Le « Clash des civilisations », une très vielle histoire

Il semblerait qu’un véritable casse tête a turlupiné les paléontologues à propos de l’homme du Neandertal et de la place qui lui échoit sur cet arbre généalogique touffu de l’espèce humaine. Une plaisante littérature Scientifique (1) ne manquera pas d’évoquer ce premier « Choc des Cultures » entre le Cro-Magnon (originaire de l’Afrique) et le Neandertal (autochtone européen) voilà plus de quarante milles ans.



Le  « Clash des civilisations », une très vielle histoire
Il  parait que le Sapiens Cro-Magnon, ce primate  émigré venu d’Afrique et qui a débarqué « clandestinement » en Europe au  paléolithique supérieur  aurait décimé  le Neandertal  ou  du moins aurait contribué à son extinction. Le primate Africain  présentait, selon les scientifiques, quelque  supériorité intellectuelle  qu’il avait sans doute  acquise depuis qu’il avait quitté son Afrique natale, lors  de ses longues pérégrinations. Ne  dit-on pas que les voyages forment la jeunesse.
Ainsi, cet  ancêtre des « Bambaras »  a su, grâce à son intelligence et à sa formidable capacité d’adaptation supérieures  à ceux  de l’autochtone européen, coloniser l’Europe. Fort hélas, quelques milliers d’années plus tard, les descendants de cet Africain si brillant referont malgré eux ce même périple mais cette fois-ci  victimes de déportations massives  dans des négriers, ils seront aussi odieusement exploités dans leur terres d’origines  pour  féconder les économies occidentales au prix de  tant de vicissitudes et de souffrances  inhumaines.
La  science de l’Occident  et notamment une paléontologique apolitique  vient par ces découvertes désavouer la thèse de Samuel  Huntington  qui  aurait  du  élargir ses horizons , car désormais  les prodromes  de ce maudit  « Clash  » évoqué par Bernard Lewis et Samuel Huntington   semble  remonter à un passé  très lointain  , en tout cas  trop  lointain  des sarrasins , des maures , de toute la  smala des  inadaptés  qui  configurent ces civilisations  compartimentées  auxquelles  fait référence  Samuel Huntington.  Bref !
Ce  qui est intéressant ce n’est  pas seulement  ce  qui  s’est  réellement passé dans  la  préhistoire, c’est aussi   cette  déconcertante  suffisance  superficielle  que l’on détecte  dans une  profuse littérature  historique  et scientifique  consignées le plus souvent par  un seul  et  même scribe  qui  cultive un  art  hermétique de faire  parler, par des strates de  conjectures et  d’amusantes extrapolations, un  passé occulte.   
Il parait que la rencontre Sapiens /Neandertal  ne s’est  pas faite sans heurts .Un premier « Choc  des Cultures »  dit-on.   Dans un article paru dans la revue  Science et  Vie  on peut y lire  des espiègleries   très  intéressantes  au sujet d’une  altérité  problématique qui remonte  à   des  âges  préhistoriques :                         «Cet homme lui ressemble  tellement ( se dit le Neandertal en parlant  de Cro-Magnon) comme  s’il se  voyait  dans  un  miroir , et il est  en  même temps si  différent. Mais  qui  est  donc cet immigré , cet  intrus   dont  il  ne  connait  pas  les  motivations »(2) 
Intentionnellement  ou  pas , l’auteur de cet article, avec un style imagé et particulièrement méditerranéen met  en  relief  l’irréductible  et  immuable récurrence de ces « Appréhensions » occidentales  qui  sont  les préludes  à toutes  les  guerres préventives. On  ne peut  que  lui  donner  raison et applaudir ces persiflages scientifiques , car  après tout ,comment  peut-on  imaginer un  seul  instant   que  les  choses  se soient  déroulées  autrement   puisque  jusqu’à  nos  jours , les  mêmes  itinéraires , les  mêmes  flux  migratoires , les  mêmes couloirs sont  empruntés par les  descendants  de ce  Sapiens et qui  fuient comme leurs ancêtres  une Afrique  inhospitalière , passent  par le Moyen- Orient et  longent  les  rives sud de la méditerranée pour  s’y  installer dans une  aire géographique et culturelle que leurs  gênes semblent mystérieusement apprécier ; « une  impression de déjà vu. »
Ils  viennent  en   « immigrés », en  « intrus »  côtoyer les  descendants  du  Neandertal.
Ce  que  je  vois dans cette merveilleuse  saga  ce n’est guère  un sempiternel  « Choc «  de  quoi  que ce  soit  ni un harcèlement de la  part  du descendant de  cet incorrigible  primate  qui remonte de l’Afrique , ce  qui ne ferait d’ailleurs  que  corroborer la thèse  d’Huntington , je  vois  plutôt un amour indéfectible  , une  sorte  d’aimant qui  semble  lier  des  familles  humaines  dont la  symbiose commence probablement avec  des heurts  mais  qui finissent  assurément  par se dissiper.
 
