REFLEXION

La vérité sur les impacts réels de la dépréciation du dinar

MR LE MINISTRE DES FINANCES, VOUS VERSEZ DANS UN OPTIMISTE BEAT CONTRAIRE A LA REALITE …

Après le discours de vérité du premier ministre face aux Walis, suite aux orientations du président de la république, voilà que le ministre des finances versant dans la démagogie, alors qu’avant d’être ministre, il disait tout le contraire, nous annonce que les mesures purement d’ordres monétaires qu’il préconise résoudront à terme tous nos problèmes , et dans peu de temps , nous aurons une appréciation du dinar algérien. Ces contradictions créent un malaise profond au niveau de la société et démobilise la population renforçant la méfiance Etat-citoyens(1). Le 17 septembre 2015, le cours euro/dollar est de 1,12, le Brent 48,98, le WIT, 45,43 dollars, la cotation du dinar est de 105,8800 dinars un dollar et 118,4990 dinars un euro soit une dévaluation par rapport à 1990 de plus 1000% et par rapport à 2010 de 42%.



Selon la banque d’Algérie «le taux de change du dinar vis-à-vis des principales devises est déterminé de manière flexible sur le marché interbancaire des changes, en fonction des conditions de l'offre et de la demande » et de préciser que «la valeur externe du dinar est  fixée au taux du marché interbancaire des changes où  la  dépréciation de la valeur du dinar, par rapport à l'euro et le dollar, est le résultat du différentiel entre le taux d'inflation enregistré en Algérie et celui constaté dans le reste du monde». Or paradoxe le taux d’inflation dans les  pays développés  entre 2013/2015 est inférieur à ½%,  le dérapage du dinar continue et les produits importés ne connaissent pas  de baisses sensibles.

