REFLEXION

Les bouleversements géostratégiques mondiaux imposent à l’Algérie et à la France d’entreprendre ensemble

LA VISITE DE LAURENT FABIUS EN ALGERIE

La visite de Laurent Fabius : Les bouleversements géostratégiques mondiaux- 2012/2020- imposent à l’Algérie et à la France d’entreprendre ensemble dans le cadre de l’espace euro -méditerranéen et euro –africain.



Les bouleversements géostratégiques mondiaux imposent à l’Algérie et à la France d’entreprendre ensemble
Monsieur Laurent FABIUS, Ministre des Affaires étrangères français,  doit effectuer  une visite en Algérie le  15 juillet 2012  rentrant dans le cadre  des tensions actuelles au Sahel qui risquent  de déstabiliser toute  la région. Mais   également pour préparer, éventuellement,   la venue du président français François HOLLONDE pour une éventuelle visite  en Algérie  en vue de renforcer la  coopération algéro- française.  Si l’on s’en tient aux aspects économiques, l’objectif de cette visite doit s’inscrire dans le cadre de la volonté des deux pays à dynamiser les relations économiques par le biais de partenariats interentreprises de type gagnant-gagnant. Aussi, s’agit-il de synchroniser nos actions  afin de rapprocher des intérêts économiques et commerciaux des entreprises des deux rives de la Méditerranée, notamment les partenariats publics et privés soutenu, la formation, le transfert de savoir axé sur les innovations en Algérie.C’est l’objet de cette modeste contribution.
 
1 - Quel constat de la coopération algéro-française  peut-on dresser aujourd’hui ?
Les  échanges entre la France et l’Algérie ont plus que triplé en douze ans. Les 430 entreprises françaises présentes en Algérie emploient plus de 35 000 personnes sans compter les emplois indirects, et 180 PME françaises sont intéressées à investir en Algérie, selon des sources françaises.  La France demeure le 1er fournisseur de l’Algérie avec plus de 6 milliards de dollars, et son 4e client avec plus de 4,5 milliards de dollars, selon les chiffres des douanes algériennes pour l’année 2010. Les relations économiques et commerciales ont progressé de manière très rapide depuis 1999. La France reste le premier fournisseur de l’Algérie en moyenne  2009/2010, 15,7 % de part de marché, les échanges entre la France et l’Algérie ayant plus que triplé en douze ans. L’Algérie est le premier partenaire commercial de la France en Afrique (Maghreb, Egypte comprise, et Afrique sub-saharienne). Si l’on étend les comparaisons au reste du monde, l’Algérie est le troisième marché pour les exportations françaises hors pays de l’OCDE, après la Chine et la Russie. La moitié des exportations sont réalisées par des PME. L’Algérie est un partenaire stratégique en matière d’énergie pour l’Europe (concurrent de la Norvège et de la Russie) dont la France, comme le montrent les bonnes relations entre Gaz de France, Total et Sonatrach. Et ce à travers Medgaz (Europe, via Espagne), Transmed  (Europe, via Italie, le projet Galsi étant actuellement en suspens ), les prévisions étant une exportation totale de 85 milliards de mètres cubes gazeux à l’horizon 2015, dont une grande partie en direction de l’Europe. Le projet Nigal (Nigeria-Europe, via Algérie) est toujours en gestation : son financement nécessite plus de 15 milliards de dollars, alors qu’il était prévu à 7 milliards de dollars. Il faudrait entrevoir également le développement de l’énergie solaire qui peut donner lieu à une coopération par la promotion de multitudes de PMI/PME du fait des données concernant l’épuisement à terme des énergies fossiles enAlgérie dont la durée de vie des réserves en termes de rentabilité financière sont les plus contradictoires (16 ans pour le pétrole, 25 ans pour le gaz, en tenant compte de la forte consommation intérieure et des prévisions d’exportation). Rappelons que dans le domaine énergie,  quatre accords ont été signés : le premier, l’Accord algéro-français de partenariat énergétique, vise à renforcer la coopération entre les administrations et les entreprises du secteur des deux pays. Le second Accord constitue un renouvellement du protocole d’accord signé en 2003, entre l’Agence de promotion et de rationalisation de l’énergie (APRUE), côté algérien, et l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), côté français. Deux autres accords de nature commerciale ont été signés entre l’entreprise nationale SONATRACH et Gaz de France par les PDG des deux compagnies. Les investissements en hausse de Total marquent le retour des Français dans le secteur des hydrocarbures en Algérie, où ils ont été supplantés par les Américains et les Britanniques.  Concernant les services nous assistons à la présence des banques françaises en Algérie à l’instar de BNP-Paribas et Société Générale, ainsi que assureurs français  comme le grand assureur Axa.
 
