REFLEXION

M. Djelloul Benderdouche, premier maire de Mostaganem à "Réflexion"

"RENDRE A LA VILLE SA SPLENDEUR D’ANTAN !"

A l’âge de 87 ans et malgré qu’il soit malade du diabète et fatigué, son cœur bat toujours pour Mostaganem, Djelloul Benderdouche, n’a pu s’empêcher de se rapprocher de la rédaction pour témoigner de sa tristesse concernant l’état dégradant de la ville.



M. Djelloul Benderdouche, premier maire de Mostaganem à "Réflexion"
Ces jours ci, il semble que les réactions s’enchainent, et les citoyens sont nombreux à se présenter à notre rédaction, pour nous faire part de leurs préoccupations du fait de la dégradation de la ville et veulent comme ils disent contribuer à rendre à la cité sa splendeur d’antan. Dans ce sillage et après les éditions parues dans le journal Réflexion, nombreux sont les citoyens qui se sentent scandalisés par l’état de dégradation de la cité. Dans une interview, l’ex 1er Maire de Mostaganem M. DjelloulBenderdouche, accompagné de M. Mansour Boukraa ont rendu visite à la rédaction. Selon l’ex 1er maire, « Jamais aucune ville en Algérie n’est tombée aussi bas que Mostaganem de par la situation déplorable dans laquelle elle se trouve, aussi est-il temps de lui redonner son vrai visage et effacer les stigmates d’un tel décor qui nous fait honte ».

Réflexion : En tant que premier maire de la ville de Mostaganem, que pouvez-vous nous dire sur l’état actuel de la ville ?
D. Benderdouche : Vous savez, on dit que changer la ville sans changer de système est illusoire, dira-t-il, mais à contrario changer de système ne suffit pas à changer la ville. Ainsi, si on ne peut pas dire que c’est la ville qui produit de la pauvreté, comme nous pouvons le constater aujourd’hui c’est le contraire qui se produit, car la ville c’est un tout, et il est vrai que s’y constituent des territoires d’exclusion cumulant des handicaps de plus en plus difficiles à combler, de par la disparité des couches sociales et du rejet du citoyen par les élus. En ce sens, la composante territoriale des inégalités sociales est une réalité qui mérite une approche spécifique, avec la démographie et tous les bouleversements qui se sont produits contrairement à notre époque. Concept de plus en plus controversé, car en attendant ça n’a pas produit les résultats attendus, et on se trouve devant un phénomène de marquage social négatif portant à la fois sur les quartiers populaires et sur leurs habitants. Il convient d’abord de changer de vision et de sémantique, si l’on veut améliorer le quotidien du citoyen et changer nos habitudes. Arrêtons d’employer un vocabulaire de zonage et de marquage social pour ce qui touche les habitants de la ville, à l’exemple des quartiers comme Tijditt qui sont complètement abandonnés. Arrêtons aussi de laisser croire que la rénovation urbaine, va résoudre des problèmes structurels accumulés par des politiques économiques et sociales déficientes, depuis de longues années. Osons affirmer haut et fort l’impasse des solutions, qui privilégient l’amélioration des conditions de vie du citoyen et du tout sécuritaire. C’est avant tout par des politiques publiques radicalement différentes en matière de logement, de services publics, d’éducation, de développement économique et d’accès à l’emploi, de tranquillité publique, de lutte contre les discriminations, qu’on parviendra à casser les phénomènes de relégation et de paupérisation à l’œuvre dans notre société.

Ref : Et quelle politique de la ville devraient-on employé à votre avis?
D. Benderdouche : Justement, c’est à partir de ces évidences que nous définissons la politique publique appelée «politique de la ville», dont l’objectif doit être de combler les écarts territoriaux et sociaux par l’innovation, par l’interpellation, par le civisme et la coordination des politiques dites «de droit commun», et dont la finalité est de donner toute leur place aux quartiers populaires dans les dynamiques urbaines en reconnaissant les capacités créatrices de leurs habitants. Cela dit, le rôle d’une politique urbaine globale est irremplaçable, pour réussir il faut humaniser la ville, de penser des développements basés sur l’échange humain et la culture émancipatrice. Il faut aussi passer à la rénovation thermique des logements anciens, par la restauration des sites afin d’introduire le contraste par ce qui est naturel en ville, en faisant des espaces verts le projet pilote. Enfin et surtout, au-delà même des réformes nécessaires de la démocratie locale représentative, la mobilisation citoyenne doit être la règle, pour impliquer le citoyen. La démocratie participative actuelle, faite de concertation trop souvent factice, a atteint ses limites. Il faut passer à une démocratie inclusive prenant en compte les savoirs citoyens et les adapter aux capacités d’expression et d’échanges de chacun, en particulier dans les milieux populaires, qui peuvent être d’un apport considérable pour le développement local.

