REFLEXION

Le pouvoir d’achat des Algériens, fonction de la rente, laminée par l’inflation

Le pouvoir d’achat des Algériens à plus de 80% est fonction de la distribution de la rente des hydrocarbures. Une baisse de 50% des recettes d’hydrocarbures entraînerait inéluctablement une révolution sociale. Et l’inflation est le cancer d’une économie essentiellement rentière. L’indice des prix à la consommation (version officielle) a doublé en 2012 par rapport à 2011 se situant à un niveau supérieur à 9%, et bien qu’en légère baisse en 2013 connait un niveau élevé, bien que compressée par des subventions mal ciblés et mal gérés, les transferts sociaux selon la loi de finances 2012 étant estimées à 1400 milliards de dinars soit 18,2 milliards de dollars. Sans ces subventions le taux d’inflation dépasserait largement les 10% Car le taux d’inflation se calcule par rapport à l’année précédente. Aussi un taux bas en 2013 par rapport à un taux élevé en 2012 donne cumulé un taux élevé. Où est le programme du PNDA qui a englouti des centaines de milliards de centimes et dont aucun bilan n’a été fait à ce jour ? La hausse des prix importante est considérée comme une des raisons les plus directes à la transformation du malaise latent en émeutes urbaines nécessitant une révision de l’actuelle politique socio-économique comme j’ai eu à l’analyser dans plusieurs contributions depuis 2007. (1). Bien poser les problèmes, loin des discours euphoriques et du juridisme, c’est l’objet de cette modeste contribution durant ce mois sacré du ramadhan 2013.Sans entrer dans les détails théoriques de l’essence de l’inflation largement connus, je me limiterai aux aspects concrets. –



