REFLEXION

La course pour le leadership et l’affairisme politique

A deux mois de l’échéance des législatives, toutes les formations politiques sont prises dans l’engrenage de la surenchère à l'électorat, non pas pour faire entendre la voix des électeurs dans les Assemblées mais dans la tentative de conquérir le pouvoir en vue d’une quête de richesses et d’ascension sociale pour eux ou pour leurs membres. IL y en a même ceux qui s’enfoncent dans le négoce et l’affairisme, entreprenant des marchandages quant à la confection des listes électorales. L’exemple du parti du Front national Algérien (FNA) de Moussa Touati est édifiant où les 23 coordinateurs de bureaux de wilaya, ont annoncé leur démission collective. Une candidate, classée deuxième sur la liste du FNA à Tiaret s’est vue exclue de la course au profit d’un autre candidat, la « situation vire au souk à ciel ouvert où tout le monde vend et achète selon l’épaisseur de ses poches » pour reprendre les propos de cette candidate déchue.



La course pour le leadership et l’affairisme politique
Dessous-de-table et calculs politiciens
Les  dessous-de-table en coulisses pour  prétendre à une bonne place sur la liste électorale, sont devenus la règle  à la veille de la campagne électorale.  Ces graves dépassements  augurent de la qualité  des prétendants   devant conduire la destinée du  peuple algérien. Pire encore,  il est scandaleux d’apprendre que le prix d’une candidature à un siège de l’hémicycle du parlement  se monnaie à hauteur  de 150 millions de centimes.   Voire entre 100 et 500 millions de centimes selon l’importance de la wilaya. C’est donc une véritable mafia qui s’installe sur la place du marché des législatives. La course au mandat de député s’avère donc un enjeu important livrant plusieurs lectures. Les intérêts des uns et des autres sont divers. Les raisons de cette  bataille au leadership diffèrent selon les aspirations. Cela va du simple opportunisme aux aspirations politiques divergentes ou tout simplement pour une fonction visant à assurer l’équilibre de la scène politique. En  fonction de cela, les stratégies des partis sont posées.  Certains ont vu opportun de faire une alliance de conjoncture, d’autres récupèrent la base électorale de quelques partis brulés ou dissous. Les partis politiques d'obédience islamiste défendent tous le  retour de l'ex-FIS en aspirant chacun  la récupération de ses membres. D’autres font croire à une dissidence entre légalistes et redresseurs pour s’unir en fin de parcours pour un même programme .Des radicaux, appellent à l’abstention et  donneraient pourtant   leurs voix aux candidats du Parti de la Justice et du Développement de Abdellah Djaballah, lui qui a été deux fois  dépossédé de NAHDA puis d’El Islah dont il est le fondateur.
Par ailleurs, le  spectre d'une abstention généralisée au rendez-vous électoral, a incité à la  multiplication des agréments. Cette démarche a crée une situation de répétition. Nous assistons à la naissance de partis –bis. Ce qui a mis en difficulté  les anciens partis qui voient  se multiplier les dissidences et leurs membres rallier les nouveaux partis. Cette situation explique en partie, le monnayage chèrement établi des candidatures.  Chez les démocrates, règne le même climat de rivalités. , où  les dissensions  semblent être profondes. La décision de la participation au scrutin du FFS, est venue en opposition de celle du  RCD, qui a refuse  le scrutin.
 
La multiplication des partis ; un scénario réédité

Ce climat  politique  de  la multiplication des partis et de leur rivalité et guéguerre, nous rappelle les propos de Lahouari Addi,  Professeur de sociologie politique à l’IEP de Lyon, qui  a soutenu dans son étude intitulée  « Les partis politiques en Algérie », « Qu’à la veille des élections municipales de juin 1990, quelque soixante partis étaient déclarés, pour fragmenter l’opposition, Mais à l’issue des scrutins libres de juin 1990 et décembre 1991, seuls le FIS, le FLN, le FFS et le RCD ont obtenu des sièges principaux partis  qui ont eu une légitimité électorale, si minime soit-elle, ou qui, pour diverses raisons, occupent une place dans le champ politico-médiatique.. Les autres formations ont été laminées, ignorées par l’électorat dont elles ont sollicité les faveurs ».
Dans une rétrospective historique ; Lahouari Addi fait remarquer que « La fonction d’un parti, comme organe de médiation entre l’État et la société et comme cadre légal d’expression des divergences, est d’intégrer les demandes des populations au système politique afin de pacifier le rapport entre celles-ci et l’État. Lorsque ces demandes sont satisfaites, les populations ont le sentiment de participer à la vie institutionnelle par l’intermédiaire d’élus représentatifs. Compte tenu de la crise qui persiste en Algérie, il y a lieu de croire que les partis n’ont pas joué leur rôle ou que la structure du pouvoir d’État n’était pas adaptée à leur intégration dans le champ politique. La violence armée, les émeutes sporadiques dans de nombreuses localités, le mécontentement général, indiquent que le fossé entre l’État et la population n’a pas été comblé par les partis » A ce propos, il y a lieu de suggérer la définition générale de Joseph La Palombara et Myron Weiner qui pose quatre conditions pour identifier un parti politique moderne: survivre aux fondateurs, s’implanter à l’échelle nationale, rechercher un soutien populaire, désirer la conquête du pouvoir d’État. Doit  s’ajouter à cette définition un élément qui est central pour nos pays: l’attachement à l’alternance électorale et l’acceptation du système de formations concurrentes.  Les partis, jeunes pour la plupart et manquant de maturité et d’expérience, croyaient qu’il suffisait de changer le personnel dirigeant pour que toutes les difficultés de la vie quotidienne disparaissent comme par enchantement. Une telle croyance favorise la démagogie et la violence. Il reste à expliquer pourquoi apparaît un parti hégémonique alors que la Constitution autorise la multiplicité des partis » écrit dans son étude Lahouari Addi .
Ce qui nous tente à affirmer que La transition  du parti unique au multipartisme  ne s’est pas faite sans difficulté. Un apprentissage de l’éthique partisane s’avérait nécessaire

La décantation du paysage politique ;  une nécessité salutaire
En 2012 et à la veille des échéances électorales, les choses ne semblent pas s’être décantées. Elles   interviennent dans un contexte des plus difficiles celui qu’on a baptisé de printemps arabe  et qui fait dire à un grand nombre de gens ; que «  nous sommes face à un défi semblable à celui de 1962 ». Le décryptage de ce sentiment explique que nous sommes  dans un contexte où  les paramètres déterminants de l’avenir  sociopolitique ne sont pas encore identifiés. Nous sommes donc à la croisée des chemins. L’erreur n’est pas permise mais les moyens employés par les partis dans un  climat malsain  où l’on se chamaille pour les listes électorales et où les calculs politiciens vont bon train, tous ces éléments  ne sont pas faits pour nous rassurer.  Le  passage   politique  a besoin donc d’être assaini, parallèlement à la relance économique, et la levée  des frustrations socio-économiques que certains partis utilisent pour prendre en otage la population. En somme ; créer les conditions d’une réussite électorale sans pressions des uns et des autres. C’est la seule manière de convaincre l’électorat qui suite à cela, votera librement.

Allaa.A
Jeudi 15 Mars 2012 - 09:32
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