REFLEXION

La contrebande du carburant, jusqu'à quand !?

Depuis qu’Alger a décidé de renforcer ses contrôles à la frontière terrestre algéro-marocaine, en juin dernier, plus de 18.000 marocains qui vivaient du trafic de carburant se sont retrouvés en chômage, 10.000 contrebandiers interpellés et 50 millions de litres de carburant saisis !



La contrebande du carburant a fini par devenir un fléau des plus alarmants, qui mine l'économie nationale et nuit abondamment au marché national du carburant par  l'enregistrement de multiples pénuries sur ce produit. En 2012, le colonel Benaâmane Mohamed Tahar de la Gendarmerie nationale a tiré la sonnette d’alarme en soulignant que le trafic de carburant doit être combattu avec rigueur et sans relâche. Il a également mis en garde contre ce trafic en nette augmentation et qui a été à l’origine de pénuries en séries dans les stations-service de plusieurs wilayas de l’ouest.  A ce titre et selon une étude relative à ce trafic, plus de 10 000 contrebandiers ont été interpellés et plus de 50 millions de litres de carburant saisis au cours de la décennie allant de l'année 2004  au début de celle de  2014, dans le cadre de multiples opérations menées par les forces de sécurité aux quatre coins des frontières algériennes. Annuellement, une moyenne de 1 000 interpellations de contrebandiers de carburant est enregistrée dans le cadre de la lutte menée par les forces de sécurité contre ce phénomène. Ces contrebandiers sont des jeunes personnes, âgées entre 18 et 45 ans. Natifs des régions frontalières, plus particulièrement de  Maghnia et Bab El-Assa à l’ouest du pays, Tébessa et El-Tarf à l’est et Timiaouine, Bordj Badji-Mokhtar et Debdeb au sud. En face de ce désastre économique, l’état d’alerte a touché toutes les frontières, puisque  la contrebande de carburant a atteint son paroxysme, elle a pris une ampleur phénoménale ciblant  toutes les frontières du pays. A l’est tout comme à l’ouest, voire même au sud, les frontières algériennes ont fini par s'infester de réseaux de la contrebande du carburant  qui rapporte de gros dividendes. Qui sont ces contrebandiers ? Comment ces réseaux de trafic parviennent-ils à recruter de jeunes contrebandiers, dont certains sont âgés à peine de 18 ans ? Selon le colonel Benaâmane, les opérations menées par les gardes-frontières (GGF) pendant des années ont montré que la majorité des contrebandiers sont des personnes sans profession. Des chômeurs âgés entre 18 et 40 ans qui se lancent dans la  contrebande pour se faire de l’argent. Parmi les 10 000 contrebandiers arrêtés par les forces de sécurité, 65 % sont âgés entre 18 et 40 ans et 66 % sont des célibataires, tandis que 60 % sont des chômeurs, selon un communiqué  de la Gendarmerie nationale. Face à une situation sociale des plus difficiles de jeunes sans profession, les réseaux de trafic de carburant tendent  à cibler  cette frange de la société issue des villes frontalières du pays, afin de les convaincre et les enrôler pour venir grossir les effectifs de contrebandiers. Beaucoup de jeunes Algériens qui résident dans les villes frontalières, à l’image de Maghnia (Tlemcen) ou de Tébessa, accourent, dès l'âge de la majorité, vers les auto-écoles pour passer le permis de conduire de la catégorie " poids lourds", juste pour pouvoir apporter  assistance aux réseaux de la contrebande et gagner jusqu’à 7 millions de centimes pour chaque mission d’acheminement de carburant vers la Tunisie, le Maroc, la Libye, le Mali ou le Niger ! Des douaniers interrogés estiment que  la lutte contre le phénomène de la contrebande des carburants n’est pas une action isolée, elle implique toutes les institutions de l’Etat et la société. Les pouvoirs publics ont choisi l’option répressive pour dissuader les contrebandiers en promulguant des textes juridiques en rapport avec la gravité des faits. Malheureusement, la batterie de ces textes réprimant cette activité n'a pas suffit à arrêter ou tout au moins à