Le pouvoir d’achat des Algériens, fonction de la rente, laminée par l’inflation
1-La première raison de l’inflation est la non proportionnalité entre la dépense publique et les impacts économiques et sociaux : 200 milliards de dollars annoncés ente 2004/2009 (pas de bilan à ce jour) et 286 entre 2010/2014 dont 130 de restes à réaliser des projets de 2004//2009 pour un taux de croissance ne dépassant pas 2/3% moyenne 2004/2013 (donc près  de 500 milliards de dollars soit presque le programme de relance US et chinois) ce qui a évidement un impact sur le taux de chômage dont le taux officiel autant que celui du taux d’inflation sont des taux biaisés. Ce déversement de cette importante masse monétaire sans contreparties productives a un impact évidemment sur tant sur le taux d’inflation que le taux de chômage réel qui sont largement supérieurs au taux officiels. Une récente étude de l’OCDE montre clairement que pour certains pays du pourtour méditerranéen que l’Algérie dépense deux fois plus pour deux fois moins de résultats : projets mal ciblés, les infrastructures ne constituant qu’un moyen, une gouvernance mitigée, l’entreprise et le savoir dévalorisés, mauvaise gestion et surtout la corruption qui s’est socialisée. Car le montant de la corruption est inclus dans le prix final du contrat  et en fin de compte dans le prix final    de la marchandise.
 2- La deuxième raison liée à la première est la faiblesse d’une politique salariale cohérente privilégiant les créateurs de valeur ajoutée le travail et l’intelligence au profit d’emplois rente ( versements de traitements sans contreparties productives avec des emplois fictifs, donnant un taux de chômage officiel biaisé) ce qui fait que la productivité globale est une des plus faible au niveau de la région. Pour preuve le ratio masse salariale sur le PIB pour 2009/2013 est inférieur à 20% contre plus de 45% à la fin des années 1976/1979 contre une moyenne mondiale supérieure à 60% démontrant que les augmentations de salaires pour les secteurs à valeur ajoutée inclus la santé et l’enseignement) ne sont pas la cause essentielle de l’inflation mais les emplois improductifs. D’où l’importance de saisir correctement les liens entre accumulation, modèle de consommation et répartition du revenu national par couches sociales, enquêtes inexistantes.
3-La troisième raison est l’extension de la sphère informelle qui contrôle quatre segments celui des fruits et légumes, de la viande rouge et blanche; du poisson et du textile /cuir, ce dernier à travers les importations de valises avec plus de 40%de la masse monétaire en circulation et contrôlant plus de 65% des segments des produits de première nécessité. L’allongement des circuits de commercialisation à travers leur désorganisation entre le producteur et le consommateur favorise les rentes de monopoles. Ce qui fait que tant le chèque qui avait été puis décision abrogé imposé  d’obligation de 500.000 dinars et le contrôle des prix sur essentiellement le détaillant sont de peu d’efficacité car ne s’étant pas attaqué à l’essence à des phénomènes. C’est que la sphère informelle avec des structures monopolistiques et oligopolistiques favorisant les actions spéculatives est le produit de la bureaucratie et des dysfonctionnements des appareils de l’Etat existant au niveau des segments du pouvoir des liens dialectique entre la sphère informelle et la logique rentière. Il en résulte l’absence d‘une régulation produit d’une incohérence et du manque de visibilité dans la politique économique et sociale et en cas de remous sociaux, une mentalité bureaucratique croyant que des lois et commissions résoudront les problèmes.
4- La quatrième raison est l’inflation importée mais la question qui se pose pourquoi lorsque le taux d’inflation mondial allait vers zéro en 2009 cela n’a profité ni aux producteurs ni aux consommateurs algériens. Le dérapage du dinar, gonflant d’ailleurs artificiellement les recettes fiscales( voilant l’importance du déficit budgétaire) et le fonds de régulation des recettes calculés en dinars algériens, les taxes exorbitantes au niveau des douanes qui s’appliquent à un dinar dévalué pour entretenir notamment les couches rentières ont largement contribué à favorisé la hausse des prix. Cela envoie à une économie totalement rentière où 98% des exportations sont le fait d’hydrocarbures et  des importations (équipement, matières premières où plus de 80% des entreprises privées et publiques  et les biens finaux représentent entre 2009/2010 environ 70/75% de nos besoins.
5- Le constat unanime  est que l’Algérie est un Etat  riche avec environ  190 milliards de dollars  dont 86% déposées à l’étranger, mais une population de plus en plus pauvre où 70% perçoit moins de 20.000 dinars par mois consacrant plus de 80%de ce modeste revenu aux biens de première nécessité. L’importance de l’endettement croissant des ménages, de la vente de bijoux de famille et  des couffins du ramadan de plusieurs milliards de dinars  en est le témoignage. Et comme  toute Nation en principe ne peut distribuer que ce qu’elle a préalablement produite, se pose cette question : comment passer d’une économie de rente à une économie productive s’insérant dans le cadre des valeurs internationales, mettre en place  une économie de marché productive, évitant l’illusion du retour au tout État des années 1970 qui ne ferait qu’accélérer la crise mais avec un rôle stratégique pour l’Etat régulateur. Le défi pour l’Algérie, étant un problème de sécurité nationale, c’est que l’on va vers l’épuisement des hydrocarbures (10 ans pour le pétrole, 15 ans pour le gaz conventionnel, au vu de la forte consommation intérieure) l’exploitation  du gaz non conventionnel n’étant pas pour demain dans la mesure où l’important n’est pas tant de découvrir des gisements mais de tenir compte de leur rentabilité économique face tant aux concurrents que d’autres énergies substituables.
6.- S’agissant d’un problème aussi complexe que celui de l’inflation, il me semble utile de préciser que ces phénomènes doivent tenir compte de la structure et des particularités de l’économie à laquelle ils sont appliqués, les aspects de structures de l’économie internationale, de l’économie interne résultant de l’option de la stratégie de développement économique, aux schémas de consommation générés en son sein pour des raisons historiques, d’influences socioculturelles et aux composantes des différentes forces sociales pour s’approprier une fraction du revenu national. L’inflation qui a des incidences directes sur le pouvoir d’achat est de retour en Algérie, risquant de remettre en cause les équilibres macro-économiques qui ont nécessité d’importants sacrifices de la population algérienne depuis 1994 date du rééchelonnement, car ayant accusé un retard dans les réformes micro-économiques et institutionnelles L’Algérie risque de revenir à la case départ si l’on a cette vision du passé que le développement s’assimile aux dépenses monétaires et aux réalisations physiques sans se préoccuper des impacts et des coûts. Le plus grand ignorant étant celui qui prétend tout savoir il y a urgence d’un dialogue serein politique, économique, social privilégiant les intérêts supérieurs de l’Algérie afin de réorienter l’actuelle politique socio-économique conciliant efficacité économique et une très profonde justice sociale, si l’on veut éviter une très grave dérive au pays. Dialoguer et savoir écouter est la vertu des grands dirigeants. Cela suppose en Algérie une rupture culturelle d’abord de nos dirigeants et une profonde mutation systémique nécessitant la démocratisation des décisions politiques et économiques. En résumé, durant  ce mois sacré du Ramadhan 2013, les personnes aisées doivent sentir eux aussi les souffrances physiques et morales qu’endurent les pauvres à longueur d’année, et qui en principe devrait nous inciter à plus de solidarité- sans calculs- et d’ardeur dans le travail. Concernant les couffins du Ramadhan, je lance un appel fraternel aux responsables algériens de ne plus exploiter, comme par le passé, la misère humaine. Mesdames, Messieurs de grâce, n’humilier pas ces pauvres gens, ne les faites plus filmer comme par le passé avec indécence, par la télévision publique ENTV. Respectez au moins leur dignité. Ils n’ont plus que cela.

NB : Professeur Abderrahmane MEBTOUL Expert international management stratégique :
(1)- Voir  mes  interventions sur ce sujet dans les quotidien s El Watan- Liberté – Quotidien d’Oran- l’Expression – Soir d’Algérie El Khabar,Chorouk - Ennahar, Djazaier New’s , Al Chaab -Faj’r ,et mon  interview  dans le quotidien financier parisien les Echos Paris France 7 janvier 2011, l' hebdomadaire français l’Express  9 janvier 2011-Quotidien financier français la Tribune - du 11 juin 2013 - Pour une analyse de l’économie rentière voir -Abderrahmane Mebtoul- « Problématique du management stratégique de Sonatrach : dans les cahiers de recherche de novembre 2010 de la prestigieuse haute école H.E.C Montreal, (Canada) The Walter J. Somers Chair of International strategic management.

Professeur des Universités Dr Abderrahmane MEBTOUL Expert
Mercredi 10 Juillet 2013 - 22:00
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ACTUALITÉ
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