REFLEXION

Les droits de l’Homme, une exigence à géométrie variable

« Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne… » (Art.3) « Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être… » (Art.33 de la déclaration universelle des droits de l’homme).



Les grandes puissances occidentales, les USA à leur tête, véritables gendarmes du monde, s’érigent ouvertement en donneurs de leçons, en défenseurs des droits de l’homme et des peuples. Cette intention, à première vue noble et louable, serait- elle cohérente, impartiale et objective ? Le monde occidental, si prompt à s’indigner avec véhémence devant les violations des droits de l’homme, ne garde-t-il pas un silence «  assourdissant » en certaines circonstances pour ne pas compromettre des pays alliés et pour préserver ses intérêts économiques et géopolitiques ?
Le droit à la vie, le droit de vivre dans la dignité n’est- il pas bafoué par des régimes politiques répressifs qui bénéficient d’une totale impunité ? A titre d’exemple, Israël s’arroge bel et bien tous les «  droits » avec arrogance, celui de continuer l’implantation de colonies en Cisjordanie occupée, le massacre de civils palestiniens sans jugement depuis des décennies, la judaïsation de la ville d’El Qods, le refus de signer le traité de non- prolifération nucléaire ( alors qu’il possède 400 ogives nucléaires), le non- respect des accords déjà signés, ceux d’Oslo notamment qui lui accordent pourtant des concessions inespérées ? Israël continue d’occuper illégalement depuis 2006 la zone des fermes de Chebaâ et refuse de la restituer au Liban. Jouissant du soutien indéfectible des USA notamment, Israël s’acharne à détruire le processus de paix en refusant d’appliquer les résolutions 242 et 338 de l’O.N.U., retenues comme base de négociations. Non seulement l’état sioniste ignore superbement les exigences de la légalité internationale et les recommandations des organisations mondiales (ONU, UNESCO, CICR…) mais il s’obstine à imposer sa politique belliqueuse en profitant de la division et de la déliquescence du monde arabe. A contre courant de l’opinion internationale qui approuve les accords conclus le 24/11/2013 entre l’Iran et les grandes puissances (au sujet de l’utilisation de l’énergie nucléaire), Israël se permet de clamer son hostilité à ce qui pourrait être un facteur de paix et de stabilité dans le moyen- orient. Cet état – voyou continuera impunément à violer les droits de l’homme et des peuples aussi longtemps qu’il bénéficiera de la solidarité des USA qui useront et abuseront de leur droit de véto pour s’opposer à toute résolution qui dénoncera ou condamnera sa  politique démoniaque. Le comble est que l’Europe vient de bafouer ses principes en acceptant qu’Israël intègre le Conseil des droits de l’homme de l’ONU ! C’est le droit de la force qui prévaut.
  Force est de constater que certaines grandes puissances -chantres des droits de l’homme- n’hésitent pas à exploiter des prétextes tissés sur des mensonges éhontés pour faire prévaloir leur «  droit » d’ingérence et d’intervention militaire dans certaines contrées quand leurs intérêts économiques et géostratégiques sont en jeu : le général américain Collins n’a-t-il pas exhibé de faux documents au conseil de sécurité de l’ONU pour chercher à prouver l’existence «  d’armes de destruction massive » et justifier ainsi l’intervention militaire en Irak, l’un des principaux pays exportateurs de pétrole ?
  L’agression militaire des alliés occidentaux en Libye ne répondrait- elle pas aux mêmes objectifs ? Le renversement de régimes dictatoriaux, n’a-t-il pas aussi contribué à instaurer l’insécurité, à exacerber le climat de violences, les divisions régionales et ethniques, à affaiblir ces pays pour mieux les assujettir ?
   N’assiste-t-on pas à un véritable génocide à huis-clos au Myanmar, un massacre perpétré par le régime militaire birman et dont les victimes, les Rohingas, une ethnie de confession musulmane, la minorité la plus persécutée dans le monde ?
 Ce crime contre l’humanité est commis sans que la communauté internationale ne réagisse comme il se doit.
   Autre exemple : au Qatar, il ne serait pas aisé de monter une affaire en partenariat puisque le sponsor qatari s’arroge tous les droits, y compris celui de délivrer ou de refuser les visas de sortie ( du Qatar) de son associé et d’exploiter les prétextes les plus anodins, pour faire prévaloir ses privilèges. Il serait très risqué de porter plainte auprès de la justice qatarie pour réclamer ses droits, selon une enquête réalisée par la chaîne de télévision française 2 (émission diffusée le 24/10/2013). Le Qatar a, par ailleurs, fait l’objet d’une condamnation par Amnesty International (le 17/11/2013) pour la violation des droits de l’homme, ceux des travailleurs étrangers en particulier. Mais les puissances occidentales font profil bas devant cet état de choses.
  Il est totalement hypocrite de dénoncer la violation des droits de l’homme, une situation avérée et intolérable qui prévaut dans de nombreux pays, tout en passant sous silence le non-respect de la personne humaine et la surexploitation d’une main d’œuvre avilie et à bon marché dans d’autres contrées. A titre d’exemple, au Bengladesh, des usines de textiles – au service de certaines marques européennes de renom- utilisent des ouvriers dont les conditions de travail sont révoltantes. L’essentiel pour ces multinationales est d’en tirer le maximum de profits. Le respect de la dignité humaine importe peu !
