REFLEXION

La réussite de la nouvelle politique socio-économique du gouvernement algérien 2016/2020 est conditionnée par des institutions crédibles et une meilleure gouvernance

Du fait des tensions géostratégiques et de la baisse du cours des hydrocarbures de longue durée, la mise en place d’institutions efficaces de suivi, du fait des ressources de surcroît éphémère due essentiellement à la rente des hydrocarbures, interpelle les plus hautes autorités du pays, sur l’urgence d’une gouvernance rénovée (1).



 1- L’évolution historique du concept
 de la bonne gouvernance

 Le terme " corporate governance ", qu'on peut traduire par gouvernance d'entreprises, va ensuite être utilisé dans les milieux d'affaires américains tout au long des années 80. Par la suite, la notion de " urban governance " a été reprise par d'autres pays européens et s'est généralisée dans l'étude du pouvoir local et fait par ailleurs son apparition à la fin des années 80 dans un autre champ, celui des relations internationales. Le terme de " good governance " est employé par les institutions financières internationales pour définir les critères d'une bonne administration publique dans les pays soumis à des programmes d'ajustement structurel. En effet, dans les pays en voie de développement et en transition, l’introduction de la notion de gouvernance s’est effectuée sous la houlette d’organisations internationales (banque mondiale puis OCDE). En 1989, la banque mondiale qualifie la situation en Afrique « de crisis in gouvernance », dans un rapport publié deux ans plus tard (management development, the governance dimension),  recommandant  une gestion du secteur public plus efficace et transparente, de nouveaux programmes visant à restaurer l’Etat de droit , à rendre les dirigeants politiques responsables, à équilibrer les dépenses publiques, à améliorer les méthodes de comptabilité et de vérification des comptes et  à décentraliser les services publics… etc. Les services publics et les institutions à tous les niveaux de gouvernance - locale, nationale, régionale, continentale et mondiale sont mis en place pour remplir certaines missions et réaliser certains résultats qui correspondent à des besoins spécifiques de la population, en fonction d’un programme déterminé de développement.   C’est que les prix  Nobel  d’économie  entre 2000/2015  consacrent  la bonne gouvernance fondée sur des institutions crédibles. Du point de vue historique, ce concept a évolué  étant  apparu depuis que le monde  est monde  a été évoqué par Aristote, mais a été formalisé  il y a plus d'un demi-siècle chez les économistes américains, dont  Ronald Coase,  en 1937  dans " The Nature of the firm " dans lequel il explique que la firme émerge car ses modes de coordination interne permettent de réduire les coûts de transaction que génère le marché. Cette théorie, redécouverte dans les années 70 par les économistes institutionnalistes, et en particulier par Olivier Williamson, débouche sur des travaux qui définissent la gouvernance comme les dispositifs mis en œuvre par la firme pour mener des coordinations efficaces qui relèvent de deux registres : protocoles internes lorsque la firme est intégrée (hiérarchie) ou contrats, partenariat, usage de normes lorsqu'elle s'ouvre à des sous-traitants.   Le pas décisif   de la recherche sur la bonne gouvernance  date des années 1990 en réaction à la vision, jugée techniciste, du New Public Management où a été posée cette question : la   bonne gouvernance est-elle  une conséquence de la pratique de la démocratie et l’Etat de droit  ou sa  cause ? Autrement dit, la liberté, la démocratie et l’Etat de droit, pris comme option politique peuvent-elles  engendrer la bonne gouvernance, c'est-à-dire la bonne gestion des affaires publiques ? Car il serait erroné  d’affirmer que la bonne gouvernance serait l’assimilation à la  quantification de la croissance du PIB / PNB vision mécanique dépassée par les institutions internationales elles mêmes. Ainsi,  des  auteurs comme Pierre Calame  ont mis en relief à juste titre que la crise de l’État ne connaît pas seulement une crise interne touchant à ses fonctions et à sa structure, mais concerne davantage la capacité de l’État à asseoir sa légitimité ainsi qu’à formuler des politiques publiques en phase avec