diminuer l’hémorragie qui saigne l’économie nationale. Mensuellement, les éléments de la gendarmerie, la police et la douane  continuent d’opérer des saisies importantes évaluées selon les statistiques, à plus de 200.000 litres. À travers des pistes bien maîtrisées, les contrebandiers ne cessent d'acheminer le carburant vers le Maroc en utilisant  des baudets "rodés" dans  ce commerce. Des statistiques révèlent que le produit du fuel qui traverse la frontière est bénéfique pour les automobilistes marocains, car le prix au royaume est fixé  à l’équivalent de  95 dinars. Des gendarmes de faction à un barrage permanent près de Bab El Assa, ont  affirmé également que malgré les dispositions prises par le wali de Tlemcen pour lutter contre le phénomène de la contrebande des carburants, la situation est loin de s’améliorer. Alors que cette mesure préventive  censée être  des plus sévères puisqu’elle consistait  à interdire aux gestionnaires des stations de distribuer des carburants dans les stations situées au long des frontières, de vendre le carburant dans des seaux ou réservoirs à l’exception des agriculteurs, l’établissement d’un registre auprès des stations pour le contrôle des quantités de carburant distribuées aux agriculteurs, à interdire l’opération de stockage des carburants, mais malheureusement ,elle n'a pu freiner cette contrebande dont  le phénomène ne cesse de prendre de l’ampleur et tant de questions demeurent sans la moindre  réponse ! Le long de la frontière, c’est un décor identique d'une pompe à essence à l'autre qui s'offre aux conducteurs, ces dernières demeurent  noires de monde, entourées en permanence par les contrebandiers qui cernent  les distributeurs de fioul. A quelques centaines de mètres de ces stations, le carburant est disponible à gogo, l’essence et le mazout sont vendus au marché noir à 100 dinars pour le litre d'essence et 50 dinars pour le litre du mazout en bordure des routes. Le marché semble juteux, et attire toute  une armada d'apprentis "hallabas" qui se livre  à cette pratique fort rentable. Un autre rapport se rapportant à l’évacuation du carburant  fait état que les exportations frauduleuses de ce liquide sont effectuées par voie terrestre à l’aide de moyens de transport de tout genre, baudets, motocyclettes, véhicules légers dotés de double réservoir volumineux, et véhicules utilitaires. D'autres contrebandiers versés dans ces pratiques illégales ont trouvé une vocation de gains faciles en utilisant des tracteurs dont la capacité de stockage peut atteindre, sinon dépasser, les quatre cents litres en effectuant plusieurs voyages par jour et certains maquereaux  utilisent des mineurs pour éviter toute poursuite judiciaire. Enfin selon des informations sur l'argent gagné au marché noir du carburant, les contrebandiers réinvestissent leur argent dans le bâtiment, et à travers toute la frontière, des villas somptueuses sont érigées et d'autres palais "des milles et une nuit" ne cessent de pousser. Le blanchiment d’argent bat son plein et semble choisir l'immobilier pour s'offrir une nouvelle virginité.  A Bab El Assa, un jeune ne manque pas de confier qu’à l’âge de 24 ans déjà, il avait construit sa propre maison et acheté un véhicule de marque. Il confirme, tout en sourires : " Avec un salaire, je ne parviendrai jamais  à satisfaire juste mon ventre". A la frontière, le revenu journalier d’un contrebandier avoisine les 10 000 dinars. De l'autre de la frontière ,au royaume du calife M6 ,c’est une véritable industrie qui est montée grâce à cette contrebande tolérée et couverte par les autorités marocaines, confrontées aujourd’hui à une poussée dangereuse du chômage dans le pays, elle emploie plus de 18.000 marocains dont certains ont été obligés de se rabattre sur le trafic de drogue en face de la lutte acharnée que le gouvernement algérien a décidé d'éradiquer coute que coute .

L.AMMAR
Mardi 27 Mai 2014 - 11:05
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