REFLEXION

Le redoublement scolaire : propos et propositions

« Il y a ceux qui voient les choses telles qu’elles sont et se demandent pourquoi ; il y a ceux qui imaginent les choses telles qu’elles pourraient être et se disent pourquoi pas ? » (Bernard Shaw).



Etablir un constat en toute objectivité, procéder à un état des lieux, c’est bien. Formuler une critique constructive, des propositions réalistes et réalisables qui contribueraient à la résolution des problèmes rencontrés c’est mieux assurément. Il s’avère que le redoublement scolaire prend  des proportions alarmantes et qu’il suscite chez les élèves et leurs parents (souvent démissionnaires, hélas !) des sentiments contradictoires de déception et d’espoir. Il devient un véritable casse-tête puisque son taux dépasse largement les 20% des effectifs voire les 30% dans nombre de collèges et de lycées. A l’issue de l’année scolaire 2013-2014, le taux de déperdition a atteint 2,34%, celui de redoublement 8,85% dans le cycle primaire. Dans le moyen, on a enregistré un taux de déperdition de 9% et 19,93% de redoublants, chiffres communiqués par la ministre de l’éducation nationale (se référer à El Watan du 25/10/2014 p 4). Dans le secondaire, le taux de redoublement dépasserait les 25% en 1° et 2°AS, les 40% en 3°AS, compte-tenu des résultats moyens, parfois médiocres, obtenus au baccalauréat et du nombre important de triplants auxquels on a dû offrir une nouvelle « chance » conformément aux instructions ministérielles que les directeurs des lycées ont reçues à la mi - Octobre. Encore faudrait-il s’interroger sur l’opportunité et la pertinence d’une telle mesure ! Permettrait-elle d’améliorer effectivement les résultats scolaires, ceux du baccalauréat en particulier(1), de réduire les déperditions scolaires, de rendre l’enseignement plus performant ou, tout simplement, vise-t-on à acheter la paix sociale et usant de la politique de l’assistanat tous azimuts ? Cette décision risque d’avoir des conséquences déplorables. On est en droit de se demander si des élèves, ayant déjà triplé dans la même division pédagogique, devenus majeurs, et dont le manque d’assiduité, de sérieux et les résultats, restent déplorables, méritent de bénéficier de cette mesure de faveur. Par ailleurs, en apportant une fausse solution à un vrai problème, on aggraverait la situation puisqu’on surcharge inconsidérément les effectifs des classes d’examen. Ne risque-t-on pas, ainsi, de raviver le climat d’insécurité et de violence dans les établissements scolaires, de polluer et de perturber l’ambiance de travail, de dévaloriser le goût de l’effort, de démobiliser les bonnes volontés, de décourager les enseignants passionnés et consciencieux (il en existe !) ? Le fait que plus de 19000 enseignants aient déposé leur dossier de mise à la retraite anticipée cette année est significatif ! Selon Mme la Ministre de l’éducation nationale, la surcharge des classes au-delà de 40 par division pédagogique serait de 2% dans le primaire, de 4% dans le moyen et de 10% dans le secondaire (propos rapportés par El Khabar du 06/11/2014 p 4et 5). En réalité, ces taux sont hors normes puisque l’effectif ne devrait pas dépasser 30 élèves par classe et non 40. Les solutions de facilité et de replâtrage conduisent inéluctablement à l’échec. A titre indicatif et non exhaustif, et dans le même contexte, les professeurs du lycée Emir Khaled (d’Arzew) déplorent la situation fâcheuse engendrée par cet état de chose et craignent que les résultats- au baccalauréat notamment – en pâtissant.