REFLEXION

La journée internationale de l’enfance en Algérie

À l’instar de tous les pays du monde, l’Algérie fête, comme à chaque 1er juin de l’année et ce, depuis l’indépendance, la fête internationale des droits de l’enfant. Si d’aucuns arguent que l’Algérie n’a rien fait concrètement pour cette catégorie de citoyens, notamment pour ces enfants nés hors mariage, ceux surtout nés durant la décennie 90 dans les maquis terroristes qui sont toujours en quête de reconnaissance, ou encore les enfants victimes d’agressions sexuelles, les handicapés – toutes catégories confondues-, d’autres rétorquent qu’au contraire elle n’a ménagé aucun effort pour les protéger.



Et ils ne manquent pas bien entendu d’étaler toute une panoplie d’arguments à l’instar de tout un dispositif juridique mis en place pour leur protection et de toutes ces sommes colossales d’argent que le pays a déboursé pour leur  prise en charge dans différents secteurs, surtout par le ministère  de l’éducation nationale ainsi que le département de la solidarité et de la famille.
La vérité est que l’Algérie n’est assidue en la matière qu’en ce qui a trait à la célébration, le faste qui entoure le genre de fêtes. Comme dans tous les domaines d’ailleurs ; journée de la femme, de l’arbre, de la presse, du policier, du chameau, du singe magot, bref, la liste est encore très longue. Le monde est unanime à dire que l’Algérie en est une championne.
Sur ce thème précis de l’enfant, l’Algérie célèbre en plus du 20 novembre, la journée internationale des droits de l’enfant, le  1er juin fête internationale de l’enfance, du 1er au 15 juin, la fête de la quinzaine de l’enfant africain et le 3 décembre la journée internationale de l’handicapé.
Peut-on parler des droits de l’enfant en Algérie et s’alarmer sur leur sort alors que l’adulte, père ou mère, bafoue jusqu’à son intégrité physique chaque jour, ne lui reconnaît même pas un quelque droit, crie sur lui du matin au soir, oubliant que lui-même a déjà été un enfant ? Nier ce fait c’est nier le combat politique et associatif en Algérie, c’est nier le drame des harraga, c’est nier le drame de l’immigration massive, c’est nier le combat des femmes, nier l’existence du suicide.
Nier est un verbe qui vient de la dénégation ou de la négation tout court. Nier est ce mécanisme de défense conscient et inconscient qui consiste à refuser de voir la réalité, de la regarder en face. En un mot, en Algérie, il n’y a pas de droit. Ou s’il existe, il ne l’est que noir sur blanc. Point. Et c’est valable pour tout le monde. De l’enfance à la vieillesse.
Le seul droit dont on peut s’enorgueillir d’avoir eu, est celui de l’indépendance du pays suite à la longue lutte. Quant au droit d’avoir des droits en tant que citoyen -au sens moderne du terme- il reste à faire, à arracher surtout. Et pour avoir des droits, il faut lutter. C’est inéluctable.
D’abord la lutte des hommes et des femmes pour parachever le processus du recouvrement des droits en tant que citoyens, ensuite ceux des enfants et des vieux suivront automatiquement. Être citoyens d’abord.
 J’ai travaillé pendant plus de quinze ans dans la prise en charge des enfants handicapés ou non. J’ai compris une chose bien simple. L’enfant algérien est otage à la fois du politique et du culturel. Ce qui complique leur  situation est sans doute l’âge biologique pour les enfants «normaux» et l’âge mental pour les handicapés. Deux facteurs qui ne leur permettent pas de s’émanciper d’eux-mêmes. Leur manière à eux de nous rappeler leur existence est la symptomatologie bénigne.
La fugue, le décrochage scolaire, le vol, l’abus dans la prise des stupéfiants, l’automutilation, le vagabondage, la mendicité, sombrer dans la psychose quand leurs  capacités psychoaffectives s’amenuisent, et le suicide(le suicide des enfants est un phénomène qui existe en Algérie quoique minime. Quant aux tentatives de suicide (TDS), elles sont monnaie courante). Personne ne voit cette symptomatologie qui en dit long sur la revendication de leurs  droits. La situation de l’enfant est semblable à celle des femmes et des hommes de son pays, il est l’otage de la culture. Parce qu’il subit sa culture et il n’a pas les moyens de s’en défaire.
