REFLEXION

Mostaganem : Le jardin public de Mostaganem, un joyau en quête de réhabilitation



Mostaganem :  Le jardin public de Mostaganem, un joyau en quête de réhabilitation
Pour les mostaganémois d’un certain âge, c’est de ‘’Djeninet bent rry’’ qu’il s’agit. Pour les officiels, c’est le jardin ‘’Emir Abdelkader’’, et pour le commun des gens, ce n’est qu’un jardin, tout court, malgré l’Histoire et les histoires qu’il traine derrière, depuis l’aube de la colonisation française. Depuis qu’il était une immense promenade publique joignant l’antique porte de Mascara à Beymouth en longeant la route de Relizane. Les habitants du Belvédère et du Haut-Beymouth en font un raccourci vers le ‘’Bled’’, le centre-ville de Mostaganem en l’occurrence. Pendant longtemps, il fut le terrain de repli privilégié des pickpockets qui opéraient à la gare routière avant son transfert, et au souk grouillant de plèbe, non loin de là. Il fut également le champ de regroupement tout indiqué pour les lycéens campagnards quand l’envergure d’accueil du Lycée Zerrouki s’étendait au-delà de la dizaine de kilomètres à la ronde. Avec un cœur gros comme ça, il s’est ouvert à tous les marginalisés ailleurs. Homosexuels, SDF, saoulards, mendiants, pickpockets, toxicomanes et retraités désœuvrés. Chacun y a sa plage horaire et son recoin, de refuge ou d’action.

Depuis 1928, il épaule majestueusement l’Hôtel de ville. S’étalant sur une pincée d’hectares, il renferme une riche variété florale, dont certaines essences rares. C’est une véritable collection d’arbres tropicaux et méditerranéens. Ses impressionnants ficus, rappelant aisément les baobabs, ces fameux lointains ‘’cousins’’ africains, ont des troncs dont le diamètre dépasse les 3 mètres. Fortement installés sur une large excroissance racinaire qui déborde du sol, ils dominent l’espace par une envergure gigantesque, de la hauteur d’une bâtisse de quatre ou cinq étages. Avec ses longs cônes si finement ciselés, le pin d’Amérique, est non moins majestueux. Cognassiers, pin d’Alep, févier, bigaradiers, mimosas, platanes d’Orient, acacia, palmiers, arbres et arbustes, une multitude d’essences végétales, ont longtemps cohabité, dans une harmonie totale et parfaite, en offrant le gite à presque autant d’espèces faunesques. En raison d’attaques parasitaires, de la violence des vents méchants, de l’aléa du temps, et surtout de la main destructrice de l’Homme, les unes ont rendu l’âme, et les autres plié l’échine, fortement aidé dans leur détresse par l’insouciance d’un jardinier dont la qualification a depuis longtemps, été radiée de la nomenclature du personnel communal. Dans l’attente d’une disparition définitive, à défaut de soins, d’entretien et surtout d’irrigation, les massifs floraux et les arbres ont perdu toute leur luxuriance. Sans abdiquer pour autant, les plus robustes opposent une résistance farouche. Mais jusqu’à quand ?



Du havre de paix au jardin des joints

‘’Sur les bancs les mères et grands-mères pieds-noirs tricotaient ou racontaient les unes les autres leur vie. Autour, les gamins et adolescents jouaient, couraient ou se chamaillaient. Les roumis de descendance espagnole, jeunes et vieux, jouaient aux boules et allaient, de temps à autres, se ‘’désaltérer’’ dans les nombreux bars qui ‘’achalandaient’’ l’immense promenade ‘’Victor Hugo’’ prolongeant le jardin et la voie ferrée qui les sépare. Au kiosque à musique implanté en plein milieu du jardin, en groupes, en duo ou en solo, des musiciens amateurs se produisaient et égayaient l’ambiance. Ainsi, pratiquement, tous les après-midis se confondaient !’’, se souvient encore Mansour des dernières années de la présence française.

C’était autre temps et évidemment, autres mœurs. Dès que vous y accédiez et que vous écartiez de l’itinéraire en diagonale qui en fait un raccourci, de grands yeux interrogateurs vous épient et vous ‘’analysent’’ de derrière arbres et feuillages. ‘’Hnech ?, pour reprendre le jargon de la délinquance, client potentiel en quête d’un joint, d’un comprimé ou d’une compagnie homo, ou s’agit-il d’un quelconque énergumène égaré qui ose découvrir les lieux, se demande-t-on autour de vous, dans l’attente de dévoiler le secret du hasard qui vous y a parachuté. Pour ce, on s’approche de vous, on vous scrute de près, de façon à apostropher et ‘’taquiner’’ votre regard. Motus, on passe, vous dépasse et vous attend dans un coin. On tente d’attirer votre attention par une épaisse bouffée de fumée. Vous faites preuve d’indifférence, on vous prouve qu’on l’est autant que vous à votre égard. Vous n’êtes pas un ‘’Houkouma’’, c’est essentiel, même si vous ne faites pas partie de la ‘’secte’’. On se détourne de vous, en quête du prochain. Un lycéen, ou collégien, arrive. Difficile de faire la différence. Apparemment, il sait bien là où il va. Il discute un moment avec le mec qui sirote tranquillement sa tasse. Puis, leurs mains se croisent. D’un geste précis, leurs regards brillants vont dans tous les sens. Le jeune ‘’client’’ s’éloigne, s’éclipse momentanément dans un recoin dérobé, puis revient, tout défait. Il venait de griller son joint. Il quitte le jardin, fort probablement à destination de son établissement scolaire. Non loin de là, un homme, la quarantaine, est pris de panique. Fébrilement, il déterre quelque chose qu’il mit promptement dans la poche. Une quelque chose, enveloppée dans un papier blanc, dont on a la moindre difficulté à imaginer ou reconnaitre la nature, en ce lieu public. Ouvert à tout, le jardin n’a plus de secrets. Il s’est forgé la réputation d’être un repaire de commerce et de consommation de drogue et de boissons alcoolisées, de qualité potable ou frelatée.

M. Medjahri
Lundi 18 Mai 2009 - 08:11
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MOSTAGANEM
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