REFLEXION

LUTTER CONTRE LE GASPILLAGE PAR L’EFFICACITE ENERGETIQUE EN ALGERIE : Revoir les politiques de l’habitat, du transport et des subventions

Melle Atmania Hanane vient de soutenir un excellent travail de mémoire de magister le 15 janvier 2015 à l’Université Belgaid d’Oran dont l’encadreur a été un de mes anciens étudiants , le professeur Abdelaziz SALEM et dont j’ai eu l’honneur de présider cette soutenance sur le thème « stratégie d’implantation des énergies renouvelables en Algérie » où a été abordé longuement les économies d’énergie (1). Le Ministre de l’Energie vient de déclarer le 22 janvier 2015, certainement sous la pression des événements récents que l’Algérie compte porter à 25.000 MW la part énergies des énergies renouvelables au lieu de 12.000 prévue initialement.



Dès l’introduction, l’auteur souligne  que l’accès à l’énergie constitue une priorité stratégique et que la majorité des pays sont amenés à revoir leurs politiques énergétiques  en utilisant un Mix-énergétique. Le gisement solaire en Algérie est considéré parmi les plus importants au niveau mondial  mais son exploitation reste toujours très limitée.  L’exploitation des énergies renouvelables dans un pays comme l’Algérie pour l’auteur est une nécessité devant être combinée  avec la nécessaire efficacité énergétique. Je m’en tiendrai à analyser l’apport de cette étude à l’efficacité énergétique qui constitue un des plus grands réservoirs d’énergie en Algérie.

1.-Qu’est ce que l’efficacité énergétique ?
  Maîtriser l’énergie c’est satisfaire la demande de services liés à l’énergie dans les conditions les meilleures de coût économique pour la collectivité. L’objectif est donc pas de fournir le maximum de tep par habitant mais doit être d’assurer dans les meilleures conditions possibles l’obtention des services requérant de l’énergie. Les pays riches peuvent certes économiser beaucoup plus d’énergie que les pays pauvres en adoptant les techniques plus performantes ou en modifiant leurs comportements, ça ce qu’on appelle l’économie d’énergie. Le concept de l’économie d’énergie est apparu assez récemment (premier choc pétrolier) dans les préoccupations des politiques énergétiques. Il conserve encore pour certains une connotation péjorative puisqu’il est synonyme de pénurie. En fait, il faut admettre qu’il est aujourd’hui une composante essentielle de toute politique énergétique cohérente, dans les pays en développement comme dans les pays industrialisés, que l’on parle « d’économie » d’énergie, de « maîtrise » de l’énergie ou « d’utilisation rationnelle » de l’énergie. Au sens large, l’économie d’énergie mesure les gains d’efficacité  énergétique induits par les évolutions de contenu et les évolutions structurelles. Au sens stricte, l’économie d’énergie mesure les gains d’efficacité énergétique induits par les seules évolutions de contenu, lesquelles résultent à la fois des modifications dans la technologie et dans la façon de s’en servir.  Connaitre sa consommation d’énergie est la première étape d’une démarche de réduction de cette consommation. Pour réaliser ces économies, une étude et un  suivi des facteurs du gaz et d’électricité sont nécessaires. Ces études permettront : de vérifier qu’il n’y a pas d’erreur sur les facteurs elles-mêmes, de détecter les changements de tarif   et de  surveiller l’évolution de la consommation  en comparant les facteurs avec celles des années précédentes aux mêmes périodes.   Pour connaitre précisément sa consommation d’énergie, on peut réaliser un diagnostic énergétique. Le diagnostic énergétique est une prestation réalisée par un expert, ayant pour but de mieux maîtriser la consommation d’énergie d’une entreprise en identifiant les sources potentielles d’économie d’énergie. Pour cela, il est nécessaire d’identifier les différents postes consommateurs, de les analyser, et de trouver les modifications à apporter pour optimiser leur consommation d’énergie. Ce diagnostic se compose : D’une visite préliminaire pour que le prestataire découvre le site et fasse ses premières investigations, d’une campagne de mesures qui serviront de base pour l’analyse, de la détermination des sources d’économie d’énergie à partir des mesures  et de la   rédaction d’un rapport.
 