(se référer à El Khabar du 3/11/2014 p11). Il est évident que les meilleurs pédagogues, fussent-ils de véritables thaumaturges, ne pourront pas remplir leur noble mission dans des classes de 3°AS dont les effectifs dépassent 43 et 45 sans compter les élèves exclus et les triplants repêchés en dernier recours. Ce faisant, l’on met en cause la crédibilité des conseils de classes tenus à la fin de l’année scolaire qui ont arrêté les listes des élèves admis dans les classes supérieures, celles des doublants et des exclus, en fonction de critères relativement objectifs même si-il faudrait le reconnaitre- le problème de la notation chiffrée et de l’évaluation en général (ou de la docimologie) continue à susciter des débats passionnés. En outre, le sureffectif des divisions pédagogiques aggravé par le fort taux de redoublement a un impact négatif sur l’effort de redressement de l’Ecole algérienne que l’on tente d’entreprendre pour briser les pesanteurs , les entraves de tous ordres et la routine sclérosante qui empêchent toute réforme (digne de ce nom) du système éducatif. Sur cent élèves inscrits dans le primaire, huit seulement réussiront au baccalauréat et six obtiendront un diplôme universitaire, selon le centre national d’études et d’analyses pour la population (2010) ; vingt quatre seront bacheliers, d’après le ministère de l’éducation. La déscolarisation (redoublements, abandons et exclusions) constitue un véritable fléau. A ce titre, H.Salvat souligne judicieusement que « l’échec scolaire n’est qu’un produit de notre système scolaire et un constat de faillite de notre société » (l’intelligence, mythes et réalités). Selon l’usage qui prévaut  depuis des décennies et tout au long de leur scolarité, les apprenants qui obtiennent une moyenne générale de 10/20 sont systématiquement admis, ce qui n’est pas forcément un gage de réussite future. Parfois les notes chiffrées, médiocres dans les matières essentielles, sont compensées par celles des matières secondaires » à tel point que l’admission et l’orientation en 1°AM et en 1°AS (surtout) deviennent hasardeuses. C’est cette frange d’élèves dont les résultats s’avèrent incertains qu’il convient de prendre sérieusement en charge et qui doivent bénéficier de cours de rattrapage, de remédiation dans les disciplines principales surtout. Faute de quoi, ils éprouveraient les pires difficultés à poursuivre leurs études et finiraient par décrocher. Ils risqueraient de former le bataillon des redoublants voire des exclus. Qu’il ne soit permis d’émettre quelques propositions- sans prétention aucune-qui aideraient à réduire le taux de redoublement, à améliorer la performance de notre enseignement et à concurrencer avantageusement les cours dits particuliers qui, malheureusement continueront à avoir la côte tant que la réforme du système éducatif sera entamée sans que soient réunies au préalable les conditions nécessaires de sa réussite.
a-Les cours de rattrapage devraient être organisés et dispensés dès la mi-Octobre dans les établissements scolaires, au profit d’un ou plusieurs groupes à effectif réduit en mettant en œuvre une démarche méthodique et méticuleuse : à partir de tests appropriés et une évaluation objective des acquis, l’enseignant procédera au diagnostic des lacunes de ses élèves avant de les sérier.
En fonction de ces données, il élaborera une stratégie adéquate pour remédier aux carences relevées.
A cet effet, il serait opportun de prévoir ces cours dans le cadre de la préparation de la nouvelle année scolaire dans un premier temps, puis de confectionner, avant chaque rentrée, un emploi du temps qui tienne compte de ces séances programmées le Mardi après- midi par exemple. Bien évidemment, le déroulement de ces cours de rattrapage nécessiterait l’intérêt et la mobilisation de tous les concernés : des apprenants qu’on aura sensibilisés et motivés (leur assiduité et leur participation seront obligatoires) ; des enseignants dont la compétence et l’expérience pédagogique sont reconnues ; des parents des élèves concernés qui devraient signer un engagement écrit qui inciterait leurs enfants à assister assidûment à ces cours ; du personnel administratif qui est chargé d’organiser minutieusement et de superviser cette opération pour obtenir les meilleurs résultats possibles.
