REFLEXION

Le développement national au regard de la situation actuelle

Nous allons essayer, à travers cette modeste contribution de donner brièvement quelques éléments et données statistiques sur un thème - clé dans l’évolution et l’histoire économique de l’Algérie qui, bien évidemment, cela mérite qu’on jette un regard sur les étapes du développement national dans un souci d’ objectivité stratégique pour une Algérie que nous percevions en devenir un pays développé dans l’histoire du cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie.



En effet, au début des années 1970, l’Algérie a connu un développement industriel avec près de 70 zones industrielles à travers le pays. Il faut dire que par le passé l’argent de la  rente  avait  une valeur économique réelle et qui a joué un rôle stratégique dans le développement d’une industrie diversifiée dans toutes les branches d’activités où le taux d’investissement avait atteint jusqu’à 50% du PIB où le prix du baril de pétrole valait 8 dollars en moyenne. L’Algérie avait acquise  une réelle expérience  dans l’industrie, l’agriculture et le tourisme et  s’est classée après l’Espagne et l’un des premiers pays industriels du continent africain et arrivait à produire presque la totalité de ses besoins et même à exporter l’excédent, voire le tourisme qui rapportait environ 7% des revenus en devises fortes et la fiscalité ordinaire qui contribuait à près de 70% dans la structure du budget de la nation. L’université algérienne était classée parmi les plus performantes dans les pays du tiers monde et assurait la formation de cadres haut niveau, voire même des cadres de la nation des Etats d’Afrique, du Maghreb, du monde arabe  et de multiplier des  effectifs dans toutes les spécialités pour notre développement national  où nous avons aujourd’hui à travers le monde  les meilleurs chercheurs, les meilleurs médecins, les meilleurs professeurs, les meilleurs économistes, les meilleurs journalistes, les meilleurs financiers, les meilleurs ingénieurs, les meilleurs romanciers .C’est là, une vérité historique que nul ne pourrait contredire, mais il semble que nos gouvernants aient oubliés cela.  Il semble que le gouvernement Abdelmalek  Sellal  ait pris conscience  d’aller  vers la diversification  de l’économie  nationale  .C’est très positif au moment  où le pays  aura besoin  de pas moins de  2millions d’entreprises  de taille PME/PMI  et une croissance à deux chiffres  pour faire face aux bouleversements  socio-économiques  actuels que vit aujourd’hui  l’Algérie .Au moment où la crise énergétique internationale a remis au premier plan la vulnérabilité de l’économie algérienne  gérée  par les hydrocarbures , l’unique ressource  économique et financière  qui fait vivre l’algérien  et fonctionner le pays.  Dans ce contexte, il nous semble bon aujourd’hui, qu’on se souvienne de cette première expérience du développement  national qui fut des plus difficiles, pendant les premières années de l’Algérie  indépendante. En effet,  notre pays vivait au lendemain de l’indépendance, une situation socio-économique  critique où l’on sait, les  européens laissant derrière eux un pays sous-développé et totalement à l’arrêt. Notre pays se devait d’y mettre en place  une politique économique  qui répondra aux impératifs majeurs de l’Algérie indépendante dans sept domaines fondamentaux : priorité à une industrialisation de transformation, indépendance économique, formation et emplois, valorisation des ressources, contribution au développement de l’agriculture, compétitivité internationale dans les technologies modernes et enfin ,économie de devises  en mettant en avant des programmes économiques et de construction afin de consolider l’indépendance politique en engageant des plans de développement : triennal 1967-1969 , quadriennaux 1970-1973 / 1974-1977/ et quinquennal1980-1985répondant aux différents impératifs industriels, sociaux, agraire, culturels, scientifiques, sportifs, santé, enseignement… et enfin, la valorisation des hydrocarbures « le plan VALHYD », pour développer une industrie pétrolière et gazière. La bataille du développement national est en marche à laquelle ont été associés les premiers cadres algériens dont la majorité est autodidacte, mais qui ont su concevoir et développer une expérience profitable et par laquelle, ils ont été au-devant de la scène de l’Algérie future. En effet, ce qui est remarquable, les dirigeants  politiques de l’époque accordant une grande attention aux cadres où diffusant la thèse  selon laquelle  le développement  du pays  ce sont les cadres algériens.  