REFLEXION

La mobilisation des acteurs politiques, économiques et sociaux, facteurs de la réussite de la nouvelle politique économique 2016/2030

Le nouveau modèle de croissance ne saurait se limiter à des extrapolations technico-économiques, fonction des hypothèses et des méthodes de calcul souvent aléatoires, pouvant être remis en cause par des événements exogènes, qu'il s'agit de prévoir. Par ailleurs, toute politique économique est forcément être mise en œuvre par des acteurs renvoyant au soubassement qui est fondamentalement, le social et le politique. La société algérienne est appelée à connaître des recompositions sociales très importantes entre 2016/2025, différentes des anciennes alliances qui ont atteint leurs limites (1).



Et  ces nouvelles mutations seront influencées par des facteurs externes et internes,  évitant de plaquer des modes sociaux importés, tenant compte de notre anthropologie culturelle.  Elles auront  comme soubassement les enjeux économiques, en fait le nerf de tout pouvoir
1.-La réussite implique d’approfondir   l’Etat de Droit et la moralité,  garant de l'implication de la société
Si l’expérience historique montre que l’Etat de Droit ne s’assimile pas  forcément durant une première phase historique à la démocratie ( expérience du Chili, de la Corée du Sud , de Bismarck en Allemagne ), il n’en demeure pas moins en ce XXIème siècle, que je suis persuadé  que seule la démocratisation progressive tenant compte  de nos valeurs culturelles, dans tous les domaines de la vie sociale, rompant avec les pratiques néfastes du passé, soit la seule voie de salut pour une Algérie prospère, dans le cadre des avantages comparatifs mondiaux compte tenu de la métamorphose du monde. Mais que l’on s’entende bien, il y a solidarité entre la démocratie politique, sociale, culturelle et économique. On ne peut se targuer d’être un quart démocrate par exemple, en politique, mais pas en économie, au niveau social et culturel. La démocratie politique suppose la libre action des partis sur la base de respect des idées d’autrui, d’un programme clairement défini. La lutte doit se dérouler sur le plan des idées à mettre en œuvre en cas où l’opposition arrive au pouvoir. Et le pouvoir est le pouvoir et  l’opposition est l’opposition. Sur le plan social, le syndicat unique est à jamais révolu. La pluralité syndicale, l’implication de la société civile, à travers leurs organisations économico-sociales, est le signe de la vitalité de toute société par la naissance de nouvelles organisations, nouvelles dynamiques, poussant les anciennes plus conservatrices par définition, au changement nécessaire. La démocratie culturelle implique la reconnaissance des spécificités culturelles, la refonte de l’ensemble du système socio-éducatif car l’homme, pensant et créateur, doit être le pivot de tout processus de développement s’adaptant au monde en mouvement.  Car,  le XXIème siècle sera culturel ou ne le sera pas, ce qui serait préjudiciable à l’ensemble de l’humanité. Car l’élément inter-culturalité est la base des échanges, par le combat, contre toute forme de racisme et de diktat de la pensée unique, signe le plus évident de décadence de toute société. La liberté des médias, à travers une concurrence loyale durant cette phase de transition en Algérie, doit être une préoccupation constante, ainsi qu’à un renouveau culturel pour véhiculer le nouveau mode de pensée. La démocratie économique n’est que la traduction de l’instauration de l’économie de marché concurrentielle à base de concertation sociale dans le cadre de l’interdépendance mondiale- projet de société économique qui a l’adhésion de majorité de la population qui aspire à un changement.
2.-L’Algérie doit s’adapter aux nouvelles mutations géostratégiques
La synchronisation des rôles complémentaires Etat-marché durant cette transition est stratégique. L’économie de marché véritable ne saurait se limiter à la sphère commerciale mais induit une croissance durable basée sur la production de richesses permanentes tenant compte du bouleversement technologique mondial et de la concurrence internationale, l’Etat Régulateur étant le garant du contrat social. Cela doit  se caractériser par la lutte contre tout monopole qu’il soit de type public ou privé. La  concurrence doit s’effectuer loin de toute vision de modèle périmée, (d’économie autocentrée stalinienne) par l’entrée de l’Algérie dans le cadre de la division internationale du travail à travers la stratégie tripolaire (ALENA, APEC, Europe via Afrique dont la Méditerranée constitue un sous-segment dynamique) qui se dessine à l’horizon 2020/2030.  