REFLEXION

Lettre ouverte à Monsieur Abdelhafid Amokrane ex-ministre des affaires religieuses

Votre témoignage sur la Révolution diffusé par la Télévision ENNAHAR ce mois d’avril 2013 porte une grave accusation contre le père du nationalisme algérien, MESSALI Hadj, que nous avons le devoir en tant qu’algériens, fiers de leur histoire nationale et de leurs héros, de défendre la mémoire.



Lettre ouverte à Monsieur Abdelhafid Amokrane ex-ministre des affaires religieuses
Vous savez plus que tous, en tant qu’homme de religion, que si votre accusation est infondée et par conséquent injuste, votre responsabilité à l’égard de Dieu qu’Il soit exalté, serait multipliée par les milliers d’algériens qui vous ont écouté. Nous allons démontrer la fausseté de votre accusation en vous donnant quelques preuves irréfutables pour vous permettre de la démentir et d’apaiser votre conscience.
 
Première preuve : le traître et le harki, pendant la Révolution, est celui qui était pour l’Algérie française, pour le rattachement politique de l’Algérie à la France, pour la présence française en Algérie, exemple : Bachagha Boualem. Cette définition est-elle applicable avant la Révolution ? Ainsi, les partis et associations,  dont vous êtes un partisan, qui, en 1936, dans leur plate-forme de revendications remise au gouvernement français, avaient pris position pour que l’Algérie soit pleinement française avec,  pour les algériens les mêmes droits que les français de souche, sont-ils dans ce cas ? S’il y a un doute sur leur position, par contre, il n’y en a aucun sur MESSALI Hadj qui s’est opposé avec fougue à leur plate-forme revendicative par une diatribe publique devant des milliers de partisans de ces partis en leur disant « L’Algérie n’est pas à vendre ». Des millions de martyrs se sont sacrifiés depuis le premier jour de l’occupation étrangère le 5 juillet 1830 et ce, sur une période de 70 années, pour signifier à la France que l’Algérie n’est pas un bien vacant : c’est dans la continuité et en fidélité à ces martyrs de la Résistance que MESSALI Hadj a mené son combat politique, contrairement aux forces défaitistes de 1936.
     Vous allez certainement rétorquer en disant que votre grave accusation ne concerne que la période de la Révolution. Je vous répondrai que lorsqu’on a des principes, on ne peut pas être un jour pour l’Algérie française et un autre jour pour l’indépendance. MESSALI Hadj n’a pas dérogé à sa position initiale comme nous allons le démontrer par des preuves durant la Révolution. Par contre, les partis et associations dont vous êtes l’un des partisans, ont changé de position, passant de l’Algérie française en 1936 à la lutte pour l’indépendance en 1956, deux années après le déclenchement de la Révolution. Le nationalisme de MESSALI Hadj est resté constant depuis sa déclaration au Congrès anti-impérialiste de 1927 jusqu’à la réalisation de l’indépendance en 1962, ce n’est pas un nationalisme de circonstances ou par calcul politicien, c’est un nationalisme de principe. A ce sujet, je tiens à vous rappeler par votre propre témoignage, paru dans votre livre « Mémoires de combat » que, jusqu’en 1954, votre Association était contre les idées nationalistes. Ainsi, vous dites en page 31, dernier paragraphe, au sujet de la Section de Paris  de l’Association des Oulémas « Mais cette atmosphère de dynamisme et d’esprit patriotique est devenue la cible du Cheikh Yalaoui Abderrahmane, qui avait senti que le parti politique PPA/MTLD s’était infiltré et que le bureau s’était transformé en mouvement à caractère essentiellement politique…. L’Association à Alger….envoie Cheikh Abbas…., mandaté pour dissoudre ce nouveau noyau au sein de l’Association……constitué de : Amirouche, Abdelhafid Amokrane, Youcef Mokrane, Saïd Haouassine et Saïd Meddah. » Le plus saugrenu dans votre témoignage est qu’à aucun moment dans votre livre, vous n’informez vos lecteurs qu’Amirouche était un militant du PPA  et membre de l’OS et que, c’est à ce titre que les idées nationalistes se sont « infiltrées » dans la section de l’Association des Oulémas de Paris en 1953 et 1954. Cette omission, si elle est volontaire, conforte l’idée que j’ai défendue dans ma contribution parue dans El Watan du 01/11/2011, à savoir la haine qu’éprouvent à l’égard du PPA les nationalistes de la dernière heure.  
     Monsieur Amokrane, l’Association des Oulémas a joué un rôle formidable de complément du PPA dans l’éducation et la défense des valeurs sacrées du peuple algérien, ses écoles ont été un vivier pour l’encadrement de l’ALN, c’est un fait incontestable dont vous êtes le parfait exemple. Ce fait positif et honorable doit être reconnu à l’Association des Oulémas. Mais, sans le PPA et son organisation paramilitaire l’OS qui a déclenché la Révolution, vous n’auriez jamais pu être officier de la glorieuse ALN, à l’instar de centaines de vos anciens camarades des médersas. A ce titre, vous avez le devoir de glorifier le PPA, le parti de tous les dirigeants historiques du FLN et de la très grande majorité des colonels de l’ALN à l’instar de votre responsable et compagnon Amirouche.
 
