REFLEXION

MOTS POUR MAUX : Ibn Khaldûn aurait-il mieux fait de ne pas écrire ?



A l'époque contemporaine, au sein du grand public et particulièrement celui du monde arabo-musulman, les connaissances d'Ibn Khaldûn s'arrêtent malheureusement souvent à son nom. Son œuvre est ainsi restée dans une indifférence relative durant près de 4 siècles avant d'être découverte par les Occidentaux, plus particulièrement les français.  Le ministre de la guerre, en effet, ordonna en 1830 la traduction de son œuvre, et ceci dans un but stratégique, car le travail d'Ibn Khaldûn pouvait servir politiquement les intérêts de la France. Cet événement raconté en milieu officinal, a provoqué une bien étrange réaction, restée certes silencieuse, mais décryptée à travers les attitudes: Ibn Khaldûn n'aurait pas dû écrire !  Une telle réaction est tout à fait identifiable dans d'autres secteurs universitaires, comme si cela pouvait nous rassurer. Parmi ses œuvres - Prolegomenia (The Muqaddimah), Ibn Khaldûn a jeté les bases de différents domaines des connaissances en particulier, les sciences de la civilisation (al 'umran).  Il est l'auteur d'une théorie originale sur l'histoire, qui se complète avec sa théorie de la société. La qualité de sa pensée, de ses analyses, de sa réflexion, l'ampleur et la pertinence de ses informations continuent d'influencer de nombreux penseurs, théoriciens, économistes. Il serait long ici d'évoquer les influences majeures qu'a laissées Ibn Khaldûn dans les sociétés modernes. On pourra se reporter à cet effet, aux quelques références, certainement non exhaustives, citées en bas de l'article. Comme le souligne le professeur Abdesselem Cheddadi, l'on peut constater qu'en dehors du fait qu'il constitue un sujet de fierté pour les sociétés arabo-musulmanes, celles-ci l'étudient peu et mal, beaucoup moins bien, par exemple, que ne le font l'Europe, les Etats-Unis, et le Japon, et qu'elles n'ont pas réussi à en faire une nouvelle lecture, à discerner l'usage qu'elles peuvent en faire pour tenter de comprendre la racine de leurs difficultés actuelles. En nous replongeant dans les principes scientifiques d'Ibn Khaldûn, qui ont pour fondement la critique de l'approche des questions de société de ses contemporains, de la manière suivante : "N'ayant recours ni à la comparaison et à l'analogie avec des modèles ou des cas semblables, ni au critère de la sagesse, ni à la nature des choses, ni à l'examen des récits à la lumière de la réflexion théorique et de l'intelligence, ils se sont écartés du vrai, se sont perdus dans le désert de l'illusion et de l'erreur", on se retrouve face à une évidence. Et lorsque l'on plonge dans la réalité officinale, autant on en perçoit mieux, à la lumière des énoncés d'Ibn Khaldûn, les enjeux et les défaillances; autant il y a comme un instinct ante-scolaire qui reprend le dessus et qui réussit à nous convaincre du caractère superflu des productions intellectuelles des grands penseurs, trop théoriques pour le terrain officinal. Aboutissant au fait que nous devenons des intellectuels accomplis autosuffisants et finissons par tourner le dos à l'enrichissement et au développement des connaissances.  Et si la relecture d'Ibn Khaldûn, pouvait aider l'officine à sortir de sa crise? Comme dans toute démarche scientifique, l'hypothèse est posée, reste à la vérifier.

Abdellatif Keddad
Dimanche 21 Août 2016 - 17:34
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CHRONIQUE
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