Cette phobie de l’autre,  de l’étranger, de celui qui apparemment ne nous ressemble pas  est tellement injustifiée et débile que l’on arrive toujours par oublier que nous sommes tous issus d’une même semence. La préhistoire nous montre que ces migrations et périples en boucles qui partent de l’Afrique réapparaissent au Moyen-Orient et se retrouvent en Europe sont les itinéraires d’un  même régiment de primates , ces circuits incessants qui s’étaleront sur des milliers d’années se chargeront bien entendu de mêler et de démêler les individus sous les effets d’une nature qui se chargera au fil du temps de modifier les apparences et  donner l’impression que certains sont supérieurs ou meilleurs que d’autres. La bêtise humaine fera que cette ignorance inspirera à l’occidental lui-même  une crainte et un mépris  vis-à-vis de ses propres ancêtres. Et  pour preuve  , dans  la même  revue  de  Science  et  Vie  , et  dans un  article  du  même  auteur  au titre raccrocheur «Pourquoi  j’ai  mangé mon  frère » , un  pertinent  et  didactique énoncé   démontre pour une  énième  fois  l’absurde  caducité des  ces préjugés  et  hâtives  appréhensions  infondées. L’auteur dira : « Notre  regard  sur  l’homme du  Neandertal est passé en  plus d’un  siècle ,  de  l’image d’une  brute épaisse  à celle  d’un  presque  frère…Aujourd’hui  encore , ce reflet  déformé de  nous  mêmes trouve  difficilement  sa place dans  la  famille des  hominidés. Aujourd’hui , notre  regard   sur  cet  homme à  la  fois semblable  et  différent a-t-il  vraiment  changé ?»(3) On commence déjà par  y déceler un  scepticisme avec  des  relents  de mea-culpa. Par ailleurs , dans la  revue « L’Illustration » paru en 1909 , le sort du  Neandertal  semblait déjà  scellé  par  la gravure  qui  y est  publiée et où on y voit une  véritable  bête  farouche au  faciès  épouvantable. Dans  les  années  d’après  guerre, un  Thriller américain à succès «The  Neandertal man »  fait  apparaitre sur ses  affiches l’image  d’un  hybride  rebutant.
Je tiens quand même à rappeler que le florilège de toute cette littérature faite de probabilités  scientifiques ,et d’élucubrations populaires méprisantes,  se font  au sujet  d’un  Européen  car jusqu’à preuve du contraire le Neandertal  en est un ,   à moins que ses ancêtres  soient africains.
Nous autres Africains  devons nous  estimer heureux  puisque  même ce pauvre troglodyte  Européen  n’a  pas  été épargné par leurs campagnes  dénigrantes de Xénophobie et d’intolérance, on  a  même, comme toujours, fait  appel aux illustrateurs , aux publicistes , aux rhétoriciens , aux médias pour booster les adrénalines et fabriquer ces imaginaires  en manque de phantasmes.
Plusieurs dizaines de milliers d’années s’évaporent  et les mêmes reflexes  primitifs  prédominent.
La  colonisation  a reproduit les mêmes phobies et les mêmes stéréotypes dégradants et complètements infondés afin de justifier l’ensemble des stratégies d’avilissement et d’asservissement au nom d’une prétendue supériorité raciale« La mécanique coloniale d’intériorisation de l’indigène par l’image se met alors en marche… dans une conquête des imaginaires européens. Les zoos humains constituent sans aucun doute le rouage le plus vicié de la construction de préjugés sur les populations colonisés. Le vocabulaire de la stigmatisation … renforcé par une production iconographique d’une violence inouïe, accréditant l’idée d’une sous-humanité. »(4)
En voyant  les longues processions d’exhibitionnisme  décadent   que s’offre l’Europe à travers ses nombreuses Exposition Universelle (1851à 1958), je me dis que c’est un véritable syndrome psychologique qui aurait  affecté l’esprit occidental et qui aurait du être traité depuis. Tant  d’efforts et de génie au  service  de la bassesse et de l’inhumanité. Des milliers  d’indigènes seront  ramassés dans tous les coins du globe où l’humain ne cadrait pas avec la vison de l’occidental. Ces pauvres autochtones seront exhibés avec un accoutrement et des faciès pittoresques et exotiques machiavéliquement mis en scène pour  susciter chez le spectateur occidental une palette d’émotions et de phantasmes. Du véritable délire mêlé à une certaine schizophrénie que personne n’avait décelé à l’époque chez ces voyeurs décadents de l’Europe
