La participation des femmes aux prises de décisions politiques

La révolution ne pouvant être « « une révolution entière que lorsque tous les éléments de la société y prendront part et lorsque la femme y participera d’une manière efficace » (Allocution du Président Houari Boumediene, le 8 mars 1966, à l’occasion de la Journée internationale des femmes). Si les femmes ont joué un rôle durant la lutte pour l’indépendance nationale du pays, il est clair, cependant, que durant la période coloniale, les dirigeants du nationalisme, n’ont pas cherché à évoquer la question féminine sous l’angle de l’émancipation politique des femmes. Ainsi, les dirigeants nationalistes, malgré l’implication des femmes dans la lutte, ne remettent pas en cause les rôles traditionnels des femmes.



Plusieurs décennies après l’indépendance,  la question de la représentation politique des femmes demeure encore malaisée
Si depuis ; la participation de la femme à la vie publique s’est améliorée, la présence de femmes à des postes de ministre au sein du gouvernement en place, où elles  se voient confier des portefeuilles n e  traitant pas de questions liées à l’exercice d e  la souveraineté. Il  s’agit de ministères  dont les domaines évoquent les rôles traditionnellement dévolus aux femmes. Au  sein des assemblées législatives,  la  situation  des femmes semble meilleure. Mais elles n’y jouent que très rarement des rôles importants.  Le   politique, reste encore  u n   domaine presque exclusivement masculin. La domination de l’espace politique par les hommes reste la  règle, même si elle n’exclue  pas u n e  certaine présence  des femmes. Pourtant, le principe d’égalité des femmes et des hommes est garanti par la Constitution et dans différents codes. Aucune disposition législative ou réglementaire n’interdit ni ne restreint par exemple la participation de la femme à la vie politique.
Aux élections précédentes, il y avait eu une augmentation de femmes candidates. L’abrogation de la formule de procuration, le déclin de la violence terroriste et une volonté forte d’exprimer par l’acte électoral sa citoyenneté ont permis de constater, lors de l’élection présidentielle, précédente, une forte participation féminine au scrutin. Il convient en outre de noter que si le nombre de femmes élues demeure modeste, le nombre de femmes occupant des postes aux fonctions supérieures de l’État a augmenté. Même si les femmes  o n t  obtenu théoriquement le droit de vote depuis  1962,  en même temps  que l’indépendance,  toute entrave légale à l’exercice de ce droit ne sera levée qu’en  1991, le mari  pouvant  jusqu’à  cette  date  voter  par  procuration  pour   sa femme ou sa mère .  Cette pratique  avait été généralisée à tous les membres féminins de la famille, notamment  dans les zones rurales.
Ces pratiques  affirment  ces mentalités  selon lesquelles les femmes n e  sauraient prétendre à participer à des décisions engageant la vie de la nation et qui sont souvent encouragées par  Le  désintérêt que beaucoup de femmes  manifestent pour la  chose politique.
Les structures mentales,  continuent à freiner l’accès des femmes  à la sphère politique. Les partis politiques, quant à eux, aussi bien au temps du parti unique que du multipartisme sont conscients  de la  force  que représentent les femmes.  Au sein du parti unique, le schéma classique a  consisté à leur faire  jouer  le plus souvent u n  rôle de faire-valoir des hommes a u  pouvoir. La mise en  place des pratiques démocratiques, fait que  l’enjeu d e  l’électorat féminin devient encore plus important  dans les compétitions électorales. Les femmes sont impliquées dans les prises de décisions politiques  par  l’intermédiaire  d e   leurs  représentantes  nommées.
Elles doivent en général se contenter d’une simple fonction d’animation en vue d’augmenter l’assise d u  parti auquel elles appartiennent e t  dont  les leaders sont presque toujours des hommes. Le parti des travailleurs étant l’exception. Leur  poids  électoral explique  d’ailleurs  que,  dans  le contexte pluraliste actuel, les partis n e  ménagent e n cette période électorale  aucun  effort pour s’assurer leur vote. L’état  intervenant en mettant  de l’eau dans leur moulin mais en exigeant  d’eux des quotas importants des femmes dans les listes des candidats aux législatives.  La proportion de candidatures féminines étant fixée à 30% de femmes dans les listes.