2.- Des échanges insuffisants et structurellement figés et mesures  du gouvernement algérien concernant l’investissement étranger
Il faut reconnaître que les relations économiques entre l’Algérie et la France, malgré des discours de bonnes intentions, sont loin des attentes entre les deux pays, se limitant essentiellement aux hydrocarbures pour la partie algérienne, aux services, notamment bancaires, l’agroalimentaire, les produits pharmaceutiques et les produits issus de l’industrie automobile pour la partie française, alors que les potentialités sont énormes. Il y a effectivement des aspects politiques qui freinent ces échanges. Il appartient aux historiens algériens et français d’en faire l’écriture objective. Mais, il faut être conscient que les nouvelles relations internationales ne se fondent plus essentiellement sur des relations personnalisées entre chefs d’État, mais sur des réseaux et organisations décentralisés à travers l’implication des entreprises et de la société civile qui peuvent favoriser la coopération, le dialogue des cultures, l’émigration ciment de l’inter-culturalité pouvant être un vecteur dynamisant. Certes les échanges commerciaux sont en hausse mais demeurent figés dans leurs structures. Malgré une bonne évolution, ces échanges sont dérisoires comparées aux exportations et importations des deux pays. La France, dans bon nombre d’affaires en Algérie, est devancée par l’Italie et la Chine qui prennent des parts de marché de plus en plus en plus importantes. C’est que dans la pratique des affaires il n’y a pas de « fraternité », de sentiments, et l’Algérie doit privilégier uniquement ses intérêts, comme c’est le cas de la France. Les opérateurs, qu’ils soient arabes, algériens chinois, français ou américains, étant mus par la logique du profit maximum, iront là où, sous réserves des contraintes sociopolitiques et socioéconomiques, ils pourront réaliser ce profit maximum. C’est dans ce cadre, que le gouvernement algérien  a décrété  plusieurs textes  encadrant l’investissement étranger. Outre que pour toute soumission des investisseurs étrangers, la préférence nationale a été portée de 15 à 25 % selon le nouveau code des marchés, signifiant que même si le coût est 25 % plus élevé pour la réalisation de tout projet, la priorité sera donnée à l’entreprise algérienne, pour le commerce. La loi de finances complémentaire 2009, avalisée par celles de 2010/2011, prévoit pour le commerce 30 % au maximum pour les étrangers et 70 % pour les nationaux. Pour l’agriculture, la nouvelle loi foncière 2010 restreint presque toute activé pour les étrangers. Concernant l’encadrement de l’investissement étranger dans les services, BTPH et industries y compris les hydrocarbures, le privé étranger doit avoir au maximum 49 % et le local 51 %. Par ailleurs, l’État algérien a introduit des changements entendant faire prévaloir le droit de préemption, et que « toute transaction qui ne respecte pas les dispositions légales ne sera pas avalisée par les pouvoirs publics et sera déclarée nulle et sans effet », invoquant l’article 62 de la loi de finances complémentaire de 2009 qui stipule que « l’État ainsi que les entreprises publiques économiques disposent d’un droit de préemption sur toutes les cessions de participations des actionnaires étrangers ou au profit d’actionnaires étrangers ».  Comme il ya lieu de signaler qu’en cas de cession se pose le problème de l’application des dispositions de la loi de finances 2009 qui stipule un taux d’imposition à 20 % du taux de l’IRG applicable aux plus values de cession de la partie étrangère (article 47 Loi de finances 2009), ainsi qu’un contrôle plus rigoureux des transferts de capitaux à travers la nouvelle réglementation des changes. Lors du Conseil des Ministres du 25 aout 2010, ces mesures ont été étendues aux banques étrangères complétant l’ordonnance n° 03-11 du 26 Août 2003, relative à la monnaie et au crédit.
 
