REFLEXION

Mostaganem : La dar, la Douar.

Plus de 15.000 demandes, chiffre en constante augmentation, pour une offre qui n’excède pas les 1000 logements. Comment gérer cette injustice de base sujette à tant de conflits et revendications ?



Il est 16 heures, il vente, il fait froid au quartier de Tijditt. La brigade de la daïra une équipe expérimentée, délégués par le chef de daira , enquête pour savoir si M. Bouzid, vit réellement chez son frère, dans les conditions qu’il a décrites dans son dossier de demande de logement. Le tout sous l’œil de votre serviteur, conviée à venir constater de visu l’honnêteté et la « transparence » qui caractérisent l’attribution de logements dans la capitale de la ville de Sidi Saïd frappe avec conviction à la porte. Un jeune homme, en tenue décontractée ouvre et regarde les deux missionnaires avec des yeux de merlan frit. Ne lui laissant pas le temps de se ressaisir, un des delegues se présente : « la daira . Où est M. Bouzid qui a fait une demande de logement ? » le jeune homme reste muet, sa femme tente maladroitement de mentir : « il est sorti, il va revenir », « et sa femme et ses enfants ? », « ils sont chez les voisins, je vais les chercher », (à mon avis elle s’enfonce). Et elle s’engouffre dans le couloir. Mais ils la suivent de prés. En fait, elle courait avertir son beau père de leur présence incongrue. Somnolant, le pauvre homme aux cheveux gris n’en perd pas pour autant ses moyens et tente de défendre son fils, malheureusement absent. « Ah, s’écrie le représentant de la daira vous vous moquez de nous. Nous sommes déjà venus trois fois et chaque fois ils ne sont pas là. Ne vous moquez pas de l’Etat ».

En moins de temps qu’il ne le faut pour le dire nous ressortons dignement. D’habitude, les heures d’enquête sont plus raisonnables sauf lorsqu’il y a un doute comme.. Ce soir nous sommes tous un peu gênés… l’attribution de logement à cette famille semble bien compromise. « Ah. C’est que nous ne distribuons pas des casseroles, plaide la petite commission, et quand il y a un logement de disponible, je préfère le donner à une famille réellement dans le besoin ». Les jeux sont serrés. Sur 15.000 demandes recensées pour toute la wilaya il n’y a eu que moins de 1000 nouveaux logements délivrés en un an Or, ils sont à partager entre les « familles à recaser » avant que leurs maisons ne leurs tombent sur la tête tant elles sont vétustes ; les « familles débidonvilisées » mais pas transférées dans leur wilaya d’origine, tout simplement parce que… !

Les populations qui occupent les bidonvilles ne sont pas seulement le fait de l’exode rural mais également le résultat de la surpopulation. Au service de la daira on reçoit tout les tours des familles lesquelles si on ne résoud pas leur problème de logement dans l’immédiat, construiront fatalement d’autres bidonvilles. En attendant, ils font la chaine. Aux portes de la daira parce que le maire ne distribue plus le logement « Daawat Elkheir », 9 heures du matin. Des hommes, des femmes, ils sont là depuis ce matin des l’aube, ils étaient là il y a une semaine, ils reviendront sans doute dans un mois, après avoir déposé un dossier, et ne voyant rien venir, ils se rappellent régulièrement au service au cas où on les aurait oubliés. Mille vies pour un logement.une chaine des femmes qui ne se terminent jamais : « depuis 99, j’habite avec mon fils, une chambre en sous location au dessus d’un café. L’oussi (l’huissier) vient tous les jours pour nous expulser. Le propriétaire (un privé) a obtenu de la justice leur expulsion. Après les trois mois de sursis réglementaires, cette femme et son fils risquent la rue. Une autre femme à l’accent Algéroise très prononcé. « J’habite une chambre avec mes deux fils mariés et une fille célibataire, je paie 9000 DA/mois. Depuis 2 ans, nous habitons là-bas. J’ai fait deux demandes à la mairie. Celle-ci est la troisième ». Au suivant : « J’habite une pièce avec 12 enfants, mes enfants mangent dehors. Mes filles dorment chez les voisins ». « J’habite dans une buanderie depuis 12 ans au 5ème étage, nous sommes 7 personnes. Avant, ça allait mais maintenant avec les antennes de partout et la pluie, les enfants se font court circuiterie, ils sont en danger ». La chaine continue, interminable. Il sera bientôt midi et le chef de daira à fain et il est fatigue et le service ses portes.L’agent de police qui encadre cette haute tension s’énerve : les femmes ne veulent pas Elles trainent les pieds, s’agitent mais ne bougent pas de leur place : « Elle au moins, elle nous comprend ». Le flic menacent de mettre tout le monde dehors. Mais ils n’en font rien, ils sont là juste pour rappeler qu’aucune « faoûda » ne sera rapportée. Mais la « faoûdha » est fatale quand on attend depuis si longtemps. Quant à Omar , il n’a pas de chance et il le dit à qui veut l’entendre. D’ailleurs, il n’en peut plus et aurait menacé de se suicide ou mettre le feu dans sa petite maison. Voici son histoire. Repris de justice. Omar B libéré il y a deux ans a décidé de se marier « pour s’en tirer ». Aujourd’hui, sa femme enceinte de 8 mois et lui-même vivent dehors depuis quelques semaines. Ils ont été expulsés, dans la foulée, de la cave qu’ils occupaient illégalement, forcément depuis un an. Vêtu sportivement et chaudement. Il hurle : « je vais la jeter » (sa femme) « je vais lui écraser le ventre » « Ouach dani n’zouadj » (« pourquoi me suis-je marié »). Sa femme, vêtue comme une pauvresse, d’une vieille « djellaba », la tête serrée dans un foulard, pâle et crevée, murmure que ses parents habitent à Mesra dans une seule pièce et qu’ils ne peuvent l’accueillir. Elle porte ses mains à ses hanches comme pour soutenir son ventre, à ses pieds, un sachet en plastique gris : C’est tout ce qui reste de leurs affaires, ils ne savent pas où. Que faire ?. La question du logement ne peut plus être posée en termes de moyens, de statistiques, c’est une détresse humaine unique pour chaque famille. Et si l’action psychologique permet de désamorcer cette bombe sociale, si la « débidonvillisation » permet de déplacer le problème. Celui-ci restera tant que Mostaganem ne se sera pas dotée d’une stratégie à la hauteur, en direction des plus démunis.

Riad
Dimanche 18 Octobre 2009 - 22:52
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MOSTAGANEM
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