Ref : Qu’elle est la différence entre votre époque et celle d’aujourd’hui ?
D. Benderdouche : La différence entre la période où j’étais maire et aujourd’hui on peut dire que c’est le ciel est la terre, aussi pour être au fait de l’époque, il faut que je revienne en arrière : Avant février 1967 date de mon installation officielle comme maire , c’était la délégation spéciale qui gérait la commune de Mostaganem, j’étais parmi la composante, avec khouidmi, Benouali et d’autres dont les noms m’échappent avec l’âge, car il ne faut pas oublier, bref : il y avait même trois Européens dans cette délégation. Deux présidents se sont succédés, à sa tête, Bensabeur, puis Adda Benguettat, avant que je ne devienne maire, je peux vous dire aussi que le premier P/APW c’était Benkhedda et par la suite Ahmed Francis, pour ce qui est des députés il y avait Abdelwahab et Abdelkader Benkedadra, ils étaient désignés et n’étaient pas des élus. A l’époque nous avions des difficultés parfois d’obtenir de l’argent pour lancer des projets, mais il y avait de la volonté, aussi essayaient-ont de faire avec les moyens disponibles surtout en matière d’hygiène, ce n’est pas comme aujourd’hui, l’APC dispose de moyens financiers conséquents et lorsque l’on voit comment est devenue cette ville j’ai honte car c’est une catastrophe, et son état est apocalyptique. Je me rappelle que cette cité, jadis était animée, accueillante toujours en fête de par l’organisation ininterrompue de manifestations, elle avait tout de la ville touristique, avec ses cinémas, son festival de théâtre amateur, d’où l’initiative de la construction d’un théâtre de verdure et qui me rappelle Djillali Ben abelhalim, sans oublier ses plages, sa Salamandre et autres joyaux historiques qui ont fait sa renommée et qui ont été systématiquement détruits. A propos du théâtre de verdure, nous l’avons construit et nous avions prévu de faire jonction avec le parc, mais on n’avait pas d’argent on aurait dû après nous, faire quelque chose, à savoir reboiser toute cette zone surtout avec le panorama et cette vue qui domine en contrebas la cité de Tijditt et la mer.

Ref : Vous êtes né à Tobana, ce quartier préserve-t-il toujours ses vestiges ?
D. Benderdouche : Vous savez pour ce qui est des vestiges, je vous direz, avant tout, que ce qui m’a choqué c’est la restauration de Bordj Ettork, complètement bâclée, idem pour le palais du Bey, la grande mosquée qui se trouve dans le quartier de Tobanaet la grande muraille d’El Arsa que l’on a détruit pour ne citer que cela. Aujourd’hui Mostaganem a perdu de son charme et semble se figer dans la grisaille et le deuil, après le démantèlement de ses vestiges, de ses repères, de son histoire, de sa culture, de ses traditions et de ses constances. La destruction du Derb, est aussi une catastrophe du point de vue historique, car les gens quand ils viennent visiter une ville ils vont dans les anciens quartiers, tels que Tobana c’est pour cela qu’il faut sauvegarder ce qui reste et comme vous le savez il ne reste qu’ElMatemore et Tijditt, qui sont l’âme de la cité raison de plus pour les préserver avant qu’il ne soit trop tard. Autre plaie de cette ville c’est Ain Sefra et à titre d’information, Ain Sefra se trouve en bordure d’une nappe d’eau que l’on appelle les Bordjia et qui était presque à ras du sol et à un moment donné, il y a eu un tremblement de terre, d’où le tassement de la terre, qui avait vu naître des sources d’eau tout au long des berges, c’est la raison pour laquelle qu’il y avait de nombreux vergers, qui pourvoyaient les habitants en légumes frais et en fleurs. A suivre

Benyahia Aek
Mardi 4 Octobre 2011 - 10:24
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MOSTAGANEM
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