les besoins socio-économiques. Les travaux de Aglietta et Boyer sur la régulation en France , bien que ne se réclamant pas  du courant institutionnaliste , faisant la synthèse entre la théorie keynésienne et la théorie marxiste ( ce retour en force des idées de  Keynes et de Marx depuis l’avènement de la récente crise )   vont dans ce sens,  liant l’accumulation du capital ,  les ruptures du capitalisme à travers les institutions et la dynamique  des  forces sociales. Et ce  contrairement aux théories  du cycle  ( synthèse entre la théorie néo-classique et la théorie keynésienne) à travers le courant  des chicago boy’s  résumé clairement par Milton Friedman Prix Nobel d’économie pour qui  «seule une crise   peut produire des changements, », théorie appliquée à certaines  économies en transition  des pays de l‘Est  partant de postulat que pour briser les  résistances aux changements et faire émerger une  économie de marché concurrentielle  il faut des chocs  exogènes puissants relevant surtout des mécanismes économiques , empruntant ces concepts aux  théories physiques  de la  thermo- dynamique. C’est dans ce cadre , comme consécration de la recherche du rôle fondamental des institutions, cœur de la dynamique économique des conditions du développement,  en octobre 2009 , que  le  jury du Prix Nobel en Sciences économiques de l’Académie Royale Suédoise des Sciences a choisi   le  travail d’une femme – Elinor Ostrom pour « son analyse de la gouvernance économique, en particulier des biens communs » et d’Olivier Williamson pour  son analyse de la gouvernance économique, en particulier des frontières de la firme » .  Cette  analyse approfondit  celle du fondateur  de la   Nouvelle Economie Institutionnelle, (NEI), ayant comme chef de file, Douglass North, qui a démontré que les institutions ont un rôle très important dans la société  déterminant la structure fondamentale des échanges humains, qu’elles soient politiques, sociales ou économiques et qu’elles constituent un des facteurs déterminants de la croissance économique de long terme,  le terme d’institution  désignant « les règles formelles et informelles qui régissent les interactions humaines », et aussi comme « les règles du jeu » qui façonnent les comportements humains dans une société. D’où  l’importance des institutions pour comprendre la coopération sociale, comment contrôler la coopération des différents agents économiques  et  faire respecter le contrat de coopération. Parce qu’il est coûteux de coopérer sur le marché, il est souvent plus économique de coopérer au sein d’une organisation. C’est là l’apport   fondamental de Ronald Coase et  de Williamson qui  permet de comprendre comment émerge le phénomène de la firme qui intègre une série d’activités de manière hiérarchique, économise les  coûts de transactions par rapport au  marché, tenant compte  bien entendu des coûts d’organisation.  D’où la nécessité de l’analyse de la gouvernance des contrats au sein de la firme pour faire en sorte que la coopération au sein de la firme soit la meilleure possible. La structure de gouvernance fait alors référence à la rationalité limitée, l’incomplétude des contrats, mais aussi à la spécificité de certains actifs (non substituables donc), et prend en compte la nécessité d’adapter les organisations. En plus  de cette analyse, en introduisant  l’importance de la confiance et du « capital social » comme ciment de la coopération, Elinor Ostrom  fait progresser également  la gouvernance environnementale. Dans le sens de plus de décentralisation : implication des acteurs locaux dans la mise en place de la règle, reconnaissance de l’évolution des pratiques et des traditions, méfiance à l’égard des solutions toutes faites imposées de l’extérieur par une réglementation autoritaire alors que la diversité institutionnelle est nécessaire  pour comprendre la complexité de notre monde. L’actualité n’est sans doute pas étrangère au choix du jury Nobel, la crise financière ayant  en effet rappelé avec douleur que la gouvernance au sein de la firme est une question majeure. Et les enjeux écologiques tels que la déforestation ou la surpêche nous poussent à chercher des solutions multiples de gestion de notre environnement, objet d’enquêtes d’Elinor Ostrom, prix Nobel de sciences économiques.
