REFLEXION

Mostaganem : Pour avoir vécu pendant 30 ans dans une cave désaffectée, M.Mekhatria Bendehiba croit que l’armée coloniale est toujours en Algérie



Mostaganem : Pour avoir vécu pendant 30 ans dans une cave désaffectée, M.Mekhatria Bendehiba croit  que l’armée coloniale est toujours  en Algérie
Silencieux, impassible, assis dans son coin, loin de ce monde qui l’avait quitté depuis déjà plusieurs décennies, recroquevillé sur lui-même, préférant sans doute garder au plus profond de ses entrailles les secrets de sa vie, tel est l’homme que nous avons rencontré au centre de vieillesse de Mostaganem.
Un homme qui semble jouir uniquement de l’abstrait, le temps pour lui, s’est arrêté depuis fort longtemps, comme si le compte à rebours avait été déjà déclenché.L’histoire de cet homme est aussi invraisemblable dans son aspect sociétal qu’il nous serait impossible d’imaginer un seul moment une réalité et un vécu aussi amers que la raison elle-même est inapte à le concevoir. Ammi Bendehiba, âgé aujourd’hui de 77 ans, originaire de la commune de Belattar dans la wilaya de Mostaganem, a rejoint le maquis en 1954, alors qu’il n’avait que 22 ans. C’était sa décision majeure, pour lui c’était irréversible, il fallait faire quelque chose contre cette armée coloniale, il fallait combattre les ennemis de la Nation, il voulait apporter son empreinte à la libération totale du pays. C’est chose faite et il en est fier. Mais la vie est parfois tellement cruelle, qu’on n’arrive mal à digérer ce qui nous arrive. Ammi Bendehiba, ne s’attendait peut-être pas à être un jour une victime de la nature, il devait se dire qu’il allait vivre paisiblement dans un pays libre au milieu des siens, où rien ni personne ne viendrait l’importuner chez lui, mais c’était sans compter avec les aléas de la vie. En effet, Ammi Bendehiba avait avec sa petite famille jusqu’en 1977, l’année de toutes les tourmentes pour cet homme, dans la mesure où il divorça de sa femme. Cette dernière ne voulant certainement vivre auprès du domicile conjugal, elle a du quitter la région pour aller s’installer à Alger, en compagnie de sa petite fille prénommée Fatiha, laissant la seconde fille Zoulikha, aux soins de sa tante qui l’avait adoptée entre temps. Ainsi, une famille composée du père, de la mère et de leurs deux petites filles, s’est complètement disloquée en un rien de temps. Chacun a pris le chemin de sa destinée, idem pour les deux petites innocentes. Trente années plus tard, la petite fille en l’occurrence Fatiha, devenue une femme mûre, est revenue d’Alger pour rendre visite à une certaine Rachida, une amie d’enfance, résidente toujours dans la wilaya de Mostaganem. Du temps, où elle vivait avec sa mère dans la capitale, Fatiha avait toujours eue dans l’idée que son père avait quitté ce bas monde depuis belle lurette. Arrivée chez son amie et peu de temps après, Fatiha apprend avec stupéfaction que son géniteur fait toujours partie de ce monde et qu’il serait en vie à Belattar, localité dont toute la famille est originaire. Complètement abasourdie par ce qu’elle venait d’apprendre, elle ne perdit pas un seul instant et se dirigea directement vers l’endroit où son père devait y être. Eh ! Là, elle n’est pas au bout de ses peines, c’est encore une autre surprise qui l’attendait, elle est abattue, elle est restée figée, clouée au sol, une image insupportable voire intolérable, inimaginable même. Elle vient de retrouver son père bel bien vivant, mais où ? Son papa, tenez-vous bien, vivait dans une cave abandonnée, insalubre et ce pendant trente bonnes années, incroyable mais vrai ! Pendant toute cette période, il aurait vécu en total isolement, ne s’aventurant que pour grignoter un bout de pain ou un petit quelque chose à mettre dans le ventre. Depuis que sa femme l’avait quittée, il a tout perdu, même la notion du temps au point où il s’est senti persécuté, alors il se terra à jamais pour n’attirer l’attention de personne, il aurait même perdu la raison à telle enseigne qu’il maintenant persuadé que l’armée coloniale française est toujours là et que l’Algérie n’est pas encore libérée, c’est ce qui explique peut-être ses distances avec autrui, croyant avoir affaire aux soldats français. Un moudjahid de la première heure, abandonné par la société, par sa famille, par ses amis, bref par tout le monde. Ammi Bendehiba a été marqué à jamais dans sa vie, il en a pris un sérieux coup, et pour lui le compte à rebours a vraiment déclenché. Soucieuse de cette situation, sa fille n’en revenait pas, pour elle, il fallait trouver une solution d’urgence pour ce papa qu’elle croyait mort depuis fort longtemps. Alors, des démarches sont ainsi entreprises, auprès des services sociaux de Mostaganem, qui ont bien voulu le prendre en charge au niveau du centre de vieillesse, où il se trouve actuellement. Cette triste histoire ne saurait connue par nous ni par nos lecteurs, si ce n’est le courage d’une fille qui voudrait coûte que coûte que l’image de son père soit réhabilitée et pour ce faire, elle a eu recours aux colonnes de « Réflexion », qu’elle a visité en son siège. Après avoir écouté son récit, il ne restait à la rédaction que d’envoyer une équipe au centre de vieillesse, pour rencontrer ce père abandonné de tous. Dans son nouveau milieu, M.Mekhatria Bendehiba, laisse apparaître un visage impassible et complètement ailleurs, comme si rien ne bougeait autour de lui, tout était figé. Nous l’avions abordé pour l’entretenir et lui poser quelques questions sur qu’il avait vécu durant toutes ces dernières années, malheureusement Ammi Bendhiba ne fait confiance à personne, il semblait nous avertir que nous n’aurions rien de lui. Il s’est renfermé définitivement dans son passé et n’en sortira pas. Nous n’avions rien pu lui soutirer, il n’en dira mot, malgré nos plusieurs tentatives de le faire parler, et qui sont demeurées toutes vaines. Il a toujours peur de cette maudite armée coloniale qu’il croit dur comme fer qu’elle y est toujours. Nous avons quitté Ammi-Bendhiba non sans amertume, on était très angoissés à l’idée de ne pouvoir discuter avec lui. Pour sa part, sa fille a tenu à réitérer la qualité de moudjahid de son père, qu’il avait le combat corps et âme auprès de ses frères, mais le destin en a voulu autrement pour lui, comme elle nous renseigne que son père possédait des biens notamment immobiliers dont un logement que sa tante l’aurait accaparé durant toutes ces années d’absence et y habite actuellement, ainsi qu’une parcelle de terre agricole.

Réflexion
Dimanche 19 Juillet 2009 - 08:00
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MOSTAGANEM
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