Preuves durant la Révolution : quand on qualifie quelqu’un de traître, on est amené forcément à penser qu’il a collaboré avec l’ennemi, soit secrètement, soit à visage découvert. Que penser alors de MESSALI Hadj qui, un, le 8 novembre 1954, a condamné la répression française et en aucune façon le FLN ; qui, deux, en avril 1955, donc dès les premiers mois de la Révolution, envoie une déclaration pour l’autodétermination du peuple algérien à la Conférence des Non Alignés de Bandoeng, déclaration qui a été acceptée au nom de l’Algérie et lue par le Président Nehru ; qui, trois, cinq mois plus tard, en septembre 1955, envoie un mémoire à l’Assemblée générale de l’ONU pour condamner la répression colonialiste et revendiquer l’indépendance de l’Algérie ; qui, quatre, vers la fin de la Révolution, lors des négociations d’Evian, refuse d’entrer dans le jeu de la France pour affaiblir le FLN ; qui, cinq, enfin, après le cessez-le-feu, adresse une lettre au Président du GPRA, pour faire participer son parti à la construction du pays. Toutes ces preuves sont écrites : il s’agit de communiqués de presse, de mémoire, de déclarations, de correspondances signés par MESSALI Hadj lui-même. Pour ce qui concerne les cadres et militants de son parti qui ont déviés ou d’agents de l’ennemi qui se sont infiltrés, il s’agit de siuations inhérentes à tout conflit armé de longue durée et le FLN a aussi connu ce genre de déviations. Six : n’oublions pas que des milliers de partisans de  MESSALI Hadj ont peuplé les prisons colonialistes jusqu’au cessez-le-feu, dont certains ont été condamnés à mort et passés à la guillotine. Peut-on être guillotiné et traître en même temps ?
 
     Maintenant, si vous voulez comprendre le différend FLN/MNA et la guerre fratricide qui a fait des ravages dans les deux camps, le motif est d’ordre idéologique. En effet, MESSALI Hadj a refusé de joindre le FLN par principe, car sa direction a été infiltrée par des gens à l’instar d’Amar Ouzeggane, ex-secrétaire général du Parti Communiste Algérien (PCA), dont les valeurs étaient à l’opposé de celles qu’il défendait depuis l’Etoile Nord-Africaine (ENA). En août 1956, la Plate-forme de la Soummam dont Amar Ouzeggane était l’un des rédacteurs est venue confirmer ses appréhensions : en effet, alors que la Proclamation de Novembre 1954 est restée fidèle aux valeurs du PPA et de l’Association des Oulémas, la Plate-forme de la Soummam a ignoré ces valeurs. Ainsi, l’énoncé de la Proclamation de Novembre « la restauration de l’Etat algérien souverain, démocratique et social dans le cadre des principes islamiques.» a été remplacé par « la renaissance d’un Etat Algérien sous la forme d’une république démocratique et sociale et non la restauration d’une monarchie ou d’une théocratie révolues.» Les rédacteurs de la Plate-forme auraient pu conserver l’énoncé initial «dans le cadre des principes islamiques » et ajouter « et non la restauration d’une monarchie ou d’une théocratie révolues.» Mais le fait de supprimer les principres islamiques est évident, c’est le refus de ces valeurs, c’est ce qui se confirmera par le deuxième énoncé de la Proclamation de Novembre qui a été modifié à savoir « La réalisation de l’Unité nord-africaine dans le cadre naturel arabo-musulman »,  par « Cette solidarité doit donc se traduire naturellement dans la création d’une Fédération des trois Etats nord-africains » d’où le caractère arabo-musulman a disparu. Comment MESSALI Hadj dont les valeurs sont clairement affirmées dans l’hymne du PPA Fidaou El Djazaïr qui glorifie la langue arabe et l’Islam, tout en fustigeant les assimilés et les naturalisés, peut-il accepter de joindre le FLN dont la Plate-forme de la Soummam ignore ces valeurs pour lesquelles il a lutté depuis des décennies. Et  c’est justement à cause de ce différend idéologique apparu clairement avec la Plate-forme  de la Soummam, que la guerre fratricide FLN/MNA s’est intensifiée, aussi bien à l’intérieur du territoire national qu’en France. Il est malheureux de constater que des militants issus du PPA et de l’Association des Oulémas, partageant les mêmes valeurs, , aient été entraînés dans une guerre qui les a opposés, aussi bien à l’intérieur du FLN (condamnation à mort des 14 officiers de la W1 Aurès opposés au Congrès de la Soummam en juillet 1957, suivie par celle du Colonel Lamouri et ses compagnons pour les mêmes raisons en mars 1959, tentative d’assassinat d’Ali Mahsas) qu’à l’extérieur avec le MNA.
 
     Jusqu’à la fin de la guerre, MESSALI Hadj a veillé jalousement à l’autonomie politique et idéologique de son organisation, premièrement pour assurer les objectifs de la Révolution et deuxièmement, pour mener la construction du pays. Jusqu’à la fin, il est resté fidèle à ses principes, l’Histoire lui donnera peut-être raison.
P/ les Amis du PPA /Association en projet
Afif Haouli

Les Amis du PPA /Association en projet - Afif Haouli
Samedi 4 Mai 2013 - 13:55
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