La participation des femmes aux prises de décisions politiques : un des enjeux prioritaires de la lutte pour plus d’égalité
c’est dans les structures de l’Union nationale des femmes algériennes (UNFA), organisation de masse sous tutelle du Front de libération nationale, que l’activité politique des femmes s’exerçait. Il y avait bien une activité politique féminine syndicale, à travers une section féminine, mais cette dernière relevait de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), autre organisation de masse, sous tutelle, elle aussi, du FLN.
Ce n’est que vers les années 1990, et surtout avec l’avènement du pluralisme des  partis, que s’installe, en même temps que la libéralisation de la société, l’espoir d’une reconnaissance des droits politiques des femmes.  L’on assiste  depuis  les années 1990 à des ouvertures politiques et institutionnelles concernant la question féminine.

Les associations féminines ont investi le champ des partis politiques, Profitant de ce contexte, elles développent leurs stratégies pour exiger l’amélioration de leur accès aux fonctions politiques. Un discours féminin revendicatif  est né suite à la prise de conscience des femmes que la participation des femmes aux prises de décisions politiques est  à  l’évidence u n   des enjeux prioritaires de  la  lutte p o u r   plus d’égalité et  u n e  exigence d u  développement.
Dans leur combat pour leur représentation dans les  institutions politiques, les femmes disposent d’une arme : leur droit de suffrage, consacré par la constitution. L’importance de cet enjeu  majeur de la représentation des femmes n’est pas saisie, pour diverses raisons, dans tout son aspect stratégique. En effet, le droit de vote engendre le droit à l’éligibilité ; il constitue, d’ailleurs,  la source du pouvoir. Les femmes, constituant plus de la moitié du corps électoral, l’exercice de leur droit de suffrage peut leur faire acquérir une influence fondamentale. Mais cela reste une supériorité numérique. Cependant, lorsqu’une réelle mobilisation de l’électorat féminin est engagée par les formations politiques, le résultat est décisif. L’exemple  le plus plausible est celui  du scrutin électoral de 1991, lorsqu’ une formation politique avait remporté le scrutin. Les femmes ne devraient donc pas perdre de vue que l’une des questions essentielles du combat démocratique demeure la question du statut politique des femmes. Des associations féminines ont entrepris   le combat  et ont  pris position en se  prononçant entres autres thèmes, sur l’abrogation du Code de la Famille, pour des lois civiles de la famille, etc… Il est  clair que les mouvements associatifs féminins peuvent  et  doivent jouer u n  rôle d e  plus  en plus important pour contribuer à créer des conditions favorables à l’émergence des femmes en politique. L’organisation des femmes au sein de la société civile est u n  atout majeur pour préparer leur participation accrue à l’espace politique.
Les conférences régionales et internationales ont aussi  contribué à l’émergence dès les premières conférences, telle la conférence mondiale des femmes des Beijing, en 1995, des générations d’associations féminines,  à même  d’expérimenter et d’adapter aux situations du pays, les instruments de travail proposés. C’est  d’ailleurs à l’université d’Alger, qu’est  né, en février 1981, le premier Collectif indépendant des femmes. L’association des femmes cadres algériennes AFCARE a été crée en 1998.Elle œuvre à la promotion des femmes en milieu professionnel et à leur accès aux postes de décision dans toutes les sphères de la vie publique