 Dans certains cas, il faut attendre l’âge de la majorité pour s’en rendre compte et s’en affranchir. Cette prise de conscience est tributaire de certains facteurs. Un bon encadrement, environnement propice, etc. Faudrait-il encore que le cursus scolaire soit bon ou que la santé physique soit préservée, qu’il ne soit pas intercepté à mi-chemin de sa vie par les forces rétrogrades qui vont lui énumérer les louanges da la dictature, le retour au passé adulé et le paradis de l’au-delà promis. On ne se défait pas des pesanteurs culturelles nocives facilement.
    Dans tous les pays de l’Afrique du Nord et du Moyen orient -à quelques exceptions près- la naissance de l’enfant sert à faire perdurer le système patriarcal et matriarcal qui donne assurance et sécurité en utilisant des procédés traditionnels : la sexualité pour les femmes et la force virile pour les hommes. Deux armes redoutables des systèmes traditionnels dictatoriaux dont même les régimes politiques s’en inspirent. La recette de transmission familiale de ces systèmes est simple. Dès que l’enfant commence à marcher, on lui montre le chemin de l’extérieur de la maison ; si c’est un garçon, c’est là qu’il doit faire sa vie, c’est son milieu naturel. C’est l’extérieur qui forme les hommes. Sa vie, elle la doit à ses parents et à son créateur. S’il est né, c’est pour aider papa, quand ce dernier commence à vieillir. Et assurer la relève. Pour accomplir bien la mission de relève, il faut s’astreindre à un ensemble de codes : ne pas tolérer la honte, l’enfant ne doit pas accepter la défaite, se méfier de l’autre, notamment l’étranger qu’on ne connaît pas, veiller au grain et surtout surveiller sa sœur (Ce qui veut dire déjà que la fille n’est pas à être surveillée  par la loi mais par un membre de la famille, de préférence de sexe masculin, ce qui veut dire que la notion de droit civil n’existe pas au sein de la famille). Au besoin, le garçon est appelé à accomplir des tâches d’adulte ; faire des courses, accompagner la maman chez le médecin si papa est absent, aller travailler à la sauvette pour aider la famille. Si le sort du garçon commence à se modeler dès ses premiers pas,  à l’extérieur de la maison, celui de la fille est tout autre. Le sien emprunte le chemin contraire. Celui de rester chez elle collée au jupon de sa maman. Avec des taxes supplémentaires : sorties raréfiées, toujours sous l’œil vigilant d’un frère.
Tout au long de sa vie, la fille reçoit un enseignement spécial, axé principalement sur ses parties génitales, le rôle de la sexualité et plus tard la maternité. Seuls vecteurs garantissant sa sécurité, son accomplissement dans la société. En plus de cet enseignement, on lui dicte une litanie de conseils -via un réseau féminin proche de la famille- qui vont dans le sens du chemin qui mène au trône féminin. On peut citer : les vertus de la bonne épouse, le portrait des femmes aimées par les hommes, l’image d’une femme qui ira au paradis, car ce dernier sera sous ses pieds si elle a réussi à devenir maman, etc.
Aucun de ces enseignements ne fera référence aux lois de la république ni à la citoyenneté. Il suffit d’un œil avisé par le biais de l’observation clinique pour décoder cette ramification de près requis  dans les comportements de nos enfants dans la cour d’école, dans une situation de jeux, dans la rue, la manière de se comporter envers l’adulte, dans les fêtes, et dans l’analyse des résultats scolaires. Tout le long de leur vie d’enfants, ces derniers  affrontent deux modes d’enseignement. L’un dispensé dans la famille orienté vers  la vie future, la place de chacun dans la société, les mécanismes à huiler pour arriver