 2- La bonne gouvernance et
les nouvelles  technologies

 Comme suite logique de ces importantes découvertes théoriques, sur le plan opérationnel  l’analyse des liens entre gouvernance et  institutions a fait un grand progrès par la mise en relief de  l’importance  de  la révolution dans le système  des télécommunications (les nouvelles technologies dont Internet et Intranet) et l’intelligence économique mais avec des visions différentes. Concernant le premier aspect en rappelant que les  nouvelles technologies de l'information et de la communication ont constitué  le thème central du 14e sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union africaine (UA) le 30 janvier 2010à Addis-Abeba où a été mis en relief  l’intolérable fracture numérique au détriment de l’Afrique, c’est que les mutations que connaît l’économie mondiale ont leur équivalent dans le domaine de l’information et de la communication. Elles ont une répercussion fondamentale sur la bonne gouvernance, sur l’urgence du renouveau du mode d’enseignement,  sur tous les mécanismes de gestion tant centrale que locale des institutions et des entreprises : passage de l’organisation hiérarchique dite militaire, puis à l’organisation  divisionnelle , puis matricielle et récemment à l’organisation en réseaux,  ces organisations cohabitant souvent dans un même espace mais avec  le  déclin des anciennes organisations classiques,  s’adaptant au nouvelles  mutations économiques du passage de l’ère de la matérialité du XXème siècle à l’ère de l’immatérialité  ère du XXIème siècle.  En effet, on observe aujourd’hui une métamorphose complète du paysage médiatique mondial qui est due principalement à la combinaison dynamique de deux facteurs : l’essor exceptionnel du capitalisme financier et la ‘‘révolution numérique’’ qui a donné aux technologies de l’information et de la communication un essor non moins exceptionnel. Ces nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) changent donc profondément la vie au quotidien des citoyens, le fonctionnement des entreprises, de l’État. Tout cela entraîne de nouvelles représentations mentales et sociales. Cela est plus patent au niveau multimédia (TV, vidéo à la demande, GPS, musique…) sur les téléphones portables. Cependant, me semble t-il  il ne faut pas assimiler la société de l’information à la société  de la  connaissance. La société d’information désigne une société dans laquelle les technologies de l’information jouent un rôle fondamental. Par contre la notion de société de la connaissance (knowledge society), apparue vers la fin des années 1990, est utilisée en particulier dans les milieux universitaires, comme une alternative jugée préférable par certains à la notion de «société de l’information. Certes, le débat n’est pas clos sur le plan théorique, mais   l’optique beaucoup plus technique de la société d’information fait référence aux données, aux canaux de transmission et aux espaces de stockage de l’information, alors que la notion de société de la connaissance évoque les êtres humains, les cultures et les formes d’organisation et de communication, l’information étant déterminée en fonction de la société et non l’inverse.  Aussi je partage l’analyse  de  Abdul Waheed Khan de l’Unesco pour qui je le cite : « la société de l’information est la pierre angulaire des sociétés du savoir. La notion de société de l’information est liée à l’idée d’innovation technologique, alors que la notion de sociétés du savoir comporte une dimension de transformation sociale, culturelle, économique, politique et institutionnelle, ainsi qu’une perspective de développement plus diversifiée. La notion de société du savoir est préférable à celle de société de l’information car elle fait une place plus large à la complexité et au dynamisme des changements qui sont à l’œuvre. Le savoir en question est utile non seulement pour la croissance économique, mais aussi parce qu’il contribue à l’autonomie et au développement de la société dans son ensemble. Dans cette optique, l’information doit être un bien public, et non pas une marchandise ; la communication un processus de participation et d’interaction, la connaissance une construction sociale partagée et non pas une propriété privée  et les technologies un support pour tout ceci, sans qu’elles deviennent une fin en soi ». Cette  vision différente   se retrouve   également dans la version contemporaine  concernant le  second aspect de notre analyse,  les relations  entre  l’intelligence économique et sociale et la gouvernance  où nous trouvons  plusieurs écoles. Pour l’école suédoise,   l’intelligence sociale (sociétale) est définie  comme un nouveau champ essentiel de techniques interdisciplinaire au service de la gouvernance (policy making, planification stratégique, sciences économiques, sciences cognitives et comportementales, études technologiques). Elle concerne la capacité organisée des individus, des réseaux, des administrations, des entreprises et de nations entières, à identifier, résoudre les défis que leur posent les changements du monde et sa vitesse, à anticiper pour répondre aux circonstances changeantes de l’environnement et atteindre ses objectifs. Par contre,  pour l’école  anglo-saxonne toujours dominante au niveau des institutions internationales, elle pose des liens  entre l’intelligence du monde et l’intelligence concurrentielle et ce  qui rend une entreprise plus intelligente est sa capacité à comprendre son environnement  à exploiter les savoirs  et comprendre les forces du marché. L’intelligence d’entreprise est une arme clé de la concurrence  et la confrontation est utilisée comme levier de la relation ou comment éliminer le rival. Pour l’école  française l’intelligence économique  et sociale est définie comme l’intelligence collective  d’un pays, qui doit reposer sur la taille et le dynamisme des activités de production et de développement de la connaissance, ainsi que sur la densité et la qualité de ses réseaux de savoir et d’expertise. L’accent est mis sur la compréhension des valeurs, des représentations, sur la culture et la coopération. Récemment sous l’impulsion de la  révolution du nouveau système d’information,  a été réalisée une synthèse de ces différentes approches  où est mis en relief l’importance de l’intelligence économique et sociale impliquant   que la  gouvernance requiert pour efficacité,  un système d’intelligence stratégique politique reposant sur la décentralisation qui doit permettre, en principe, de combattre l’inefficacité de la gestion centralisée et de faciliter l’engagement citoyen dans le fonctionnement du pays dans une approche de recherche de l’optimalité.         