1.-Evolution de la cotation du dinar
Depuis 1974, la valeur  du dinar  a été fixée suivant l’évolution d’un panier des 14 principales monnaies.  Historiquement, le dinar algérien  (ou 180 milligrammes d’or) était rattaché à la parité  de la monnaie française  où nous avons    1DZD = 1 FRF en 1971-1DZD = 1 FRF en 1975-1DZD = 0.62 FRF en 1980-1DZD = 0.84 FRF en 1985. Avec la dominance du dollar et l’évolution du système monétaire international avec l’introduction de l’euro, nous avons eu la cotation tant par rapport au dollar que par rapport à l’euro.  Le taux de change du dinar par rapport au dollar  connait une chute régulière. En  1980, nous avons la cotation  de  3,84 dinars un dollar,  en 1985  5,03 dinars un dollar, en 1990 8,96 dinars un dollar, en 1995, 47,66 dinars un dollar, en 2005, 73,28 dinars  un dollar, en 2010 74,39 dinars un dollar. Par rapport au dollar américain, le taux de change moyen annuel du dinar algérien s’est établi à 77,5519 USD/DZD en 2012 contre 72,8537 USD/DZD en 2011, soit une dépréciation de l’ordre de    6,45 %. Par rapport à l’euro, pour les années 2010/2011, les cours de change ont varié entre 91,0519 et 105,3513 dinars puis entre 98,3363 et 106,5322 dinars pour un euro. Ces mêmes taux se sont situés en 2012 entre 99,6138 et 107,0015 dinars un euro. Au moment où le cours euro/dollar est de 1,12, le Brent 48,98, le WIT, 45,43 dollars le  07 septembre 2015, la cotation du dinar est de 105,8800 dinars un dollar  et 118,4990 dinars un euro soit une dévaluation par rapport à 1990  de plus  1000%  et par rapport à 2010 de 42%.  Dans une économie productive, la dévaluation ou le dérapage du dinar favorise les exportations – entendu hors hydrocarbures et freine les importations, en Algérie c’est tout le contraire qui s ‘est produit montrant que les mesures monétaires sans vision stratégique n’ont pas  d’impacts. Tout cela renvoie à la nature de l’économie rentière et à la faiblesse d’un tissu productif local, la rente des hydrocarbures donnant une cotation officielle artificielle.  L’Etat dérape (la Banque d’Algérie parle de glissement) le dinar pour voiler l’importance du déficit budgétaire, biaisant les comptes publics. On  voit que lorsque le cours du dollar baisse et le cours de l’euro hausse, la Banque d’Algérie dévalue,   pour des raisons politiques à la fois le dinar par rapport tant au dollar que de l’euro alors que le dinar,  dans une véritable économie de marché, le dinar devrait s’apprécier par rapport à la monnaie internationale qui se déprécie.  Pourquoi cet artifice comptable ? La raison essentielle est qu’en dévaluant le dinar par rapport au dollar, nous aurons une augmentation artificielle de la fiscalité des hydrocarbures, fondement d’une économie rentière. Car les recettes des hydrocarbures sont reconverties en dinars, passant, par exemple, de 72 DA un dollar entre 2008- 2010 à 106 dinars un dollar.  Idem pour les importations libellées en monnaie étrangère, les taxes douanières se calculant sur la partie en dinars, cette dévaluation accélérant l’inflation intérieure. Tout cela voile l’efficacité réelle du budget de l’Etat à travers la dépense publique, et gonfle artificiellement le fonds de régulation des recettes calculé en dinars. L’inflation étant la résultante, cela renforce la défiance vis-à-vis du dinar où le cours officiel se trouve déconnecté par rapport au cours du marché parallèle traduisant le cours du marché.  Cela ne peut que conduire à terme à accélérer le processus inflationniste du fait que 70% des besoins des ménages et des entreprises publiques et privées dont le taux d’intégration ne dépasse pas 15% proviennent de l’extérieur.  En Algérie malgré cette dévaluation qui ne dit pas son nom, certaines règles juridiques comme celle des 49/51% ou le passage du Remdoc  au Credoc et actuellement certaines mesures techniques ne font que s’attaquer à des aspects conjoncturels alors que le blocage est d’ordre systémique,  qui dépassent  le cadre économique, impliquant une nette volonté politique de profondes réformes structurelles,  devant faire face aux ajustements économiques et sociaux douloureux entre 2016/2020 ,  un front social interne , sans exclusive de mobilisation et surtout le langage de la vérité..

2.-Dérapage du dinar, et  risque  d’un taux d’inflation  de 10% en 2016
Avec l’épuisement des réserves de change, il sera impossible de continuer à verser des salaires sans contreparties  productives, et consacrer  le montant faramineux de subventions et transferts sociaux, non ciblés qui ne s’adressent pas essentiellement aux plus démunis, évalués  en 2014 à   60 milliards de dollars  représentant 27/28% du PIB quitte à conduire le pays au suicide collectif. Car la valeur de la monnaie, rapport social, traduit avant tout la faiblesse  de la production et de la productivité interne. Le niveau d’inflation ne peut être compris qu’en analysant d’abord la productivité du travail et les liens dialectiques entre le développement, la répartition du revenu et le modèle de consommation par couches sociales. Celui qui perçoit 200 euros par mois n’a pas la même perception de l’inflation que celui qui perçoit 30 000 euros Sixièmement. Selon un rapport de l’OCDE, la productivité du travail en Algérie est une des plus faibles dans le Bassin méditerranéen. Pour se prémunir contre l’inflation, et, donc, la détérioration du dinar, l’Algérien ne place pas seulement ses actifs dans le foncier, l’immobilier ou l’or, mais une partie de l’épargne est placée dans les devises. C’est un choix de sécurité dans un pays, où l’évolution des prix pétroliers est décisive. Si les réserves de change  tendaient vers 10 milliards de dollars, la banque d’Algérie coterait  le dinar à plus de 200 dinars un euro. Ce qui explique que les actions d’intégration du capital argent de la sphère informelle au sein de la  sphère réelle  auront certainement un impact très mitigé, contrairement aux assertions du ministre des finances.  Par ailleurs, la différence  de la valeur du dinar entre le cours officiel et celui du marché parallèle   et la  distorsion avec les cotations des monnaies de pays voisins expliquent  également les fuites de produits hors des frontières. Les mesures administratives ne peuvent qu’être ponctuelles, sinon il faudrait une armée de contrôleurs.