au bon port avec un minimum de grabuges, somme toute comment faire survivre un système familial donné. L’autre est celui de l’école orienté vers le modelage des comportements et le formatage des cerveaux qui ont comme but d’aimer le pays mais avec ses dirigeants. Ceux qui ont libéré l’Algérie, les dépositaires de la mémoire et de l’histoire, les véritables garants de la souveraineté nationale. Ces deux écoles ne s’aiment pas et s’accusent mutuellement. L’école accuse la famille de négligence. La famille accuse l’école d’être un instrument de propagande entre les mains de l’envahisseur qui gouverne. Au milieu de ces deux écoles, il y a la rue. Celle-ci n’arrange guère les affaires puisqu’elle véhicule une autre philosophie de la vie. Celle de la parabole, la saisie d’opportunités pour réussir, le passe temps, un défouloir. L’école, la maison ou même la rue sensés chanter une seule chanson, n’ont cure  de l’équilibre de l’enfant. Ce dernier se retrouve pendant des années devant un orchestre qui jase des morceaux musicaux bruyants chantés dans plusieurs langages différents qui finissent par éclater ses frêles tympans. Dans ce brouhaha de bruits divers, il n’y a pas de place à la norme et au droit.    
 Cette manière d’encadrer l’enfant mène à la formation de futurs citoyens schizoïdes [1]. Le recollement des facettes de leurs personnalités est souvent difficile. Dans certains cas, il est dramatique. La symptomatologie citée plus haut utilisée par l’enfant un certain temps pour attirer l’attention sur son existence se mue en comportements  morbides. Le vol deviendra acte de terrorisme, l’automutilation, immolation, tentatives diverses des passages à l’acte, l’abus des stupéfiants, etc.
Bref, la question des droits des enfants est sensible, sa situation en Algérie est tellement hideuse qu’elle ne peut être masquée par une célébration.  Le chemin des  droits de l’enfant en Algérie est encore long. Le droit à un nom, à  une nationalité, à une filiation familiale ne sont que des droits institutionnels. Des droits au reste dépassés. Ne pas reconnaître un enfant institutionnellement, équivaudrait à le considérer comme enfant de la forêt. Ce qui est absurde aujourd’hui. Pour des droits qui débouchent sur la citoyenneté l’Algérie -Etat et société- doit accepter la pilule amère. Une réforme intellectuelle, culturelle, cultuelle s’impose. Cette réforme profonde donnera des résultats qui vont atterrir sur le terrain politique et qui deviendront des lois. Le droit de l’enfant en tant que citoyen  avec tout ce que cela charrie comme valeurs à savoir : justice, équité, respect de l’autre, tolérance, liberté. Et tout cela s’apprend d’abord à la maison. C’est culturel d’abord, politique ensuite. On ne peut se permettre d’utiliser l’enfant comme béquille sur laquelle on s’appuie pour asseoir son pouvoir au sein de la famille et dans la société, ou comme échafaudage pour construire une maison, et en même temps se gargariser pour demander un droit civil et citoyen. Agir de la sorte c’est admettre qu’il y’a une psychopathologie sociale qu’il faut guérir. La célébration des journées de l’enfance en Algérie sert à distribuer de l’argent, bonbons et gadgets, sans doute pour d’autres motifs. Tout ce qui brille n’est pas or, dit-on, et la célébration n’est pas  reconnaissance. Les droits des enfants sont liés à ceux de l’Adulte. Si l’Algérie vient en dernier dans le peloton des nations en matière des droits de l’homme et qu’elle est épinglée à maintes reprises par les organismes internationaux, comment peut-elle  être respectueuse envers ceux des enfants ? Alors qu’elle célèbre ou pas, le problème est ailleurs.
[1]– Relatif à la schizoïdie, constitution mentale qui prédispose une personne à se replier sur elle-même et à avoir des difficultés à créer le contact avec son environnement (l’internaute)

 

Kamel Merah
Mardi 31 Mai 2016 - 17:32
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