REFLEXION

Le paradoxe du couple FLN/RND

Elections législatives du 10 mai 2012 : le paradoxe du couple FLN/RND, minoritaire en termes de voix de la population algérienne,- 8,53% en régression par rapport à 2007, et majorité absolue du nombre de sièges-62,98%.



Le paradoxe du couple FLN/RND
Le Conseil constitutionnel le 15 mai  2012 a proclamé les résultats officiels des élections législatives du 10 mai 2012. Il me semble utile à partir des données officielles de mettre en relief le poids de chaque parti dans la société afin de mettre en relief ce  paradoxe, la régression du FLN et du RND en termes de voix   et e nombre croissant de sièges de députés  dans la future assemblée.
 
1. Quel taux de participation ?
Il convient au préalable de préciser deux éléments pour comprendre les résultats qui suivent. Premièrement la loi électorale, dans ses articles 86 et 87 fixe  la clé de répartition des sièges et son niveau, l'article 86  précisant  la méthode de calcul du quotient électoral qui est le résultat du rapport entre le  nombre des suffrages exprimés moins les suffrages des listes n'ayant pas franchi le seuil de 5% des voix et le nombre des sièges à pouvoir. C’est une division du nombre des suffrages exprimés moins le nombre des voix des listes en dessous du seuil de 5% sur le nombre de sièges ne reflétant donc  pas le poids réel dans la société de chaque parti. Deuxièmement, le Conseil des ministres de février 2012 a adopté un projet d’Ordonnance amendant et complétant l’Ordonnance 97-08 du 6 mars 1997 déterminant les circonscriptions électorales et le nombre de sièges à pourvoir pour l’élection du parlement qui passe de 389 à 462 sièges soit 73 sièges supplémentaires. Pour les résultats officiels  du conseil constitutionnel des élections législatives du 10 mai 2012, le  nombre d’électeurs inscrits a été de  21.645.841, le nombre  de votants de  9.339.026, le nombre de suffrages exprimés de  7.634.979 donnant une participation officielle   de  43,14 % avec un nombre  de  bulletins nuls de  1.704.047. Pour avoir une image réelle de la participation, il ya lieu donc de comptabiliser les bulletins nuls  qui représentent 7,87 % par rapport aux inscrits (une nette progression par rapport à 2007) ce qui nous donne 100 moins 43,14% soit  un taux d’abstention de  56,86%  plus  7,87% de bulletins nuls, donnant le nombre de personnes n’ayant pas  fait un choix  de 64,73% soit environ les deux tiers de la population algérienne. J’ai établi quatre ratios en référence  aux nombre de votans pour chaque parti :le   ratio nombre de sièges par rapport au total  des 462 sièges ; le ratio suffrages recueillis sur nombre d’inscrits ; le   ratio par rapport aux votants ; le  ratio suffrages sur suffrages exprimés  et enfin le ratio par rapport aux votants.
 