Littérature , iconographie , filmographie , tous  s’y  mettent dans  ce  processus   d’usinage  du « Reflet  de  l’autre » .
« Le maghrébin parmi les races blanches représente assurément le traînard resté loin en arrière... privé de sens critique rationnel... Il n'a pas le sens du réel. L'esprit oriental est au rebours du notre.»(5)
 Avec des mots moins cruels  que ceux de centaines de philosophes , écrivains , scientifiques de renom ,    C’est  ainsi que R.F.Gautier , parmi  une  pléiade de  spécialistes  en «  formatage d’identité » concevait  les  descendants de  cet  Africain  Sapiens.
 Extraordinaire  retour de  manivelle. Voilà quarante milles ans c’étaient plutôt  les ancêtres  de monsieur Gauthier, c’est à dire les Néandertaliens européens qui   étaient des  dégénérés voués à une  fulgurante extinction, des inadaptés et des trainards de l’évolution.
  J’ai toujours su  que  l’Histoire  avait  un côté  fantasque. « Ainsi faisons-nous alterner les jours parmi les gens. »(Le Coran - Sourate 2, verset 140)
 Mais  nul ne peut tenir  rigueur à Gautier et à ses multiples congénères  scribouillards qui  affirmaient  doctement que le berbère , l’arabe, le musulman ne  pouvaient  être  rangés  que dans la  case de  la  « barbarie et  du  désordre »
 « Toutes  les  sociétés humaines sont  comme des éponges, et  pratiquent  la  réappropriation d’influences extérieurs. » (6)  Cette vérité scientifique pourrait  inspirer  à  Gautier  et consorts que  ce  qu’ils  sont  aujourd’hui n’ est  qu’ un  héritage  qui  leur vient  d’ailleurs , de  très  loin dans  le  temps et surtout  dans l’espace  ; une  somme de sédiments de  savoirs et  d’identités accumulés au  fil des millénaires.
Même Bernard Lewis célèbre orientaliste et  promoteur de cette tare obsessionnelle qui consiste à considérer le monde  désormais  sous le prisme du  « Choc  des Civilisations » , postulat peaufiné  plus tard par Samuel Huntington , est obligé de reconnaitre que  « la création culturelle n’a jamais été le monopole d’un peuple ou d’une région ; pas plus que les résistances auxquelles elle se heurte » et que les emprunts « multiples » « se sont effectués dans les deux sens ». 
De  nombreuses études en  sciences   neurocognitives ont  révélé  une  prédisposition  humaine  héritée   de  nos  ancêtres de  la  préhistoire  «   La  reconnaissance des  apparentés »  , cet  attribut nous  pousserait  inconsciemment  à  manifester de  l’empathie ou de la sympathie  en priorité à  l’égard de  ceux  qui  portent  une  partie  de nos  gênes ; cet  attribut  façonnerait  notre personnalité à  l’instar d’autres prédispositions cognitives telles  que   « le  gout  du risque et l’aversion pour la perte » , «  la  prédisposition à la  violence  ou  l’altruisme  réciproque » Tous  ces  comportements nous  viennent  tout  droit  de la  préhistoire, un monde qui n’existe  plus,  néanmoins rien ne semble  empêcher la  résurgence de ces composantes humaines immémoriales  qui  sont  pourtant loin d’être tributaires de ces  « aires  de civilisation compartimentées ».  En  parallèle, les conclusions auxquelles sont  arrivés les  chercheurs en psychologie évolutive démontrent que bien que nous  vivions au 21ème  siècle, notre  cerveau serait quant à lui resté englué dans la  préhistoire.
Pourquoi donc vouloir à tout prix imputer tel comportement  à telle race plutôt qu’à une autre.
Heureusement  que  la  sagesse ,le  savoir , la philosophie , la religion , le  Droit   épurés sont là  pour délester nos actes et nos  pensées de  ces   nocives  scories d’un âge  révolu.
Gautier , Huntington  et leur  confrérie  auraient du s’inspirer  de ces «  Semences de Vérité »  dont parle Saint Augustin , ils   auraient surement compris que  c’est dans  l’Humanité  entière et indivisible   qu’il  faut   chercher , déceler , comprendre   ce  qui est  commun  à  nous  tous .
Notre  obsessionnelle  manie à vouloir  sérier , classifier , figer et  fossiliser  les  cultures et finalement  réduire , exclure et anéantir ce que  nous  décrétons comme «  anormal »  demeure une démarche porteuse d’énormes préjudices.
