REFLEXION

La menace Wahabite

Une des caractéristiques de la menace terroriste contemporaine est la difficulté à identifier et à localiser l'ennemi. Or, cet ennemi est moins anonyme et moins insaisissable qu'il n'y parait à première vue. En effet, le phénomène terroriste actuel a pour une large part été inspiré, préparé et nourri par une idéologie précise et bien identifiée, à savoir l'extrémisme Wahhabite.



Le wahhabisme s’est développé au XVIIIème siècle dans la province du Najd  de la péninsule arabique. Il consiste dans un retour simpliste, voire primaire à l’Islam des origines.  Sa principale utilité est d’avoir conféré une légitimité religieuse au pouvoir d’une bande de brigands dirigé par Ibn Saoud, qui se livrait au pillage et au rançonnement de voyageurs et de pèlerins,  pour la plupart des musulmans.    
Le wahhabisme a été dénoncé comme une hérésie par les quatre écoles fondamentales de jurisprudence du sunnisme (El –Madhahib). Deux des principales raisons de cette dénonciation doctrinale sont particulièrement significatives pour notre sujet: La première concerne la distinction que font ces quatre écoles entre le petit Jihad et le grand Jihad. Le petit Jihad est celui du combat guerrier contre l’ennemi. Le grand Jihad est la lutte que chaque musulman doit entreprendre  “pour purifier son âme des désirs de ce monde, des vices, de l’égotisme” et des passions humaines irrationnelles. Selon une tradition bien établie, au retour d’une expédition militaire, le Prophète (q.s.s.s.l) avait expliqué sa formule “nous sommes revenus du plus petit Jihad vers le plus grand Jihad”, ce dernier étant celui  de “l’effort contre soi- même”. Les Wahabite, qui s’assimilent aux  “Salafis”, rejettent complètement cette tradition et  ne font pas cette distinction et  entre petit Jihad et grand Jihad.  La seconde, c’est que le wahhabisme a prôné pour la première fois dans l’histoire le Jihad contre des musulmans, en les dénonçant comme  “incroyants”, “apostats” et “adorateurs d’idoles”, ainsi que  contre l’Etat ottoman dont le sultan était pourtant considéré comme l’héritier du Prophète( (q.s.s.s.l)  et la plus haute autorité de l’Islam.     
L’hérésie wahhabite, pseudo salafite, est aujourd’hui encore l’un des trois piliers  du Royaume d’Arabie Saoudite. Tant qu’elle est restée confinée à ce pays, cette hérésie n’a intéressé personne, malgré son caractère primaire, totalitaire, odieux et destructeur.  A titre d’illustration de cette idéologie monolithique, dogmatique et obscurantiste, voici le témoignage édifiant apporté par une intellectuelle saoudienne  dans une lettre au quotidien londonien de langue arabe Al-Sharq Al-Awsat: “Notre mentalité à tous a été programmé dès l’école primaire, à croire que l’Islam est  tout… On a insufflé dans nos petits esprits la conviction] que nous détenons le monopole des  bonnes valeurs…   “On nous a enseigné que quiconque n’est pas musulman est notre ennemi, et que l’Occident  signifie amollissement, licence, absence de valeurs et Jahiliya-  ignorance de l’ère  pré-islamique….. « Nous sommes devenus une société complètement soumise à ceux qui se réclament de la religion …  “Nous nous sommes tournés vers ceux qui prétendent être des cléricaux, leur déléguant le pouvoir de décision  dans les domaines de la médecine, la technique, la recherche spatiale et toutes les sciences du vivant. La vie continue  alors que nous restons enlisés.  “Nous avons commencé à vivre une vie imaginaire qui n’existe que dans nos têtes, alors que la réalité qui nous entoure est entièrement différente. C’est ce clivage  de la personnalité  qui a engendré des gens comme Ben Laden.  Comme la réalité diffère de l’image  mentale qu’il en a, il se prétend Moujahid - combattant du Jihad- qu’il tue ou qu’il soit tué, il gagne…”   
“Nous nous focalisons tous sur Ben Laden et ses semblables  et jamais sur de gens plus dangereux, qui nous bourrent le crâne de vains propos dans les écoles, les mosquées et les medias, qui répandent le poison lexical sans hésitation, sans penser aux conséquences ou même réaliser qu’à notre époque, le monde entier entend”.     
Mais depuis plus de deux décennies, l’hérésie wahhabite  n’est plus confinée à la péninsule arabique et au seul rôle de légitimation du régime de la famille royale saoudienne.  Depuis plus de deux décennies, cette idéologie fait l’objet d’une diffusion intense et systématique hors des frontières de l’Arabie Saoudite.   
Cette diffusion à grande échelle s’opère par le biais de multiples mosquées, camps de formation et d’entraînement, dont la création et le fonctionnement sont assurés par des moyens financiers provenant de fondations saoudiennes dont la quasi totalité relève de la famille royale et ses sept mille princes.   
Elle est mise en œuvre dans de nombreux pays, de l’Indonésie, l’Afghanistan, le Pakistan, la Malaisie à l’Amérique du Nord et du Sud en passant par l’Europe, et pas seulement dans les Balkans, mais surtout en Europe occidentale.   
