REFLEXION

Mostaganem : Tourné à Mostaganem et présenté à Namur (Belgique), un film dédié aux harraga



C’est fou ce que la mer peut avoir d’incroyables histoires. Nous avons eu « Le naufragé volontaire »de l’incroyable scientifique et aventurier Bombard –à bord d’un canon pour une traversée de Toulon jusqu’à l’Amérique Latine en 113 jours sans le moindre sandwich ni bouteille-, « Le Titanic » que tous les jeunes algériens connaissent pour l’histoire romantique de Dicaprio avec sa belle cavalière, le « K 19 » au sujet d’un sous marin russe pour les années de la guerre froide. Et voilà que nous autres algériens disposons de notre propre légende et histoire avec la méditerranée et dont les héros ne sont autres que « Les harragas » !
Ce film est un long métrage à ne pas rater. Mais seulement à voir. En l’absence d’une sérieuse prise en charge d’une jeunesse qui est la tranche populaire la plus importante mais la plus marginalisée, le film ne risque pas de laisser méditer puisque leur sort a été déjà politiquement jugé et balayé d’un seul geste de main. Preuve en est, le cinéaste Allouache, n’a pas reçu de critiques pragmatiques en dépit de toute la portée sociopolitique du scénario, mais a été tout simplement mis en ligne de mire par ce sport national qu’est l’étiquetage. « C’est de l’apologie à la harga », est allé dire un jaloux à un cadre dans le Ministère de Khalida.
Mais à la différence des autres longs métrages cités, pour nos indomptables protagonistes, la traversée de la mer doit être avant tout une question de discrétion. On n’est jamais sûr, les murs ont des oreilles. Pour l’illustration, la plus part des harraga interceptés au large et au rivage de la wilaya de Mostaganem durant la semaine écoulée étaient des ‘victimes’ de renseignements fournis. « Et oui, ‘el-bayaâ’ vivent encore après le départ de la France’ » avait proféré un harrag à la vue d’une de ses connaissances lors de son procès ou il sera condamné à une peine de prison ferme. Car si ce n’est pas une interception par les gendarmes, par la marine, par les dents de la mer, ou par ‘los Costas gardians’ pour un refoulement d’un autre ‘one ticket’ valable pour un séjour parmi les taulards comme de vulgaires malfrats ; les ‘clandos’ comment disent les autres ‘bledards’ de l’autre rive, ont bien passionné notre cinéaste Merzak Allouache qui vient de présenter, à la 24ème édition du Festival international du film francophone de Namur, le film "Harragas". Il aborde bien sûr la question qui fait rêver nos jeunes en l’absence d’abord de rêve au bled.
Dans ce long métrage émouvant, proposé à la compétition officielle du dit festival, le cinéaste fait également un constat sur les drames engendrés par ce phénomène qui va jusqu'à coûter la vie à des jeunes qui s'aventurent dans des embarcations de fortunes pour aller chercher ailleurs une vie meilleure, ou ce n’est pas le paradis mais ou le rêve est permis, ou recommencer sa vie n’est pas une mince tache mais ou elle n’est pas impossible. Les haraga savent bien que ce n’est pas l’eldorado, qu’ils doivent passer par le carton en guise de lit et la pleine lune comme couverture.
« N’est-il pas un espoir ce geste de prendre la mer ? »
Pour échapper au sommeil par intermittence au petit parental F3, au chômage, à la mal-vie, à la hogra des nouveaux temps et à mille autres misères, quatre jeunes Algériens dont une fille ainsi que six autres candidats venus du Sahara, entreprennent de parcourir la Méditerranée clandestinement. C'est-à-dire à bord d’une barque de 4metres et 80 centimètres ou doivent s’entasser comme dans une boite de sardine, parmi les jerricans de l’essence pour faire rouler le moteur, au moins 10 personnes, sans visa, sans autorisation de sortie du territoire synonyme de délit, mais surtout sans aucune garantie d’arriver et atteindre le sol du sud de l'Espagne. Des détails qui ne sont pas aussi insignifiants puisqu’un fatidique retour au bercail n’est autre synonyme que d’une damnation à la prison de Serkaji pour les Algérois ou celui de Sidi Otmane pour les Mostaganémois. En voilà la raison pour laquelle les nouveaux férus de la destination l’Espagne par barque de 4m80cm ne laissent rien au hasard et s’approprient plein de matériels dont y compris le GPS pour assurer un tant soit peu l’ultime départ que nous autres voyons peut être comme suicide.
A la différence, selon les conditions socioéconomiques de l’angle de l’observateur de la harga, cette façon de traversée n’est pas du tout vue de la même façon que ceux qui l’ont criminalisé à défaut d’assurer une alternative pour ces 20 millions de jeunes algériens. Ce qui rappelle la question posée par un harrag originaire de Nouissy et qui a réussi un aller Stidia Toulouse via Alicante : « n’est-il pas un espoir ce geste de prendre la mer pour quitter ce pays qui garantit le désespoir ?
Enfin, peu importe la réponse, ce long métrage de 103 minutes, tourné l'hiver dernier à Mostaganem, puis à Sète et Frontignan en France, ne fait que jeter la lumière sur une situation qui n’est autre que le résultat d’un échec. Quant à Merzak Allouache, "Je raconte l'histoire d'un groupe qui prend une barque et qui part. Mon film n'est pas une condamnation ou quelque chose de ce genre. Je condamne seulement l'existence d'une situation que je trouve scandaleuse", avait déclaré en marge du Festival. Il a, toutefois, tenu a précisé que son film ne fait pas l'apologie de la "Harga". "Je ne dis pas que c'est la solution, bien au contraire je ne montre pas que c'est une aventure merveilleuse". Une aventure qui a toutefois pris forme de phénomène national pour toute une génération. Allez savoir pourquoi !

B. Abderrahmane
Mercredi 14 Octobre 2009 - 22:11
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MOSTAGANEM
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