2.-Amélioration de l’efficacité énergétique au niveau des appareils ménagers
 L’objectif de l’efficacité énergétique consiste à produire les mêmes biens  et services, mais en utilisant le moins d’énergie possible. On peut distinguer l’amélioration de l’efficacité énergétique dans le secteur résidentiel  et l’amélioration énergétique des logements existants. De nombreuses activités sont concernées par l’amélioration de l’efficacité énergétique des logements existants : travaux d’isolation et de pose des ouvertures, fabrication et distribution des fournitures (matériaux d’isolation, fenêtres et portes isolantes). Au sein de ces activités il est impossible d’isoler des entreprises spécifiquement engagées dans l’amélioration énergétique des logements existants : toutes les entreprises appartenant à ces branches d’activité produisent non seulement pour l’amélioration de l’efficacité énergétique des logements existants mais également la construction neuve, la fabrication et la distribution de matériaux et de fournitures destinés à l’ensemble des marchés du bâtiment. Avec les interventions sur les systèmes de chauffage eux-mêmes (remplacement des chaudières, meilleure régulation) l’isolation des logements et le remplacement des ouvertures par des portes et fenêtres plus performantes constituent les principales mesures pour atteindre cet objectif. L’auteur donne quelques illustrations. Premièrement, les chaudières à condensation : la quasi-totalité des fabricants de chaudières ont une offre de chaudières à condensation, qu’il est quasiment impossible, sans enquête spécifique, de séparer, dans les données publiées, de leur production de chaudières standard. La fabrication d’équipements pour le chauffage central (chaudières et radiateurs) est une industrie assez lourde et le nombre d’entreprises est réduit. La plupart des fabricants sont classés dans la « Fabrication de radiateurs et de chaudières pour le chauffage central ». Deuxièmement, la  régulation chauffage et ventilation : parce qu’elles sont moins visibles que les « grandes » interventions destinées à réduire la consommation énergétique des logements et plus généralement des bâtiments (travaux d’isolation, remplacement des ouvertures, pose de chaudières à condensation, etc.), la régulation et la ventilation sont souvent négligés, aussi bien par les ménages que par les prescripteurs. Elles permettent pourtant des économies d’énergie importantes et présentent des rapports coût / économie plus favorable que les « grandes » interventions.  La ventilation mécanique contrôlée est un dispositif destiné à assurer le renouvellement de l’air du logement et à réduire l’humidité et consistant à forcer la circulation d’air dans un logement à l’aide d’un ventilateur et gaines de ventilation. Il permet de réduire les pertes énergétiques dues à l’aération naturelle en hiver. Troisièmement, les lampes fluorescentes compactes (LFC) : au cours des dernières années la diffusion des LFC a été favorisée par l’élargissement de la gamme : forme, taille et type des culots, esthétique. Les LFC sont également devenues plus performantes en termes de durée de vie et de capacité d’éclairage, de rapidité de montée en régime, de spectre de couleur, etc. Cependant le principal déterminant de l’évolution a été l’adoption au niveau communautaire d’un calendrier de retrait du marché des lampes à incandescence, calendrier dont les échéances ont été raccourcies au niveau national. Une nouvelle fiche d’opération standardisée sur les LFC a été élaborée qui tient compte, d’une part de l’évolution du marché des lampes fluo compactes, caractérisé par la baisse de la puissance moyenne, d’autre part de la baisse de la durée moyenne d’utilisation des lampes fluo compactes actuellement achetées et de l’allongement de leur durée de vie. Enfin du fait que le marché devient progressivement un marché de remplacement. Ces lampes sont fréquemment utilisées dans l’industrie et le tertiaire, mais encore peu dans le résidentiel, parce que le consommateur individuel est à la fois mal informé et peu attiré par un produit qui s’apparente à un investissement, compte tenu de son prix et de sa durée de vie. Le potentiel d’efficacité économique à exploiter reste donc considérable.   Mais les économies peuvent se faire dans  d’autres appareils ménagers : depuis, sous la pression des politiques des maîtrises de l’énergie, l’efficacité des réfrigérateurs a considérablement augmenté. De nouveaux progrès dans ce sens sont attendus d’une isolation de plus poussée. Outre celle des réfrigérateurs et congélateurs, les efficacités de tous les autres appareils ménagers pourraient aussi être accrues. L’efficacité des machines frigorifiques dépend de leur plus ou moins bonne isolation et de la performance du compresseur.
 