Pour cela, il y a nécessité de repenser le nouveau rôle de l’Etat Régulateur qui devrait s’adapter à la nouvelle économie mondialisée et aux règles universelles de l’économie de marché, pour se consacrer à sa mission d’encadrement macro-économique, macro- sociale, et investir dans certains segments en amont, dont la maturation est très lente. On ne peut séparer la dynamique économique  et financière, la dynamique économico- financière  et la dynamique sociale, eux mêmes largement influencés par l’internationalisation de l’économie, et si l’on veut avoir une cohérence et une  visibilité dans la démarche de toute politique socio-économique fiable loin du statu quo actuel. Cette solidarité des démocraties – en fait de la démocratie, trouvera des oppositions des rentiers, dont le fonctionnement occulte a conduit à la crise multidimensionnelle que l’ensemble de la population vit dramatiquement. Ce qui explique certaines dénaturations, assimilant faussement réformes au bradage de l’économie nationale, et rend urgent l’approfondissement  de la réforme globale  pour asseoir  l’Etat de droit (une véritable justice loin des injonctions), la véritable démocratie et l’adaptation  de  l’Algérie aux mutations mondiales pour un monde multipolaire. Il  s’agit d’avoir une vision stratégique clairement affichée de passage d’une économie rentière à une économie basée sur le travail et la récompense de l’effort supposant de restaurer l’autorité de l’Etat selon une vision démocratique. Sur le plan économique, les axes à mener avec énergie comme condition de sortie de la crise, sous réserve de la mise en place des solidarités démocratiques analysées précédemment sont les suivants :
- le régime des changes, lié à la fixation de la cotation du dinar,  au développement de la sphère informelle et des transferts illicites  des capitaux
- la libéralisation maîtrisée du commerce,
-la libéralisation maîtrisée des prix et compensations d’émissions,
- la rationalisation ciblée des finances publiques,
- la réforme monétaire et surtout du secteur financier,
-la réforme de l’entreprise publique,
- le nécessaire développement du secteur privé,
 -la dynamisation du secteur habitat fondée sur  de nouvelles méthodes de construction,  sur les économies d’énergie,
-une réelle transition énergétique reposant sur un Mix énergétique  à la politique de l’environnement et des industries écologiques,
-une nouvelle politique agricole renvoyant à la politique de l’eau dans un pays semi-aride et du tourisme permettant d’importantes économies de devises,
-une nouvelle politique industrielle reposant sur l’innovation continue (intelligence artificielle, biotechnologies ect..) par la prise en compte de la quatrième révolution industrielle, l’ère mécanique étant dépassée,
-  la mise en place d’un véritable marché du travail, flexibilité et  sécurité par une formation permanente dont le fondement est  la réforme de l’école mère de toutes les réformes ,  tout en protégeant les droits des travailleurs et surtout la mise en place du filet social (lutte contre la pauvreté et assistance sociale aux plus démunis);
- l’amélioration des données et leur uniformisation  par la   création d’une institution indépendante de  planification stratégique sous l’autorité du président de la république ou du premier ministre.
Ces lignes directrices que j’ai développées depuis plus de 30 ans, impliquent  une synchronisation des tactiques pour optimaliser l’efficience économique et sociale et  donc une stratégie clairement définie dans le temps. Car tout système est mû par la dynamique des groupes sociaux, loin de toute vision mécanique  et  tout projet porteur est mû par les hommes pensants et créateurs qui sont le pivot de la dynamique économique et sociale. D’où l’intérêt de cerner les différentes composantes sociales, les différents rapports de force, en intégrant les réseaux extérieurs pour pouvoir mener une politique réaliste fonction de nos moyens et procéder aux corrections nécessaires. Cela implique dans le cadre de la nouvelle politique reposant sur le travail et l’intelligence, une concertation permanente entre  l’Etat , les partenaires sociaux et l’ensemble de la société civile à partir de nouveaux réseaux dynamiques collant avec les réalités sociales pour éviter l’affrontement Etat/citoyens et des tensions sociales inutiles. Cette politique devra être menée par des hommes convaincus, non par opportunisme et aventurisme, car la transparence et le langage de la vérité s’imposent pour une adhésion de l’ensemble des citoyens à la philosophie générale des réformes, dont l’accélération est la seule voie pour l’amélioration des conditions de vie des plus défavorisés.
