REFLEXION

La femme algérienne et la lutte de libération nationale : El Moudjahida Khrofa Khetab Témoigne

"DEPASSER LES INTERPRETATIONS UNIVOQUES ET SORTIR DE L’EXCLUSION HISTORIQUE"

A l’occasion de la célébration de la journée internationale de la femme qui se tient tous les 8 mars de chaque année, il est important de revenir sur le rôle de celle-ci pendant la révolution et le journal Réflexion se fait un devoir d’être au rendez-vous. La reconnaissance de la femme en tant que contributrice dans la lutte de libération nationale rappelle que celle-ci a été partie prenante dans le combat au côté de l’homme et permet de dégager le rôle positif de cette dernière.



La femme algérienne  et la lutte de libération nationale : El Moudjahida Khrofa Khetab Témoigne
Certaines portent en elles les stigmates de la détention, de la torture, de la perte d’un fils, d’un père, d’un mari, d’un frère ou d’un proche, gardant en elles les profondes séquelles qui sont toujours là sans que personne ne puisse mesurer la fracture et l’enfer subit par ces femmes qui n’ont pas hésité à aller au feu au nom de la liberté nous dira Khrofa Khetab dans une interview qui avait été réalisée à la fin de 2011 concernant la femme durant la lutte de libération nationale et que nous publions à l’occasion de la journée du 8 mars. "La femme a en effet souffert des opérations de ratissage dans les villages, les hameaux et même les villes,  ce qui a fait naître en elle une angoisse terrible dont les effets persistent à ce jour pour certaines. la femme citadine a également accompli son devoir patriotique et fut d'un grand secours pour les moudjahidine, en tant que fidaiates  que les moussebilates à l'intérieur des villes où sont concentrés les appareils de répression policière et où s'exerce une surveillance permanente et en particulier sur les domiciles dont les hommes avaient regagné le maquis ou recherchés. C'est pour cela que souvent elle prit la place au côté du fidaï dans de nombreuses missions complexes et dangereuses, car elle pouvait passer inaperçue."

Sa participation effective  doit nécessairement nous interpeller , afin de l’inclure de façon urgente dans l’historique
 Dans les maquis elle sera présente, en tant qu’infirmière, aide soignante faisant des besognes plus ou moins contraignantes dans l’intêret de la lutte de libération nationale. Certaines, furent emprisonnées, torturées et détenues et de tels souvenirs douloureux resteront ancrés pour les survivantes qui sont passés par des épreuves difficiles, qui se sont répercutées négativement sur leur vie quotidienne même après l'indépendance selon la Moudjahida Khrofa Khettab. « Il est important, noius dira-t-elle d’en parler, d’autant plus que nous sommes plus qu’à quelques jours du 8 mars journée internationale de la femme et à prés de 4 mois du cinquantième anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, afin de lui rendre hommage pour le rôle qu’elle aura joué durant ces années de braises, qui ont marqué celle-ci. L’occasion est de rappeler, aussi à l’occasion, le rôle fédérateur de la femme dans la révolution et après l’indépendance, que se soit dans le milieux familliale, social ou émancipateur de par sa participation effective dans la société, ce qui doit nécessairement nous interpeller , afin de l’inclure de façon urgente dans l’historique et ce  à tous les niveaux de sa participation durant la lutte de libération ». « Ceci pose la question d’un réexamen sérieux et urgent du parcours de la femme, de sa contribution et de ce qu’elle a enduré durant cette période, ou il ne faisait pas bon vivre. Cela dit en confrontant et en rassemblant les différentes expériences, en mettant en commun les différents niveaux de connaissances, nous constaterons que les femmes  qui ont participé au combat libérateur tout comme celles qui ont été victimes d’exactions, de tortures et emprisonnées en temps de guerre sont marginalisées historiquement, alors que certaines ont été à l’avant-garde du combat tout comme les hommes, nous expliquera-t-elle. L’exigence légitime de figurer dans l’histoire de la révolution algérienne, et un droit tout comme pour l’homme, car elle a montré son utilité pendant la révolution, d’où l’importance d’élargir le champ de recherche et revoir le concept en lui-même en matière de reconnaissance pleine et entière, pour service rendu à la nation et au peuple algérien. Il est primordial que la mémoire collective inclue, la femme algérienne pour dépasser les interprétations univoques du passé et la sortir de l’exclusion historique dont elle est confinée ». Il est vrai que les femmes dans l’histoire officielle, sont amoindries en raison des présupposés préjugés, qui  s'appliquent  particulièrement à l'histoire de celles-ci qui n’ont jamais eu le droit de citer.

