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Les bonnes raisons de Sarkozy de veiller à la sécurité d’Israël
Malgré tous leurs crimes, les Israéliens bénéficient du soutien indéfectible de la France. Le projet de l’Union pour la Méditerranée (UPM) touche de près notre pays et le président Sarkozy vient d’exprimer son attachement à cette idée. Il faut reconnaître que cette chambre est bien discrète et que, sans l’intervention du Président, elle aurait fêté son anniversaire dans la quiétude médiatique. Aucune autre information n’est venue vanter le bilan de cette certainement honorable institution. Le contexte général de crise qui ébranle le système financier européen et les difficultés économiques actuelles donnent pourtant à l’initiative du président Sarkozy quelque intérêt supérieur aux obligations protocolaires. Nous n’allons pas chicaner sur la nature ni la profondeur de cette crise mais les conséquences sont bien différentes selon qu’elle soit une crise passagère du système bancaire ou une crise globale du système capitaliste. Nous en aurons le cœur net bien assez tôt avec les effets qu’auront les réajustements en Grèce et en Irlande et les austérités préventives de l’Espagne, de l’Italie et de la France. Le thème général et le contenu du discours – les relations franco-arabes – du président Sarkozy nous livrent une des clés de son intérêt pour cette institution et pour sa vocation à encourager le commerce. Il a noté que le blocage du processus de paix «empêche non seulement deux peuples, le peuple israélien et le peuple palestinien, de vivre normalement, côte à côte, en paix et en sécurité mais de surcroît il freine les efforts de développement de toute une région… La paix, ce n’est pas uniquement l’absence de conflit mais une condition pour le progrès économique et social, qui est lui-même déterminant pour lutter contre l’extrémisme. C’est un ensemble». Cette idée que le conflit israélo-palestinien plombe les perspectives de la région ne s’exprime pas pour la première fois. D’autres analyses avaient souligné aussi bien en Europe qu’aux États-Unis qu’à un moment donné les appétits sionistes pour la terre allaient contrarier les intérêts généraux des grandes puissances occidentales dans le monde arabe. Nous serions dans une sorte de redite de l’affaire algérienne dans laquelle la défense aveugle des intérêts de huit mille gros et moyens colons avaient entraîné la perte tout à la fois d’un million de pieds-noirs et de territoires essentiels au statut de grande puissance de la France s’ils lui étaient restés associés. Ce modèle algérien restera pour longtemps un étalon de l’échec ou de la réussite coloniale. Malgré tout, l’échec du modèle colonial français en Algérie restera lié à l’incapacité de la France ou à l’impossibilité de réaliser l’extermination du peuple algérien (si vous ne l’avez pas fait, lisez vite le livre d’Olivier Lecour Grandmaison : Coloniser, exterminer) ou de réussir le nettoyage ethnique des zones de colonisation en repoussant les populations indigènes vers les terres désertiques ou semi-désertiques du Sud algérien.
Quand le passé colonisateur refait surface La réalité historique est que cette contradiction entre les intérêts particuliers des gros colons et les intérêts généraux de la France et des petits pieds-noirs est apparue lorsque la résistance du peuple algérien a surmonté les épreuves de la guerre totale commencée par Mitterrand et Guy Mollet et poursuivie par de Gaulle- notamment à partir des manifestations de décembre 1960 qui ont ruiné tous les espoirs d’un renoncement à l’idée d’indépendance. La conscience de cette contradiction n’était pas totalement absente avant ces manifestations de décembre 1960 ou juste après le 1er Novembre. Elle n’était pas la conscience des acteurs politiques et n’avait donc pas de poids. Elle était totalement absente de la conscience pied-noir qui ne s’est même pas interrogée non sur l’injustice du code de l’indigénat et du statut d’inférieurs des indigènes – c’était trop demander à leur racisme – mais sur la possibilité éternelle du maintien permanent des indigènes à leur botte. Croire en cette possibilité d’influence de la conscience des injustices sur les conditions faites aux opprimés relève de l’angélisme. Pourquoi Sarkozy est-il parvenu à cette conscience que le déni d’un État palestinien est nuisible aux perspectives alléchantes d’une région arabe apaisée pour espérer mettre de son côté les atouts de l’argent arabe ? Certainement pas à cause de la résistance et de la lutte du peuple palestinien. Et certainement pas à cause d’un engagement arabe pour la cause palestinienne. Les dessous d’un soutien au colonisateur israélien En dehors du nassérisme et du projet national arabe baathiste - à l’origine anti-ottoman - profondément ancré dans l’histoire syrienne et irakienne, pas une fois la colonisation israélienne et les malheurs des Palestiniens n’ont empêché les grandes puissances de faire de très bonnes affaires avec les monarchies ou les républiques monarchiques arabes. Bien au contraire, contrats pétroliers et contrats d’armements fabuleux se sont succédé jusqu’à ce contrat évalué entre soixante et cent milliards de dollars passé entre l’Arabie saoudite et les États-Unis. Mieux, l’empire américain comme les grandes puissances européennes, anciens et nouveaux colonisateurs réunis, ont étendu leur totale domination sur la région et assurant la normalisation discrète ou tapageuse entre les pays du Golfe et Israël. Plus personne n’entend parler du Comité El Qods créé pour défendre cette ville de la judaïsation prévue de très longue date et le silence de ce comité est d’autant plus assourdissant aujourd’hui. Pourquoi se préoccuper alors de pays arabes consentants à la colonisation israélienne et déjà acquis à l’idée d’une nécessaire alliance avec Israël pour contrer l’Iran ? L’idée de cette alliance ne leur est même pas désagréable et ils trouveront bien un argumentaire religieux pour juger licite le commerce avec Israël, comme ils ont trouvé l’argumentaire religieux pour la poignée de main à Madrid entre un chef religieux sunnite et Shimon Peres, sans même la justification d’une rencontre entre deux religieux, Peres n’étant pas rabbin. Mieux, sur deux agressions, celle de 2006 contre le Liban et celle de 2008 contre Ghaza, Israël a trouvé une large et presque ouverte compréhension arabe. Les deux grains de sable de la région, la résistance libanaise et celle des internés de Ghaza, la plus grande prison à ciel ouvert de l’histoire de l’humanité ne suffisent pas à la naissance d’une conscience de «l’impossible compatibilité» des appétits des colons sionistes insatiables avec les intérêts «bien compris» du capitalisme dans la région. La France elle-même et le président actuel ayant mis le zèle que nous connaissons à soutenir l’agression sur le Liban (combien de temps vous faut-il ? a demandé Sarkozy, ministre à l’époque, à un ministre israélien). Sarkozy devenu président n’a pas changé. Il réitère le même discours destiné aux personnalités arabes du commerce : «Aussi attaché que je le suis à la sécurité d’Israël, je reste profondément convaincu que la véritable sécurité pour Israël, c’est l’existence d’un État palestinien souverain, démocratique, moderne, qui s’engage sur le droit à la sécurité imprescriptible d’Israël.» Vous avez bien lu : «… qui s’engage sur le droit à la sécurité imprescriptible d’Israël». L’intérêt bien compris d’Israël est d’avoir à ses côtés un État palestinien qui est engagé par la sécurité d’Israël. L’État harki qu’on demande aux Palestiniens est en réalité en voie de mise en place. B.Mohamed
Samedi 27 Novembre 2010
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