REFLEXION

Le complexe sidérurgique d’El Hadjar sera-t-il renationalisé ?

INTERVIEW DU PROFESSEUR ABDERRAHMANE MEBTOUL, EXPERT INTERNATIONAL EN MANAGEMENT STRATEGIQUE, À RADIO FRANCE INTERNATIONALE



Le complexe sidérurgique  d’El Hadjar sera-t-il renationalisé ?
Question 1- Quelle comparaison faites-vous entre la situation  en France et en Algérie concernant les conflits  avec Arcelor Mittal ?
En 2011 Arcelor Mittal  employait 260. 523 salariés dans plus de 60 pays  dont 53 % en Europe  avec un  chiffre d'affaires selon son bilan officiel de 91,9 milliards de dollars, (la moitié du produit intérieur brut algérien estimé à 180 milliards de dollars contre 2580 milliards de dollars pour la  France),  étant le leader mondial dans le domaine de l'acier et des mines. Arcelor Mittal est donc  une multinationale   qui  a une stratégie de filières  mondialisées  et s’implantera  là   où les couts sont bas et la demande segmentée  élevée, animée par  la seule rentabilité économique, dans la pratiques des affaires n’existant pas de sentiments et cela s’adresse tant à la France qu’à l’Algérie où certes les ouvriers de Florence et d’El Hadjar sont préoccupés par leur avenir. La situation est totalement différente entre les deux pays et il faut comparer le comparable. L’Algérie est en excédent de financement avec plus de 200 milliards de dollars  de réserve de change  et les banques publiques qui contrôlent plus de 90% du crédit octroyé (malgré le nombre les  banques privées étant   marginales) sont en surliquidités, déconnectés des réseaux financiers mondiaux ce qui explique le peu d’impact de la crise et il ne faut pas  s’en réjouir étant des guichets administratifs renflouées par la  rente. L’Algérie est une économie rentière, pour preuve 98% des  exportations  proviennent d‘une seule ressource les  hydrocarbures et donc l’économie est indirectement connecté via cette rente à l’économie mondiale où   paradoxe, grâce à la  croissance des pays émergents le cours  du pétrole  connait un prix relativement élevé. Par contre   la France souffre d’une crise d’endettement  et l’économie française, malgré ses difficultés actuelles dues en grande partie à la  crise mondiale  est une économie productive  reposant essentiellement sur l’initiative privée étant une économie de marché  évoluant dans un environnement mondial concurrentiel, étant à l’ère de la mondialisation. En France, comme dans la majorité des pays du monde,  une unité non  rentable économiquement ferme. En Algérie  et ce la n’est pas propre à El Hadjar,  l’Etat algérien via la rente a assaini les entreprises publiques entre 1971-2012 pour plus de 50 milliards de dollars dont 70% sont revenues à la  case de départ, assainissement pour éviter les remous sociaux  à l’instar de la situation actuelle où l’on distribue des revenus ans contreparties productives. A l’approche de l’élection présidentielle en Algérie d’avril 2014 et avec les tensions sociales actuelles, le gouvernement  n’est pas préoccupé par la rentabilité économique, ce qui suppose qu’il reporte les problèmes qui se poseront à terme car on ne peut distribuer que ce qui a été préalablement produit, la rente étant éphémère en réhabilitant la récompense au travail. Si L’Algérie était dans une véritable économie de marché productive, toute unité non rentable fermerait.
Question 2- L’on parle d’une renationalisation du complexe d’El Hadjar
Le  complexe d'El Hadjar avait été cédé à Mittal en 2001 qui détient   70%  et  30% par l’Etat algérien à travers Sider. Il convient de souligner que depuis 2 ans des problèmes de trésorerie se pose à ce complexe  ce qui a poussé  la banque extérieure d’Algérie qui est  même temps la banque de Sonatrach , expliquant son aisance financière,  à octroyer  en urgence un prêt de 140 millions €  pour financer le développement de sa production au delà du seuil de rentabilité de 1,8 million de tonnes annuelles. Il est à noter que le complexe de la sidérurgie d’El Hadjar, n’a produit en 2012 que 580.000 tonnes d’acier, alors que l’objectif initialement fixé était de parvenir à produire 700.000 tonnes pour l’année 2012. Pour sauver l’unique complexe sidérurgique du pays employant 7 000 personnes d’une cessation d’activité, des discussions sont en cours pour reprendre le contrôle, le groupe public Sider devant  augmenter sa participation dans AMA de 30% à 51% pour un montant de 200 millions $. Selon l’agence officielle algérienne APS, d’avril 2013, un investissement pour un milliard de dollars serait  lancé conjointement entre le gouvernement algérien et le numéro un mondial de la sidérurgie ArcelorMittal afin d’augmenter la capacité de production du complexe d’El Hadjar (Annaba) à 2,2 millions de tonnes par an.  Ces mesures seront-elles pérennes  et ne risque t- on pas de reproduire les assainissements à fonds perdus comme par le passé  d          ’autant plus que l’Algérie est liée à un Accord de libre   échange avec l’Europe  dont le dégrèvement tarifaire zéro  est prévu horizon 2020 et qu’elle aspire à adhérer à l’organisation mondiale du commerce ? Nous assistons à un dialogue de sourd.  La direction du complexe  reproche  notamment à Sonatrach  et Sonelgaz les plus  gros demandeurs d’importer au lieu de s’adresser au complexe et les deux principaux  groupes algériens reprochant à Arcelor Mittal  de ne pas  se conformer aux normes de  sécurité et  de qualité. Le futur complexe  sidérurgique de Bellara (Sud-est de Jijel)  entre Sider et Qatar Steel International selon la règle des 51/49 %, en production en principe horizon 2017,  cout estimé à environ   1,7 milliard de dollars,  au titre d’une première phase,  devant produir deux (2) millions de tonnes d’acier par an avant de passer à 4 millions de tonnes en 2019 ( matière première locale ou importée ?) pour répondre aux besoins du marché national en rond à béton et autres aciers  avec  la création de près de 2.000 emplois directs ( le tiers d’El Hadjar pour une  production plus importante) n’est –il pas  déjà un substitut  au complexe  d’El Hadjar  et  allègera t-il  les tensions  sur l’acier  du fait que l’Algérie à travers  l’importante dépense publique  importe  une grande quantité ?
En résumé comme souligné précédemment, certes les  usines sidérurgiques ArcelorMittal sont actuellement menacées de fermeture en France, en Belgique et au Luxembourg et le  ministre du redressement productif français Arnaud  Montebourg avait même parlé  d’un   projet de "nationalisation transitoire" de Florange, mais la situation est totalement différente, à moins que l’Algérie ne  choisisse une autre orientation socio-économique s’insérant dans le cadre de la mondialisation, tout en n’oubliant pas la nécessaire  la cohésion sociale . D’ailleurs c’est tout le débat  actuel qui divise tant  les économistes et les politiques sur le retour au protectionnisme conséquence de la crise mondiale avec le retour  en force des partis populistes en Europe.  

La rédaction
Vendredi 3 Mai 2013 - 18:38
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