    Selon un rapport de l’ONUDC établi récemment, le Maroc est le premier exportateur mondial de cannabis. Pour sa part, l’organisation internationale de contrôle des stupéfiants constate que «  72% de la quantité totale de résine de cannabis saisie par les autorités douanières dans le monde en 2011 provenaient du Maroc ». La  situation s’est nettement aggravée en 2012 et 2013 : 78 tonnes de kif traité ont été saisies à la frontière ouest de l’Algérie durant le premier semestre 2013. N’est- il pas reconnu que le marché de la drogue a des effets dévastateurs et qu’il «  alimente l’instabilité économique et politique dans le monde ? »
   Pourtant, le Maroc, un narco- Etat, jouit toujours d’une impunité totale : il n’a jamais été condamné à ce sujet par la communauté internationale.
    Les nombreuses et scandaleuses atteintes aux droits de l’homme au Sahara occidental occupé   (dernière colonie en Afrique) soulèvent la réprobation des peuples épris de liberté et de justice. Ce qui n’a pas empêché la conclusion d’un accord de pêche en Juillet 2013 entre le Maroc et l’Union européenne, accord qui inclut la bande côtière du pays colonisé, faisant ainsi fi de la légalité internationale. Par ailleurs, le Maroc continue de s’opposer à la création d’un mécanisme de surveillance des droits de l’homme au sein de la Minurso comme le réclament de nombreuses missions politiques et médiatiques et ceux qui appellent à l’exercice du droit à l’autodétermination des Sahraouis. De toute évidence, les intérêts économiques et géostratégiques pèsent plus lourds que la défense et le respect des droits de l’homme.
  Autre exemple assurément édifiant et éloquent : les grandes puissances qui clament haut et fort leur attachement aux droits de l’homme utilisent cependant les inventions technologiques les plus sophistiquées pour espionner la planète tout entière. Les révélations formulées par Edward Snowden (consultant en renseignements américain) en Juin 2013 ont fait l’effet d’une bombe. Il  s’avère que les USA ont bel et bien tout mis en écoute, y compris les ambassades des pays amis et alliés ( Royaume-Uni, France, Japon, Turquie, Mexique…).Selon l’hebdomadaire allemand Der Spiegel du 30/06/2013, même le téléphone portable de Mme A. Merkel, la chancelière allemande, a été mis sous écoute . Le Quotidien Le Monde rapporte que «  du 10/12/2012 au 08/01/2013 :70,3 millions d’enregistrements téléphoniques de français ont été effectués par la NASA. » C’est dire que la liberté individuelle et la vie privée sont violées sans état d’âme et que le cynisme et l’hypocrisie sont effrénés.
  Quant aux pays arabes, les services secrets du Mossad israélien y opèrent avec la plus grande facilité. Le général Amos Yadlin reconnaît qu’ «  Israël a des agents disséminés dans plusieurs pays arabes, dans les milieux politiques, économiques, culturels et sociaux et qui peuvent faire sa promotion tout comme ils peuvent provoquer des destructions…et exacerber des crises tribales, confessionnelles et ainsi maintenir des pays sous pression interne. » (Propos rapportés par El Watan du 07/10/2013°.
  Certains pays occidentaux n’échappent pas à une montée inquiétante de la xénophobie (ravivée par les problèmes socio-économiques engendrés par la récession) et de la discrimination raciale. Les partis de l’extrême droite s’acharnent inlassablement à aliéner les esprits et s’opposent ouvertement à la promotion et à la protection des droits de l’homme, de tous les hommes.
  Par ailleurs, et dans de nombreux pays y compris les  plus nantis, le fossé ne cesse de se creuser entre les riches (qui, parfois frauduleusement, amassent des fortunes colossales en profitant de l’évasion fiscale et du blanchiment d’argent) et les damnés de la terre qui vivotent dans le dénuement, «  englués dans leurs menues inquiétudes » et qui sont privés de leurs droits les plus élémentaires. «  Comment se fait- il (se demande Mme F. Vergès - écrivaine et politologue française) que, malgré tous les progrès scientifiques, des populations n’arrivent pas à accéder à l’eau »- et (ajouterais- je) aux soins, à l’éducation, au logement, à l’information ?
   Il est entendu que certaines puissances occidentales gagneraient en crédibilité si elles respectaient en toutes circonstances et scrupuleusement la légalité et les droits internationaux au lieu de mettre en œuvre de nouvelles formes de colonisation : les pays sous- développés en général et les pays arabes en particulier sont maintenus dans un état de dépendance savamment entretenu pour perpétuer leur domination et le pillage éhonté de leurs richesses. Le monde est devenu difficile, impitoyable. L’adversaire a réinventé des stratégies machiavéliques, a trouvé de nouvelles armes. A nous donc de trouver de nouvelles réponses. Certains pays émergents (comme le Brésil, l’Indonésie, le Chili, la République Sud- Africaine - le combat héroïque de Nelson Mandela «  Madiba » contre l’apartheid constitue l’un des évènements les plus glorieux de l’histoire, la Corée du sud, la Malaisie…) pourraient contribuer à l’instauration et au renforcement d’un ordre international plus juste. «  Si nous sommes affamés, écorchés jusqu’au sang, pressés comme la grappe… Irais- je jusqu’à dire que c’est de ta faute. Non mais tu y es pour beaucoup, mon frère. » (Nazim Hikmet)
   Ces mêmes nations ( dont le développement socio-économique, scientifique et culturel est prometteur) pourraient servir de «  locomotive » - pour les autres pays du Tiers- Monde- dans la pratique de  la bonne gouvernance, pour la promotion du civisme, de la citoyenneté et de l’honnêteté qui permettraient de combattre toutes les formes d’inégalités et d’injustices. Faute de quoi, l’exigence et la protection des droits de l’homme ne seraient qu’un vœu pieux, un slogan creux.

DAHOU Mokhtar Proviseur de lycée à la retraite
Dimanche 8 Décembre 2013 - 18:00
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