b-Il importerait également de combattre le laisser-aller, la routine et la médiocrité que l’on dénonce éloquemment (mais est-ce suffisant ?) un peu partout. A titre d’exemple, l’on a pris la fâcheuse habitude de confier invariablement les classes d’examen aux mêmes professeurs. Dans le même temps, d’autres enseignants se complaisent dans la médiocrité ambiante et évitent de prendre en charge ces classes. N’est-il pas injuste que certains professeurs récoltent ce que leurs collègues ont (mal) semé, souvent de vent, et qu’ils soient contraints d’effectuer de véritables travaux de Sisyphe pour tenter de combler les lacunes de leurs nouveaux élèves ? les cours de rattrapage (ou de remédiation) deviennent alors indispensables, exigeant d’énormes sacrifices. La rotation à effectuer dans la répartition pédagogique (on confiera au même enseignant- sauf  en cas de force majeure – les mêmes apprenants durant tout un cycle, de la 1°AM à la 4°AM, de la 1°AS à la 3°AS) permettrait de responsabiliser tout un chacun, de susciter une saine émulation d’encourager le goût de l’effort, le sens de l’équité et l’esprit d’équipe qui devraient prévaloir.
c-Ne serait – il pas judicieux, par ailleurs, de former des enseignants spécialisés dans la lutte contre l’échec scolaire comme cela se fait  dans certains pays dont la politique éducative est fondée sur un enseignement de qualité , sur une lutte efficace contre les déperditions et les échecs scolaires et qui réponde aux nouvelles exigences ? De nouvelles voies, des moyens et des techniques d’enseignement appropriées et éprouvées seront utilisés pour intéresser les apprenants (y compris les plus « faibles », les paresseux et les timides que l’on a tendance à marginaliser) pour susciter une saine émulation et améliorer leurs résultats.
Ainsi, nos enfants, dans leur immense majorité, n’auraient besoin ni de cours de rattrapage ou de soutien ni de cours particuliers. De la sorte, l’Ecole ne serait peut-être plus ravagée par la culture de l’échec qui aiguise les maux sociaux, accroît les incertitudes angoissantes et ravive les violences.
Il s’avère indispensable de mettre en œuvre un plan anti-décrochage au profit des élèves en difficulté, étant entendu que les mesures de replâtrage et de facilité- assurément contre-productives – ne sont qu’un leurre. Il convient d’apporter des solutions réfléchies, cohérentes et pertinentes (avec la mobilisation et l’implication effective de tous les secteurs concernés) dans le cadre de la réforme du domaine éducatif en général, de l’enseignement en particulier, pour réduire le taux préoccupant de redoublement, des déperditions scolaires et lutter efficacement contre le fléau de la déscolarisation aux effets dévastateurs. Le redoublement deviendrait une exception et cesserait d’être une décision « fourre-tout ». Le malaise de l’Ecole n’est pas dû seulement à des textes (qu’on peut amender à loisir) mais aussi et surtout à ceux qui sont chargés de les appliquer. « Celui qui voit un problème et ne fait rien fait partie du problème » (Gandhi). N’importe-t-il pas de privilégier la qualité de la formation et de valoriser « la chose » culturelle pour combattre – avec plus de transparence et de rigueur – l’inertie et l’incurie qui s’incrustent insidieusement un peu partout ? La démocratisation de l’enseignement, longtemps prônée, ne devrait pas verser dans un « démocratisme » suicidaire.
Se référer, à ce sujet, à mes articles :
1-Le baccalauréat est-il encore crédible ? publié par Réflexion le 09/05/2013 p9
2-A propos des déperditions scolaires- publié par le Quotidien d’Oran
le 29/08/2010 p7
3-Les cours dits particuliers- publiés par le Quotidien d’Oran le 15/08/2008 p20


 

DAHOU Mokhtar
Mardi 25 Novembre 2014 - 17:23
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ACTUALITÉ
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