REFLEXION

Mostaganem : Sans eau ni électricité en 2009.



Mostaganem : Sans eau ni électricité en 2009.
D’abord l’accoutrement. Il n’est ni mendiant ni vagabond ni malade mental. Et pourtant, il est en guenilles. Un journaliste de notre rédaction a dû lui remettre un pantalon pour qu’il puisse paraître eu dehors en humain. Il est algérien, dit-il, et habite à sept kilomètres de Mostaganem. Son problème n’est plus son exclusion de la liste des bénéficiaires de cette honteuse aide ramadanesque sous la forme de couffin.
Abdelkader, cinquante ans, se plaint de l’hiver. Oui, l’hiver est proche. Six enfants et pas un seul ne porte de soulier. Tous vont pieds nus. La route est impraticable à pied dès les premières pluies. Certains jours, les enfants ne vont pas à l’école. Elle est un peu éloignée, mais peu importe, disent-ils. L’essentiel, c’est d’avoir un chemin. Un chemin sec.
Ouled Ben Si Ahmed. Jamais une autorité n’y a mis les pieds. Y compris le maire de Kheireddine dont dépendent les trente-deux familles qui y habitent. Des candidats, ils en ont vus, les pauvres bougres.
Abdelkader nous fait visiter son domicile, récemment construit dans le cadre de l’aide aux fellahs. Il fait sombre. Nous lui demandons la lumière. Il appuie sur l’interrupteur, mais rien ne vient. La petite ampoule reste aveugle. Et nous aussi. Toute l’installation y est pour accueillir l’alimentation en électricité. Même les rosaces ornent certains plafonds de ces familles « nanties ». Incroyable, le poteau électrique est à deux pas. Quarante millions de centimes qu’a demandés la société nationale de l’électricité et du gaz (Sonelgaz).
Abdelkader et ses voisins rêvent peu. Ils ont à peu près le même rêve. Ils rêvent que leurs enfants continueront à aimer l’Algérie. Illettrés certes, ils le sont, mais éveillés ils le sont à la limite de l’inimaginable. Abdelkader nous présente sa fille Hadja. Une écolière de douze ans. Incroyable ce qu’elle aime l’Algérie. Elle ne parle que de son beau pays. Elle l’aime plus que l’eau courante et l’électricité. Elle l’aime plus que le pain et le soleil. C’est que le père Abdelkader, au chômage depuis bien longtemps et malade de surcroit, a toujours fait croire à ses enfants que rares sont les Algériens qui ont tout et qu’eux ne sont pas parmi ces « rares ». Et les enfants espèrent voir un jour ces hommes qui escaladent les pylônes et les poteaux passer chez eux.
L’Algérienne des eaux ? Connais pas à Ouled Ben Si Ahmed. Même non potable, nous la voulons, disent-ils. D’où vient leur eau. Les enfants attendent que les fellahs viennent irriguer leurs betteraves, carottes, cèleri et autres navets pour remplir leurs bidons transparents qui servaient de contenant d’huile.
Selon Abdelkader, les problèmes de ces trente-deux familles seront bientôt résolus. Oui, il le croit dur comme fer. Il le croit, car les familles ont écrit au wali de Mostaganem et au président Abdelaziz Bouteflika. La rédaction en détient des copies. Une seule chose tracasse Abdelkader. « Pourquoi ne m’ont-ils pas répondu, nous demande-t-il ? »
Pour le ftour en cette journée de Ramadan, Abdelkader passa la boucherie pour acheter 250 grammes de poulet. Nous plaisantons sur sa fortune. Arrivés chez lui, Abdelkader envoya le morceau de poulet à son frère, un autre père de famille démuni. Lui, c’est chorba « sec ».
Abdelkader espère et attend dans l’amour de son beau pays.


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Jeudi 3 Septembre 2009 - 11:19
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MOSTAGANEM
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