3.-Eviter de fausses solutions à des problèmes mal posés
La solution réside en une nouvelle gouvernance, de nouveaux mécanismes de régulation conditionnant la dynamisation de la production locale dans des segments à valeur ajoutée au sein de filières internationalisées ainsi que des mécanismes de contrôle démocratiques reposant sur une plus grande moralité de ceux qui dirigent la cité. Cela rend urgent l’approfondissement de la réforme globale, notamment réhabiliter l’entreprise et son fondement le savoir, la réforme du système financier de distribution de la rente, inséré aux réseaux internationaux, actuellement de simples guichets administratifs, où les banques publiques contrôlent en 2013-2015 plus de 85 % du crédit octroyé, les banques privées malgré leur nombre étant marginales. Des partenariats gagnant/gagnant pour pénétrer les marchés internationaux sont nécessaires  notamment en direction de  l’Afrique, continent d’avenir et à enjeux multiples, où l’Algérie peut avoir des avantages comparatifs. L’Algérie avec l’amenuisement de ses recettes d’hydrocarbures entre 2015 et 2020 peut-elle continuer à généraliser ces taux d’intérêt bonifiés au profit de jeunes dont la majorité n’a pas la capacité d’être entrepreneurs et qui ne pourront pas rembourser même le principal ? Un bilan des avantages et des résultats des bénéficiaires des différentes agences d’investissement (exonération TVA, taux d’intérêt bonifiés) devient urgent afin d’éviter de dépenser sans compter pour une paix sociale fictive grâce, toujours, à une rente des hydrocarbures éphémère, laquelle, si elle est bien utilisée, devient une bénédiction, mais mal utilisée, elle est, par contre, une malédiction, source de corruption et de gaspillage. Toutefois évitons la sinistrose. La situation est différente  de la crise   de 1986 avec le  niveau relativement élevé des réserves officielles de change, bien qu’en baisse  et le niveau historiquement bas de la dette extérieure pouvant  surmonter les «chocs» externes, mais transitoirement  et sous réserve d’une nouvelle gouvernance centrale  et locale et d’une réorientation urgente de toute la politique socio-économique  actuelle. Le cas contraire,  le fonds de régulation des recettes s’épuisera début 2017 et les réserves de change horizon 2018,  un retour au FMI avec des conditionnalités draconiennes et une dévaluation  importante du dinar entraînant la hausse  des taux d’intérêts des banques supérieur à 10% si elles veulent éviter leurs faillites.  L’optimisme béat de l’actuel ministre des finances en date du 06 septembre 2015(un autre discours populiste démobilisateur différent au moment où il était expert, où est sa crédibilité) n’inaugurent rien de bon  nous faisant penser aux pronostics faux  des anciens dirigeants des années 1986, pensant que des solutions monétaires, schémas importés, peuvent résoudre les problèmes du fonctionnement de la société.   En fait, il faut recadrer le débat, et par un langage de vérité, s’attaquer  à l’essence et non aux apparences.
(1) - interview  du professeur Aberrahmane MEBTOUL sur ce sujet -07 septembre 2015 - simultanément au niveau des télévisions EnnaharTV-Chourouk TV  et Dzair TV les journalistes ayant constaté des divergences notables  entre la déclaration du premier ministre et celui des finances.

 

Dr Abderrahmane Mebtoul
Mardi 8 Septembre 2015 - 16:57
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ACTUALITÉ
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