REFLEXION

MOSTAGANEM A L’HEURE DU RATE DE BRIQUET : Ou comment faire chanter l’Etat ?

L’immolation étant un sacrifice ou un holocauste, le terme devient inadéquat à la façon dont certains protestataires usent de l’allumette et du briquet. Il y a près de deux années, soit en février 2009, Réflexion rapportait plusieurs cas de suicides dans l’ouest algérien et une analyse s’en est suivie sur cette contagion. En effet, le suicide est contagieux et cet effet est appelé « l’effet Werther ».



MOSTAGANEM A L’HEURE DU RATE DE BRIQUET : Ou comment faire chanter l’Etat ?
Ces derniers temps, un marchand de légumes protestataire, dans les fins fonds tunisiens, a mis fin ses jours d’une façon sordide. Son étincelle ou du moins son brasier a mis fin aux années de plomb d’un régime aux abois et… à la vie au négociant en choux et autres patates. L’événement fut tel que même l’Arabie Saoudite et le Sahara Occidental eurent leurs lots de torches humaines tout comme le Maroc, l’Egypte, le soudan, la Maurétanie et bien sûr l’Algérie avec onze cas avérés dont un à Mostaganem. Si le suicidaire Tunisien a été le starter d’une révolution, les nôtres ne valaient pas un pet de lapin. Et pour cause, « ils n’avaient pas de causes ». Si la mal-vie, devenue un terme cuit à toutes les sauces comme l’est « normal », la réalité est tout autre. Le mot mal-vie est entré dans la « péjorativité ». Si le marchand de légumes tunisien a attenté à sa vie, c’est parce qu’il allait perdre sa croûte. Et perdre sa croûte dans les pays industrialisés, c’est être réduit à moins que rien et la Tunisie vivait à l’heure de Paris. L’individualisme gagnait du terrain. Les premiers cas de suicide pour motif de perte du gagne-pain nous sont parvenus de là-bas. On se suicide « pour soi-même ». Faiblesse humaine et spirituelle obligent. L’histoire n’a retenu que de rares cas d’immolation par le feu, sinon, ce ne sont que des cas banals dont la majorité, surement, n’a même pas été rapportée par les journaux. Les plus célèbres, sans aucun doute, resteront ces dizaines de bonzes vietnamiens qui finirent en torches humaines durant la guerre et ce entre 1963 et la défaite américaine, mais surtout le cas du tchèque Jan Palach en 1969 contre l’invasion de Prague par les Soviétiques. L’endroit où ce dernier commit son acte irréparable est toujours fleuri et très visité. Des visiteurs du monde entier. La contagion de l’immolation par le feu à la tunisienne n’a pas épargné Mostaganem. Deux exemples, les seuls d’ailleurs, ont retenu l’attention et dont un seul a été rapporté par la presse. Deux tentatives ni plus ni moins. Tentatives d’intimidation, disons-le d’emblée. Donc aucune sensation. Le premier cas est celui d’un sexagénaire, tourmenté par le fait de n’être pas parvenu comme autrui à s’enrichir par le gain facile, s’octroya un terrain de mille mètres carrés en plein centre-ville de Mostaganem. Un terrain, bien de l’état, donc de la communauté. Toute honte bue, il se présenta chez le chef de daïra, après une quinzaine d’années d’occupation illégale, en vue d’un désistement en sa faveur. Le commis de l’état reçut le spoliateur dans le cas d’une « urgence », soit un problème grave. Rien n’y fit. La commission de wilaya a été catégorique et rien ne fera plier le chef de daïra. Il faut rendre à Sidi Abdellah ce qui appartient à Sidi Abdellah. La règlementation en vigueur est claire, nette et précise. Le fraudeur ne trouva pas mieux que d’approcher la rédaction de Réflexion qui le sensibilisa suite à ses menaces de finir en flambeau devant de la daïra de Mostaganem. Un citoyen de gagné, un terrain récupéré et une vie humaine épargnée, car même après une fin violente, le terrain restera bien de l’état. C’est dire que l’on peut aussi perdre sa vie pour faire d’heureux héritiers. C’est du moins ce que croient certains. Le second cas est celui d’un jeune homme. Il a eu la chance de l’emploi. Un emploi libéral. Donc le désespoir en moins. Il avait un toit. Une aubaine. Comment en est-il arrivé à la tentative de suicide ? Impliqué dans une affaire de vol et d’escroquerie, et afin de se soustraire à la justice qui le poursuit pour les méfaits cités précédemment ne te trouva pas mieux que d’attirer l’attention sur lui pour gagner de la pitié de ses juges et l’indulgence de ses victimes. Dans les deux cas, il ne s’agit point de déséquilibrés mentaux ni de cas désespérés, mais bel et bien de maîtres-chanteurs qui veulent dicter leurs lois à l’état. Et l’état, ne devra en aucune façon plier au chantage au risque de se voir accusé de faiblesse et de manque d’autorité. L’état est là, en force aussi. Et pour preuve, le large geste aux miraculés de Tebbana qui furent relogés suite à un effondrement et nul ne conteste la légalité du geste. De là, le citoyen tirera la conclusion que l’on ne s’octroie plus ce que bon nous semble et que la justice suit son cours avec ses lois au dessus de tous. Défendre ses droits dans la légalité comme dans les grandes nations qu’envient l’Algérien lambda, c’est merveilleux, sauf que c’est à lui que revient cette tâche de faire respecter les lois de la république et que toute intimidation serait nulle et non avenue. En ce qui concerne le suicide sous toutes ses formes, en Islam religion d’état en Algérie, et si Islam il y a chez les désespérés, cette forme de destruction de soi est illicite. L’enfer étant vaste et le démon toujours à l’affût, nos exégètes et nos imams déconseillent vivement de tels actes et prônent de la retenue et plus de foi en notre Créateur. En 1957, le vicaire de l’église Sainte Marcienne, actuelle mosquée En Nour, en plein cœur de Mostaganem fut grièvement blessé à l'arme blanche. Donc à la baïonnette ou au couteau. C’était une forme de suicide aussi face aux mitraillettes des troupes françaises aux aguets. Le fidaï héroïque qui blessa l’homme d’église, savait que son acte servait une cause. Une cause juste. Il était surement sans emploi et sans logis, mais plein d’espoir à en revendre. Sa foi et son idéal, le poussèrent jusqu’au martyre, mais n’a pas prévu que viendraient des générations futures suicidaires pour le lopin de terre et la dérobade aux lois. Encore moins des voyageurs prêchant un aller simple vers l’enfer.

Benatia
Dimanche 23 Janvier 2011 - 23:01
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