur héroïsme mais qui, hélas, ont été oubliés jusqu’à devenir inconnus par la génération d’aujourd’hui. Ils méritent à cette occasion notre plus grande reconnaissance. La famille Khelif qui a vite épousé la cause nationale a mis à contribution dix-huit valeureux combattants de l’ALN  entre Chouhadas et moudjahidine de la région d’Orléansville, l’actuelle  chlef. Ils sont issus d’une même famille attachée à la terre, ils  ont donné leur vie et leur jeunesse à l’Algérie « pour faire se lever sur le pays le soleil de l ‘indépendance ».ils sont toujours présents dans les cœurs et les mémoires des habitants de Chlef. Il s’agit  entre autres, de Khelif Mohamed Belhadj, Khelif Slimane, Khelif Benouali, Khelif Boualem, khelif Abdelkader, Khelif Benabdellah, Khelif Baghdadi, Khelif Maamar,Khelif M’Hamed et la liste est longue. Les frères et cousins Khelif, ils ont pris le maquis, alors qu’ils étaient  très jeunes. Ils comptent parmi les figures historiques et marquantes de la révolution algérienne dans la région. Le premier à être  tombé aux champs d’honneur est  Khelif Benouali dit si El hadj M’hamed , il est né en 1926 à Ardh El Beydha(ex-Saint Facteur) près d’Orléansville, Chlef aujourd’hui. C’est le fils de Miloud  et de hadj Ali Aicha. Il compte parmi les héros de notre guerre de libération, il assumait les fonctions de commissaire politique. Marié, il a laissé  derrière lui  trois enfants, pour rejoindre  les rangs de l’ALN   en 1956, à l’âge de  30 ans.  Après avoir effectué son cycle primaire et coranique, il  s’engagea corps et âme  dans la lutte  armée contre le colonialisme dans une unité de l’ALN opérant en  wilaya 4. En 1959,  grâce à ses aptitudes et ses qualités  de stratège, il fut  désigné  commissaire politique dans la région de Chlef, il se consacra à une intense action politico-militaire  notamment en véhiculant les idéaux de la révolution  et organisant  l’action militante parmi la population ainsi qu’en mettant  un réseau puissant de fidayîn, de liaison et de logistique. En outre, il  s’est attelé au soutien et à la prise en charge des familles  de moudjahidine et de chouhada, voire les démunis parmi la population et ce  jusqu’à sa mort en compagnie de son adjoint si Allal survenue le 19 février 1961, soit à une année de l’indépendance nationale, en plein cœur de la ville où l’armée française, agissant sur renseignements  a tout de suite encerclé la villa où il s’était réfugié (appartenant à la famille Ould Larbi connu sous le nom  Rekab), avant de se replier en compagnie de son adjoint Si-Allal dans un local appartenant à Marie Antoinette (photographe), puis dans un bain maure appartenant toujours à la dite famille, aujourd’hui détruit par le séisme de 1980 où  ils réussissent à bruler  tous  les documents en leur possession avant de résister héroïquement aux soldats qui les encerclaient. Il repose au carré des martyrs du cimetière des chouhadas situé  à la sortie  ouest de Chlef, sur la route d’Oran. Le deuxième, n’est autre que son frère  Khelif Abdelkader dit  si El Ayachi, est né en 1931 à Ardh El Beydha.   Le moudjahid Khelif, s’est engagé jeune au sein de la lutte armée dans  la 3è et 4è zone de la wilaya 4, où il assuma les fonctions  au sein de l’ALN  de chef de section sous le commandement du Chahid si Djillali Bounaama. Et  intégré  comme acteur direct de la guerre de la libération nationale, notamment dans la compagnie opérationnelle du commando de bissa qui a sillonné les monts de l‘Ouarsenis, Zaccar, Khemis Miliana,  Ain defla, Dahra, Ténès. Il a fait  ses débuts  dans la révolution  en épousant  les idées nationalistes  du parti (PPA) à l’âge de 18 ans. Il intégra en parallèle les rangs de l’organisation secrète (OS) en 1951, chargé de missions pour les attentats  contre des objectifs civils et militaires  et la formation  militaire dans les rangs de l’ALN  dans le maniement  des armes  aux côtés de Moussa Boufarit , Boughrab El Ouazani ,Omar Benmahdjoub   ,Youcef Babou, son cousin Khelif Mohamed vers la fin de l’année 1954. Dans son actif militaire ,l’on peut citer les batailles qu’il avait engagées avec son groupe de commandos contre  l’armée française alors qu’il était chef de section  ,l’on évoquera les accrochages et les embuscades de Ténès, Khemis Miliana, Zaccar, El Abadia, Ain Defla,Theniet El haad  où il infligea  aux forces armées coloniales de lourdes pertes  en hommes et en matériel. Après l’indépendance, le moudjahid Khelif Abdelkader a  exercé d’importantes fonctions dont celles de coordinateur à l APC  de Chlef jusqu’à sa mise en retraite en 1983 et comme responsable de la Kasma FLN de Chlef de 1962 à 1965. Il est resté fidèle à son idéal révolutionnaire au sein de l’organisation nationale des moudjahidine (ONM) avant d’être rappelé à Dieu  à l’âge de 81 ans. Ce moudjahid de la première heure vivait simplement chez lui et tous ceux qui l’ont connu  rapportent qu’il était très sociable et un homme de principe : ils disent  aussi de lui qu’Il ne parlait jamais de lui, qu’il parlait « vrai », et qu’il était doté d’une culture et de hautes  valeurs humaines, ce qui lui ont valu l’admiration  et l’estime de ses compagnons.  Sa compagnie était recherchée jusqu’aux derniers instants de sa vie. Enfin, ce combattant a laissé  trois enfants mariés et pères de famille dont deux garçons Noureddine et Sid Ahmed et une fille Freha. Que Chlef soit fière d’avoir donné au pays  pour son indépendance un vrai moudjahid, alors qu’il n’avait que 18ans, nous confie ses enfants qui évoquent  son parcours avec émotion chaque fois qu’ils en parlent. Il est inhumé au cimetière  de Sidi Laroussi -Chlef où il repose désormais depuis 2012 aux côtés de ses parents.  Le troisième, est Khelif Boualem . C’est dans un accrochage  avec les forces coloniales aux environs des montagnes de l’Ouarsenis qu’il fut arrêté, les armes à la main à quelques mois de l’indépendance. Lors de sa détention, il subit les horribles atrocités  avant d’être incarcéré  à la prison d’Orléansville et condamné à la peine capitale.  M'Hamed ABACI             

Réflexion
Vendredi 30 Octobre 2015 - 17:32
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