REFLEXION

Les élections législatives de mai 2017, doivent tirer les leçons de celles de 2012

Sans verser dans la sinistrose ni dans l’autosatisfaction, il faut analyser avec lucidité et objectivité les résultats du scrutin des élections législatives du 10 mai 2012, pour tirer les leçons de celles de mai 2017(1)



A. - Les résultats des élections législatives de 2012
 Environ 44 partis politiques ont participé à ces élections, dont 21 nouvellement agréés depuis l’entrée en vigueur de la nouvelle loi organique relative aux partis politiques  dans la course à la députation des 462 sièges que compte le Parlement.  Dans ce cadre je fais trois observations.
 - Premièrement, le Front de libération nationale (FLN) remporte les élections législatives en obtenant 220 sièges( 46,90%), le rassemblement national démocratique (RND) 68 sièges (14,49%), l’Alliance verte qui regroupe trois partis islamistes (MSP, ENNAHDA, ISLAH) obtient 48 sièges (10,23%), le Front des forces socialistes ( FFS) (4,47%) 21 sièges et le Parti des travailleurs (PT) 20 sièges 4,26%). Pour avoir la majorité absolue il manque environ 15 sièges, pouvant légiférer presque seul puisque nous trouvons au niveau de la périphérie plus de 60 sièges y compris les indépendants  des anciens du FLN, sans compter que plus de 50% des élus du RND sont également des anciens du FLN.
 - Deuxièmement, je rappelle qu’en 2007 selon les données du Ministère de l’intérieur, les inscrits ont été de 18. 760.400. Le corps électoral pour le 10 mai 2012 a été  de 21.664.345 électeurs et électrices constituant au niveau national y compris la communauté algérienne à l'étranger soit 2.903.945 nouveaux électeurs par rapport à 2007 représentant un accroissement de 11,54%, soit 581.000/an. Or, les pouvoirs publics annoncent officiellement une demande additionnelle d’emplois de 300.000 par an (plus de 18 ans entrant dans la vie active) ce qui donne une différence de 281.000/an soit un total de 1.405.000 électeurs que le gouvernement, doit justifier ces données plus importantes si l’on comptabilise les décès durant cette période, posant la problématique de la nécessaire vérification du fichier électoral
 - Troisièmement, lors des élections, du 17 mai 2007 et selon les données du Ministère de l’intérieur, le nombre de votants de 6. 662. 383 donnant un taux de participation de 35,6%, avec un nombre de bulletins nuls de 961. 751 (3,8%). Aux élections locales le taux de participation a été de 43,96 % pour les Assemblées populaires communales (APC) et 43,26 % pour les assemblées de wilayas (APW). Pour le 10 mai 2012, le taux de participation total aux élections législatives a atteint 42,90 % incluant le taux d’abstention record de notre émigration qui s’est établi à 86% posant la problématique de l’efficacité de nos ambassades.
 Il y a lieu de comptabiliser les bulletins nuls qui ont été de 1.668.507, soit 7,66 % (une nette progression par rapport à 2007) par rapport aux inscrits ce qui nous donne 35,24% donnant  64,76% de la population soit environ les deux tiers (2/3) n’ont fait aucun choix.
 Il faut donc écarter dans toute analyse objective ces résultats de 2012 du programme des candidats souvent déconnecté tant des réalités locales que mondiales, discours lassants qui n’ont fait que multiplier des promesses démagogiques et des engagements farfelus loin de la réalité. Qu’en sera-t-il en 2017 ?Comment ne pas rappeler que pour anticiper une accusation récurrente depuis l'instauration du multipartisme en 1989, les autorités ont invité en 2012  environ 500 observateurs étrangers, dont 150 de l'UE, les autres observateurs étant ceux de la Ligue arabe, de l'Organisation de la Conférence Islamique (OCI), de l'ONU et d'ONG américaine Comment ne pas rappeler que le président de la République n’a eu de cesse de relever l’importance de ces élections qui entameront la mise en application des réformes politiques qu’il a annoncées, tout en précisant que la constitution algérienne  n’oblige pas le président de la république à choisir son premier ministre au sein de la coalition majoritaire à l’assemblée nationale. Y aura-t-il encore en 2017, espoir ou désillusion de la jeunesse qui aspire à un discours de vérité et au   changement sans violence car  le cas contraire   pouvant annoncer pour les années à venir une défiance encore plus grande vis-à-vis du pouvoir? D’où l’importance de relativiser les résultats d‘éviter les discours tant de sinistrose que des discours triomphants et de se poser cette question stratégique : statu-quo afin de préparer sans heurts les élections présidentielles d’avril 2019 ou changement réel ?
 B.-Les promesses de changement  seront-elles tenues pour les élections de mai 2017?
 Nous ne pouvons pas ne pas reconnaître le décalage qui existe entre les potentialités que recèle l’Algérie, et elles sont énormes, et le niveau de développement proprement dérisoire que le pays a atteint après plusieurs décennies d’indépendance. Afin d’éviter de réitérer les résultats,  il faut se poser  onze (11) questions et surtout de les résoudre.