 Et c’est là, que l’on trouve le rôle fondamental de l’Etat garant de la cohésion sociale :
-lutter contre les disparités régionales à travers une politique d’aménagement du territoire, -base de la décentralisation économique, de l’implication des acteurs locaux,
- une nouvelle politique de la ville – afin d’éviter ces gigantismes sources de délinquance, de prostitution et cause de surcoût supporté par un transfert d’impôts, lutter contre l’exclusion  par la conciliation des coûts sociaux et des coûts privés.
3.- Dépasser l’esprit rentier
Déjà entre 1992/1995, dans plusieurs contributions trois articles parues au niveau national  ainsi que dans des conférences à Washington, Paris, j’avais proposé une grille de lecture à savoir les liens dialectiques entre l’évolution de la rente pétrolière et gazière, le façonnement de la société algérienne en monopole politique, social et économique, et les différentes logiques de pouvoir entre 1963 et 1994. Cette analyse par la suite  a été réactualisé pour  la période récente (voir différentes contributions  www.algerie1.com 2014/2016) .  La crise, depuis 1986 avec la chute de la rente des hydrocarbures, avait  permis de mettre à nu cette logique de la fin de l’Etat-Providence, dont l’aboutissement a été la cessation de paiement et le rééchelonnement en 1994. En  juin 2016, l’Algérie dispose d’une  aisance financière relative  135 milliards de dollars fin mai 2016).  Les exportations hors hydrocarbures ne dépassent pas 5% et sur ce total  70% de dérivées d’hydrocarbures se confinant  dans le brut et le semi-brut , une croissance du PIB  entre 2000/2015 ne dépassant pas 3%  malgré des dépenses monétaires sans précédent , encore qu’il faille ne pas avoir une vision essentiellement négative,  beaucoup de réalisations dans les infrastructures et logements,  mais avec des surcoûts .  Cette politique de  distribution de salaires sans contreparties productives avec   la faiblesse d’entreprises  créatrices de valeur ajoutée a atteint ses limites. Pourtant, l’Algérie, et sans chauvinisme, a les moyens  surtout humains pour surmonter la crise multidimensionnelle passagère à laquelle elle est confrontée. Cela  implique l’instauration  d’une véritable société démocratique conciliant son authenticité, l’ouverture sur la modernité. L’Algérie  peut être un facteur  de prospérité et de stabilité au niveau de la région euro méditerranéenne et africaine, conditionné   par une nouvelle  gouvernance tenant compte du nouveau monde en perpétuelle mutation. Continuer dans l’actuelle voie, sans savoir écouter croyant détenir seul le monopole du nationalisme  et de  la vérité,  conduira le pays vers d’inévitables tensions sociales et droit au FMI, ce qu’aucun  algérien  aimant son pays  ne souhaite.
1)-Nous avons développé certains axes de cette contribution dans la revue financière mondiale Euro-Money, Londres, septembre 1998, réactualisé 2003 reproduisant la conférence du même auteur organisé par cet organisme au Caire en 1999.Voir du même auteur l’article publié dans le Washington Times, USA, juin 1999, et la revue internationale Gaz d’aujourd’hui, novembre décembre 2002, la revue management HEC Montréal 2010- deux directions d’études à l’Institut Français des Relations Internationales IFRI   Paris/France( novembre 2011 et décembre 2013) Conférence du professeur Abderrahmane Mebtoul, direction générale sûreté nationale école supérieure de police Alger 15 mai 2015 « chute du cours du pétrole et impacts sur les équilibres macro-économiques et macro-sociaux »  Ces analyses reprennent  la conférences sur le même thème du Docteur A. Mebtoul à l’Académie militaire Inter- Armes de Cherchell- aux Université de Constantine et Annaba , à l’école nationale d’administration Alger- à l’Université Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou , de Bejaia, et à l’Université d’été de Hassi Messaoud  et ce entre 1999/2002 sur « enjeux des acteurs et problématique des réformes et la Démocratie en Algérie face au processus de la mondialisation » ronéotypés dans l’ouvrage du même titre de l’auteur à l’office des publications universitaires – OPU- Alger (2 tomes 540 pages 2002).

 

Dr Abderrahmane MEBTOUL
Vendredi 23 Septembre 2016 - 18:12
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