Ils étaient loin d’être de simples figurants dans la gestion et la décision. Oui, en effet, cette thèse a  permis rapidement   à faire fonctionner les institutions, les sites pétroliers, gaziers, miniers, les sociétés nationales pour rétablir l’économie et enfin les terres agricoles récupérées et prises en charge par nos paysans pour les exploiter. En effet, les anciens cadres et intellectuels  des années 1960 et 1970 se sentaient redevables  vis-à-vis de leur pays, ils ont en effet, une dette morale qui jadis étaient considérées comme la fierté nationale datant de l’époque où les pouvoirs publics  dirigeaient  l’économie dans l’intérêt de la nation. Cela sera un motif  de leur implication  forte dans les premiers  plans de développement de l’Algérie qui s’annoncent  pour cette génération, après celle de la libération du pays. C’était la grande période de l’ industrialisation du pays où le temps passait, les entreprises se créaient et grandissaient, la croissance augmentait, l’offre augmentait, des centres de formation, médico-sociaux, cantines se créaient au sein de chaque entreprise ,les prix diminuaient, et  on parlait  très peu  de corruption, de fuite de cadres ou de cerveaux, de capitaux, de liquidation d’entreprises, de compressions d’effectifs,  de salaires impayés, de conflits sociaux …est un évènement marquant et témoin de l’engagement  d’une génération au service réellement  de l’Algérie indépendante  après le départ massif des cadres européens  où notamment les premiers cadres algériens qui ont été d’un apport indéniable au développement national notamment ont su changer la donne  et s’imposer comme acteur-clé dans le processus des nationalisations et de développement national, voire avoir préservé et valorisé le patrimoine public. Ils ont apporté la preuve de  leurs sacrifices dans la douleur de leur jeunesse et  en se passant d’une vie meilleure ailleurs  (outre- mer) en travaillant sans répit et dans des conditions de travail des plus pénibles ,une charge de travail insupportable par manque d’effectifs et de qualifications sans pour autant demander des avantages ou profiter de leurs postes.  La norme de travail dépassait le plus souvent douze heures /jour avec des salaires mensuels dérisoires qui  se situaient en moyenne entre 500DA et 3000da/mois, voire parmi il y a les travailleurs  sont payés en nature au moyen de bons de semoule,  de sucre, de café, d’huile etc. Cela ne leur aurait rien rapporté aujourd’hui. Quand le patriotisme avait encore son sens dans l’esprit et la lettre du congrès de la SOUMAM. En outre, cette génération a donné le meilleur d’elle-même en contribuant par ailleurs à une autre réalité nationale à savoir d’importantes actions de solidarité et de volontariats dans le cadre des  campagnes nationales. Plus important encore, des familles algériennes ont fait don de leurs bijoux, argent liquide… Au profit du fonds national de solidarité (SANDOK TADHAMOUN). Cela a donné plus d’adhésion et de participation   sur le terrain.  Evidemment, un peuple magnifique et une race de cadres et de travailleurs resteront le modèle d’une génération  qui a marqué l’histoire de notre pays par leur sacrifice durant le développement de l’Algérie indépendante. Mais presque tous ont terminé leurs carrières dans la totale déception lorsqu’on constate que nos gouvernants oublient vite les sacrifices des générations. Une nation qui oublie, qui marginalise ou qui ne donne pas de l’importance aux valeurs humaines n’a sûrement pas d’avenir ». Les évolutions et les transformations accomplies durant cette période sont résumées comme suit :
Sur le plan économique : L’évolution  rapide   du progrès de la société algérienne  et l’émergence d’une  classe moyenne dominante et productive dont notamment l’Algérie était économiquement, socialement et culturellement plus avancée au plan micro-économique qu’aujourd’hui. On peut rappeler ici,  essentiellement entre autres, la réalisation de grands ensembles industriels et technologiques dans toutes les branches d’activités: énergie  et pétrochimie, sidérurgie, industries agroalimentaires et pèches, mines, hydraulique dont les barrages de BENHAROUN-ABADLA parmi les plus  importants en Afrique. En effet, un nombre impressionnant d’entreprises économiques, commerciales et bancaires locales et nationales qui voient le jour et leur rôle s’agrandir jusqu’à les compter par millier avec notamment la multiplication de leurs usines, de leurs agences ou unités, leur réseau de distribution et de leurs bureaux d’études à travers tout le pays.