Le cadre juridique de la participation politique des femmes
 La constitution algérienne du 28 novembre 1996 reconnaît l’égalité des femmes et des hommes L’article 29,  se réfère explicitement au sexe puisqu’il énonce : « Les citoyens sont égaux devant la loi, sans que puisse prévaloir aucune discrimination pour cause de naissance, de race, de sexe, d’opinion ou de toute autre condition ou circonstance personnelle ou sociale ».  L’article 31 de la loi fondamentale dispose, en effet, que « Les institutions ont pour finalité d’assurer l’égalité en droits et devoirs de tous les citoyens et citoyennes en supprimant les obstacles qui entravent l’épanouissement de la personne humaine et empêchent la participation effective de tous à la vie politique, économique, sociale et culturelle. Cette dernière disposition  énonce ainsi explicitement que l’Etat n’est pas simplement un garant de l’égalité  des droits des femmes et des hommes dans le domaine politique, il est également  celui  qui doit  concrétiser ces droits et les mettre en œuvre. Ainsi il ne suffit pas d’énoncer un droit, par définition abstrait et général. Il prévoit, de façon explicite, l’instauration à la charge des institutions de l’Etat d’une responsabilité de concrétiser ce droit à l’égalité.  Une autre disposition de la constitution évoque les droits politiques des femmes. L’article 50 de la loi fondamentale énonce  que « tout citoyen remplissant les conditions légales, est électeur et éligible ». En matière de droits politiques des femmes, l’Algérie a  ratifié et intégré, chartes, déclarations, traités et dispositions relatifs aux droits de l’homme, en général, et aux droits de la femme en particulier.  La position de l’Etat, en matière de droits politiques des femmes, peut être reconstituée dans  l’état des ratifications des principaux instruments relatifs aux droits de l’homme.  Les principaux instruments universels ratifiés par l’Algérie sont la Déclaration universelle des droits de l’Homme, le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, le protocole facultatif relatif à ces pactes, ainsi que la Convention sur les droits politiques de la femme, mais surtout la Convention sur l’élimination de toutes mais surtout la Convention sur l’élimination de toutes  les formes de discrimination à l’égard des femmes.  Celle-ci, adoptée en 1979, à Copenhague, est entrée en vigueur en 1981, et a été ratifiée par l’Algérie en 1996.   L’Etat algérien, à l’instar des autres Etats, a adhéré aux instruments internationaux portant sur les droits politiques de la femme sans  émettre de réserve. L’Algérie n’a pas émis de réserve sur les articles 7 et 8 de la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, ce qui la contraint, tout comme les autres Etats de la région, de prendre des mesures susceptibles d’éliminer toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes dans le domaine politique.  Au-delà de cet arsenal juridique,  La question de l’égalité politique entre les hommes et les femmes est, dans  le discours, liée au niveau de développement de la société. Elle est vue comme une question non admise encore dans les esprits et les mœurs, et propre aux pays développés. Pourtant la référence symbolique à la femme maquisarde est encore invoquée. Un exemple plus récent peut bouleverser cet état d’esprit,  Mme khira Taleb, Militante des droits des femmes cité par un câble de wikileaks et qui a été élue haut la main sur les listes de l’APW en 1997dirigera   Une liste de femmes indépendantes à Tlemcen pour les prochaines législatives. C’est  une première en Algérie qui ramène la preuve l’égalité politique entre les hommes et les femmes n’est pas toujours  propre aux pays développés .Reste à cette militante avant-gardiste de s’imposer au milieu de la diversité partisane qui caractérise le climat politique de l’avant législatives. le succès des actions des organisations féminines,  dépendra d’une part,  d e  leur capacité à élaborer des stratégies adaptées pour déclencher, chez les hommes e t  les femmes, un  véritable changement de mentalité, e t  d’autre part,  et de  leur aptitude à fonctionner comme véritable force de persuasion incitant à des réformes et faire  de la  promotion  des droits des femmes leur cheval de bataille.  Dans ce sillage , notons que l’Algérie est représentée dans  l’Organisation de la femme arabe (OFA) mécanisme régional, placé sous l’égide de la Ligue des Etats arabe et dont l’objectif  est d’impulser le processus d’émancipation de la femme au sein des sociétés arabes, de promouvoir ses aptitudes dans tous les domaines en tant que pilier du progrès de la société arabe, et de renforcer sa participation à l’œuvre de développement.  Notons au passage que l'Algérie préside l'OFA pour la période 2011-2013. Cette volonté politique affirmée au niveau des institutions internationales et régionales gagnerait à être confirmée dans les instances politiques où seulement  Deux femmes sont à la tête  de partis politiques quant à l’accès des femmes aux mandats électifs ; les femmes présentes au Parlement à l’Assemblée Populaire Nationale et  Sénat. Elles représentent elles représentent un faible  taux. Cette même réalité  est constatée au niveau des Assemblées Populaires Locales (APW, APC. Ainsi malgré le progrès enregistré dans la participation politique des femmes, beaucoup de chemin reste à faire dans ce sens aussi bien par les premières concernées(les femmes) que par le gouvernement et les partis politiques.


Allaa.A
Mercredi 15 Février 2012
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Tribune Libre
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