 Cette approche plus anthropologique et historique qu’économique ou juridique insiste sur le fait,  que la gouvernance n’est pas une préoccupation récente, comme on le croit généralement. C’est même là un problème ancien et important, puisque toutes les sociétés ont dû et doivent trouver une organisation et un fonctionnement qui assurent leur reproduction. Les solutions qui y ont été apportées au cours de l’Histoire varient selon l’époque et le type de société. Ainsi,  chaque pays doit identifier ses priorités en fonction des conjonctures locales et  élaborer des solutions locales à des problèmes globaux  et que ce sont les femmes et hommes qui sont au cœur du service public et que c'est par conséquent la gestion des ressources humaines, et non la technologie ni les forces du marché, qui doit être au centre des programmes de réforme du service public .D’où l’importance de  bâtir une politique de formation initiale et permanente des futurs fonctionnaires. Comme dans toutes les autres organisations amenées à combiner des savoirs entre eux et à faire face à la complexité, la qualité des ressources humaines est décisive.
3.-Opérationnalité  de la  bonne gouvernance selon les institutions internationales
Ces différents travaux théoriques et empiriques  ont largement influencé  la conception de la gouvernance  tant de l’ONU, de l’OCDE, du FMI,   que de la  banque mondiale passant d’une  vision  techniciste, mécanique   à une conception  institutionnelle et plus «  humaine ».  Ainsi,  selon la Banque Mondiale  dans  sa nouvelle vision « la gouvernance est définie comme étant l’ensemble des  traditions et institutions par lesquelles le pouvoir s’exerce dans  un pays avec pour objectif le bien de tous. Elle comprend les procédés par lesquels les titulaires du pouvoir sont choisis,  contrôlés et remplacés, la capacité du gouvernement à gérer efficacement les ressources et à appliquer des politiques solides et enfin le respect des citoyens et de l’Etat envers les institutions  régissant les interactions économiques et sociales intervenants entre eux ».  Selon  les Nations Unies, la Bonne Gouvernance comprend les éléments suivants :  -la participation : donner à tous, hommes et femmes, la possibilité de participer au processus décisionnel ;  -la transparence : découlant de la libre circulation de l’information ;  -la sensibilité : des institutions et des processus vis-à-vis des intervenants ;  -le consensus : des intérêts différents sont conciliés afin d’arriver à un vaste consensus sur ce qui constitue l’intérêt général ;  -l’équité : tous, hommes et femmes, ont des possibilités d’améliorer et de conserver leur bien-être ;  -l’efficacité et l’efficience : les processus et les institutions produisent des résultats qui satisfont aux besoins tout en faisant le meilleur usage possible des ressources ;  -la responsabilité : des décideurs du gouvernement, du secteur privé et des organisations de la société civile ;  -une vision stratégique : des leaders et du public sur la bonne gouvernance et le développement humain et sur ce qui est nécessaire pour réaliser un tel développement  et très récemment la prise en compte la préoccupation, environnementale reprise par des institutions libérales  comme la banque mondiale et l’organisation mondiale du commerce  (OMC). Pour  l’ONU, les acteurs de la bonne gouvernance  sont les différents groupes « Porteurs d’intérêts », « Preneurs de décision » et « Fournisseurs d’opinion », ce que l’on appelle généralement les « Stake Holders » de la société, impliquant  donc les modalités  de prise de décision et les interrelations entre les différents intervenants dans le processus de prise de décision qui  sont les « Fournisseurs de services », les « Détenteurs de la technologie » :-le gouvernement ;  -les collectivités territoriales ;   -le pouvoir Législatif ; -les associations d’écologistes et  de la société civile ;  -les investisseurs, ; -les universités et autres centres de décision intellectuelle ;-le secteur des Affaires ;-le secteur Bancaire ; - les institutions internationales dont on peut   en  distinguer : les organisation à vocation universelle : notamment à travers l’organisation des Nations- Unies, les institutions  économiques et financières internationales ex : CEE,  BM, FMI, BRI et OMC…, ainsi que les organisations multilatérales ex : OCDE, l’Union Européenne, Aléna…) ;; -les représentants de la société civile : majoritairement représentés par les ONG (Organisations Non Gouvernementales) ; les acteurs économiques et de la finance internationale : les multinationales ;les cartels ;les autorités de marchés ;les institutions privées qui participent à l’élaboration des normes ou standards communs ex : des normes comptables (Pricewaterhouse Coopers, Deloitte, KPMG, Ernst & Young)  et enfin les  Etats et les groupes informels : à travers notamment le : G7, G8 et récemment le  G20 qui n’ont pas d’existence institutionnelle. Aussi convient-il pour les raisons citées précédemment, de distinguer la gouvernance politique de la gouvernance d’entreprise.  Ainsi la gouvernance politique comprend : la gouvernance mondiale  ou globale qui  désigne l'ensemble des règles d'organisation des sociétés humaines à l'échelle de la planète. La gouvernance locale qui  désigne un ensemble d’institutions, de mécanismes et de processus qui permettent aux citoyens et aux groupements de citoyens d’exprimer leurs intérêts et leurs besoins, de régler leurs différends et d’exercer leurs droits et obligations à l’échelon local. Quant à la gouvernance  d’entreprise, elle  recouvre    l’ensemble des mécanismes qui ont pour effet de délimiter les pouvoirs et d’influencer les décisions des dirigeants, autrement dit qui gouvernent leur conduite  et définissent leur espace discrétionnaire.  Quel  est  l’objectif de la bonne gouvernance pour l’Etat et l’entreprise ? Pour l’Etat,  selon Pierre Calame « le premier objectif de la gouvernance est d’apprendre  à vivre ensemble et à gérer pacifiquement la maison commune ; d’y assurer  les conditions de la survie, de la paix, de l'épanouissement et de l'équilibre  entre l'humanité et la biosphère » et  Selon Kofi Annan ex secrétaire général de l’ONU   « la bonne gouvernance est le chemin le plus sûr pour en finir avec  la pauvreté et  soutenir le développement. » Quant à l’objectif pour l’entreprise, c’est l’amélioration du cadre juridique, institutionnelle et réglementaire organisant la gouvernance d’entreprise, optimiser l’organisation de l’entreprise au niveau de la direction et du  contrôle,  réduire  les conflits d’objectifs entre dirigeants et actionnaires et enfin  améliorer l’efficacité et l’efficience de l’entreprise et réaliser la croissance  économique. Ainsi cette nouvelle vision  pose   la problématique  des  liens  entre la bonne gouvernance et les institutions car l’opérationnalisation de la bonne gouvernance est assurée par les institutions en distinguant : d’une part,  les institutions politiques et juridiques  qui contribuent  à  la construction d’un Etat de droit  aussi d’assurer l’accès de la population  à  la justice et à  la sécurité, d’autre part,  les institutions économiques qui  assurent  le fonctionnement efficace et  efficient de l’activité économique et la gestion optimale des ressources économiques et enfin les  institutions sociales et communautaires  qui  assurent  l’amélioration de la  qualité de la santé et de l’éducation des populations ainsi que leur  consultation et leur participation au processus de développement.