A titre d’exemple, SONATRACH  avec 120 000 travailleurs et son organisation qui couvrait toutes les activités de la pétrochimie, devenue un Etat dans l’Etat et bien d’autres entreprises géantes à l’instar de SONACOME,  SNS SIDER, SONELEC, SONELGAZ, SONATIBA, DNC, SNLB, SNMETAL, SNMC, SNIC, SONIC, SONATRAM , SONAREM, SONITEX, SAIDAL-ENAPHARM, ENMTP, CNAN, CIRTA fabrication tracteurs- moissonneuses batteuses, BCL fabrication de pièces industrielles, BATIMETAL, SNTA, OFLA,ONCIC etc. Puisque la fiscalité ordinaire assurait les dépenses de fonctionnement, la fiscalité  pétrolière est consacrée seulement aux équipements dont la part consacrée à l’équipement  industriel, était autour de 45%  du produit intérieur brut(PIB) et plusde50% du total  équipement au moment où le pétrole valait sur les marchés mondiaux à moins de10 dollars le baril , la part de la production industrielle annuelle était autour de  18 à  25 % du PIB ,  la part générée en croissance annuelle était de plus de10%, une agriculture rénovée où l’Algérie arriverait à produire la totalité de ses besoins en céréales, en légumes et fruits et à même exporter l’excédent, alors qu’aujourd’hui l’Algérie figure parmi les pays gros importateurs grâce  aux devises fortes  des hydrocarbures, l’épargne nationale était en moyenne de 40% du PIB , la stabilité du taux de change DA/dollar avec un cours de change fluctuant entre 4DAet 5DA pour 1dollar.
Ces performances étaient parmi des plus fortes dans le tiers monde,  un acquis, porteur de grandes perspectives socio-économiques pour l’horizon 1980(H80) pour passer de l’état de pays pétrolier à celui de pays industrialisé où notre pays  commençait à prendre place dans le concert des pays développés  et s’imposer comme leader dans le tiers monde. Malheureusement, tout ce projet politique et économique  fut abandonné à la mort du président Boumediene au milieu des années 1980, par l’introduction du fameux programme anti pénurie(PAP), pour concrétiser pleinement  le slogan «  pour une vie meilleure ».  Ce qui exclu toute perspective de développement industriel et de l’économie des entreprises et plus alarmant encore la tendance des nouveaux dirigeants et cadres  ne reposait pas sur l’échelle des valeurs  et du mérite dont la majorité était dépourvue d’un réel palmarès intellectuel et professionnel notamment promus  sans compétences et ce, quitte à compromettre un projet d’entreprise non achevé, un plan de redressement,  etc. Ainsi l’Algérie vient de perdre ses meilleurs cadres et artisans du développement national. Alors qu’on ne peut améliorer la qualité  du management des entreprises que par l’importance et le progrès des hommes.  Et puis vint l’avènement de milliers d’importateurs sur la base d’un simple registre du commerce aux dépens des règles du jeu de l’économie de marché et d’une économie diversifiée, ce qui a valu la suppression du ministère du plan dont-on connaît  aujourd’hui, les répercussions négatives. « Les algériens et le prix du baril de pétrole ». Sur le plan politique : De reconquérir la souveraineté économique sur : La récupération des terres des colons,   des assurances, des banques et des ressources minières. Le 24 février 1971 fut une grande date dans le processus de libération économique, c’est, en effet, à cette date que furent nationalisés les hydrocarbures, principale richesse du pays qui assure à ce jour le fonctionnement et fait vivre l’algérien et qui représente 98% des recettes totales du pays ,le remplacement du franc français par la création du Dinar algérien ,la mise sur pieds de sociétés nationales dont SONATRACH, créée en 1963,la naissance d’une industrie nationale à la faveur de la nationalisation des hydrocarbures, une politique d’équilibre régional par la mise en œuvre de programmes spéciaux de développement qui a permis de mettre fin aux disparités entre les régions. Faut-il rappeler au passage, que des réunions du gouvernement se tenaient au niveau des régions dont notamment : les Aurès, le Titteri, l’Oasis, la Saoura, la Kabylie… le plan COMEDOR qui devait  restructurer et moderniser la capitale  , voire la projection d’une nouvelle capitale politique dont le choix   était porté sur Boughzoul, de bâtir un Etat qui survie aux hommes et aux évènements, une charte nationale, après à un large débat populaire en vertu de laquelle, la constitution est promulguée, une réforme sportive a été sans conteste une révolution sportive où le sport algérien rentrera dans les manifestations internationales.  Ajoutez à cela, une Politique  régionale de leadership qui a conquis les espaces géopolitiques dont notamment  le monde arabe, l’Afrique et le tiers monde. Ainsi de plusieurs évènements très importants dans l’histoire du monde, le discours historique prononcé en avril 1974 par le président Houari Boumediene à l’assemblée générale extraordinaire de L’ONU où il a lancé les grandes idées sur les matières premières pour un nouvel ordre économique international(NOEI), le sommet de L’OPEP à Alger lorsqu’il appelle à la nécessité pour une juste rémunération des hydrocarbures qui intervient après le choc pétrolier de 1973 et en marge de ce sommet ,le président Boumediene a réussi à la conclusion d’un accord entre l’IRAK ET L’IRAN mettant fin à une guerre séculaire, la conférence des pays non alignés, le dialogue (Nord-Sud) , la présidence de l’ONU assurée par l’Algérie, lors du sommet de l’organisation de la conférence islamique à LAHORE(PAKISTAN) où il prononce un discours qui est resté dans les annales où il a lancé à ses pairs que « l’on ne va pas au paradis le ventre creux » ajoutant : « L’islam que je connais depuis l’âge de dix ans ,n’a jamais nourri son homme »donnent  l’exemple aux pays en voie de développement. Ces questions sont toujours d’actualité et font date dans les relations internationales.