Pour beaucoup d’entre elles,  le  traumatisme est trop grand et  les blessures encore ouvertes
Ce qui est important c’est la façon dont les femmes ont participé à le révolution et savoir de quelle manière celles-ci ont-elles influées sur leur devenir, même si elles ont été sous représentée. Beaucoup d’entre elles, lorsqu’ont les interrogent refusent de raconter leur histoire, car elles manquent même aujourd’hui de recul, et le  traumatisme est trop grand d’autant plus que pour certaines il est difficile pour elles de parler  du passé, et que le cauchemer n’en finit pas de par l’exclusion qui les a frappé et du fait de la honte et même la crainte, de se confier. il ne fait aucun doute qu'il y a beaucoup plus de femmes que d'hommes qui doivent faire face à ce passé douloureux.  Malgré les années passées, celles-ci n’arrivent pas à penser les blessures encore ouvertes: « comment nous souvenons-nous les unes des autres en période de guerre, nous dira El Hadja Fatma une  vieille femme écrasée par le poids du passé et de l’âge »  .Pour cette vieille femme, le passé et les mémoires de la guerre n’ont jamais été balayées et ressurgissent  du fait de ce qu’elle a enduré. Si l’on veut connaître le fin fond des pensées de ces femmes qui vivent dans le passé au présent, il est important de déterminer comment l'on veut que la mémoire fonctionne, pour ces survivantes qui ont tout perdu.

La réalité actuelle, est un amalgame de mensonge, de déni et d’amnésie, surtout concernant la femme historiquement
Pour Khrofa Khettab, ancienne Moudjahida et ancienne détenue: « ce qui s'est passé pendant la révolution était horrible et il ne suffit pas d'avoir une mémoire, puisque que pour certaines il vaut mieux de ne pas avoir de mémoire du tout, car celle-ci s’embrouille et il n’y a aucun remède pour la femme blessée, qui n’est pas comme l’homme ». « Il est vrai qu’elle  accepteront la nouvelle réalité, mais elles ne seront jamais en paix avec elles mêmes tellement le passé est présentet que la douleur continue à se distiller comme  un poison encore au présent et c’est ce qui fait mal. En parlant de ce qui s'est passé, et en s'écoutant les unes les autres, l'on opère une catharsis personnelle, la mémoire est alors une panacée  parfois, mais ce qui est  est certain c’est qu'elle n'apaisera pas toutes les souffrances. Pour certaines de ces femmes ». « La réalité actuelle, est un amalgame de mensonge, de déni et d'amnésie, surtout concernant la femme, et personne ne prend conscience des épreuves qu’elle a du affronté,  entre les mémoires qui s'expriment et les mémoires qui se sont tues, car il y a toujours un  prolongement des souffrances » nous expliquera-t-elle. « Il est temps de Prendre conscience du rôle de la femme  afin d'agir ensemble, et  venir à bout des souffrances et entendre toutes ces voix marginalisées, inaudibles ». « Que se soit pour l’homme comme pour la femme il existe une mémoire plus profonde, qui a tendance à  s'enraciner et ni le débat ni rien au monde ne peut les  guérir, car celles-ci sont en conflit permanent avec eux-mêmes du fait de la discrimination historique, d’où le mutisme qui règne dans les livres d'histoire sur les femmes algériennes d'une part, et d'autre part les préjugés des hommes envers certaines qui continuent à s’enfermer sur elles même plus que d’autres et qui ne peuvent malheureusement parler de ce qu’ils leur est arrivé. Leur secret est profond, en plus du rejet de la société, concernant certaines, devenant ainsi une deuxième fois victimes d’un concept matchiste des hommes alors qu’elles ont perdu beaucoups plus de leur vie que les hommes, celles-ci considèrent cette façon de faire comme une injustice, vis-à-vis d’elles aussi est-il temps de réparer tant d’injustice et guerir le mal profond qui les ronge même de nos jours, croyez moi ».

Benyahia Aek
Dimanche 4 Mars 2012 - 10:59
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Arrêt Sur Mémoire
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