Selon Hamid Gul, ancien chef des services de renseignement pakistanais, l’Arabie Saoudite aurait investi  au cours des dernières années plus de 10 milliards de dollars pour soutenir le développement d’activités religieuses dans des pays musulmans, comme le Pakistan et l’Afghanistan.              
Cette activité soutenue et systématique a créé un environnement propice au recrutement et à la formation de militants dévoués aveuglement à la “cause islamique”, c’est à dire “abattre les régimes des hérétiques pour les remplacer par le gouvernement de l’Islam” comme l’indiquent  plusieurs  manuels  de formation probablement utilisé par  Al Qaïda. Un des dits  manuels   explique  qu’une formation spéciale est nécessaire pour permettre “aux militants et aux vrais combattants de surmonter le choc psychologique de tuer” Pour cela, il faut qu’ils soient prêts à “souffrir pour la cause, c'est-à-dire  établir le régime de Dieu sur terre par la force”.  
De nombreux contingents ont suivi des formations de ce type au Pakistan et en Afghanistan. Un journaliste faisait  par exemple état de plus de 10.000 saoudiens qui après cette formation, seraient rentrés au pays. Dans ces conditions est-il tellement surprenant que 15 des 19 terroristes du 11 Septembre 2001 et que 300-400 des membres du noyau dur d’al Qaida  soient des saoudiens?  De très nombreux pays sont concernés. Au premier chef  des pays à forte majorité musulmane,  modérés et démocratiques, comme la Turquie ou en voie de démocratisation comme l’Indonésie et le Pakistan. Mais aussi des pays non musulmans, ayant d’importantes minorités musulmanes comme en France, au Royaume Uni, en Allemagne et aux Etats Unis. .    
Les attentats du 11 septembre ont été approuvés et justifiés par plus de cinquante ecclésiastiques et érudits saoudiens dont certains sont très renommés et jouissent d’une grande influence. Par exemple, l’érudit aveugle, le Sheikh Hamoud ben Saleh al Ogla al Kouaibi de Buraida, dans la province du Qassim au nord de Ryad, qui a prononcé une “fatwa” dénonçant comme “infidèle” tout musulman soutenant les Etats Unis contre Ben Laden. Ou bien, Souleiman  Oulwan, célèbre  pour sa connaissance des hadiths , qui a enseigné à la prestigieuse université “Imam Muhammad  ben Saoud”, et qui a été mentionné par un visiteur de Ben Laden dans la fameuse vidéo-cassette diffusée sur al-Jazeera au début Décembre 2001, comme ayant  lui aussi émis une “fatwa” approuvant l’attaque du 11 septembre et soulignant que “les Américains tués au World Trade Center n’étaient pas innocents”.  
Le gouvernement saoudien  s’est efforcé de minimiser l’importance des érudits et ecclésiastiques mentionnés dans cette vidéo-cassette. L’ambassadeur d’Arabie Saoudite au Etats Unis, le prince Bandar ben Sultan, a dénoncé dans une déclaration officielle Ben Laden et tous ceux mentionnés dans cette vidéo-cassette, comme “des déviants et des renégats qui ne représentent pas la foi islamique ou le peuple saoudien”.
De fait, les pouvoirs publics saoudiens n’ont pris aucune mesure contre ces ecclésiastiques et érudits. Cette vacuité n’est pas l’effet du hasard, mais  la crainte de réactions terroristes contre la famille royale si des mesures de répression étaient prises contre l’establishment religieux.          
Le pouvoir saoudien, qui tire sa légitimité du wahhabisme ne s’est jusqu’à présent jamais aventuré à se mesurer à lui. Bien au contraire, il lui a délibérément laissé la bride sur le cou, s’accommodant de son conservatisme extrême et de son fanatisme religieux à l’intérieur tout en tolérant et finançant son militantisme  politique et religieux à l’extérieur.  Les dénégations formulées par certains représentants saoudiens ne sauraient masquer le fait fondamental que cette tendance hérétique fanatique prévaut en Arabie Saoudite. C’est d’ailleurs aussi celle qui tend peu à peu à s’imposer au reste du monde, donnant le ton partout et réduisant au silence l’Islam sunnite modéré suivi par la majorité des Musulmans.  Si ce diagnostic est exact, il est absolument impérieux que l’Islam sunnite modéré  se démarque clairement et combatte avec détermination l’hérésie wahhabite. C’est un des moyens de freiner le déferlement du phénomène terroriste contemporain, c’est aussi une des conditions sine qua non pouvant ouvrir la voie d’une mutation de l’Islam et son adaptation à la modernité.   
Le wahhabisme, qui nourrit Daech, est riche des pétrodollars du golfe, et il est redoutable car il est très oppressif et très expansionniste mais le wahabisme  à l'islam ce que le sionisme est au judaïsme : une idéologie de conquête du pouvoir et de l'argent au nom de la religion et  au détriment des peuples. 

Taoufik Hamiani
Dimanche 31 Mai 2015 - 17:49
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DÉBAT DU JOUR
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