 1.-Face aux  contraintes politiques sociales et économiques internes et  externes, à l’absence  d’une véritable stratégie nationale d’adaptation au phénomène total et inexorable que sont les mutations tant internes que mondiales, les promesses  seront –elles tenues ?
 2.-Réalisera t- on la transition  par la fin de la légitimité révolutionnaire ,  du socialisme de la mamelle afin de légitimer l’échange d’une partie de la rente contre la dépendance et la soumission politique – et qui efface tout esprit de citoyenneté active,  cette mutation nécessaire  à un pouvoir où c’est la norme du droit et de la morale qui doit reprendre sa place pour légitimer le véritable statut de la citoyenneté ?
 3.-Etant différées, douloureuses d’où l’urgence d‘une austérité partagée et d’une moralité sans faille de ceux qui auront à diriger la Cité, le pouvoir actuel engagera t-il de véritables réformes structurelles économiques  timidement  réalisées du fait de rapports de forces contradictoires qui se neutralisent pour le partage de la rente des hydrocarbures ?
 4.-. Le pouvoir engagera t-il les véritables réformes du système politique, centre névralgique de la résistance au changement et à l’ouverture en choisissant clairement des femmes et hommes d’une  haute moralité et  la réforme de la justice par l’application et l’adaptation du Droit?
 5.- Comment faire pour que l’Algérie soit un pays émergent ayant une place dynamique au sein  de  la mondialisation, en analysant objectivement les impacts négatifs et positifs des impacts de l’Accord d’association avec l’Europe   et son  éventuelle adhésion à l’organisation mondiale du commerce (OMC),  l’Europe et l’Afrique étant son espace social naturel ?par la lutte contre la corruption qui se socialise devenant un danger pour la sécurité nationale ?
 6.- Procédera t-il aux réformes du secteur des hydrocarbures, source de rente et objet de toutes les convoitises
 7.-Comment intégrer la sphère informelle, loin des mesures autoritaires et déconnectées des réalités expliquant l’échec  récent relatif  de l’emprunt obligataire,  contrôlant 40% de la masse monétaire en circulation et 65% des segments des produits de première nécessité ?
 8.- Réalisera t-il les réformes du système éducatif, centre d’élaboration et de diffusion de la culture et de l’idéologie de la résistance au changement et à la modernisation du pays misant sur le nombre au détriment de la qualité donnant un système socio éducatif naufragé ?
 9.-Quelles réformes du système financier qui est un préalable essentiel à la relance de l’investissement privé national et étranger, les banques publiques et privées étant au cœur d’importants enjeux de pouvoir entre les partisans de l’ouverture et ceux de préservation des intérêts de la rente, étant considérée, à juste titre, comme l’indice le plus probant de la volonté politique de l’Etat algérien d’ouvrir ou non l’économie nationale à la libre entreprise ?
 10.--Réformer  l’agriculture par une nouvelle politique foncière et une nouvelle politique de gestion de l’eau ?
 11.-Facteur de cohésion sociale quelle sera la nouvelle gestion des stratégies sociales et la mise en place de nouveaux mécanismes de régulations sociales devant revoir la gestion des caisses de retraite et de la sécurité sociale ?
 En résumé, un  renouveau de la gouvernance centrale et locale , par plus de moralité dans la gestion de la Cité, un Etat de Droit ne pouvant y avoir d’Etat de droit que si l’Etat n’est pas droit, c'est-à-dire immoral, s’impose pour des raisons de sécurité nationale. L’après hydrocarbures est à ce prix avec cet épuisement inéluctable des réserves du pétrole et  du gaz conventionnel horizon 2030 et d’un bas prix pendant de longues années. Il s ‘agira impérativement d’éviter de différer  les réformes de structures et de prendre en compte ce désir de changement des deux tiers de la population et  de combattre la corruption qui devient une menace pour la sécurité nationale ,  facteur de démobilisation des citoyens  et   toute forme de xénophobie et d’intolérance, selon la fameuse phrase de Voltaire : « monsieur je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai de toutes mes forces pour que vous puissiez le dire ». Du fait des importants bouleversements géostratégiques mondiaux qui s’annoncent entre 2017/2020/2030, l’Algérie qui traverse une phase cruciale de son histoire a besoin qu’un regard critique et juste soit posé sur sa situation sur ce qui a déjà été accompli et sur ce qu’il s’agit d’accomplir encore au profit exclusif d’une patrie qui a besoin de se retrouver et de réunir tous ses enfants autour d’une même ambition et d’une même espérance : un développement conciliant efficacité économique et justice sociale.

 

Dr Abderrahmane MEBTOUL, Professeur des Universités Expert international
Samedi 28 Janvier 2017 - 18:03
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