Sur le plan agraire :Une politique agraire est mise en œuvre  ayant pour principe de base « la terre à celui qui la travaille »pour La mise en valeur des terres et pour une agriculture rénovée et organisée en grandes exploitations agricoles (domaines autogérés) avec des moyens d’équipements et d’irrigation à travers toutes  les régions  du pays  qui revêt aujourd’hui une importance stratégique dans le cadre de l’équilibre régional et du développement local, la réalisation du barrage vert qui inspire aujourd’hui une grande expérience dans la lutte contre la désertification, le lancement du barrage fruitier à Beni Slimane fut abandonné à la mort du président Boumediene, la réalisation de villages socialistes dotés d’écoles, de polycliniques, de maisons de jeunes, annexes administratives, qui verrait l’éradication de gourbis hérités de la période coloniale, la mise en valeur agricole et freiner l’exode rural.
Sur le plan de l’éducation, l’enseignement et la formation :La démocratisation de l’enseignement a été extrêmement rapide et forte qui a permis à notre pays de se doter de milliers d’écoles, de lycées, d’universités, d’instituts technologiques, de centres de recherches scientifiques, de centres nucléaires et de grandes écoles en cinéma, théâtre, musique  où le taux d’alphabétisation a atteint près de 75% à la fin de 1970, cela grâce à un corps d’enseignant riche, intègre et de rang magistral. Cette évolution a eu des répercussions positives sur l’enseignement supérieur dans la mesure où l’université algérienne était classée parmi les plus performantes dans les pays du tiers monde et permettait la formation de cadres haut niveau, voire même des cadres de la nation des Etats d’Afrique et de multiplier des effectifs dans toutes les spécialités pour notre développement national où nous avons aujourd’hui à travers le monde les meilleurs chercheurs, les meilleurs médecins, les meilleurs professeurs, les meilleurs économistes, les meilleurs journalistes, les meilleurs financiers, les meilleurs ingénieurs, les meilleurs littéraires.
Sur le plan santé publique : une politique qui a permis à notre pays de se doter de milliers de polycliniques, de dispensaires et d’hôpitaux ce qui a donné accès à toutes les couches sociales où on enregistre  entre 5 à 10 lits environ pour 1000 habitants. Elle a permis  également d’éradiquer de manière définitive les maladies contagieuses et épidémiques, voire l’espérance de vie passant de 60 à 80 ans, et a  donné naissance d’une importante industrie pharmaceutique, l’on parlait d’âge d’or de la médecine algérienne où on accueillera des malades de l’Afrique, du Maghreb, voire même des responsables et chefs d’Etat d’Afrique, tous les hôpitaux universitaires(CHU) sont devenus un haut lieu de formation, de séminaires nationaux et internationaux, de recherche où l’on accueillera également des étudiants universitaires de l’Afrique et du Maghreb. C’est là un grand débat sur le développement économique et social de l’Algérie indépendante dont jamais un bilan n’a été établi, soit sérieusement pris en considération pour instituer la pensée critique  pour édifier un Etat fort.

M'HAMED ABACI - Financier et Auteur
Mardi 27 Octobre 2015 - 09:58
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