REFLEXION

MOTS POUR MAUX : Nostalgie d'un enfant



Quand j'avais ouvert les yeux pour la première fois, c’était sur le visage souriant d'une femme, une femme qui m'aimait, qui s'occupait de moi, qui me donnait le sein quand j'avais faim, qui pleurait quand je souffrais. On m'avait dit que c'était ma mère, celle qui m'avait engendré, et j'avais commencé à l'aimer plus que tout au monde. J'avais également découvert juste après, un gentil monsieur qui s'occupait de moi tout autant que ma mère, qui réalisait tous mes souhaits, qui prenait ma défense quand il le fallait, qui m'achetait mes vêtements et mes jouets, je l'avais également aimé car c'était mon père. Puis j'avais également découvert des grands parents qui me chérissaient tout autant, des tantes, des oncles, des cousins. Puis en grandissant un peu, j'avais fait mes premiers pas en dehors de cette maison, où j'étais né et où les restes du placenta qui m'enveloppaient étaient enterrés, pour découvrir une ruelle, puis un quartier, puis toute une ville. On m'avait dit que cette ville c'est Mostaganem ou Mestghalim comme se plaisent à l'appeler tous les mostaganemois, et j'ai commencé à l'aimer car tout autant que celle qui m'avait donné le jour, j'avais ouvert les yeux sur cette ville. J'avais trouvé beaucoup d'amis et je m'étais formé une personnalité forgée sur les terrains de jeu de’’ Chara’’, les ruelles de Tigditt, les sentiers d'El Arsa et les remparts de Tobana. Ma mère m'avait sevré depuis longtemps comme chaque mère fait pour son enfant, mais j'avais continué à m'alimenter au rythme du chaabi du Cheikh Ali, au rythme aissaoui de cheikh Benaissa, au bedoui de Hamada et au moderne et au mambo d'Es-Saidia. Ma mère allait visiter les cimetières de sidi Maazouz et Benaicha et me montrait des tombes, elle me disait : " cette tombe c'est celle de ton arrière-grand-père Djelloul, celle-ci c'est celle de ton autre arrière-grand-père Bacha, cette autre c'est celle de ton grand père maternel et celle-là encore, puis celle-ci et celle-ci...." Et le temps est passé car le temps passe vite, trop vite même, et les choses ont commencé à changer. Des êtres chers ont commencé à partir, l'un après l'autre, mon grand-père, puis mes deux grands-mères, puis ma mère, mon père, mes oncles, mes voisins, certains amis, et là je me suis attaché encore plus à ma ville car elle, elle partira jamais et elle allait représenter tout pour moi, tous ces parents qui ne sont plus de ce monde, ces voisins, ces amis, ce mode de vie, mon histoire, mon passé, elle est devenue toute ma nostalgie, et je voulais me la rappeler  telle qu'elle était, telle que je l'avais connue. Je la trouvais peut-être plus belle qu'elle ne l'était en réalité, mais de la même façon que je trouvais ma mère, car pour moi c'était la plus belle femme au monde tout autant que l'était ma ville. Oui je reconnais, j'espère que ma ville soit plus belle et plus importante mais ce que je n'accepte pas, c'est qu'on vienne me dire un jour que m'a ville n'était au fait qu'un douar avec des chemins exiguës et sinueux, que tous ceux que j'avais connus étaient des bandits de grands chemins, qu'ils étaient sales, sentaient mauvais et ne savaient pas s'habiller, et balancer par terre toute mon histoire, mes croyances et ma nostalgie.

Mansour Betedj
Samedi 13 Août 2016 - 17:20
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CHRONIQUE
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