  4. Les mesures de la bonne gouvernance
 Sur le plan politique et institutionnel on distingue : la voix citoyenne et responsabilité qui mesurent  la manière dont les citoyens d’un pays participent à la sélection de leurs gouvernants, ainsi que la liberté d’expression, d’association et de presse ;  la -stabilité politique et absence de violence qui  mesure  la perception de la probabilité d’une déstabilisation ou d’un renversement de gouvernement par des moyens inconstitutionnels ou violents, y compris le terrorisme ; l’efficacité des pouvoirs publics qui  mesure la qualité des services publics, les performances de la fonction publique et son niveau d’indépendance vis-à-vis des pressions politiques ;  la qualité de la réglementation qui  mesure la capacité des pouvoirs publics  à élaborer et appliquer de bonnes politiques et réglementations  favorables au développement du secteur privé ;  l’Etat de droit qui  mesure le degré de confiance qu’ont les citoyens dans  les règles conçues par la société et la manière dont ils s’y conforment  et en particulier, le respect des contrats, les compétences de la police et des tribunaux, ainsi que la perception de la criminalité et de la  violence ; la maîtrise de la corruption qui mesure l'utilisation des pouvoirs publics à des fins d’enrichissement personnel, y compris la grande et la petite  corruption, ainsi que « la prise en otage » de l’Etat par les élites et les  intérêt privés. Sur le plan   de  la bonne gouvernance  d’entreprise on distingue,  le traitement équitable des actionnaires, qui  désigne la capacité de l’entreprise  à traiter équitablement  tous les actionnaires, y compris les actionnaires minoritaires et étrangers. Tout actionnaire doit avoir la possibilité d’obtenir la réparation effective de toute violation de ses droits ; le rôle des différentes parties prenantes dans le gouvernement d’entreprise qui  désigne  la reconnaissance des différentes parties prenantes à la vie d’une société tels qu'ils sont définis par le droit en vigueur ou par des accords mutuels, et devant encourager une coopération active entre les sociétés et les différentes parties prenantes pour créer de la richesse et de l’emplois et assurer une  pérennité saine  des entreprises financièrement ; les responsabilités du conseil d’administration  qui désigne   la capacité de l’entreprise à assurer un pilotage stratégique de l’entreprise et une  surveillance effective de la gestion par le conseil d’administration, ainsi que la responsabilité et la loyauté du conseil d’administration vis-à-vis de la société et de ses actionnaires ;  la transparence et diffusion de l’information qui désigne la capacité de garantir la diffusion en temps opportun d’informations exactes sur tous les sujets significatifs concernant l’entreprise, (situation financière, les résultats, l’actionnariat et le gouvernement de cette entreprise). La version actualisée de l’ année 2009 des indicateurs de gouvernance dans le monde, établie par des chercheurs de la Banque mondiale, montre  que certains pays progressent rapidement dans le domaine de la gouvernance, notamment en Afrique, ce qui montre qu’un certain degré d'« afro-optimisme » serait de mise , selon  Daniel Kaufmann, co-auteur du rapport et Directeur de la gouvernance à l’Institut de la Banque mondiale, tout en reconnaissant que les données font aussi apparaître des différences sensibles entre les pays, voire entre voisins au sein de chaque continent.  Les progrès sont en rapport avec les réformes dans les pays où les dirigeants politiques, les décideurs, la société civile et le secteur privé considèrent la bonne gouvernance et la lutte contre la corruption comme des facteurs indispensables à une croissance durable et partagée. Mais en dépit des acquis en matière de gouvernance dans certains pays, d’autres, en nombre égal, ont vu leurs performances se dégrader sur plusieurs aspects de la gouvernance.  D’autres, plus nombreux encore, n’ont montré aucun changement significatif au cours de ces dernières années.  Les Indicateurs donnent à penser que là où des réformes sont engagées, la gouvernance peut être améliorée rapidement. Ainsi par exemple,   en Afrique existe  des liens dialectiques  entre extension  de la bureaucratie, extension  de la  sphère informelle et corruption. Cela n’est pas propre à l’Afrique puisque les dizaines voire les centaines de milliards de dollars chaque année, de trafics d’arme, de prostitution  ou la drogue relèvent  de réseaux informels au niveau mondial. Ainsi selon  les rapports  de Transparenty International qui  présentent dans le détail les nombreux risques de corruption auxquels sont confrontées les entreprises, des petits entrepreneurs d’Afrique  aux multinationales d’Europe et d’Amérique du nord, la corruption augmente   les coûts des projets d'au moins 10 % du fait des pots-de-vin versés à des politiciens  et à des fonctionnaires d’État où au   final, c’est le citoyen qui en fait les frais.
