REFLEXION

MOHAMED GHARBI, PATRIOTE, CONDAMNE A MORT : Des citoyens se mobilisent pour lui arracher une grâce



MOHAMED GHARBI, PATRIOTE, CONDAMNE A MORT : Des citoyens se mobilisent pour lui arracher une grâce
Condamné à mort par la justice, mais sauvé par ces concitoyens? L’affaire dite de Mohamed Gharbi, du nom de cet ancien maquisard condamné à mort pour avoir abattu un terroriste repenti qui le menaçait, ne cesse de prendre de nouvelles proportions. Des citoyens se mobilisent pour obtenir une grâce présidentielle en faveur de ce patriote qui a repris les armes en 1993 pour combattre les groupes islamiques armés. Comités de soutien, pétitions, affiches, T-shirts, autocollants, clips vidéo, des jeunes profitent du moindre espace médiatique pour lancer des appels en faveur de cet homme qui purge sa peine depuis une dizaine d’année à la prison de Guelma, à l’est d’Algérie. Une coordination nationale pour la libération de Mohamed Gharbi, 69 ans, a été mise sur pied la semaine dernière. Réunissant plusieurs milliers d’adhérents, des pages facebook lui sont à présent consacrées. Un rassemblement initié par des associations et des partis politiques est prévu à Alger le 16 octobre prochain à 14 heures au centre de ressources de l’association Tharwa n’Fadhma n’Soumeur. Objectif : arracher une grâce présidentielle, ultime recours pour sauver Mohamed Gharbi. La Cour suprême ayant rejeté le 22 juillet 2010 le recours introduit par la défense, il ne reste donc que la possibilité d’une grâce. A force d’abnégation, il arrive à convaincre un premier noyau d’amis de reprendre les armes L’histoire remonte à 1993, une année après l’insurrection islamiste. A Souk Ahras, sa ville natale, Mohamed Gharbi voit ses anciens compagnons d’armes de la guerre de libération tomber les uns après les autres. Pour cet homme au caractère bien trempé, voir ses compatriotes subir un terrorisme qui cible hommes, femmes, enfants, nourrissons, infrastructures est un spectacle insupportable. A force d’abnégation, il arrive à convaincre un premier noyau d’amis de reprendre les armes pour constituer le premier Groupe de Légitime Défense (GLD). D’une poignée d’hommes, le groupe de Mohamed Gharbi passe à plusieurs centaines. Débordées par les groupes islamiques armés (GIA), les autorités décident d’épauler ces volontaires en leur fournissant armes, munitions, soutien logistique et politique. L’époque étant à la résistance, Ils écument les maquis de la région, se mobilisent jour et nuit pour traquer les terroristes. Certains paient le prix fort. Des patriotes son tués dans les combats, certains sont égorgés et mutilés, leurs familles et leurs proches sont traqués, abattus parfois à l’intérieur de leurs demeures. La roue tourne avec l’arrivée au pouvoir du président Bouteflika en avril 1999. Le chef de l’Etat veut rétablir la sécurité et instaurer la paix dans le pays. Il prône alors la politique de la main tendue en direction des groupes armés. Des milliers de terroristes sont libérés de prison en juillet 1999 et quelque 5000 combattants de l’AIS (Armé islamique du Salut) bénéficient en janvier 2000 d’une «grâce amnistiante», un artifice juridique destiné à effacer toute poursuite judiciaire à l’encontre de ces hommes qui avaient pris les armes contre l’Etat et le peuple. Blanchis, les terroristes sont de retour dans leurs foyers. Certains se fondent dans la masse, se font discrets, d’autres se pavanent sous le regard des citoyens dont ils ont brisé la vie à jamais. Désormais, c’est aux patriotes de raser les murs. Ali Merad, ex-émir de l'AIS A Souk Ahras, ancien émir de l’AIS, est l’exemple type de ces anciens tueurs qui affichent un comportement orgueilleux et ostentatoire. A chaque fois qu’il passe devant la maison de Mohamed Gharbi, Merad n’hésite pas à le provoquer par des gestes, des paroles. Ces deux-là se connaissent bien pour s’être affrontés durant des années dans les maquis de l’est du pays. A chaque menace ou provocation, Mohamed Gharbi ne manque pas d’en rendre compte aux services de sécurité. Ses demandes pour que des mesures soient prises contre l’ex-émir restent lettres mortes. Vendredi 2 février 2001, vers 22h, accompagné d’un autre repenti, Ali Merad passe devant Mohamed Gharbi en exhibant un pistolet automatique. Dans la foulée, il lui lance à haute et