2.-Quel est le poids réel du parti FLN dans la société ?
En effet lors des élections  du 10 mai 2012, pour le Parti FLN, le nombre  de suffrages recueillis a été de  1.324.363 voix pour 221    sièges alors qu’en  mai 2007 il avait obtenu  1 315. 686 voix pour 136 sièges bien qu’ayant assisté à un  nombre d’électeurs inscrits  de  21.645.841 contre 18 .760.400 pour mai 2007 soit un accroissement de  2.905.241 de votants. C’est une régression comme l’atteste  le  ratio nombre de sièges par rapport au total  qui donne   47,83% ; le ratio suffrages recueillis sur nombre d’inscrits a été de  6,11% moins que la fois précédente ; le  ratio par rapport aux votants  de 14,18%, le  ratio suffrages sur suffrages exprimés de 17,34% et le  ratio par rapport aux votants de 14,18%. Quant au  Rassemblement national démocratique- RND, le nombre de suffrages recueillis a été de 524.057 de  voix pour   un nombre de sièges de  70  et pour mai 2007  591 310  pour 61 sièges là aussi  une nette régression. Pour le RND, pour mai 2012,  le    ratio par rapport au total sièges est de 15,15%, le ratio suffrages recueillis sur nombre d’inscrits de 2,42%, le  ratio par rapport aux votants  de 5,61%- et le ratio suffrages sur suffrages exprimés de  6,86%. Pour la liste  de l'Alliance Algérie verte le  nombre de suffrages recueillis a été  de 475.049 pour un n ombre de sièges obtenus de 47. Alors qu’en mai 2007 seul Harraket Moudjtema Essilm a eu 552 104voix pour 33 sièges c’est la descente aux enfers. Pour cette alliance composée de trois partis islamistes, le  ratio par rapport au total sièges est de  10,17%-, le ratio suffrages recueillis sur nombre d’inscrits de 2,19%, le  ratio par rapport aux votants de 5,08% et le ratio suffrages sur suffrages exprimés 6,22%. Pour les  autres partis limitrophes  posant la problématique des difficultés de constituer un groupe parlementaire, nous avons le  Front des Forces socialistes – FFS – dont le nombre de suffrages recueillis a été  188.275 voix pour un nombre de sièges obtenus de 21. Le ratio par rapport total sièges  est de 4,54%, le ratio suffrages recueillis sur nombre d’inscrits  de 0,86%, le ratio par rapport aux votants  de  2,01%et le ratio suffrages sur suffrages exprimés de 2,46%. Le  Parti des Travailleurs  grand perdant de ces élections et qui ne pourra plus comme par le passé influer sur les décisions économiques, ayant un ancrage décroissant au niveau de la société ,  ayant  perdu environ 9 sièges par rapport  aux élections de 2007, le   nombre de suffrages recueillis a été de 283.585  pour un nombre  de sièges de 17 .Par rapport aux sièges  le ratio est de 3,67% ; le ratio suffrages recueillis sur nombre d’inscrits  de 1,31%-, le ratio par rapport aux votants  de 3,03% et le ratio suffrages sur suffrages exprimés 3,71%. Egalement le Front national algérien est en net recul  avec un nombre de suffrages recueillis de  198.544 pour un nombre  de sièges obtenus  09. Le ratio  par rapport au sièges  est de1,94%, le ratio suffrages recueillis sur nombre d’inscrits de 0,9%-, le ratio par rapport aux votants  de 2,12% et le  ratio suffrages sur suffrages exprimés 2,60%.  Quant  au Front pour la Justice et le Développement (ADDALA) , le nombre de suffrages recueillis a  été de  232.676 pour un nombre de sièges de 07. Le  ratio par rapport au siège  est de  1,51%, le  ratio suffrages recueillis sur nombre d’inscrits de 1,07%, le  ratio par rapport aux votants  de2,49%- et le ratio suffrages sur suffrages exprimés 3,04%. Il ya la  liste non classable étant souvent des dissidents  des  partis FLN/RND ,  celle des indépendants  dont le nombre de suffrages recueillis est  de  671.190 pour un nombre de sièges  de 19 .Par rapport au  total sièges le ratio est de 4,11% , le  ratio suffrages recueillis sur nombre d’inscrits de 3,10%-, le ratio par rapport aux votants  7,18% et le  ratio suffrages sur suffrages exprimés 8,79%. Pour l’ensemble des listes  restantes  nous avons   51 sièges pour 2.430.584 voix  -Ratio par rapport aux sièges 1,10%- Ratio par rapport au total des inscrits 11,22%- Ratio par rapport aux votants 26,02%- Par rapport  aux suffrages exprimés 31,83% Ainsi l’ensemble des autres partis  qui ont réussi à avoir au maximum entre 6 et 1 sièges( nous ne parlons pas des  partis n’ayant obtenu aucun siège)  pour  un  total de 51 sièges ont  1.106.221 de voix plus  que le parti FLN,  1.906.527 de plus que le RND et plus que les trois premiers arrivés à savoir le FLN, le RND et l’alliance verte qui totalisent  à eux trois 2.333.469  voix accaparant  338 sièges soit   73,16% du total .Quelques paradoxes . Le Mouvement populaire algérien   a  recueilli  165.600  voix pour  6 sièges  , le Front du Changement   a   recueillis  173.981 voix pour  04 sièges, le  Front national pour la Justice sociale   a  recueillis 140.223   pour 03 sièges, le  Front El-Moustakbel   a recueilli  174.708   voix pour deux sièges, le   Parti du Renouveau algérien  a  recueillis 111.218  voix pour un siège.
 