3.-L’amélioration de l’efficacité énergétique dans les transports
 Les paramètres accessibles pour réduire la consommation d’énergie finale sont d’une part la masse et l’accélération, d’autre part la vitesse et les qualités techniques  des véhicules. La possibilité d’agir sur chacun d’eux varient avec chaque moyen de transport (routier, ferroviaire, maritime ou aérien), d’où l’importance de la structure  modale des transports pour expliquer l’efficacité des usages énergétique de ce secteur.  Dans ce cas l’auteur développe plusieurs axes intéressants  dont le développement des infrastructures ferroviaires. Le développement des transports ferroviaires est au centre des préoccupations gouvernementales en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Train à grande vitesse exceptés, l’efficacité énergétique de la plupart des moyens de transport terrestres, en conditions réelles d’utilisation (moyennant donc des hypothèses de taux d’occupation), devrait continuer à croître au cours des prochaines décennies. Nous avons également les économies d’énergie au niveau des  bus à haut niveau de service.  En matière d’augmentation de l’efficacité des transports collectifs urbains, destinée à freiner l’usage de la voiture particulière et lutter contre le réchauffement climatique, le tramway a précédé le BHNS. En France dans les années 80-90, lorsque les problématiques environnementales ont fait leur apparition, le tramway s’était imposé comme solution de surface la plus performante en matière d’augmentation d’efficacité et d’attractivité des transports collectifs dans les villes, l’autobus souffrant alors d’une image négative suite à une dégradation de ses performances mais aussi d’un déficit d’innovation technologique majeure. La problématique de l’autobus comme solution équivalente au tramway n’est apparue que plus tard, à la fin des années 90, dans un contexte de limitation des budgets des collectivités, suite à la diminution des subventions de l’Etat. Le tramway s’est alors trouvé pénalisé aussi bien par son coût élevé que pour son inadaptation au contexte des agglomérations moyennes. Les économies d’énergie liées aux mises en service des BHNS sont calculées en multipliant le nombre de voyageurs kilomètres par le différentiel des consommations entre les BHNS et les autres modes de déplacement en tenant des reports modaux. Pour un milliard de voyageurs-kilomètres l’économie d’énergie par rapport aux autres modes de déplacements est estimée à 17 tep.
 
4.-Revoir la politique de l’habitat
C’est un des axes que  l’auteur n’a pas  abordé mais qui est stratégique pour l’Algérie. Pour l’Europe, cela rentre   dans le cadre  de  la  directive européenne du 16 décembre 2002 sur la performance énergétique des bâtiments (2002/91/CE)  et a pour objectif de promouvoir l'amélioration de la performance énergétique des bâtiments, reposant  en particulier sur les principes suivants : des exigences minimales de performance énergétique ainsi qu'un diagnostic pour les bâtiments neufs et existants. Selon le Ministère du développement durale français-mais cela concerne l’Algérie où l’on continue de construire des millions de logements selon les méthodes traditionnelles, et souvent ne tenant pas compte des spécificités régionales notamment au Sud,   le  secteur du bâtiment est de tous les secteurs économiques, il est le plus gros consommateur d'énergie en plus de l’utilisation intensive du ciment et du rond à béton. Il   représente  en moyenne 43% des consommations énergétiques  et produit chaque année plus de 120 millions de tonnes de dioxyde de carbone, gaz à effet de serre, soit près du quart des émissions nationales. Le poste « logement » représente à lui seul 30% du budget des ménages liées notamment au chauffage des logements. Aussi,  pour être efficace, l'effort doit porter à la fois sur les constructions neuves et sur les bâtiments existants. Cet effort permettra non seulement la réduction de la facture énergétique, donc la baisse des charges pour les ménages, mais aussi le développement de l'emploi dans le bâtiment et l'amélioration du bien-être des habitants. Dans ce cadre il y a lieu de promouvoir en Algérie une intense formation dans le BTPH axée sur l’économie de l’énergie et ce  pour accompagner   les  particuliers dans les travaux d'efficacité énergétique pour leur habitat, et les entreprises et artisans du bâtiment pour  des analyses énergétiques globales et des solutions intégrées  pour la construction.
En résumé, en ce XXIème siècle les réservoirs d'emplois seront immenses dans les industries écologiques d'où l'importance  de  la formation sur les nouveaux métiers. En plus pour l'Algérie à court   et moyen terme,  la plus grande réserve de gaz et de pétrole pour l'Algérie, ce sont les économies d'énergie pouvant aller à 15/20%. L'on peut  économiser au vu de la consommation actuelle 4 milliards de mètres cubes gazeux par an et cumulé horizon 2015/2030, avec une progression arithmétique plus de 90/100 milliards de mètres cubes gazeux.  Dans ce cadre, comment ne pas rappeler que le coût actuel du projet Galsi d'environ 4 milliards de dollars concerne seulement 8 milliards de mètres cubes gazeux par an. Cela implique de revoir notamment les politiques actuelles désuètes de l'habitat et du transport,  et un large débat national sur les subventions actuellement non ciblées source de gaspillage d’énergie et de fuites de produits hors des frontières, impliquant un système d’information transparent sur la répartition des revenus tant spatiales (par régions)  que par catégories socio-processionnelles. Tout cela pose la problématique du futur modèle de consommation énergétique dont les axes  doivent être définies par le Conseil National  de l’Energie, fonction d’une cohérence et visibilité dans la réforme globale  et donc de la gouvernance globale du pays.  
(1)- Ecole doctorale de l’économie et de management-Mémoire de Magister en Management  soutenu par Melle. ATMANIA Hanane le 15 janvier 2015 : « la stratégie d’implantation des énergies renouvelables en Algérie : cas de la photovoltaïque »

 

Dr Abderrahmane MEBTOUL
Samedi 24 Janvier 2015 - 17:11
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ACTUALITÉ
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