Le  pauvre Neandertal   a plusieurs fois  été  assassiné , une  première  fois probablement  par le  Sapiens  , une seconde  fois par une science  et  une littérature  qui  se  nourrit   d’hypothèses et de fantasmes , et une  dernière  fois par  nous  tous qui  reformulons  à l’infini sur  nos ethnies  et nos  races  ces  mêmes grilles de lecture tendancieuses de compartimentage et d’étiquetage  , réductrices et inhumaines.
Il  ne  s’agit  pas  d’infirmer  la  thèse  d’Huntington  au nom d’une   universalité de  valeurs qui parait  pour certains hypothétique  et toujours compromise  mais  à laquelle  nous  y  souscrivons  tous  pour le  bien de l’humanité.
Il  ne  s’agit pas non plus de confirmer  cette funeste  prophétie   d’un  désamour toujours  meurtrier    au  nom  d’inconciliables  divergences.
Il  s’agit  plutôt de dévoiler et reconnaitre pourquoi  ce  «Clash »  n’a rien de  nouveau car  il  a  toujours  préexisté justement  parce que certaines  divergences se sont hélas avérées toujours  inconciliables :  une vision du monde  érigée passionnément sur la  recherche du profit par l’asservissement de  « l’autre »  contre  une  philosophie du partage  et de la coexistence  pacifique essentielle .« Deux amours  ont  fait deux  cités :  l’amour  de  soi  jusqu’au  mépris   de  Dieu  la  cité  terrestre ,  l’amour  de  Dieu jusqu’au  mépris de  soi  la  cité  céleste »(7)
Là  où Samuel Huntington  recense huit  civilisations, nous n’en voyons hélas que deux :
La  première, anthropophage par essence. Elle  n’est  ni ethniquement  homogène, ni avec un bivouac  géographiquement  visible de manière précise et compacte. Elle est  plutôt  composée de masses humaines   très nombreuses ,versatiles, avec un don d’ubiquité et l’unique  détermination de  vivre et prospérer  que par et pour faire du profit par  n’importe quels  moyens quitte à décimer toutes les autres espèces- y compris la leur- qui font obstacle à  leur  transhumance et  campagnes de déprédation.
Quant à la seconde civilisation, indolente et peu ambitieuse mais lucide et consciente de la vanité du monde, elle englobe forcément tous les opprimés , les victimes , les proies ,   tous ceux  qui  résistent et  tentent de survivre  sans  vendre leur âme  au  diable .
Le  Sapiens  du  21ème  siècle , ( c'est-à-dire vous et moi , Africains ) descendants de ce génial Cro-Magnon qui a su par sa supériorité survivre et se substituer au Neandertal pour perpétuer la présence d’une humanité toujours en  quête d’espaces plus hospitaliers ,  ne se  sent pas appartenir à une  nation , à une patrie ou  à  une  civilisation  quelconque. Ce  qui  nous importe  à l’instar de  notre   ancêtre préhistorique si brillant ,  c’est  notre  survie ,  pouvoir  vivre normalement.
Nous essayons  désespérément  au  péril  de notre vie  insignifiante de contourner  les  rives sud de la Méditerranée,  passant par la péninsule  Ibérique , par le sud de l’Europe ou  par  le  Moyen Orient. Notre  instinct  de  conservation  nous  pousse à franchir   des  frontières  naturelles et  juridiques de plus en plus dissuasives  afin  de gagner  L’Union  Européenne où avait  cohabité naguère nos ancêtres  avec  le  Neandertal.
Ce spécimen déroutant dont je parle et dont nous faisons partie s’incarne aujourd’hui  dans  une immense et hétéroclite diaspora faite  de «Harragua »  d’exilés , d’expatriés ; enfin le même patchwork humain  que celui qui  a fait le chemin inverse et avait un jour débarqué pour les mêmes motifs  à  Sidi-Fredj  en 1830 : La  recherche d’un  horizon meilleur et moins cruel. La seule différence ce sont  les moyens mis en œuvre  par les uns et les autres en quête de ces eldorados.
 
Notes / 
(1)Revue  Science et Vie – mensuel N°998, Novembre 2000
(2)Revue  Science et Vie – mensuel N°998, Novembre 2000, p.68
(3)Ibid., p. 80-82
(4)Ces zoos humains de la république coloniale, le Monde Diplomatique, Aout 2000                                                   (5) Gautier.R.F - Mœurs et coutumes des musulmans                                                                                                            
(6)Revue  Science et Vie – mensuel N°998, Novembre 2000, p.70
(7) Saint Augustin, Psaumes III, 4 

Par MAZOUZI Mohamed
Mercredi 3 Octobre 2012 - 23:00
Lu 221 fois
Carnet Du Jeudi
               Partager Partager

Carnet Du Jeudi




Les plus lus

Edition du 29-11-2014.pdf
2.94 Mo - 28/11/2014

algerie poste





Flux RSS



Retrouvez-nous sur Google+