3.- Quelle conclusion tirer ?        
Ira-t-on vers un réel changement salutaire  ou  simplement du replâtrage différent les  tensions sociales inévitables à terme ? Tant qu’il ya la rente. Le parti FLN doit éviter l’euphorie car il est largement minoritaire en termes de voix par rapport tant aux inscrits qu’aux voix exprimés par la population algérienne. Le mode de scrutin  étant ce qu’il est, ce qui supposera à l’avenir de donner une dose de proportionnalité, malgré l’anomalie des résultats donnent  un parti du FLN minoritaire en termes d’impacts sur la société,  et même en régression par rapport  aux élections législatives de 2007,  si l’on fait un calcul en valeur relative.  Par rapport à l’ancienne alliance présidentielle, le RND et beaucoup plus HMS deviennent des accessoires, ces deux partis  étant les plus grands perdants parce participant au gouvernement depuis 2000 à ce jour. Le parti FLN peut même se passer des deux partis en comptant sur les partis satellites et sans remous du RND car  n’oubliant pas que 50%  des candidats élus du RND étant d’anciens militants du FLN qui peut facilement donc cohabiter avec le parti FLN à ne pas confondre avec le FLN historique, n’ayant pas de divergences idéologiques fondamentales.  Mais la question stratégique est la suivante : le parti FLN avec 6,11% de voix par rapport aux inscrits, 8,53% inclus le RND peut-il engager l’avenir du pays?  Cela traduit le divorce Etat/citoyens. Aussi s’agit-il  face  à cette  démobilisation populaire de penser à trois axes directeurs.  Premièrement, de revoir globalement le fonctionnement tant du système politique et économique  que le fonctionnement du système partisan ayant un  système partisan inefficient souvent sans véritable programme, ni perspectives sérieuses. Deuxièmement, réorganiser sur des fondements démocratiques la société civile devant éviter l’instrumentalisation de l’administration si l’on veut mettre en place ces réseaux intermédiaires efficaces entre l’Etat et le citoyen renvoyant d’ailleurs à une réelle décentralisation sur le plan politique. Troisièmement  dépasser le syndrome hollandais (98% d’exportation d’hydrocarbures et important 70/75% des besoins des ménages et des entreprises), donc  changer de cap de la politique socio-économique actuelle qui  a montré clairement  les impacts  limités malgré une dépense monétaire sans précédent depuis l’indépendance politique (500 milliards de dollars entre 2001/2014). Car, évitons l’europhorie notamment celles des réserves de change , produit de la rente des hydrocarbures et non du travail, qui clôtureront à 205 milliards de dollars fin 2012 dont plus de 90% placés à l’étranger à des taux d’intérêts nuls pondérés par l’inflation mondiale, posant le pourquoi de continuer à épuiser la ressource éphémère que sont les hydrocarbures,  les capacités d’absorbation étant  limitées. En termes de rentabilité financière,(pouvant découvrir des milliers de gisements non rentables)  de la croissance des couts, des exportations extrapolées, de la forte consommation intérieure  et des nouvelles mutations énergétiques mondiales l’Algérie sera importatrice de pétrole dans 14/15 ans et 25 ans pour le gaz conventionnel. Cela pose la problématique de transformer cette richesse virtuelle en richesse réelle, en fait de revoir l’actuelle gouvernance passant par  un véritable Etat de droit. La moralité des dirigeants durant les années à venir est fondamentale, la corruption se socialisant et devenant un danger pour la sécurité du pays. Sans morale de la gestion de la Cité, point de  facteur de mobilisation, pour un sacrifice partagé car les réformes en Algérie, souvent différées, seront douloureuses supposant de concilier efficacité économique et cohésion sociale.    

Dr Abderrahmane Mebtoul
Samedi 19 Mai 2012 - 10:44
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