3- Améliorer la  coopération Algérie/France en  entreprenant ensemble dans le cadre de l’Etat de droit et la démocratie
Sous réserve de profondes réformes micro économiques et institutionnelles, liant réformes et démocratie , une visibilité et cohérence dans la politique socioéconomique évitant l’instabilité juridique perpétuelle qui décourage tout investisseur dans le moyen et long terme, expliquant la dominance du commerce et de la sphère informelle qui contrôle plus de 40 % de la masse monétaire en circulation et 65 % des segments de produits de première nécessité, l’Algérie a toutes les potentialités pour passer d’une économie de rente à une économie hors hydrocarbures, principal défi entre 2012/2020, et devenir un pays pivot au sein de l’espace euro-méditerranéen et arabo-africain, passant d’ailleurs par la nécessaire intégration économique maghrébine à laquelle je suis profondément attaché. L’attractivité du marché algérien découle des avantages comparatifs suivants : la proximité géographique des marchés potentiels d’Europe, d’Afrique et du Moyen Orient ; la taille du marché intérieur estimée à environ 36 millions de consommateurs ; des richesses naturelles importantes (pétrole, gaz), ainsi que d’autres ressources minérales non négligeables, peu ou pas exploitées, notamment le phosphate, le fer et l’or ; des ressources humaines en grande partie jeunes, qualifiées et abondantes. Autres atouts : l’Algérie a un stock de la dette inférieur à 4 milliards de dollars, des réserves de change d’environ 190 milliards de dollars au 01 juillet 2012 et un programme d’investissement 2010/2014 de 286 milliards de dollars et, enfin, les liens historiques et culturels qui unissent l’Algérie et la France. En cette ère de mondialisation avec les grands espaces et les effets de la crise d’octobre 2008 qui aura pour conséquence une importante reconfiguration géostratégique et économique entre 2015/2020, il est dans l’intérêt de tous les pays du Maghreb d’accélérer l’intégration économique, si l’on veut attirer des investisseurs potentiels intéressés non par des micro espaces, mais par un marché de plus de 100 millions d’habitants pour le Maghreb, de 500 millions pour l’espace euro-méditerranéen, et 1,5 milliard d’âmes à l’horizon 2020 pour le continent africain(1). D’ailleurs l’avenir de l’Europe et du Maghreb est en Afrique. Que la France et d‘une manière générale l’Occident,  évite les erreurs du passé, où elle a encouragé  les régimes dictatoriaux et la corruption. Combien de dirigeants arabes et africains ont des biens colossaux en France  alors que la misère de leur peuple s’accroit ? D’où l’importance  de mettre en place  de nouveaux réseaux entre l’Europe et l’Algérie, conciliant une  économie une  marché humanisée  et la modernité  des deux cotés de  la méditerranée, les anciens réseaux affilés surtout  aux partis communistes, étant devenus  inopérants, et ce  à l’instar de la  stratégie US.  Qu’elle  médite les  expériences récentes tunisiennes, libyennes, yéménites,  égyptiennes ,  actuellement le drame malien et syrien   en ne se limitant pas seulement aux  aspects économiques, mais en prenant en compte  les dimensions sociales, politiques et culturelles. Certes le changement bénéfique  ne peut provenir que de l’intérieur  mais elle  peut contribuer  à favoriser la protection des droits de l’homme, la promotion de la  femme signe évident de la vitalité de toute  société, bref  l’Etat de droit t al démocratie tenant compte de l’anthropologie culturelle des sociétés. Le devoir de mémoire s’impose ente la France et l’Algérie, les deux venant de  célébrer  l’Algérie 50 années d’indépendance, la France le 14 juillet où ces révolutions ont reposé sur les principes de liberté individuelle et collective. Dépassionnons les relations entre l’Algérie et la France  mouvementée, comme celles d’un vieux couple, grâce à un partenariat équilibré et solidaire pour une prospérité partagée, loin de tout esprit de domination. Tout en n’oubliant pas le passé, le plus important au moment de ces bouleversements mondiaux est de préparer L’AVENIR  ensemble.

Dr. Abderrahmane MEBTOUL
Samedi 14 Juillet 2012 - 23:00
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