 5.-En résumé, l’importance de la bonne gouvernance, macro et micro- gouvernance étant inextricablement liées, pose toute la problématique de la construction d’un Etat de droit et de l’efficacité des institutions, sur des bases démocratiques tenant compte des anthropologies culturelles de chaque Nation.  Mais force est de constater  qu’il  reste beaucoup à faire pour que nos responsables s’adaptent aux arcanes de la nouvelle économie, où se dessinent d’importants bouleversements géostratégiques mondiaux, croyant que l’on combat la fuite des capitaux à partir de commissions ,  de circulaires ou de codes  , ignorant tant les mutations mondiales que la morphologie sociale interne, en perpétuelle évolution. Où sont les conclusions  des  groupes de travail  mis en place  regroupant les services concernés du Ministère des Finances, la Banque d’Algérie et les banques publiques pour soumettre des propositions à l’effet de permettre : d’identifier les sources de transfert illicites de capitaux et d’infractions de change ; de lutter de façon plus approfondie contre les sources de transfert illicites de capitaux et d’infractions de change ; sérier les moyens de rationaliser les importations. Les pouvoirs publics  ont –ils tiré les leçons de la chute des cours des hydrocarbures en 1986 avec ses incidences économiques, politiques et sociales  de 1988 à 2000 ? L’Algérie en maintenant la politique  actuelle  va droit au mur. Il s ‘agit de réaliser la transition d’une économie de rente à une économie productive dans le cadre de la mondialisation  en  réhabilitant  l’Etat de droit  et  les  véritables producteurs de richesses, l’entreprise et son fondement le savoir. Il s’agit d'avoir des institutions crédibles fondement de  la CONFIANCE  sans laquelle aucun développement durable ne peut se réaliser.  Le problème qui se pose pour l’Algérie est donc  profond et interpelle toute la politique socio-économique de l’Algérie et son adaptation au nouveau monde tout en préservant ses intérêts propres. Or, l’Algérie continue de dépenser sans compter en épuisant ses réserves d’hydrocarbures et de change  sans instaurer une véritable économie.  .Pourtant il ne faut pas verser dans la sinistrose. Pour notre part, nous privilégions les intérêts supérieurs de l’Algérie, le dialogue sans exclusive, évitant ainsi le chauvinisme étroit et l’autosatisfaction, contraire à la dure réalité quotidienne des Algériens, qui ne peut que conduire à une  névrose collective. Je suis confiant malgré les tensions géostratégiques qui ont un cout  et la baisse du cours des hydrocarbures. L’Algérie recèle d'importantes potentialités pour relever les défis de la mondialisation, surtout les compétences humaines, richesse bien plus importante que toutes les réserves d’hydrocarbures.  
(1)- Ouvrage du professeur Abderrahmane MEBTOUL d’une brulante actualité : «  Défis de  l’économie algérienne : Economie de marché, bonne gouvernance, Etat de Droit et Démocratie » ouvrage paru,  en arabe- anglais-français Dar El Gharb  2004 chaque volume 115 pages –Ouvrage collectif – deux tomes 520 pages - sur le même thème sous la direction du professeur Abderrahmane Mebtoul-  ( juristes, sociologues, politilogues, économistes)- Edition Casbah -2005- Edition Alger  –Défis de l’Algérie : Démocratie- Réformes- Développement – Voir également «  Sonatrach  face aux mutations gazières mondiales «  Magazine International Paris France  février 2016 «  gaz d’aujourd’hui » où sont intervenus également de nombreux experts  et PDG  de groupes  internationaux- Voir également interview à paraître (fin mars 2016) dans le magazine international LE POINT.FR-AFRIQUE ( Paris France  «)bilan et perspectives de l’économie algérienne 2016/2020 face à la baisse du cours  des hydrocarbures et aux tensions sécuritaires »

 

Dr Abderrahmane MEBTOUL
Vendredi 25 Mars 2016 - 16:38
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