intelligible voix : « Espèce de taghout (impie), ton jour est venu.» A son tour, l’autre repenti exhibe un couteau. Mais Merad lance à son compagnon : «Viens, nous réglerons son cas plus tard ». Une fois de plus, Mohamed Gharbi informe les différents services de sécurité de la ville ainsi que le commandant du secteur militaire. Sauf que cette fois-ci, son avertissement est sec, clair. Si, dans une semaine aucune mesure n’est prise contre Ali Merad, il s’occupera lui-même de son cas. Tandis que Merad agonise, Gharbi tire son corps vers un caniveau Dimanche 11 février 2001, Mohamed Gharbi se dirige vers la cité où réside Ali Merad. Lorsqu’il aperçoit ce dernier, il arme sa kalachnikov et le crible de balles. Tandis que Merad agonise, Gharbi tire son corps vers un caniveau d’où il ne bougera pas jusqu’à l’arrivée des services de sécurité auxquels il se rend sans résistance. Aux enquêteurs qui l’interrogeront sur son geste, il explique que trainer ce corps vers le caniveau, c’est sa manière à lui d’éviter que le sang de l’ex-terroriste ne souille la terre d’Algérie. Le lendemain de cette tuerie, des centaines de repentis, parmi lesquels plusieurs anciens chefs terroristes, assistent aux obsèques d'Ali Merad. Incarcéré, Mohamed Ghaarbi attendra trois ans avant de passer en jugement. Devant le juge, Mohamed Gharbi affirme qu'il ne regrette nullement son geste L'affaire est jugée le 21 janvier 2004 au tribunal de Guelma. Devant le juge, Mohamed Gharbi affirme qu'il ne regrette nullement son geste. Il s'explique. Il a tiré sur la victime parce que celle-ci le menaçait avec son arme, parce que les autorités, averties à maintes reprises, n'ont pas daigné bouger le petit doigt. Aussi, il s'est fait justice. La veuve du repenti confirme au juge que ce dernier était en possession de son arme, alors qu’il était sensé l’avoir déposée au terme de son élargissement. « La daoula (l'Etat) la lui a donnée, mais il la gardait à la maison», dit-elle au juge. La grâce amnistiante n’a pas rendu service à l'État de droit A l'issue des débats, le procureur conclut à un crime crapuleux et réclame la peine capitale. Crime crapuleux ? Les avocats de la défense s'en offusquent. S'il faut bien juger l'acte de Mohamed Gharbi, argumente l'avocat Zoubir Soudani, il faut également juger la démarche politique qui l'a enfantée : « La grâce amnistiante n’a pas rendu service à l'État de droit du fait que l’impunité est érigée en méthode de gouvernance, d’enrichissement illicite et de règlements de comptes au détriment des victimes du terrorisme (…) Elle a conduit au fait que le citoyen n’évalue plus à sa juste valeur le degré de responsabilité dans une opération illégale, incivique, illégitime et criminelle. En termes plus simples, le citoyen n’arrive plus à évaluer le fait que le terrorisme est un acte criminel.» Juste mais vaine plaidoirie. Le verdict tombe : 20 ans de réclusion. Un documentaire en préparation pour soutenir la cause Les avocats de la défense introduisent un pourvoi en cassation. L'affaire sera donc jugée de nouveau. Le 24 mars 2007, nouveau procès, nouvelles plaidoiries, nouvelle inflation dans la condamnation. A l'issue d'une délibération qui aura duré à peine 15 minutes, Mohamed Gharbi est cette fois-ci condamné à la réclusion à perpétuité. En l'espace de six ans de procédure judiciaire, les juges ont eu la main lourde, d'abord 20 ans, ensuite la perpétuité. Dimanche 7 juin 2009, le tribunal criminel de Guelma condamne, dans un procès en appel, Mohamed Gharbi à la peine capitale. Pour les avocats de la défense, il reste encore un ultime recours : La Cour Suprême. Le 22 juillet 2010, celle-ci rejette le pourvoi en cassation et confirme la peine de mort. «Ce jugement est devenu définitif», tranche Abderahmane Boutamine, avocat de Mohamed Gharbi. Sa famille, ses amis, ses proches, des milliers de citoyens ne l’entendent pas de cette oreille. Depuis des mois, ils se mobilisent pour la cause de cet homme. La pétition en faveur de sa libération a déjà recueillie 4000 signatures. Le mouvement Libérez Mohamed Garbi (LMG), initié par un groupe de jeunes, a imprimé 200 T-shirts à l’effigie du patriote et prépare un documentaire de 25 minutes pour sensibiliser l’opinion publiques.

A.S
Jeudi 14 Octobre 2010 - 00:01
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