REFLEXION

MASSACRES DU 8 MAI 1945 : Les réactions françaises aux massacres de Sétif

Entre reconnaissance des massacres du 8 mai 1945 et nostalgie de l’Algérie française, voici 10 citations illustrant les antagonismes français au sujet du 8 mai algérien, et des massacres de la guerre d’indépendance, recueillis par Marlène Panara, journaliste spécialiste du monde arabe, publiés par le magazine Jeune Afrique.



Les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata, pan indissociable de l’Histoire coloniale, soulèvent aujourd’hui de nombreuses réactions au sein du milieu politique français, après de longues années d’indifférence. Le 8 mai 1945, jour de la capitulation de l’Allemagne nazie et dont les anciens Alliés fêtent aujourd'hui le 70ème anniversaire, les Algériens de Sétif sont autorisés à fêter la victoire des Alliés par un défilé dans la rue. L’utilisant à leur cause, les manifestants brandissent alors pour la première fois le drapeau qui sera 17 ans plus tard celui de la nation algérienne. Le jeune scout de 22 ans, Bouzid Saâd, n’y survivra pas. La manifestation est réprimée dans le sang et sera le point de départ d’une répression meurtrière, qui s’abattra sur de nombreuses villes et villages de l’ouest algérien, comme Guelma et Kherrata pour ne citer qu’elles. Bombardements, exécutions sommaires et massacres ne s’achèveront officiellement que le 22 mai. Ces événements sanglants, considérés comme les prémices de la guerre d’Algérie, ont été, dès le départ, sujets à polémiques et débats, à commencer par le nombre de victimes. Quand les autorités françaises de l’époque annonce 1 165 morts côté algérien, la mémoire collective algérienne table elle sur 45 000. Par ailleurs, des recherches rendues publiques le 9 avril 2005, menées par le Centre de Recherche Historique et de Documentation sur l’Algérie, mentionne 8 000 à 10 000 victimes. Le collectif français de "L’autre 8 mai 1945" milite d’ailleurs en faveur d’une ouverture des archives, qui permettrait enfin l’établissement d’un chiffre officiel. Ce décalage, qui rend floue toute perception de la réalité des faits, est à l’image de la relation qu’entretiennent les deux pays avec cette période noire de l’Histoire. À l’Algérie qui commémore chaque année les massacres par des cérémonies officielles, la France répond un silence assourdissant. Minimisant dès le départ la tragédie, l’État français a ainsi ouvert la voie à 60 ans d’indifférence. C’est seulement en 2005 que l’ambassadeur de France à Alger, Hubert Colin de Verdière, met pour la première fois des mots sur les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata. Depuis ce jour, les langues des représentants politiques se délient, en faveur de l’apaisement ou au contraire, versant de l’huile sur le feu sur une situation déjà bien complexe. Entre reconnaissance des faits et nostalgie de l’Algérie française, voici 10 citations illustrant les antagonismes français au sujet du 8 mai algérien, et des massacres de la guerre d’indépendance.

1.Géneral De gaulle :  
"En Algérie, un commencement d'insurrection survenu dans le Constantinois et synchronisé avec les émeutes syriennes du mois de mai a été étouffé par le gouverneur général Chataigneau."
Le général Charles de Gaulle, minimisant les faits dans ses Mémoire de Guerre (1959).

2.Etienne Fajon
"Les tueries de Guelma et Sétif sont la manifestation d’un complot fasciste qui a trouvé des agents dans les milieux nationalistes." Etienne Fajon, porte-parole du PCF, lors d’un discours à l’Assemblée Nationale, le 11 juillet 1945.

 3.Hubert Colin de Verdière
 «Les massacres du 8 mai 1945 constituent "une tragédie inexcusable"." Hubert Colin de Verdière, ambassadeur de France à Alger (2005).

4.Bernard Bajolet
"Le temps de la dénégation est terminé […] il faut que les tabous sautent, des deux côtés". [...] Il faut souligner la très lourde responsabilité des autorités françaises de l’époque dans ce déchaînement de folie meurtrière [qui a fait] des milliers de victimes innocentes, presque toutes algériennes." Bernard Bajolet, successeur d’Hubert Colin de Verdière, lors d’un discours devant les étudiants de l’université du 8 mai 1945, à Guelma (27 avril  2008).
 
5.François Hollande
"Pendant 132 ans, l'Algérie a été soumise à un système profondément injuste et brutal. Je reconnais ici les souffrances que la colonisation a infligées au peuple algérien. Parmi ces souffrances, il y a les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata." François Hollande, président de la République française, lors d’un déplacement officiel à Alger
(20 décembre 2012).
 
6.François Fillon
"J’en ai assez que, tous les quinze jours, la France se découvre une nouvelle responsabilité et mette en avant sa culpabilité permanente."
François Fillon, ancien premier ministre UMP de Nicolas Sarkozy, réagissant à la reconnaissance de François Hollande de la répression du "17 octobre 1961", le 17 octobre 2012 (18 octobre 2012).
 
7.Marine Le Pen
"Le processus de repentance consiste à salir la France en toutes circonstances." Marine Le Pen, présidente du Front National, réagissant à la reconnaissance de François Hollande de la répression du "17 octobre 1961", le 17 octobre 2012 (18 octobre 2012).
 
8.Robert Ménard
"Je ne veux plus que nous soyons dans la repentance."Robert Ménard, maire Bleu Marine de Béziers, lors du changement de nom de la rue du 17 mars 1962 en rue du Commandant Hélie de Saint-Marc, officier connu pour actes de torture en Algérie (16 mars 2015).
 
9.Jean-Marc Todeschini
"Pour la première fois, à la parole viendra s'ajouter le geste, traduction concrète de l'hommage de la France aux victimes et de la reconnaissance des souffrances infligées aux Algériens."
Jean-Marc Todeschini, secrétaire d’État PS aux Anciens Combattants, peu de temps avant sa visite officielle à Sétif, la qualifiant également de "geste fort" (avril 2015).
 
10.Laurent Wauquiez
"Nous sommes le seul pays à passer notre temps à nous excuser de notre histoire." Laurent Wauquiez, secrétaire général de l’UMP, réagissant au déplacement de Jean-Marc Todeschini à Sétif (avril 2015).

 

Riad
Vendredi 8 Mai 2015 - 17:51
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DÉBAT DU JOUR
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